Définir exp comme réciproque de ln et l'exploiter pleinement.
MathématiquesTerminaleChapitre 5 / 19⏱ 11 h
Ce que tu sauras faire à la fin
Manipuler les propriétés de l'exponentielle
Résoudre équations et inéquations exponentielles
Étudier une fonction du type e^u
Depuis le début de l'année, tu maîtrises le logarithme népérien : cette fonction ln qui transforme les produits en sommes, et qui permet de « redescendre » d'une puissance vers son exposant. Ce chapitre te présente sa fonction réciproque : la fonction exponentielle. Là où ln part d'un nombre strictement positif et renvoie un réel quelconque, l'exponentielle part d'un réel quelconque et renvoie toujours un nombre strictement positif. Les deux fonctions sont les deux faces d'une même pièce, et tu vas apprendre à passer sans effort de l'une à l'autre.
L'exponentielle n'est pas un objet abstrait réservé à la salle de classe : elle est la loi mathématique de tout ce qui croît ou décroît proportionnellement à ce qu'il est déjà. Une population qui grandit d'autant plus vite qu'elle est déjà nombreuse, une substance radioactive qui perd d'autant plus de noyaux qu'il lui en reste, un capital qui rapporte d'autant plus d'intérêts qu'il est déjà élevé : dans chacune de ces situations, une seule et même fonction gouverne l'évolution du phénomène. C'est elle que tu étudies dans ce chapitre, avec quatre exemples de modélisation concrets en section 7.
Au baccalauréat, la fonction exponentielle est incontournable : elle apparaît presque chaque année, seule ou combinée à d'autres fonctions, dans des études complètes (limites, dérivée, variations, tangentes) et dans des problèmes de modélisation. Les techniques que tu vas maîtriser ici — propriétés algébriques, dérivée de eu, résolution d'équations et d'inéquations — sont réutilisées dans presque tous les chapitres qui suivent, en particulier celui sur les équations différentielles.
Ce qui change par rapport à tes habitudes : jusqu'ici, une équation comme ex=5 restait hors de portée. Désormais, plus aucune équation de ce type ne te résiste : la fonction exponentielle, en tant que bijection, te donne le droit de composer par ln aussi naturellement que tu élèves au carré ou que tu prends une racine carrée. Prends ton temps sur la section 1 : toute la suite du chapitre en découle directement.
1Définition et propriétés algébriques
1.1 Rappel : le théorème de la bijection appliqué à ln
Dans le chapitre sur le logarithme népérien, tu as établi que ln est continue et strictement croissante sur ]0;+∞[, avec x→0+limlnx=−∞ et x→+∞limlnx=+∞.
Théorème
(Théorème de la bijection, rappel.) Soit f une fonction continue et strictement monotone sur un intervalle I. Alors f réalise une bijection de I sur l'intervalle image f(I) : tout élément de f(I) possède un unique antécédent dans I par f.
Appliqué à ln sur I=]0;+∞[, ce théorème affirme que ln est une bijection de ]0;+∞[ sur R (l'image d'un intervalle par une fonction continue est un intervalle, et les deux limites infinies donnent ln(I)=R tout entier). Autrement dit : pour tout réel x, l'équation ln(y)=x, d'inconnue y>0, admet une unique solution. C'est cette unique solution que l'on va nommer.
1.2 La fonction exponentielle
Définition
La fonction exponentielle, notée exp, est la fonction réciproque de ln : c'est la fonction définie sur R, à valeurs dans ]0;+∞[, qui à tout réel x associe l'unique nombre strictement positif exp(x) tel que ln(exp(x))=x. Autrement dit, pour tout réel x et tout réel y>0 :
y=exp(x)⟺x=ln(y)
Propriété
Pour tout réel x : ln(exp(x))=x. Pour tout réel x>0 : exp(ln(x))=x.
Attention
Les deux compositions n'ont pas le même domaine de validité. ln(exp(x))=x est vraie pour tout réel x, car exp(x) est toujours strictement positif : ln peut toujours s'appliquer. En revanche exp(ln(x))=x exige x>0 : ln(x) n'existe pas sinon.
1.3 Les nombres exp(0), exp(1) et l'écriture ex
Comme ln(1)=0, la définition donne directement exp(0)=1. Dans le chapitre précédent, tu as défini le nombre e comme l'unique réel positif tel que ln(e)=1 (avec e≈2,71828) ; la définition donne alors exp(1)=e.
Math & Co — Euler et la naissance de l'écriture ex
Le nombre e est étudié dès la fin du XVIIe siècle par les pionniers du calcul des probabilités et de l'analyse (voir l'encadré de la section 7), mais c'est le mathématicien suisse Leonhard Euler qui, dans son traité Introductio in analysin infinitorum publié en 1748, systématise la lettre e pour cette constante et démontre que la fonction exp coïncide, pour tout exposant réel, avec les puissances de e. C'est également Euler qui établit le lien entre l'exponentielle, les fonctions trigonométriques et les nombres complexes — la célèbre formule d'Eulereiθ=cosθ+isinθ, que tu retrouveras si tu poursuis en mathématiques après le baccalauréat.
La propriété algébrique (ea)n=ena, démontrée au paragraphe suivant, montre que exp(x) coïncide, pour x entier, avec la puissance n-ième de e au sens usuel. Cette cohérence autorise, pour tout réel x, à remplacer l'écriture exp(x) par l'écriture en puissance : on note désormais ex le nombre exp(x). On retiendra en particulier :
e0=1e1=eln(ex)=x(x∈R)elnx=x(x>0)
Exemple — calculer des valeurs exactes
eln5=5propriété elnx=x pour x>0
ln(e−3)=−3propriété ln(ex)=x
e0×e1=1×e=e
1.4 Propriétés algébriques
Comme le logarithme, la fonction exponentielle transforme une opération en une autre : elle envoie les sommes sur des produits — c'est l'opération inverse de celle de ln.
Propriété
Pour tous réels a et b, et pour tout entier relatif n :
ea+b=ea×ebe−a=ea1ea−b=ebea(ea)n=ena
Démonstration
Toutes ces égalités se démontrent de la même manière : on compare les images par ln des deux membres, puis on utilise le fait que ln est injective sur ]0;+∞[ (deux nombres strictement positifs de même image par ln sont égaux, puisque ln est une bijection).
