Étudier la convergence des suites et les suites définies par récurrence.
MathématiquesTerminaleChapitre 10 / 19⏱ 12 h
Ce que tu sauras faire à la fin
Mener une démonstration par récurrence
Étudier la convergence d'une suite récurrente
Utiliser une suite auxiliaire géométrique
Depuis la classe de Première, tu manies les suites arithmétiques et géométriques : tu sais calculer un terme, une somme, reconnaître une raison. Cette année, la question change de nature. Ce qui nous intéresse n’est plus seulement le terme u50 ou u100, mais le comportement de la suite tout entière quand n devient aussi grand que l’on veut. Un capital placé à intérêt composé finit-il par dépasser n’importe quel seuil, ou se stabilise-t-il ? Le nombre de cas d’une épidémie, divisé par deux chaque semaine après une campagne de vaccination, s’approche-t-il vraiment de zéro ? Une suite définie par une relation de récurrence, comme celles que produit un algorithme de calcul approché, converge-t-elle vers une valeur précise ?
Répondre à ces questions exige un outil neuf : la limite d’une suite, définie avec une rigueur totale — non plus « ça se rapproche de… », mais un énoncé mathématique précis que tu sauras vérifier et démontrer. Tu découvriras aussi le raisonnement par récurrence, la technique de démonstration reine de ce chapitre, qui permet d’établir une propriété pour tous les entiers naturels à partir de deux vérifications seulement. Suites récurrentes un+1=f(un), suites adjacentes, théorèmes de convergence : chaque outil nouveau viendra combler un manque précis de ce que tu savais déjà faire.
C’est un chapitre exigeant, et c’est aussi l’un des plus présents au baccalauréat : études complètes de suites récurrentes, restitutions organisées de connaissances sur les théorèmes de comparaison, encadrements par suites adjacentes reviennent chaque année. La difficulté n’est presque jamais calculatoire — elle est dans la rédaction : affirmer qu’une suite converge sans le justifier, ou confondre un point fixe avec une limite, coûte cher le jour de l’épreuve. Prends le temps de comprendre pourquoi chaque théorème fonctionne, pas seulement comment l’appliquer : c’est tout l’objet de ce chapitre.
1Rappels : arithmétiques et géométriques
Reprenons les deux familles de suites que tu connais déjà, en insistant sur ce qui te sera utile toute l’année : les formules de somme, et la manière de les redémontrer proprement.
1.1 Suites arithmétiques
Définition
Une suite (un) est arithmétique lorsqu’il existe un réel r, appelé raison, tel que pour tout entier n :
un+1=un+r
On passe d’un terme au suivant en ajoutant toujours le même nombrer.
Propriété
Pour tous entiers n et p :
un=u0+nret, plus geˊneˊralement,un=up+(n−p)r
La somme de k termes consécutifs vaut :
S=k×2premier terme+dernier terme
Démonstration — formule de la somme
Notons S=u0+u1+⋯+un la somme des n+1 premiers termes, et écrivons-la aussi à l’envers :
S=u0+u1+⋯+un−1+un
S=un+un−1+⋯+u1+u0
⇒2S=(u0+un)+(u1+un−1)+⋯+(un+u0)on additionne les deux lignes terme à terme
Deux termes « symétriques » uk et un−k ont toujours la même somme u0+un : en avançant de k rangs depuis u0 on ajoute kr, et en reculant de k rangs depuis un on retranche kr — les deux effets s’annulent. Les n+1 parenthèses valent donc chacune u0+un, d’où 2S=(n+1)(u0+un), et S=(n+1)2u0+un, soit la formule annoncée puisqu’il y a n+1 termes de u0 à un. C.Q.F.D.
Math & Co — Le jeune Gauss et les cent premiers entiers
Vers 1787, dans une école de Brunswick, l’instituteur J. G. Büttner demande à sa classe d’additionner tous les entiers de 1 à 100. Le jeune Carl Friedrich Gauss, âgé d’une dizaine d’années, pose sa réponse — 5050 — en quelques instants.
Son idée est celle de la démonstration ci-dessus : il associe 1 et 100, 2 et 99, 3 et 98… cinquante paires, chacune de somme 101, soit 50×101=5050. Devenu l’un des plus grands mathématiciens de l’histoire, Gauss racontera lui-même cette anecdote, restée depuis un classique de l’enseignement des suites.
Exemple — suite arithmétique
Soit (un) arithmétique de premier terme u0=5 et de raison r=3. Calculons u20 puis S=u0+u1+⋯+u20.
u20=u0+20r
=5+20×3
=65
S=21×2u0+u2021 termes, de u0 à u20
=21×25+65
=735
1.2 Suites géométriques
Définition
Une suite (un) est géométrique lorsqu’il existe un réel q, appelé raison, tel que pour tout entier n :
un+1=q×un
On passe d’un terme au suivant en multipliant toujours par le même nombreq. Si u0=0 et q=0, aucun terme ne s’annule.
Propriété
Pour tous entiers n et p :
un=u0×qnet, plus geˊneˊralement,un=up×qn−p
Si q=1, la somme de k termes consécutifs à partir du premier terme a vaut :
S=a×1−q1−qk
Démonstration — formule de la somme
Notons S=a+aq+aq2+⋯+aqk−1 (les k premiers termes) et multiplions par q :
qS=aq+aq2+⋯+aqk−1+aqk
S−qS=a−aqktous les termes intermédiaires s’éliminent (somme télescopique)
⇒(1−q)S=a(1−qk)
⇒S=a×1−q1−qkcar q=1
Attention
La formule suppose q=1 : si q=1, la suite est constante et la somme de k termes vaut simplement k×a. Vérifie toujours cette condition avant d’appliquer la formule — c’est une erreur fréquente au bac.
Exemple — un capital placé à intérêt composé
Un capital de 100000 F CFA est placé à intérêt composé au taux annuel de 5%. On note un le capital disponible après n années.
un+1=un+0,05un=1,05unsuite géométrique de raison q=1,05
⇒un=100000×1,05n
u10=100000×1,0510
≈162889 F CFA
Après dix ans, le capital a donc augmenté d’un peu plus de 62%.
Arithmétique
Géométrique
Passage au terme suivant
un+1=un+r
un+1=qun
Terme général
un=u0+nr
un=u0qn
Somme de k termes
k×21er+dernier
a×1−q1−qk(q=1)
2Sens de variation et majoration
Avant de parler de limite, il faut savoir décrire précisément comment une suite se comporte : monte-t-elle, descend-t-elle, reste-t-elle dans une zone bornée ? Ces notions déjà entrevues deviennent ici des outils de démonstration à part entière.