Première formule. Les deux membres ea+b et ea×eb sont strictement positifs : on peut leur appliquer ln.
ln(ea+b)=a+bpropriété ln(ex)=x
ln(ea×eb)=ln(ea)+ln(eb)ln transforme un produit en somme
=a+b
Les nombres ea+b et ea×eb ont donc la même image par ln ; par injectivité, ils sont égaux.
Formules dérivées. En appliquant la première formule à a et −a : ea×e−a=e0=1, donc e−a=ea1. On en déduit ea−b=ea×e−b=ebea. Enfin (ea)n=ena se démontre par récurrence sur n∈N à partir de la première formule (ea×ea=e2a, puis e2a×ea=e3a, etc.), puis s'étend aux entiers négatifs grâce à e−a=1/ea. C.Q.F.D.
Attention
Pour tout réel x, ex>0 : l'exponentielle ne s'annule jamais et n'est jamais négative. Une équation comme ex=−3 n'a donc aucune solution dans R — inutile de chercher à la résoudre.
Exemple — simplifier une expression
Simplifions A=ex−1e3x×e−x+2 pour tout réel x.
e3x×e−x+2=e3x+(−x+2)
=e2x+2
A=ex−1e2x+2=e(2x+2)−(x−1)
=ex+3
2Limites et croissance comparée
2.1 Une inégalité fondamentale
Pour étudier le comportement de l'exponentielle en +∞ et en −∞, on part d'une inégalité déjà rencontrée dans le chapitre sur ln : pour tout réel X>0, ln(X)⩽X−1, avec égalité si et seulement si X=1.
Propriété
Pour tout réel t :
et⩾1+t
avec égalité si et seulement si t=0.
Démonstration
Soit t un réel. Le nombre X=et est strictement positif, donc l'inégalité ln(X)⩽X−1 rappelée ci-dessus s'applique.
ln(et)⩽et−1
t⩽et−1car ln(et)=t
⇒et⩾t+1
L'égalité dans ln(X)⩽X−1 a lieu si et seulement si X=1, c'est-à-dire et=1, c'est-à-dire t=0. C.Q.F.D.
2.2 Limites en +∞ et en −∞
Théorème
x→+∞limex=+∞x→−∞limex=0
Démonstration
En +∞. D'après l'inégalité fondamentale, ex⩾x+1 pour tout x. Or x→+∞lim(x+1)=+∞. Par comparaison, x→+∞limex=+∞.
En −∞. On pose X=−x, de sorte que X→+∞ quand x→−∞.
ex=e−X=eX1
or eX→+∞ quand X→+∞
⇒eX1→0
Donc x→−∞limex=0 (la limite vaut 0+, car ex>0 toujours). C.Q.F.D.
Géométriquement, cette seconde limite signifie que la courbe de la fonction exponentielle admet la droite d'équation y=0 (l'axe des abscisses) comme asymptote horizontale en −∞ (voir la courbe, section 4).
2.3 Croissances comparées
En +∞, l'exponentielle l'emporte sur n'importe quelle puissance de x : même si xn part très vite, ex finit toujours par le dépasser durablement. C'est ce que précisent les croissances comparées.
Théorème
x→+∞limxex=+∞x→−∞limxex=0x→0limxex−1=1
Démonstration
Première limite. Pour x>0, on applique l'inégalité fondamentale à t=2x : ex/2⩾1+2x>0. Les deux membres étant positifs, on peut élever au carré sans changer le sens de l'inégalité.
ex=(ex/2)2⩾(1+2x)2
=1+x+4x2
⇒ex>4x2 pour x>0
⇒xex>4x pour x>0
Comme x→+∞lim4x=+∞, le théorème de comparaison donne x→+∞limxex=+∞.
Deuxième limite. On pose X=−x→+∞ : xex=−Xe−X=−eXX. Or XeX→+∞ (limite précédente), donc son inverse eXX→0, d'où xex→0 quand x→−∞.
Troisième limite. L'inégalité fondamentale en t=x donne ex−1⩾x. En t=−x : e−x⩾1−x ; pour x<1, 1−x>0, donc en passant à l'inverse (quantités positives) : ex⩽1−x1, soit ex−1⩽1−xx. On a donc, pour tout x<1, x⩽ex−1⩽1−xx. En divisant par x (le sens de l'inégalité s'inverse si x<0), on obtient dans les deux cas — x→0+ et x→0− — un encadrement de xex−1 entre 1 et 1−x1, qui tend vers 1. Par le théorème des gendarmes, x→0limxex−1=1. C.Q.F.D.
Généralisation (admise). La méthode de la première limite s'adapte à n'importe quelle puissance : pour tout entier naturel n⩾1,
x→+∞limxnex=+∞x→−∞limxnex=0
On dit que l'exponentielle l'emporte sur toutes les puissances de x. C'est ce que montre la figure 1, avec n=3.
Figure 1 — Comparaison de ex et de x3 : la puissance dépasse un temps l'exponentielle, entre x≈1,86 et x≈4,54, mais celle-ci l'emporte définitivement au-delà.
Exemple — calculer une limite en +∞
Déterminons x→+∞limex+53ex−2.
pour x=0, on factorise par ex au numérateur et au dénominateur
ex+53ex−2=ex(1+5e−x)ex(3−2e−x)=1+5e−x3−2e−x
quand x→+∞ : e−x→0
⇒ex+53ex−2→1+03−0=3
Exemple — croissance comparée avec un polynôme
Déterminons x→−∞lim(x2−3x+1)ex.
(x2−3x+1)ex=x2ex−3xex+ex
or, quand x→−∞ : x2ex→0, xex→0 et ex→0croissances comparées
⇒(x2−3x+1)ex→0−0+0=0
3Dérivée de eu
3.1 Dérivée de la fonction exponentielle
Théorème
On admet le résultat suivant sur la dérivée d'une fonction réciproque. Soit f une bijection dérivable d'un intervalle I sur un intervalle J, telle que f′ ne s'annule en aucun point de I. Alors f−1 est dérivable en tout point y0=f(x0) de J, et :
(f−1)′(y0)=f′(x0)1=f′(f−1(y0))1
Démonstration
On applique ce théorème à f=ln, bijection dérivable de I=]0;+∞[ sur J=R, avec ln′(X)=X1=0 pour tout X>0. La fonction réciproque ln−1=exp est donc dérivable en tout réel x, et :
exp′(x)=ln′(exp(x))1
=exp(x)11ln′(X)=1/X appliqué en X=exp(x)
=exp(x)
La fonction exponentielle est donc dérivable sur R et est sa propre dérivée. C.Q.F.D.
Propriété
La fonction x↦ex est dérivable sur R, et pour tout réel x :
(ex)′=ex
Cette égalité est unique en son genre : exp est, à un facteur multiplicatif près, la seule fonction égale à sa propre dérivée — propriété que tu retrouveras si tu étudies les équations différentielles (section 7).
3.2 Dérivée de eu
Soit u une fonction dérivable sur un intervalle I. La fonction x↦eu(x) est la composée de u par la fonction exponentielle. En appliquant la formule de dérivation d'une composée, (g∘u)′=u′×(g′∘u), avec g=exp et g′=exp, on obtient :
Propriété
Si u est dérivable sur un intervalle I, alors x↦eu(x) est dérivable sur I, et pour tout x∈I :
(eu)′=u′×eu
Attention
L'erreur la plus fréquente est d'oublier le facteur u′ : (eu(x))′ n'est pas égal à eu(x), sauf si u′(x)=1. Par exemple (e2x)′=2e2x, et non e2x.
Méthode — dériver une fonction contenant eu
1. Repérer l'exposant u(x) et calculer u′(x). 2. Appliquer (eu)′=u′eu, en combinant si nécessaire avec les formules de somme, produit ou quotient déjà connues. 3. Ne jamais chercher à « simplifier » eu(x) seul : cette expression ne se factorise pas et ne s'annule jamais.
Exemple — dérivées directes
f(x)=e5x−3 : u(x)=5x−3, u′(x)=5
⇒f′(x)=5e5x−3
g(x)=e−x2+1 : u(x)=−x2+1, u′(x)=−2x
⇒g′(x)=−2xe−x2+1
Exemple — combiner avec un produit
Dérivons h(x)=x2ex sur R, en posant v(x)=x2 et w(x)=ex, avec (vw)′=v′w+vw′.
v′(x)=2x et w′(x)=ex
h′(x)=2xex+x2ex
=x(2+x)exfactorisation par xex
Comme ex>0 toujours, le signe de h′(x) est celui de x(2+x) : une remarque essentielle pour étudier les variations d'une fonction contenant eu, comme en section 4.
4Étude de la fonction exponentielle
4.1 Sens de variation et tableau de variations
Rassemblons les résultats des sections précédentes : la fonction exponentielle est définie et dérivable sur R, de dérivée (ex)′=ex, strictement positive pour tout x (section 1). Le signe de la dérivée donne directement le sens de variation.
Propriété
La fonction exponentielle est strictement croissante sur R. Elle réalise une bijection de R sur ]0;+∞[.
x
−∞
+∞
signe de (ex)′
+
variations de ex
0
↗
+∞
Cette stricte croissance a une conséquence immédiate, très utilisée dans les sections 5 et 6 :
Propriété
Pour tous réels a et b :
ea=eb⟺a=bea<eb⟺a<b
Attention
Même très négatif, x donne toujours ex strictement positif : la courbe se rapproche de l'axe des abscisses sans jamais le toucher ni le traverser. Écrire ex=0 ou ex<0 est toujours faux, quel que soit x.
4.2 Tangentes remarquables
La tangente à la courbe de exp au point d'abscisse a a pour équation y=f(a)+f′(a)(x−a), soit ici y=ea+ea(x−a)=ea(x−a+1), puisque f=f′=exp.
Exemple — tangente en 0 et tangente en 1
en a=0 : e0=1, (ex)′(0)=1
⇒tangente T0 : y=1+1×(x−0)=x+1
en a=1 : e1=e, (ex)′(1)=e
⇒tangente T1 : y=e+e(x−1)=ex
Deux remarques méritent d'être retenues. D'abord, T0 a pour coefficient directeur 1 : c'est exactement la limite x→0limxex−1=1 établie en section 2, puisque ce taux de variation en 0est le nombre dérivé exp′(0). Ensuite, fait remarquable, T1 a pour équation y=ex : elle passe par l'origine O du repère.
Figure 2 — La courbe de la fonction exponentielle, sa tangente T0 au point A(0;1) — de pente 1 — et sa tangente T1 au point B(1;e) — de pente e, qui passe par l'origine.
Propriété
Pour tout réel x, ex⩾x+1 (inégalité fondamentale, section 2) : la courbe de l'exponentielle est donc entièrement au-dessus de sa tangente T0, sauf au point de tangence (0;1) où les deux coïncident.
4.3 Symétrie avec la courbe de ln
Les fonctions exp et ln sont réciproques l'une de l'autre : un point M(x;y) appartient à la courbe de exp si et seulement si y=ex, c'est-à-dire x=lny, c'est-à-dire que le point M′(y;x) — symétrique de M par rapport à la droite d'équation y=x — appartient à la courbe de ln.
Propriété
Dans un repère orthonormé, les courbes représentatives des fonctions exp et ln sont symétriques l'une de l'autre par rapport à la droite d'équation y=x.
Figure 3 — Les courbes de exp et de ln sont symétriques par rapport à la droite y=x : par exemple, (0;1) sur la courbe de exp correspond à (1;0) sur la courbe de ln, et (1;e) correspond à (e;1).
Exemple — comparer sans calculatrice
Comparons e2 et e1,4.
2≈1,41421, donc 2>1,4
exp est strictement croissante sur R
⇒e2>e1,4
5Équations et inéquations
5.1 Égalités et comparaisons directes
La stricte croissance de l'exponentielle (section 4) permet de résoudre directement de nombreuses équations et inéquations, sans jamais recourir à ln.