2.1 Étudier le sens de variation
Définition
Une suite (un) est :
croissante si, pour tout n, un+1⩾un ;
strictement croissante si, pour tout n, un+1>un ;
décroissante si, pour tout n, un+1⩽un ;
monotone si elle est croissante, ou si elle est décroissante.
Ces propriétés peuvent n’être vraies qu’à partir d’un certain rang : on dit alors que la suite est croissante (ou décroissante) « à partir du rang n0 ».
Méthode — déterminer le sens de variation
Deux techniques principales :
La différence : on étudie le signe de un+1−un. S’il est positif pour tout n, la suite est croissante ; s’il est négatif, elle est décroissante. Cette méthode fonctionne toujours.
Le quotient (si tous les termes sont strictement positifs) : on compare unun+1 à 1. S’il est ⩾1, la suite est croissante ; s’il est ⩽1, elle est décroissante.
Exemple — méthode de la différence, non monotone au départ
Soit un=n2−6n+5. Étudions le signe de un+1−un.
un+1−un=[(n+1)2−6(n+1)+5]−[n2−6n+5]
=2n+1−6
=2n−5
2n−5⩾0⟺n⩾2,5, donc n⩾3 puisque n est entier. La suite est décroissante de u0 à u3, puis croissante à partir du rang 3 : elle n’est pas monotone sur N tout entier, mais elle l’est à partir d’un certain rang.
Exemple — méthode du quotient
Soit un=n+1n, suite à termes strictement positifs (pour n⩾1).
unun+1=n+2n+1×nn+1
=n(n+2)(n+1)2
=n2+2nn2+2n+1
Le numérateur dépasse le dénominateur de 1 exactement : le quotient est strictement supérieur à 1. La suite (un) est strictement croissante.
2.2 Suites majorées, minorées, bornées
Définition
Une suite (un) est :
majorée s’il existe un réel M tel que, pour tout n, un⩽M (M est un majorant) ;
minorée s’il existe un réel m tel que, pour tout n, un⩾m (m est un minorant) ;
bornée si elle est à la fois majorée et minorée.
Attention
Un majorant n’est pas unique : si M majore (un), tout réel plus grand que M le majore aussi. Et surtout : une suite bornée ne converge pas forcément. La suite un=(−1)n est bornée (−1⩽un⩽1) mais oscille indéfiniment sans jamais se stabiliser : elle n’a pas de limite. Le fait d’être bornée n’est vraiment utile que combiné à la monotonie (section 4).
Méthode — prouver qu’une suite est majorée
On part souvent d’une inégalité connue et on la transforme par des opérations qui conservent le sens de l’inégalité (ajouter un même nombre, multiplier par un nombre positif, passer à la racine carrée pour des quantités positives…) jusqu’à obtenir l’encadrement voulu. On peut aussi raisonner par récurrence (section 6).
Exemple — majoration directe
Montrons que un=n+1n est majorée par 1.
1−un=1−n+1n
=n+1n+1−n
=n+11
Comme n+1>0, on a n+11>0 donc un<1 pour tout n : (un) est majorée par 1 ; elle est aussi minorée par u0=0 (croissante, exemple précédent) : elle est donc bornée.
3Limite d’une suite
Nous voici au cœur du chapitre. Que devient un quand n tend vers +∞ ? Il faut donner un sens rigoureux à l’expression « un se rapproche de ℓ », faute de quoi elle ne veut rien dire de mathématiquement exploitable.
3.1 Limite finie : suite convergente
Définition
Une suite (un)converge vers un réel ℓ, noté n→+∞limun=ℓ, lorsque :
pour tout ε>0, il existe un entier N tel que, pour tout n⩾N,∣un−ℓ∣<ε
Autrement dit : aussi petit que soit l’intervalle ]ℓ−ε;ℓ+ε[ choisi autour de ℓ, tous les termes de la suite, à partir d’un certain rang, tombent dedans. On dit aussi que (un) est convergente.
Figure 1 — Les termes de la suite un=2−n+11 se rapprochent indéfiniment de ℓ=2 : à partir d’un certain rang N, tous les termes tombent dans la bande ]ℓ−ε;ℓ+ε[, aussi petit que soit ε>0.
Théorème — unicité de la limite
Si une suite converge, sa limite est unique.
Démonstration
Supposons par l’absurde que (un) admette deux limites distinctes ℓ et ℓ′, avec ℓ=ℓ′. Posons ε=2∣ℓ−ℓ′∣>0.
comme un→ℓ, il existe N1 tel que n⩾N1⇒∣un−ℓ∣<ε
comme un→ℓ′, il existe N2 tel que n⩾N2⇒∣un−ℓ′∣<ε
pour n⩾max(N1,N2) : ∣ℓ−ℓ′∣⩽∣ℓ−un∣+∣un−ℓ′∣inégalité triangulaire
<ε+ε=∣ℓ−ℓ′∣
On obtient ∣ℓ−ℓ′∣<∣ℓ−ℓ′∣, ce qui est absurde. L’hypothèse ℓ=ℓ′ est donc fausse : ℓ=ℓ′. C.Q.F.D.
3.2 Limite infinie : suite divergente vers +∞ ou −∞
Définition
Une suite (un)tend vers+∞, noté n→+∞limun=+∞, lorsque :
pour tout A>0, il existe un entier N tel que, pour tout n⩾N,un>A
Autrement dit, la suite finit par dépasser n’importe quel seuilA, aussi grand soit-il, et par y rester. On définit de même n→+∞limun=−∞ en remplaçant un>A par un<−A.
Une suite qui tend vers +∞ ou vers −∞ est dite divergente, tout comme une suite qui n’a pas de limite du tout — c’est le cas de un=(−1)n, qui ne tend ni vers un réel, ni vers +∞, ni vers −∞ : elle oscille indéfiniment. Diverger ne signifie donc pas toujours « tendre vers l’infini ».
3.3 Opérations sur les limites
Quand (un) et (vn) ont chacune une limite (finie ou infinie), on additionne, multiplie ou divise ces limites « comme des nombres », avec une précaution : certains cas ne se calculent pas directement.
limun
limvn
lim(un+vn)
ℓ
ℓ′
ℓ+ℓ′
ℓ
+∞
+∞
+∞
+∞
+∞
+∞
−∞
forme indéterminée
limun
limvn
lim(un×vn)
ℓ=0
ℓ′
ℓ×ℓ′
ℓ>0
+∞
+∞
ℓ<0
+∞
−∞
0
±∞
forme indéterminée
limun
limvn
limvnun
ℓ
ℓ′=0
ℓ′ℓ
ℓ
±∞
0
±∞
ℓ′=0 fini
±∞
0
0
forme indéterminée
±∞
±∞
forme indéterminée
Attention — les quatre formes indéterminées
Quatre situations ne se concluent jamais directement : “∞−∞”, “0×∞”, “∞∞” et “00”. Il faut transformer l’écriture de un (factoriser par le terme dominant, multiplier par la quantité conjuguée…) avant de reprendre le calcul.