Méthode — résoudre eu(x)=ev(x)
Par injectivité de l'exponentielle (section 4), eu(x)=ev(x)⟺u(x)=v(x) : on se ramène ainsi à une équation sans exponentielle. Le même principe transforme une inéquation eu(x)<ev(x) en u(x)<v(x), sans changer le sens de l'inégalité, car l'exponentielle est croissante.
Exemple — équation et inéquation directes
e2x−1=ex+3
⟺2x−1=x+3injectivité de l'exponentielle
⟺x=4
L'unique solution est x=4.
e3−x⩾e2x
⟺3−x⩾2xexponentielle strictement croissante
⟺3⩾3x
⟺x⩽1
L'ensemble des solutions est ]−∞;1].
5.2 Équations et inéquations du type eu(x)=k
Méthode — résoudre eu(x)=k
Deux cas, selon le signe de k. Si k⩽0 : aucune solution, car eu(x)>0 toujours. Si k>0 : on compose par ln (strictement croissant sur ]0;+∞[), ce qui préserve l'équivalence :
eu(x)=k⟺u(x)=lnk
Exemple — équations du type eu(x)=k
e2x+1=7
⟺2x+1=ln77>0, on compose par ln
⟺x=2ln7−1
L'équation ex2=−4 n'a, elle, aucune solution : le membre de droite est négatif.
5.3 Équations polynomiales en ex : la substitution X=ex
Certaines équations font apparaître ex et e2x=(ex)2 : on les ramène à une équation du second degré grâce au changement d'inconnue X=ex.
Méthode — substitution X=ex
1. Poser X=ex, avec la contrainte X>0. 2. Réécrire l'équation (ou l'inéquation) en X et la résoudre. 3. Ne conserver que les solutions X>0. 4. Revenir à x grâce à x=lnX pour chaque valeur de X retenue.
Attention
Une solution X⩽0 obtenue en résolvant l'équation en X doit être rejetée : elle ne correspond à aucun réel x, puisque ex ne peut ni s'annuler ni être négatif. C'est l'erreur la plus fréquente de cette méthode.
Exemple — équation du second degré en ex
Résolvons e2x−5ex+6=0 dans R.
on pose X=ex>0
X2−5X+6=0
Δ=(−5)2−4×1×6=25−24=1
⇒X=25−1=2 ou X=25+1=3
les deux solutions sont >0 : on les garde toutes les deux
ex=2⟺x=ln2 ; ex=3⟺x=ln3
L'ensemble des solutions est {ln2;ln3}.
Exemple — inéquation avec substitution
Résolvons e2x−ex−2⩽0 dans R.
on pose X=ex>0 : X2−X−2⩽0
racines de X2−X−2 : Δ=1+8=9, X=21−3=−1 ou X=21+3=2
parabole tournée vers le haut : X2−X−2⩽0⟺X∈[−1;2]
combiné à X>0 : X∈]0;2]
⟺ex⩽2
⟺x⩽ln2exponentielle strictement croissante
L'ensemble des solutions est ]−∞;ln2].
6Exponentielle de base a
6.1 Définition
Tu connais déjà an pour a>0 et n entier. Comment donner un sens à ax lorsque x est un réel quelconque, par exemple 22 ? L'exponentielle permet de répondre.
Définition
Soit a un réel strictement positif. Pour tout réel x, on pose :
ax=exlna
Attention
Cette définition exige a>0 : lna n'existe pas sinon. L'écriture (−2)x ou 0x pour x réel quelconque n'a donc pas de sens dans ce cadre (au contraire de (−2)n pour nentier, qui reste défini au sens usuel).
Démonstration
Vérifions que cette définition prolonge bien la puissance usuelle : pour n entier et a>0,
an (nouvelle définition) =enlna=(elna)npropriété (eu)n=enu
=an (sens usuel)car elna=a
Les deux définitions coïncident bien sur les entiers. C.Q.F.D.
Pour a=e, on retrouve ex=exlne=ex×1=ex : cohérent. Les propriétés algébriques de la section 1 se transmettent sans changement : pour a,b>0 et x,y∈R, ax+y=axay, a−x=ax1, (ax)y=axy, (ab)x=axbx.
Exemple — calculer avec des puissances réelles
22=e2ln2
1x=exln1=ex×0=e0=1pour tout réel x : 1x=1
32×3−0,5=32−0,5=31,5propriété axay=ax+y
6.2 Étude selon la valeur de a
Soit a>0. La fonction x↦ax=exlna est la composée de x↦xlna (affine) par exp ; elle est dérivable sur R.
Propriété
Pour a>0, la fonction x↦ax est dérivable sur R, et pour tout réel x :
(ax)′=lna×ax
Comme ax>0 toujours, le signe de la dérivée est celui de lna, ce qui détermine entièrement le sens de variation :
Valeur de a
Signe de lna
Sens de variation de ax
0<a<1
lna<0
strictement décroissante
a=1
lna=0
constante, égale à 1
a>1
lna>0
strictement croissante
Dans tous les cas, a0=1 : toutes les courbes passent par le point (0;1), comme le montre la figure 4.
Méthode — étudier ou comparer ax
Pour étudier les variations de ax, ou pour résoudre une (in)équation ax≶k, on revient systématiquement à la définition ax=exlna : on retrouve alors les techniques des sections 4 et 5, en gardant à l'esprit que le sens de variation dépend du signe de lna.
Figure 4 — Faisceau des fonctions x↦ax pour a∈{0,35;0,6;1;1,8;e;3,2} : toutes passent par (0;1) ; croissantes pour a>1, constante pour a=1, décroissantes pour 0<a<1.
Exemple — résoudre une inéquation en base a
Résolvons 0,5x⩽0,2 dans R.
0,5x=exln0,5⩽0,2
⟺xln0,5⩽ln0,2composition par ln, croissant sur ]0;+∞[
ln0,5<0
⟺x⩾ln0,5ln0,2division par un nombre négatif : le sens s'inverse
Numériquement, ln0,5ln0,2≈−0,693−1,609≈2,32 : l'ensemble des solutions est [ln0,5ln0,2;+∞[.
7Modélisation
7.1 L'équation y′=ky
De nombreux phénomènes évoluent à une vitesse proportionnelle à la quantité déjà présente : plus il y a de bactéries, plus la population croît vite ; plus il reste de noyaux radioactifs, plus il s'en désintègre par seconde. Mathématiquement, cela s'écrit y′=ky, où y est la quantité étudiée en fonction du temps t, et k une constante réelle.