Exemple — forme ∞∞, factoriser par le terme dominant
Calculons n→+∞lim2n2+73n2−5n+1.
2n2+73n2−5n+1=n2(2+n27)n2(3−n5+n21)on factorise haut et bas par n2, le terme dominant
=2+n273−n5+n21
Les termes en n1 et n21 tendent vers 0 (limites de référence ci-dessous) : le numérateur tend vers 3, le dénominateur vers 2.
n→+∞lim2n2+73n2−5n+1=23
Exemple — forme ∞−∞, multiplier par la quantité conjuguée
Calculons n→+∞lim(n+1−n).
n+1−n=n+1+n(n+1−n)(n+1+n)on multiplie par la quantité conjuguée, qui vaut 1
=n+1+n(n+1)−n
=n+1+n1
Le dénominateur tend vers +∞, donc ce quotient tend vers 0 : n→+∞lim(n+1−n)=0.
3.4 Limites de référence et croissances comparées
Propriété — limites de référence
n→+∞limn=n→+∞limn2=n→+∞limn3=n→+∞limn=+∞
n→+∞limn1=n→+∞limn21=n→+∞limn1=0
Propriété — croissances comparées (admise)
Pour tout entier k⩾1 et tout réel q>1 :
n→+∞limnkqn=+∞etn→+∞limqnnk=0
Une suite géométrique de raison q>1, aussi lentement qu’elle démarre, finit toujours par « écraser » n’importe quelle puissance de n.
Exemple — croissances comparées
Comparons un=1,01n et vn=n5. Malgré une raison très proche de 1 : n→+∞limvnun=+∞. Pour n assez grand (n⩾778 environ), 1,01n dépasse n5, et l’écart ne cesse plus de se creuser.
3.5 Limite de la suite géométrique (qn)
C’est l’un des résultats les plus utilisés du programme : il mérite une démonstration complète.
Théorème
Soit q un réel. Le comportement de (qn) dépend uniquement de la valeur de q :
si q>1 : n→+∞limqn=+∞ ;
si q=1 : qn=1 pour tout n, suite constante ;
si −1<q<1 : n→+∞limqn=0 ;
si q⩽−1 : la suite (qn) n’a pas de limite (ni finie, ni infinie).
Figure 2 — Trois suites géométriques de premier terme u0=1. Si q>1, (qn) diverge vers +∞ ; si −1<q<1, elle tend vers 0, en oscillant autour de l’axe quand q est négatif.
Démonstration
Cas q>1. Posons a=q−1, de sorte que a>0 et q=1+a. Admettons provisoirement l’inégalité de Bernoulli : pour tout entier n, (1+a)n⩾1+na (nous la démontrerons rigoureusement par récurrence à la section 6 — c’est l’exemple qui ouvre cette technique).
soit A>0 ; comme a>0, la suite 1+na tend vers +∞limite de référence, multipliée par la constante a>0 puis décalée de 1
il existe donc N tel que, pour tout n⩾N, 1+na>A
or qn=(1+a)n⩾1+na pour tout ninégalité de Bernoulli
⇒pour tout n⩾N : qn>A
C’est exactement la définition de n→+∞limqn=+∞.
Cas 0<q<1. Alors q1>1, donc (q1)n→+∞ d’après le cas précédent ; comme qn=(1/q)n1, quotient dont le dénominateur tend vers +∞, on obtient qn→0.
Cas −1<q<0. On a 0<∣q∣<1, donc ∣q∣n=∣qn∣→0 d’après le cas précédent ; un nombre dont la valeur absolue tend vers 0 tend lui-même vers 0.
Cas q=−1. La suite vaut alternativement 1 et −1 : elle ne peut converger vers un seul réel, et elle est bornée donc ne tend pas vers ±∞ : elle n’a pas de limite.
Cas q<−1.∣q∣n→+∞ (premier cas, appliqué à ∣q∣>1) mais qn change de signe à chaque rang : la suite prend des valeurs positives et négatives de plus en plus grandes en valeur absolue, sans jamais se stabiliser ni tendre vers +∞ ou −∞ : elle n’a pas de limite. C.Q.F.D.
Exemple — application directe
n→+∞lim5×0,8n=0 car −1<0,8<1 ; n→+∞lim1000×1,02n=+∞ car 1,02>1 : un capital placé à taux composé positif croît indéfiniment, aussi lent que soit le taux.
4Théorèmes de convergence (monotone bornée, gendarmes)
Calculer une limite terme à terme, comme à la section précédente, ne fonctionne que si l’on devine déjà sa valeur. Voici des théorèmes qui prouvent qu’une limite existe, parfois sans même la calculer.
4.1 Théorème de convergence monotone (admis)
Théorème (admis)
Toute suite croissante et majorée converge. Toute suite décroissante et minorée converge.
Corollaire
Toute suite croissante non majorée tend vers +∞. Toute suite décroissante non minorée tend vers −∞.
Attention
Ce théorème affirme l’existence d’une limite, pas sa valeur ! Il faut souvent une information supplémentaire (une équation vérifiée par la limite, un encadrement) pour la déterminer — voir la section 5.
Exemple — convergence sans calcul explicite de la limite
Soit un=k=1∑nk21=1+41+91+⋯+n21.
(un) est croissante : un+1−un=(n+1)21>0. Elle est majorée : pour k⩾2, k21⩽k(k−1)1=k−11−k1 (somme télescopique), donc :
un⩽1+k=2∑n(k−11−k1)
=1+(1−n1)somme télescopique : seuls le premier et le dernier terme subsistent
<2
Croissante et majorée par 2, (un)converge d’après le théorème — sans que nous ayons calculé sa limite exacte. (Ce résultat, le problème de Bâle, fut résolu en 1735 par Leonhard Euler : la limite exacte vaut 6π2.)
4.2 Théorèmes de comparaison
Théorème
Soient (un) et (vn) deux suites telles que un⩾vn à partir d’un certain rang.
Si n→+∞limvn=+∞, alors n→+∞limun=+∞.
Si n→+∞limun=−∞, alors n→+∞limvn=−∞.