Théorème
Soit k un réel. Les solutions, sur R, de l'équation différentielle y′=ky sont exactement les fonctions t↦Cekt, où C est une constante réelle. La solution vérifiant de plus y(0)=y0 est unique : y(t)=y0ekt.
Démonstration
On vérifie sans peine que toute fonction y(t)=Cekt est solution : y′(t)=C×kekt=ky(t). (La réciproque — toute solution est de cette forme — est un résultat d'unicité que l'on admet ; il sera démontré dans le chapitre sur les équations différentielles.) Enfin y(0)=Ce0=C, donc la condition y(0)=y0 impose C=y0. C.Q.F.D. (pour la partie démontrée)
On appelle cette famille de fonctions des modèles exponentiels : k>0 modélise une croissance (population, capital), k<0 une décroissance (radioactivité, refroidissement).
Méthode — déterminer k à partir de deux données
Si l'on connaît y0=y(0) et une valeur y(t1) à un instant t1=0, on résout y0ekt1=y(t1), c'est-à-dire ekt1=y0y(t1), d'où k=t11ln(y0y(t1)).
7.2 Croissance d'une population
Exemple — population de Yaoundé (modèle simplifié)
On modélise la population P(t) de l'agglomération de Yaoundé, en millions d'habitants, t années après une année de référence, par P(t)=P0ekt, avec P0=1,5 et k=0,045 (soit une croissance d'environ 4,5% par an).
P(20)=1,5e0,045×20=1,5e0,9
≈1,5×2,4596
≈3,69 millions d'habitants
Figure 5 — Modèle simplifié de la population de Yaoundé (en millions d'habitants), P(t)=1,5e0,045t, t en années depuis l'année de référence : P(0)=1,5 et P(20)≈3,69.
Une quantité de matière radioactive N(t)=N0e−λt (avec λ>0, la constante radioactive) est réduite de moitié au bout d'une durée T1/2, la demi-vie, indépendante de N0 :
N(T1/2)=2N0
⟺e−λT1/2=21
⟺−λT1/2=−ln2
⇒T1/2=λln2
Math & Co — Rutherford et la demi-vie
C'est le physicien néo-zélandais Ernest Rutherford qui introduit en 1907 la notion de « période » (demi-vie) pour décrire la décroissance radioactive, en étudiant le radon. Il applique cette loi exponentielle à la datation des roches, posant les bases de la datation radiométrique qui permettra, des décennies plus tard, d'estimer l'âge de la Terre à environ 4,5 milliards d'années — bien loin des quelques dizaines de millions d'années encore envisagés à la fin du XIXe siècle.
La loi de refroidissement de Newton suit le même modèle : la température θ(t) d'un corps plongé dans un milieu à température ambiante θamb constante vérifie θ(t)=θamb+(θ0−θamb)e−kt, avec k>0 : l'écart à la température ambiante décroît exponentiellement.
Math & Co — Bernoulli et la naissance du nombre e
En 1683, le mathématicien suisse Jacob Bernoulli étudie un problème d'intérêts composés : que devient un capital si les intérêts, au lieu d'être versés une fois par an, sont versés continûment ? Il montre que la limite, quand le nombre de versements annuels tend vers l'infini, existe et est encadrée entre 2 et 3 — sans toutefois nommer cette limite. Il s'agit du nombre que l'on appelle aujourd'hui e. C'est ainsi, par un problème de finance, que le nombre e fait sa première apparition dans l'histoire des mathématiques.
Un capital C0 placé à un taux annuel r, avec des intérêts composés en continu, vaut à l'instant t (en années) :
C(t)=C0ert
C'est exactement la limite évoquée par Bernoulli : le cas k=r de l'équation y′=ky.
Fiche mémo
ex=exp(x) est l'unique réel >0 tel que ln(ex)=x ; elnx=x pour x>0.
e0=1, e1=e≈2,71828, et ex>0 pour tout réel x.
ea+b=eaeb ; e−a=ea1 ; ea−b=ebea ; (ea)n=ena.
Inégalité fondamentale : ex⩾x+1 pour tout x (égalité en 0 seulement).
Calcule la dérivée de chacune des fonctions suivantes, définies sur R : f(x)=e3x−1 ; g(x)=e−x2+4x ; h(x)=e5−2x ; k(x)=ex2+1.
Voir le corrigé détaillé
f(x)=eu(x) avec u(x)=3x−1, u′(x)=3⇒f′(x)=3e3x−1
u(x)=−x2+4x, u′(x)=−2x+4⇒g′(x)=(−2x+4)e−x2+4x
u(x)=5−2x, u′(x)=−2⇒h′(x)=−2e5−2x
u(x)=x2+1, u′(x)=2x⇒k′(x)=2xex2+1
4
Résous dans R : ex=7 ; e2x−1=1 ; ex=e3x−4 ; e−x=e2.
Voir le corrigé détaillé
ex=7⟺x=ln7
e2x−1=1=e0⟺2x−1=0⟺x=21
ex=e3x−4⟺x=3x−4⟺−2x=−4⟺x=2
e−x=e2⟺−x=2⟺x=−2
5
Résous dans R : ex>5 ; e−x⩽3 ; e2x−3⩾1.
Voir le corrigé détaillé
ex>5⟺x>ln5
e−x⩽3⟺−x⩽ln3⟺x⩾−ln3
e2x−3⩾1=e0⟺2x−3⩾0⟺x⩾23
Niveau 2 — Approfondissement
6
Soit f(x)=(x−2)ex, définie sur R. Détermine les limites de f en −∞ et en +∞, calcule f′(x), étudie son signe, et dresse le tableau de variations de f.