Démonstration
Supposons vn→+∞ et un⩾vn pour n⩾n0. Soit A>0. Il existe N⩾n0 tel que, pour tout n⩾N, vn>A. Alors, pour tout n⩾N : un⩾vn>A, ce qui est la définition de un→+∞. (Le second point se démontre de façon symétrique.) C.Q.F.D. — c’est exactement l’argument déjà employé section 3 pour la limite de qn, ici généralisé.
Exemple
un=n+(−1)n. Comme un⩾n−1 pour tout n, et n−1→+∞, on conclut un→+∞ par comparaison, sans se soucier de l’oscillation de (−1)n.
4.3 Théorème des gendarmes
Théorème (théorème d’encadrement)
Soient (un), (vn), (wn) trois suites telles que vn⩽un⩽wn à partir d’un certain rang. Si (vn) et (wn) convergent vers la même limite ℓ, alors (un) converge aussi vers ℓ.
Démonstration
Soit ε>0. Comme vn→ℓ, il existe N1 tel que n⩾N1⇒ℓ−ε<vn ; comme wn→ℓ, il existe N2 tel que n⩾N2⇒wn<ℓ+ε. Pour n⩾max(N1,N2,n0) :
ℓ−ε<vn⩽un⩽wn<ℓ+ε
donc ∣un−ℓ∣<ε. Ceci prouve un→ℓ. C.Q.F.D.
Exemple
un=n+1cosn. Comme −1⩽cosn⩽1 pour tout n : −n+11⩽un⩽n+11. Or −n+11→0 et n+11→0 : par le théorème des gendarmes, n→+∞limun=0.
5Suites récurrentes un+1=f(un)
Beaucoup de suites ne sont pas données par une formule explicite un=… en fonction de n, mais par une relation de récurrenceun+1=f(un) : chaque terme se déduit du précédent par une même fonction f. C’est le cas de la plupart des algorithmes de calcul approché, et c’est un grand classique du baccalauréat.
5.1 Généralités : point fixe
Définition
Soit f une fonction définie sur un intervalle I, et u0∈I. La suite (un) définie par un+1=f(un) est une suite récurrente. Un réel ℓ tel que f(ℓ)=ℓ est un point fixe de f.
Propriété
Si (un) converge vers ℓ, et si f est continue en ℓ, alors ℓ est un point fixe de f : f(ℓ)=ℓ.
Démonstration (idée)
Si un→ℓ, alors un+1→ℓ aussi (même suite, décalée d’un rang). Comme f est continue en ℓ, f(un)→f(ℓ). Or f(un)=un+1→ℓ : par unicité de la limite, f(ℓ)=ℓ.
Attention — piège classique du bac
Cette propriété ne dit rien sur l’existence de la limite : elle indique seulement ce que vaudrait la limite si elle existe. Ne présente jamais un point fixe comme « la limite » sans avoir prouvé au préalable que la suite converge (en général via le théorème de convergence monotone) : une suite peut diverger alors même que f admet un point fixe.
5.2 Suites arithmético-géométriques : la suite auxiliaire
Le cas où f est affine, f(x)=ax+b avec a=1, se traite entièrement de façon explicite.
Méthode — suite auxiliaire géométrique
Soit un+1=aun+b, avec a=1.
Point fixe : ℓ=aℓ+b⟺ℓ=1−ab.
On pose vn=un−ℓ. Alors (vn) est géométrique de raison a : vn+1=un+1−ℓ=(aun+b)−ℓ=a(un−ℓ)=avn (on utilise b−ℓ=−aℓ, conséquence de ℓ=aℓ+b).
D’où vn=v0an, puis un=ℓ+(u0−ℓ)an : une formule explicite.
Convergence (section 3) : si −1<a<1, un→ℓ ; sinon (un) diverge (sauf si u0=ℓ).
Exemple — suite arithmético-géométrique complète
Soit u0=1 et, pour tout n, un+1=0,5un+3.
point fixe : ℓ=0,5ℓ+3
⇒0,5ℓ=3
⇒ℓ=6
on pose vn=un−6, géométrique de raison 0,5
v0=u0−6=−5
⇒vn=−5×0,5n
⇒un=6−5×0,5n
Comme −1<0,5<1, 0,5n→0 donc un→6 ; la suite est croissante (elle s’écrit 6+vn avec vn=−5×0,5n croissante, car elle croît vers 0) : elle converge vers 6 en restant toujours en dessous.
5.3 Construction graphique : escalier et colimaçon
Méthode — construire les premiers termes
On trace la courbe Cf de f et la droite Δ:y=x. En partant de u0 sur l’axe des abscisses : on monte (ou descend) jusqu’à Cf pour lire u1=f(u0) en ordonnée, puis on va horizontalement jusqu’à Δ pour reporter u1 en abscisse, et l’on recommence. Deux allures typiques apparaissent :
si f est croissante, la construction dessine un escalier : la suite est monotone ;
si f est décroissante, la construction dessine un colimaçon (spirale) : la suite oscille de part et d’autre du point fixe.
Dans les deux cas, si la construction se resserre, le point fixe (intersection de Cf et Δ) est la limite.
5.4 Étude complète d’une suite récurrente
Méthode — étude complète de un+1=f(un)
Montrer qu’un intervalle I est stable par f (x∈I⇒f(x)∈I), et que u0∈I : la suite reste dans I (récurrence, section 6).
Étudier le sens de variation (signe de un+1−un, ou position de Cf par rapport à Δ sur I).
En déduire, avec l’étape 1, que la suite est bornée.
Conclure à la convergence par le théorème de convergence monotone.
Déterminer la limite en résolvant f(ℓ)=ℓ parmi les points fixes compatibles avec I.
Exemple — étude complète, cas croissant (escalier)
Soit u0=0 et un+1=un+2. Posons f(x)=x+2, définie et croissante sur [−2;+∞[.
Point fixe :ℓ=ℓ+2 avec ℓ⩾0, donc ℓ2=ℓ+2, soit ℓ2−ℓ−2=0=(ℓ−2)(ℓ+1) : ℓ=2 ou ℓ=−1 (rejeté, négatif). Seul ℓ=2 convient.
Intervalle stable et monotonie : on admet ici que 0⩽un⩽un+1⩽2 pour tout n (démonstration rigoureuse par récurrence à la section 6) : [0;2] est stable car f est croissante avec f(0)=2∈[0;2] et f(2)=2.
Convergence : croissante et majorée par 2⇒(un) converge vers un réel ℓ∈[0;2] vérifiant f(ℓ)=ℓ : donc n→+∞limun=2.
Figure 3 — Construction en escalier de la suite u0=0, un+1=un+2 : f est croissante, l’escalier « monte » vers le point fixe ℓ=2, intersection de Cf et de la droite y=x.