Voir le corrigé détaillé
Limites.
en +∞ : (x−2)→+∞ et ex→+∞
⇒x→+∞limf(x)=+∞produit de deux limites +∞
en −∞ : f(x)=xex−2ex
or xex→0 et ex→0croissances comparées
⇒x→−∞limf(x)=0
Dérivée.f=uv avec u(x)=x−2, u′(x)=1, v(x)=ex, v′(x)=ex.
f′(x)=1×ex+(x−2)×ex
=(1+x−2)ex
=(x−1)ex
Comme ex>0 toujours, le signe de f′(x) est celui de (x−1) : négatif sur ]−∞;1[, nul en 1, positif sur ]1;+∞[. f(1)=(1−2)e1=−e.
x
−∞
1
+∞
signe de f′(x)
−
0
+
variations de f
0
↘
−e
↗
+∞
7
1. Résous dans R l'équation e2x−4ex−5=0 (on posera X=ex). 2. Résous dans R l'inéquation e2x−4ex−5⩾0.
Voir le corrigé détaillé
1. On pose X=ex>0.
X2−4X−5=0
Δ=(−4)2−4×1×(−5)=16+20=36
⇒X=24−6=−1 ou X=24+6=5
X=−1 rejetée (négative) ; X=5>0 conservée
ex=5⟺x=ln5
L'unique solution est x=ln5.
2. Le trinôme X2−4X−5=(X−5)(X+1) est du signe de son coefficient dominant (positif) à l'extérieur des racines : X2−4X−5⩾0⟺X⩽−1 ou X⩾5. Combiné à la contrainte X=ex>0, seule subsiste X⩾5.
⟺ex⩾5
⟺x⩾ln5
L'ensemble des solutions est [ln5;+∞[.
8
On pose f(x)=3x, pour x∈R.
Écris f(x) sous la forme e….
Calcule f′(x) et déduis-en le sens de variation de f sur R.
Résous dans R l'inéquation 3x⩾5.
Voir le corrigé détaillé
1. Par définition de l'exponentielle de base a (section 6) : f(x)=3x=exln3.
2.
f′(x)=ln3×exln3=ln3×3x
ln3>0 et 3x>0 pour tout x
⇒f′(x)>0 pour tout x
f est donc strictement croissante sur R.
3.
3x⩾5
⟺exln3⩾eln5
⟺xln3⩾ln5exponentielle strictement croissante
⟺x⩾ln3ln5ln3>0
Numériquement, ln3ln5≈1,465 : l'ensemble des solutions est [ln3ln5;+∞[.
9
Détermine x→+∞limex+xex−1 puis x→−∞limex+xex−1.
Voir le corrigé détaillé
En +∞. On factorise par ex au numérateur et au dénominateur.
ex+xex−1=ex(1+xe−x)ex(1−e−x)=1+xe−x1−e−x
quand x→+∞ : e−x→0 et xe−x→0croissance comparée
⇒ex+xex−1→1+01−0=1
En −∞. Ici, pas besoin de factoriser : chaque terme a une limite connue.
numérateur : ex−1→0−1=−1
dénominateur : ex+x→0+(−∞)=−∞
⇒ex+xex−1→−∞−1=0
Niveau 3 — Type bac
10
Restitution organisée de connaissances. On rappelle que, pour tout réel X>0, ln(X)⩽X−1.
Démontre que, pour tout réel t, et⩾1+t.
En déduire que x→+∞limex=+∞.
Voir le corrigé détaillé
1. Soit t un réel. Le nombre X=et est strictement positif, donc l'inégalité rappelée s'applique à X.
ln(et)⩽et−1
t⩽et−1car ln(et)=t
⇒et⩾t+1
L'inégalité est donc établie pour tout réel t.
2.
pour tout x, ex⩾x+1question 1, avec t=x
x→+∞lim(x+1)=+∞
⇒x→+∞limex=+∞théorème de comparaison
11
On considère la fonction f définie sur R par f(x)=xe−x.
Détermine les limites de f en −∞ et en +∞. Interprète graphiquement le second résultat.
Calcule f′(x), étudie son signe, et dresse le tableau de variations de f sur R.
Détermine une équation de la tangente T à la courbe de f au point d'abscisse 0.
Trace l'allure de la courbe de f.
Voir le corrigé détaillé
1. Limites.
en −∞, on pose X=−x→+∞ : f(x)=xe−x=−XeX
or XeX→+∞ quand X→+∞produit de deux limites +∞
⇒x→−∞limf(x)=−∞
en +∞ : f(x)=xe−x=exx
⇒x→+∞limf(x)=0croissance comparée
La droite d'équation y=0 est donc asymptote horizontale à la courbe de f en +∞.
2. Dérivée.f=uv avec u(x)=x, u′(x)=1, v(x)=e−x, v′(x)=−e−x.
f′(x)=1×e−x+x×(−e−x)
=(1−x)e−x
Comme e−x>0 toujours, le signe de f′(x) est celui de (1−x) : positif sur ]−∞;1[, nul en 1, négatif sur ]1;+∞[. f(1)=1×e−1=e1.
x
−∞
1
+∞
signe de f′(x)
+
0
−
variations de f
−∞
↗
e1
↘
0
3. Tangente en 0.f(0)=0×e0=0 ; f′(0)=(1−0)e0=1.
T:y=f(0)+f′(0)(x−0)
=0+1×x
=x
4. Courbe.
Figure 6 — Courbe de f(x)=xe−x : maximum en x=1 (valeur 1/e), tangente T:y=x à l'origine, asymptote horizontale y=0 en +∞.
12
On considère f(x)=e2x−ex−2, définie sur R.
Résous dans R l'équation f(x)=0.
Résous dans R l'inéquation f(x)⩽0.
Que peux-tu en déduire sur la position relative des courbes de x↦e2x et x↦ex+2 ?
Voir le corrigé détaillé
1. On pose X=ex>0.
X2−X−2=0
Δ=(−1)2−4×1×(−2)=1+8=9
⇒X=21−3=−1 ou X=21+3=2
X=−1 rejetée ; X=2>0 conservée
ex=2⟺x=ln2
L'unique solution est x=ln2.
2.X2−X−2=(X−2)(X+1) est négatif ou nul entre les racines : X2−X−2⩽0⟺X∈[−1;2]. Combiné à X=ex>0, il reste X∈]0;2].
⟺ex⩽2
⟺x⩽ln2
L'ensemble des solutions est ]−∞;ln2].