5.5 Cas d’une fonction décroissante : le colimaçon
Quand f est décroissante, f∘f est croissante : les sous-suites des rangs pairs et impairs sont chacune monotones (en sens contraire), et la suite complète oscille en spirale autour du point fixe. L’étude rigoureuse de la convergence utilisera les suites adjacentes (section 7).
Exemple — cas décroissant (colimaçon)
Soit u0=0 et un+1=1+un1. Posons f(x)=1+x1, décroissante sur [0;+∞[.
point fixe : ℓ=1+ℓ1 avec ℓ⩾0
⇒ℓ(1+ℓ)=1
⇒ℓ2+ℓ−1=0
⇒ℓ=2−1+5racine positive du trinôme, Δ=5
Les premiers termes valent u0=0, u1=1, u2=0,5, u3≈0,667, u4=0,6, u5=0,625, u6≈0,615… : ils oscillent en se rapprochant de ℓ=25−1≈0,618, le nombre d’or moins un. Nous prouverons proprement cette convergence à la section 7.
Figure 4 — Construction en colimaçon de la suite u0=0, un+1=1+un1 : f est décroissante, la spirale se resserre autour du point fixe ℓ=25−1.
6Raisonnement par récurrence
Nous avons déjà utilisé ce raisonnement sans le formaliser (l’inégalité de Bernoulli section 3, la stabilité de l’intervalle section 5). Il est temps d’en poser les règles précises.
6.1 Principe et rédaction modèle
Principe de récurrence
Soit P(n) une propriété dépendant d’un entier n, et n0 un entier. Si :
Initialisation : P(n0) est vraie ;
Hérédité : pour tout n⩾n0, P(n) vraie ⇒P(n+1) vraie ;
alors P(n) est vraie pour tout entier n⩾n0.
L’image classique est celle des dominos alignés : si le premier tombe (initialisation), et si chaque domino qui tombe entraîne la chute du suivant (hérédité), alors tous les dominos tombent, aussi longue soit la rangée.
Méthode — rédaction modèle
Initialisation : on vérifie explicitement P(n0) (calcul direct).
Hérédité : on supposeP(n) vraie pour un entier n⩾n0 fixé quelconque (« hypothèse de récurrence », HR), et l’on démontreP(n+1)en utilisant HR — c’est le cœur de la preuve.
Conclusion : on invoque le principe de récurrence pour affirmer que P(n) est vraie pour tout n⩾n0.
Attention — erreurs classiques
Oublier l’initialisation : sans elle, la chaîne d’implications ne démarre jamais. Ne pas utiliser HR dans l’hérédité : si la preuve de P(n+1) ne se sert jamais de P(n), ce n’est pas une récurrence. Confondre « ce qu’on suppose » (HR) et « ce qu’on doit démontrer » (P(n+1)) : écris-les explicitement avant de calculer.
6.2 Exemples fondamentaux
Démonstration — inégalité de Bernoulli
Propriété. Pour tout réel a>0 et tout entier n, (1+a)n⩾1+na. (Admise section 3, où elle servait à établir n→+∞limqn=+∞ pour q>1.)
Initialisation (n=0) : (1+a)0=1 et 1+0×a=1 : 1⩾1 est vraie.
Hérédité. Supposons que, pour un entier n fixé, (1+a)n⩾1+na (HR).
(1+a)n+1=(1+a)n×(1+a)
⩾(1+na)(1+a)HR, multipliée par 1+a>0 qui conserve le sens de l’inégalité
=1+(n+1)a+na2
⩾1+(n+1)acar na2⩾0
Donc (1+a)n+1⩾1+(n+1)a : P(n+1) est vraie. Conclusion : par récurrence, (1+a)n⩾1+na pour tout n∈N. C.Q.F.D.
Math & Co — Pascal et le triangle arithmétique
C’est à Blaise Pascal (1623-1662) que l’on doit la première formulation claire du raisonnement par récurrence, dans son Traité du triangle arithmétique, rédigé en 1654 (publié en 1665). Pascal y étudie les coefficients binomiaux et énonce le principe : une propriété vraie au premier rang, et qui se transmet d’un rang au suivant, est vraie à tous les rangs.
Le nom « récurrence » et sa formalisation moderne avec les axiomes de l’arithmétique viendront plus tard, sous la plume du mathématicien italien Giuseppe Peano, en 1889. Mais l’intuition remonte à Pascal — et déjà, avant lui, à des traces chez le mathématicien perse al-Karajî, vers l’an 1000.
Démonstration — une formule de somme
Montrons par récurrence que, pour tout n∈N∗ : k=1∑nk2=6n(n+1)(2n+1).
Initialisation (n=1) : à gauche 12=1 ; à droite 61×2×3=1. Vérifié.
Hérédité. Supposons que, pour un entier n⩾1 fixé, k=1∑nk2=6n(n+1)(2n+1) (HR).
k=1∑n+1k2=k=1∑nk2+(n+1)2
=6n(n+1)(2n+1)+(n+1)2HR
=(n+1)[6n(2n+1)+(n+1)]on factorise par (n+1)
=(n+1)×62n2+7n+6
=(n+1)×6(n+2)(2n+3)2n2+7n+6=(n+2)(2n+3)
=6(n+1)(n+2)(2n+3)
C’est la formule attendue au rang n+1. Conclusion : par récurrence, la formule est vraie pour tout n∈N∗.
Démonstration — monotonie et bornes de l’exemple escalier
Reprenons l’exemple de la section 5 : u0=0, un+1=un+2. Montrons par récurrence P(n) : « 0⩽un⩽un+1⩽2 ».
C’est exactement P(n+1). Conclusion : par récurrence, 0⩽un⩽un+1⩽2 pour tout n : la suite est croissante et majorée par 2, ce qui achève rigoureusement l’étude amorcée section 5.
7Suites adjacentes
Voici un dernier outil, taillé pour les suites qui « encadrent » une même valeur par deux côtés à la fois — comme les deux sous-suites du colimaçon de la section 5.
7.1 Définition et théorème
Définition
Deux suites (vn) et (wn) sont adjacentes lorsque :
(vn) est croissante ;
(wn) est décroissante ;
n→+∞lim(wn−vn)=0.
Attention
Les trois conditions sont indispensables : une suite croissante et une décroissante dont la différence ne tend pas vers 0 peuvent très bien ne jamais se rejoindre.
Théorème
Deux suites adjacentes convergent, et elles convergent vers la même limite.
Démonstration
Montrons d’abord que, pour tout n, vn⩽wn. Posons dn=wn−vn : dn+1−dn=(wn+1−wn)−(vn+1−vn)⩽0 (le premier terme est ⩽0 car (wn) décroît, on retranche un nombre ⩾0 car (vn) croît) : (dn) est décroissante. Comme dn→0, une suite décroissante de limite 0 est toujours positive ou nulle (sinon elle ne pourrait remonter vers 0) : dn⩾0, c’est-à-dire vn⩽wn pour tout n.
On en déduit vn⩽wn⩽w0 : (vn) est croissante et majorée par w0, donc converge (théorème de convergence monotone) vers un réel ℓ. De même wn⩾vn⩾v0 : (wn) est décroissante et minorée, donc converge vers un réel ℓ′. Enfin :
ℓ′−ℓ=n→+∞lim(wn−vn)=0
donc ℓ=ℓ′ : les deux suites convergent vers la même limite. C.Q.F.D.
Exemple — vérification directe
vn=1−n+11 et wn=1+(n+1)21 : (vn) est croissante, (wn) est décroissante, et wn−vn=(n+1)21+n+11→0. Les deux suites sont adjacentes, de limite commune 1.
7.2 Application : la suite un+1=1+un1
Reprenons l’exemple du colimaçon (section 5) : u0=0, un+1=1+un1. Posons vk=u2k (rangs pairs) et wk=u2k+1 (rangs impairs). Comme f est décroissante, f∘f est croissante sur [0;1], ce qui entraîne que (vk) et (wk) sont chacune monotones ; le calcul des premiers termes confirme le sens de variation.
wk−vk : 1;0,167;0,025;0,004;…→0l’écart se resserre très vite
(vk) et (wk) sont donc adjacentes : elles convergent vers la même limite ℓ=25−1≈0,618 (point fixe calculé section 5). Puisque les rangs pairs et impairs de (un) convergent tous deux vers ℓ, la suite (un) tout entière converge vers ℓ : la convergence du colimaçon, annoncée section 5, est ainsi complètement établie.
Figure 5 — Les sous-suites vk=u2k (croissante, verte) et wk=u2k+1 (décroissante, violette) de la suite colimaçon un+1=1+un1 sont adjacentes : elles se resserrent toutes deux autour de ℓ=25−1.
Math & Co — Le nombre d’or et Fibonacci
Le nombre ℓ=25−1≈0,618 est l’inverse du fameux nombre d’orφ=21+5≈1,618 (on a ℓ=φ−1=φ1), déjà étudié par les géomètres grecs sous le nom de « partage en extrême et moyenne raison » — on en trouve une définition chez Euclide, vers −300, dans les Éléments.
Le lien avec les suites récurrentes est profond : le mathématicien italien Leonardo Fibonacci, dans son Liber Abaci (1202), introduit la suite 1,1,2,3,5,8,13,21,… (chaque terme est la somme des deux précédents) à travers un problème de reproduction de lapins. Or le rapport Fn+1Fn de deux termes consécutifs de cette suite tend précisément vers ℓ≈0,618 — la même limite que nous venons d’établir par une tout autre voie, celle des suites adjacentes.
Fiche mémo
Arithmétique : un+1=un+r, un=u0+nr, somme = nb termes ×21er+dernier.
Suites adjacentes : l’une croissante, l’autre décroissante, différence →0⇒ convergent vers la même limite.
Escalier (f croissante) : suite monotone. Colimaçon (f décroissante) : suite oscillante, sous-suites paire/impaire adjacentes.
8Exercices corrigés
Quatre niveaux, du plus mécanique au plus proche de ton quotidien. Cherche avant de regarder le corrigé : c’est en butant sur une difficulté, puis en comprenant pourquoi la méthode fonctionne, que le cours devient vraiment tien.
Niveau 1 — Application directe
1
(un) est arithmétique de premier terme u0=7 et de raison r=−4. Calcule u15 puis S=u0+u1+⋯+u15.
Voir le corrigé détaillé
u15=u0+15r
=7+15×(−4)
=−53
S=16×2u0+u1516 termes, de u0 à u15
=16×27−53
=−368
2
(un) est géométrique de premier terme u0=2 et de raison q=3. Calcule u10 puis S=u0+u1+⋯+u10.
Voir le corrigé détaillé
u10=u0×310
=2×59049
=118098
S=2×1−31−311
=311−1
=177146
3
Soit un=3n2−2n+1. Étudie le sens de variation de (un) à l’aide de la différence un+1−un.
Voir le corrigé détaillé
un+1−un=[3(n+1)2−2(n+1)+1]−[3n2−2n+1]
=6n+3−2
=6n+1
Pour tout n⩾0, 6n+1⩾1>0 : la suite (un) est strictement croissante sur N tout entier.
Toutes s’obtiennent directement à partir des limites de référence, sans forme indéterminée :
n23→0limite de référence
⇒5−n23→5
n2→+∞ et 2n→+∞
⇒n2+2n→+∞somme de deux limites +∞
n1→0
⇒n1−4→−4
n3→+∞
⇒−2n3→−∞produit par une constante négative
5
Pour chacune des valeurs de q suivantes, indique et justifie le comportement de la suite (qn) : q=2 ; q=0,3 ; q=−0,5 ; q=−2 ; q=1.
Voir le corrigé détaillé
D’après le théorème de la section 3 :
q=2>1 : n→+∞lim2n=+∞ ;
q=0,3, et −1<0,3<1 : n→+∞lim0,3n=0 ;
q=−0,5, et −1<−0,5<1 : n→+∞lim(−0,5)n=0 ;
q=−2⩽−1 : la suite ((−2)n)n’a pas de limite ;
q=1 : la suite est constante, égale à 1.
Niveau 2 — Approfondissement
6
Soit u0=4 et, pour tout n, un+1=31un+4. Détermine le point fixe ℓ, montre que vn=un−ℓ est géométrique, exprime un en fonction de n, puis calcule n→+∞limun.
Voir le corrigé détaillé
point fixe : ℓ=31ℓ+4
⇒32ℓ=4
⇒ℓ=6
vn=un−6 est géométrique de raison 31 (méthode section 5.2)
v0=4−6=−2
⇒vn=−2×(31)n
⇒un=6−2×(31)n
Comme −1<31<1, (31)n→0, donc n→+∞limun=6.
7
Soit un=n+22n+3. Étudie la monotonie de (un), montre qu’elle est majorée, et détermine n→+∞limun.
Voir le corrigé détaillé
Réécrivons un en faisant apparaître une constante et un reste :
un=n+22n+3=n+22(n+2)−1
=2−n+21
Sous cette forme, tout devient direct : n+21>0 donc un<2 pour tout n : (un) est majorée par 2. De plus n+21 est décroissante, donc −n+21 est croissante : (un) est croissante. Enfin n+21→0, donc n→+∞limun=2.