3.f(x)⩽0 signifie e2x⩽ex+2. D'après la question 2, ceci a lieu exactement pour x⩽ln2 : la courbe de x↦e2x est donc en dessous de celle de x↦ex+2 sur ]−∞;ln2], les deux courbes se croisent au point d'abscisse ln2, et la courbe de x↦e2x repasse au-dessus ensuite.
13
Vrai ou faux ? Pour chacune des affirmations suivantes, indique si elle est vraie ou fausse, et justifie (par une démonstration ou un contre-exemple).
Pour tout réel x, ex>x.
La fonction x↦e−x est strictement croissante sur R.
Pour tous réels a et b, ea+b=ea+eb.
L'équation ex=−2 admet une solution dans R.
x→+∞limx10ex=+∞.
Voir le corrigé détaillé
a. Vrai. On a démontré ex⩾x+1 pour tout réel x (section 2). Comme x+1>x toujours, on en déduit ex⩾x+1>x, donc ex>x pour tout réel x.
b. Faux. La fonction x↦−x est décroissante, et exp est croissante : la composée x↦e−x est donc décroissante sur R. Contre-exemple : e−0=1 et e−1=e1≈0,368 ; quand x passe de 0 à 1, e−x diminue.
c. Faux. La propriété exacte est ea+b=ea×eb (produit, non somme). Contre-exemple : pour a=b=0, e0+0=e0=1, alors que e0+e0=1+1=2=1.
d. Faux. Pour tout réel x, ex>0 (section 1) : l'équation ex=−2 n'a donc aucune solution, puisque −2<0.
e. Vrai. C'est la généralisation admise des croissances comparées (section 2) : pour tout entier n⩾1, x→+∞limxnex=+∞. Ce résultat, démontré en cours pour n=1 par un encadrement, s'étend à n=10 : quelle que soit la puissance, l'exponentielle finit toujours par l'emporter.
Niveau 4 — Problèmes de vie courante
14
La population de Ndjaména. On modélise la population de Ndjaména (en milliers d'habitants) par P(t)=P0ekt, où t est le nombre d'années écoulées depuis 2010. En 2010, la population était d'environ 1000 milliers d'habitants (un million), et en 2020 elle atteignait environ 1500 milliers d'habitants.
Donne la valeur de P0.
Montre que k=101ln(1,5).
Calcule la population prévue par ce modèle en 2030 (valeur exacte, puis arrondie au millier).
Détermine, par le calcul, l'année à partir de laquelle la population dépasserait 2 millions d'habitants selon ce modèle.
Voir le corrigé détaillé
1.P0=P(0) est la population en 2010 : P0=1000 (en milliers).
2.
P(10)=1000e10k=1500
⟺e10k=1,5
⟺10k=ln(1,5)
⟺k=101ln(1,5)
3. En 2030, t=20=2×10 : on exploite e10k=1,5 pour éviter tout arrondi intermédiaire.
P(20)=1000e20k=1000(e10k)2
=1000×(1,5)2
=2250 milliers d'habitants, soit 2,25 millions
4. On cherche t tel que P(t)=2000.
1000ekt=2000
⟺ekt=2
⟺t=kln2=ln1,510ln2
Numériquement, t≈0,405510×0,6931≈17,1 ans après 2010 : c'est au cours de l'année 2027 que la population dépasserait 2 millions d'habitants, selon ce modèle.
15
Imagerie médicale à Dakar. Dans un service de médecine nucléaire à Dakar, on utilise du technétium 99m pour un examen d'imagerie. Cet isotope radioactif a une demi-vie de 6 heures : la quantité N(t) (en MBq, mégabecquerels) présente après t heures suit la loi N(t)=N0e−λt.
À l'aide de la formule T1/2=λln2 établie en cours, calcule une valeur approchée de λ (en h−1), au millième.
Une dose initiale N0=800 MBq est injectée. Calcule, par un calcul exact (sans arrondi intermédiaire), la quantité restante après 12 heures.
Détermine, par le calcul, au bout de combien d'heures la quantité de traceur devient strictement inférieure à 50 MBq.
Voir le corrigé détaillé
1.
λ=T1/2ln2=6ln2
≈60,6931
≈0,116h−1
2. On remarque que 12=2×6 heures, soit deux demi-vies : e−6λ=21.
N(12)=800e−12λ=800(e−6λ)2
=800×(21)2
=800×41
=200 MBq
3. On cherche t tel que N(t)<50.
800e−λt<50
⟺e−λt<80050=161
⟺−λt<−ln16ln croissant, ln161=−ln16
⟺t>λln16=ln2/64ln2=4×6
⟺t>24
La quantité de traceur passe strictement sous 50 MBq après 24 heures. On retrouve ce résultat plus directement en remarquant que 50=16800=24800 : il faut exactement 4 demi-vies, soit 4×6=24 heures.
16
Une tasse de thé à Bamako. À Bamako, où la température ambiante est stable à 30°C, un thé est servi à 90°C. Sa température θ(t) (en °C), t minutes après avoir été servi, vérifie la loi de refroidissement de Newton θ(t)=30+60e−kt, avec k>0. On observe qu'après 10 minutes, la température du thé est de 60°C.
Vérifie que θ(0)=90°C, et donne une interprétation du nombre 30 dans l'expression de θ(t).
Montre que k=101ln2.
Calcule la température du thé après 20 minutes (valeur exacte, sans arrondi intermédiaire).
Le thé est bu lorsqu'il atteint 40°C. Détermine, par le calcul, au bout de combien de minutes cela se produit (arrondis à la minute).
Voir le corrigé détaillé
1.θ(0)=30+60e0=30+60=90°C : c'est bien la température de service. Le nombre 30 est la température ambiante : c'est la limite de θ(t) quand t→+∞, la température vers laquelle le thé se refroidit.
2.
θ(10)=30+60e−10k=60
⟺e−10k=6030=21
⟺−10k=ln21=−ln2
⟺k=101ln2
3.20=2×10 minutes : on réutilise e−10k=21.
θ(20)=30+60e−20k=30+60(e−10k)2
=30+60×41
=30+15=45°C
4. On cherche t tel que θ(t)=40.
30+60e−kt=40
⟺e−kt=6010=61
⟺−kt=−ln6
⟺t=kln6=ln210ln6
Numériquement, t≈0,693110×1,7918≈25,8 : le thé est buvable au bout d'environ 26 minutes.