8
Démontre par récurrence que, pour tout n∈N∗ : k=1∑nk3=13+23+⋯+n3=(2n(n+1))2.
Voir le corrigé détaillé
Initialisation (n=1) : à gauche 13=1 ; à droite (21×2)2=1. Vérifié.
Hérédité. Supposons k=1∑nk3=(2n(n+1))2 pour un entier n⩾1 fixé (HR).
k=1∑n+1k3=k=1∑nk3+(n+1)3
=(2n(n+1))2+(n+1)3HR
=(n+1)2[4n2+(n+1)]on factorise par (n+1)2
=(n+1)2×4n2+4n+4
=(n+1)2×4(n+2)2
=(2(n+1)(n+2))2
C’est la formule attendue au rang n+1. Conclusion : par récurrence, la formule est vraie pour tout n∈N∗.
9
Soient, pour n⩾1, vn=4−n1 et wn=4+n1. Montre que (vn) et (wn) sont adjacentes, et donne leur limite commune.
Voir le corrigé détaillé
n1 est décroissante, donc vn=4−n1 est croissante et wn=4+n1 est décroissante. Enfin :
wn−vn=n2
→0
Les trois conditions sont réunies : (vn) et (wn) sont adjacentes, et convergent vers la même limite, immédiate ici : n→+∞limvn=n→+∞limwn=4.
Niveau 3 — Type bac
10
On considère la suite (un) définie par u0=0 et, pour tout n, un+1=3un+2.
Démontre par récurrence que, pour tout n, 0⩽un⩽un+1⩽3.
Hérédité. Supposons 0⩽un⩽un+1⩽3 (HR) pour un entier n fixé.
0⩽un⩽un+1⩽3HR
⇒0⩽3un⩽3un+1⩽1on divise par 3>0
⇒2⩽3un+2⩽3un+1+2⩽3on ajoute 2
⇒2⩽un+1⩽un+2⩽3par définition de la suite
⇒0⩽un+1⩽un+2⩽3car 2⩾0
C’est P(n+1). Par récurrence, P(n) est vraie pour tout n.
2.P(n) donne un+1⩾un : (un) est croissante ; et un⩽3 : elle est majorée. Croissante et majorée, elle converge (théorème de convergence monotone).
3. La fonction f(x)=3x+2 est continue : la limite ℓ vérifie f(ℓ)=ℓ, soit ℓ=3ℓ+2, donc 32ℓ=2, d’où ℓ=3. Ainsi n→+∞limun=3.
Figure 6 — Escalier associé à l’exercice 10 : u0=0, un+1=3un+2, fonction affine croissante, convergence vers le point fixe ℓ=3.
11
Restitution organisée de connaissances. On suppose connu le théorème de convergence monotone. Démontre le théorème des gendarmes : si, à partir d’un certain rang, vn⩽un⩽wn, et si (vn) et (wn) convergent vers une même limite ℓ, alors (un) converge vers ℓ.
Voir le corrigé détaillé
Soit ε>0. Puisque vn→ℓ, il existe N1 tel que, pour tout n⩾N1, ∣vn−ℓ∣<ε, c’est-à-dire ℓ−ε<vn. Puisque wn→ℓ, il existe de même N2 tel que, pour tout n⩾N2, wn<ℓ+ε. Soit n0 le rang à partir duquel vn⩽un⩽wn.
pour tout n⩾max(N1,N2,n0) : ℓ−ε<vn⩽un⩽wn<ℓ+ε
⇒∣un−ℓ∣<ε
On a montré : pour tout ε>0, il existe un rang à partir duquel ∣un−ℓ∣<ε. C’est la définition de n→+∞limun=ℓ. C.Q.F.D.
12
Pour n∈N∗, on pose un=k=0∑nk!1 et vn=un+n×n!1 (avec 0!=1).
Justifie que (un) est croissante.
Démontre que vn+1−vn=−n×n!×(n+1)21, et conclus sur la monotonie de (vn).
Montre que (un) et (vn) sont adjacentes. On admet que leur limite commune est le nombre e. Calcule u4 et v4, et donne un encadrement de e d’amplitude inférieure à 0,02.
Voir le corrigé détaillé
1.un+1−un=(n+1)!1>0 : chaque terme ajouté est strictement positif, donc (un) est strictement croissante.
2.
vn+1−vn=(un+1−un)+(n+1)(n+1)!1−n×n!1
=(n+1)!1+(n+1)(n+1)!1−n×n!1
=n!1[(n+1)2n+2−n1]on met n!1 en facteur, avec (n+1)!=(n+1)n!
=n!1×n(n+1)2n(n+2)−(n+1)2
=−n×n!×(n+1)21n(n+2)−(n+1)2=−1
Cette quantité est strictement négative : (vn) est strictement décroissante.
3.vn−un=n×n!1→0 : (un) et (vn) sont donc adjacentes, et convergent vers la même limite, le nombre e.
u4=1+1+21+61+241
=2,7083
v4=u4+4×241
=2,7083+0,0104
=2,7187
Comme (un) croît et (vn) décroît vers e : 2,7083<e<2,7187, un encadrement d’amplitude 0,0104<0,02.
Niveau 4 — Problèmes de vie courante
13
Un emprunt à Dakar. Fatou emprunte 500000 F CFA auprès de sa banque à Dakar. Chaque mois, la banque ajoute 1% d’intérêt au capital restant dû, puis Fatou verse 30000 F CFA. On note un le capital restant dû après le n-ième versement, avec u0=500000.
Justifie que un+1=1,01un−30000, et détermine le point fixe ℓ de cette relation.
Exprime un en fonction de n.
Détermine le nombre de mensualités nécessaires pour que le prêt soit intégralement remboursé (un⩽0).
Voir le corrigé détaillé
1. Intérêt puis versement : un+1=1,01un−30000.
ℓ=1,01ℓ−30000
⇒0,01ℓ=30000
⇒ℓ=3000000
2.vn=un−3000000 est géométrique de raison 1,01, de premier terme v0=500000−3000000=−2500000.
vn=−2500000×1,01n
⇒un=3000000−2500000×1,01n
3. On cherche le plus petit n tel que un⩽0, soit 1,01n⩾1,2. Le calcul donne u18≈9500>0 et u19≈−20250<0 : le prêt est intégralement remboursé au cours du 19ᵉ mois (un peu plus d’un an et demi).
14
Un ballon qui rebondit, à Abidjan. Sur un terrain de basket, un ballon est lâché d’une hauteur de 3 m. À chaque rebond, il remonte à 60% de la hauteur précédente. On note hn la hauteur atteinte après le n-ième rebond, pour n⩾1.