17
Un placement à Montréal. Léa habite à Montréal. Elle place 2000 $ dans un compte à intérêts composés en continu, au taux annuel de 3%. Le capital C(t), en dollars, après t années, est modélisé par C(t)=2000e0,03t.
Calcule le capital après 5 ans (arrondi au dollar).
Montre que le temps nécessaire pour que le capital double est T=0,03ln2 années, puis donne une valeur approchée de T à l'année près.
Détermine, par le calcul, au bout de combien d'années le capital dépassera 3000 $.
Voir le corrigé détaillé
1.
C(5)=2000e0,03×5=2000e0,15
≈2000×1,16183
≈2324 $
2. Le capital double lorsque C(t)=2×2000=4000.
2000e0,03t=4000
⟺e0,03t=2
⟺0,03t=ln2
⟺t=0,03ln2=T
Numériquement, T≈0,030,6931≈23 ans.
3. On cherche t tel que C(t)>3000.
2000e0,03t>3000
⟺e0,03t>1,5
⟺0,03t>ln1,5
⟺t>0,03ln1,5≈13,5
Le capital dépasse 3000 $ à partir de la 14e année de placement.
Teste-toi gratuitement
8 questions
Nombres complexes : forme algébrique et trigonométrique
Commencer →
8 questions
Logarithme népérien et exponentielle
Commencer →
📝 QCM de fin de leçon — 20 questions
Coche une réponse par question, puis clique sur « Vérifier mes réponses » : tu obtiens ta note sur 20 avec la correction détaillée de chaque question.
La fonction exponentielle, notée exp, est définie comme :
Explication : Par définition, exp est la fonction réciproque de ln : pour tout réel x et tout y>0, y=exp(x)⟺x=ln(y).
Quel est l'ensemble de définition et l'ensemble des valeurs de la fonction x↦ex ?
Explication : C'est l'inverse de ln, qui est définie sur ]0;+∞[ à valeurs dans R : exp est donc définie sur R tout entier, à valeurs strictement positives.
Que valent e0 et e1 ?
Explication : Comme ln(1)=0, on a e0=1 ; comme ln(e)=1 par définition du nombre e, on a e1=e.
Pour tout réel x, la dérivée de la fonction x↦ex est :
Explication : L'exponentielle est, à un facteur près, la seule fonction égale à sa propre dérivée : (ex)′=ex pour tout réel x.
Que valent x→+∞limex et x→−∞limex ?
Explication :x→+∞limex=+∞ et x→−∞limex=0 (limite 0+, car ex>0 toujours) : la droite y=0 est asymptote horizontale en −∞.
Pour tout réel x, quel est le signe de ex ?
Explication : Pour tout réel x, ex>0 : l'exponentielle ne s'annule jamais et n'est jamais négative, même pour x très négatif.
Simplifie A=e4x×e−x+1 pour tout réel x.
Explication :ea×eb=ea+b, donc A=e4x+(−x+1)=e3x+1.
Pour u une fonction dérivable, la dérivée de x↦eu(x) est :
Explication : C'est la formule de dérivation d'une composée appliquée à l'exponentielle : (eu)′=u′×eu. Oublier le facteur u′ est l'erreur la plus fréquente.
Quelle est la dérivée de f(x)=e−3x+2 ?
Explication : Ici u(x)=−3x+2, donc u′(x)=−3, et f′(x)=u′(x)eu(x)=−3e−3x+2.
Sur R, le sens de variation de la fonction exponentielle est :
Explication : Comme (ex)′=ex>0 pour tout x, la fonction exponentielle est strictement croissante sur R tout entier.
Résous dans R l'équation e3x−2=ex+4.
Explication : Par injectivité de l'exponentielle : 3x−2=x+4 2x=6 x=3.
Résous dans R l'équation e2x+1=5.
Explication : Comme 5>0, on compose par ln : 2x+1=ln5 x=2ln5−1.
L'équation ex2+1=−2 admet, dans R :
Explication : Le membre de droite est négatif, or eu(x) est toujours strictement positif : cette équation n'a aucune solution, inutile de chercher plus loin.
Pour résoudre e2x−3ex−4=0, on pose X=ex. On trouve les racines X=−1 et X=4 de l'équation du second degré. Quelle est la conclusion ?
Explication : On impose X=ex>0 : la racine X=−1 est à rejeter, ne correspondant à aucun réel x. Seule X=4 convient, d'où x=ln4.
Pour a un réel strictement positif et x réel quelconque, la puissance ax est définie par :
Explication : Pour a>0, on pose par définition ax=exlna ; cette écriture exige a>0, sinon lna n'existe pas.
Pour 0<a<1, la fonction x↦ax est :
Explication :(ax)′=lna×ax, et comme ax>0 toujours, le signe de la dérivée est celui de lna. Pour 0<a<1, lna<0 : la fonction est strictement décroissante.
En +∞, que peut-on dire de la comparaison entre ex et x3 (croissances comparées) ?
Explication : Les croissances comparées donnent x→+∞limxnex=+∞ pour tout entier n : l'exponentielle finit toujours par dépasser durablement n'importe quelle puissance de x, même si celle-ci part plus vite au début.
Une population de bactéries suit le modèle P(t)=P0ekt avec k>0 et t en heures. Que représente le signe positif de k ?
Explication : Dans le modèle y′=ky, la constante k>0 traduit une croissance (comme une population ou un capital), alors que k<0 traduit une décroissance (radioactivité, refroidissement).
Un capital C0=100000 francs CFA est placé à intérêts composés en continu au taux annuel r, avec C(t)=C0ert. Quelle équation permet de déterminer le taux r sachant que C(1)=105000 francs CFA ?
Explication : On résout 100000er=105000, soit er=100000105000=1,05, d'où r=ln(1,05), la méthode générale étant k=t11ln(y0y(t1)).
Une matière radioactive suit N(t)=N0e−λt, avec λ>0. Quelle est l'expression de la demi-vie T1/2, durée au bout de laquelle N(T1/2)=2N0 ?
Explication : On résout e−λT1/2=21, soit −λT1/2=−ln2, d'où T1/2=λln2, indépendante de N0.