Justifie que (hn) est géométrique, et calcule h5.
Exprime Sn=h1+h2+⋯+hn en fonction de n.
Détermine n→+∞limSn.
Voir le corrigé détaillé
1.hn=3×0,6n (géométrique de raison 0,6).
h5=3×0,65
=3×0,07776
≈0,233 m
2.
Sn=3×0,6×1−0,61−0,6nsomme géométrique, premier terme h1=1,8, raison 0,6
=4,5×(1−0,6n)
3. Comme −1<0,6<1, 0,6n→0, donc n→+∞limSn=4,5 m : la somme des hauteurs de rebond ne dépassera jamais 4,5 mètres.
15
Un étang près de Ndjamena. Un pisciculteur exploite un étang qui compte u0=500 poissons. Chaque année, 10% du stock disparaît (pêche, mortalité), et il réintroduit 200 alevins.
Justifie que un+1=0,9un+200, et détermine le point fixe ℓ.
Montre que vn=un−ℓ est géométrique, puis exprime un en fonction de n.
Étudie la convergence de (un) et interprète le résultat pour le pisciculteur.
Voir le corrigé détaillé
ℓ=0,9ℓ+200
⇒0,1ℓ=200
⇒ℓ=2000
2.vn=un−2000 est géométrique de raison 0,9, de premier terme v0=500−2000=−1500.
vn=−1500×0,9n
⇒un=2000−1500×0,9n
3. Comme −1<0,9<1, 0,9n→0, donc n→+∞limun=2000 : le stock de poissons, toujours croissant depuis 500, se stabilise durablement autour de 2000 individus — un équilibre entre prélèvement et réintroduction.
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Une suite (un) est arithmétique de raison r lorsque, pour tout n :
Explication : Une suite arithmétique passe d'un terme au suivant en ajoutant toujours la même raison r.
Une suite (un) est majorée s'il existe un réel M tel que :
Explication :M est un majorant : tous les termes de la suite restent inférieurs ou égaux à M.
La suite un=(−1)n est bornée mais :
Explication : Une suite bornée ne converge pas forcément : (−1)n oscille indéfiniment entre −1 et 1 sans jamais se stabiliser, elle n'a pas de limite.
Dire que n→+∞limun=ℓ signifie que :
Explication : C'est la définition rigoureuse de la convergence : aussi petit que soit l'intervalle autour de ℓ, tous les termes finissent par y entrer et y rester.
Parmi ces quatre formes, laquelle est une forme indéterminée ?
Explication : Les quatre formes indéterminées sont ∞−∞, 0×∞, ∞∞ et 00 : elles exigent de transformer l'écriture avant de conclure.
Soit q un réel avec −1<q<1. Que vaut n→+∞limqn ?
Explication : Pour −1<q<1, la suite géométrique (qn) tend vers 0. C'est différent du cas q⩽−1, où la suite n'a pas de limite.
Calcule n→+∞lim2n2+73n2−5n+1.
Explication : On factorise haut et bas par n2, le terme dominant : 2+7/n23−5/n+1/n2 les termes en 1/n tendent vers 0, il reste 23.
Pour lever la forme ∞−∞ dans n+1−n, la technique standard est de :
Explication : Multiplier par n+1+nn+1+n transforme la différence de racines en n+1+n1, qui tend vers 0.
Pour tout entier k⩾1 et tout réel q>1, les croissances comparées donnent :
Explication : Une suite géométrique de raison q>1 finit toujours par « écraser » n'importe quelle puissance de n : nkqn→+∞.
Soient (un), (vn), (wn) telles que vn⩽un⩽wn à partir d'un certain rang, avec (vn) et (wn) convergeant vers la même limite ℓ. Le théorème des gendarmes affirme que :
Explication : Coincée entre deux suites de même limite ℓ, (un) est forcée de converger elle aussi vers ℓ.
D'après le théorème de convergence monotone (admis), toute suite croissante et majorée :
Explication : C'est le théorème central de la section 4 : toute suite croissante et majorée converge (de même, décroissante et minorée). Il affirme l'existence de la limite, sans en donner la valeur.
Si (un) converge vers ℓ et f est continue en ℓ, avec un+1=f(un), alors ℓ vérifie nécessairement :
Explication :ℓ est un point fixe de f. Attention au piège classique : cette propriété ne prouve pas que la suite converge, elle dit seulement ce que vaudrait la limite si elle existe.
Pour un+1=0,5un+3 avec u0=1, on pose vn=un−ℓ où ℓ est le point fixe. La suite (vn) est alors :
Explication : Pour une suite arithmético-géométrique un+1=aun+b, la suite auxiliaire vn=un−ℓ (avec ℓ point fixe) est toujours géométrique de raison a, ici a=0,5.
Dans la construction graphique d'une suite récurrente un+1=f(un), si f est décroissante, l'allure typique est :
Explication : Quand f est décroissante, f∘f est croissante : les rangs pairs et impairs sont chacun monotones en sens contraire, et la construction dessine une spirale (colimaçon) autour du point fixe.
Dans un raisonnement par récurrence pour établir P(n) à partir du rang n0, l'étape « hérédité » consiste à démontrer que :
Explication : L'hérédité montre que la propriété se transmet d'un rang au suivant, en utilisant l'hypothèse de récurrence (HR) : P(n) vraie ⇒P(n+1) vraie.
Un piège classique en récurrence est de rédiger l'hérédité sans jamais utiliser :
Explication : Si la preuve de P(n+1) ne se sert jamais de l'hypothèse P(n) (HR), ce n'est pas une véritable récurrence.
Deux suites (vn) et (wn) sont dites adjacentes lorsque :
Explication : C'est la définition des suites adjacentes : l'une croissante, l'autre décroissante, et leur différence tend vers 0.
Deux suites adjacentes convergent toujours :
Explication : C'est le théorème des suites adjacentes : les deux suites convergent, et elles convergent vers la même limite ℓ.
Un capital de 100000 F CFA est placé à intérêt composé au taux annuel de 5%, avec un le capital après n années. Quelle relation de récurrence vérifie (un) ?
Explication : Chaque année, le capital augmente de 5% : un+1=un+0,05un=1,05un, une suite géométrique de raison 1,05.
Soit un=n+1n. Pour montrer que (un) est croissante avec la méthode du quotient, on doit comparer unun+1 à :
Explication : Pour une suite à termes strictement positifs, la méthode du quotient compare unun+1 à 1 : ici ce quotient vaut n(n+2)(n+1)2>1, donc la suite est strictement croissante.