Comparer les vitesses de croissance des fonctions usuelles.
MathématiquesTerminaleChapitre 6 / 19⏱ 7 h
Ce que tu sauras faire à la fin
Utiliser les croissances comparées pour lever une indétermination
Étudier une fonction puissance
Justifier le comportement asymptotique
Depuis la seconde, tu manipules des puissances : x2, x3, x−1, et depuis peu x, que l’on peut voir comme « x puissance 21 ». Mais que pourrait bien signifier 2π, ou x2 ? Multiplier x par lui-même « 2 fois » n’a aucun sens… et pourtant ta calculatrice affiche une valeur sans hésiter. Le secret, tu le possèdes déjà : ce sont les fonctions ln et exp, rencontrées dans les chapitres précédents. Grâce à la formule xα=eαlnx, l’exposant devient n’importe quel nombre réel, et toutes les puissances que tu connais se rangent dans une seule et même famille : les fonctions puissances.
Ce chapitre répond ensuite à une question fondamentale : quand x tend vers +∞, les fonctions lnx, xα et ex tendent toutes vers +∞… mais pas à la même vitesse. Qui gagne la course ? Les théorèmes de croissances comparées donnent le classement définitif : l’exponentielle écrase toute puissance, et toute puissance écrase le logarithme. C’est l’outil décisif pour lever les formes indéterminées « ∞−∞ », « ∞∞ » ou « 0×∞ » qui apparaissent dans presque tous les problèmes d’analyse du bac.
Ces idées dépassent largement la salle de classe : croissance d’une population ou d’un capital placé à intérêts composés, lois d’échelle en biologie, temps de calcul des algorithmes, décroissance radioactive… Partout où une grandeur évolue, la première question d’un scientifique est : « à quelle vitesse ? ». À la fin du chapitre, tu sauras y répondre avec des théorèmes, et non avec des impressions.
1Fonction x↦xα
Tout part d’une idée simple : pour x>0, on sait que x=elnx. En élevant à la puissance n, on obtient xn=enlnx. Rien n’empêche alors de remplacer l’entier n par un réel quelconqueα : la formule garde un sens, puisque αlnx est un réel et que l’exponentielle est définie sur R tout entier.
1.1 Définition et premières conséquences
Définition
Soit α un nombre réel. La fonction puissance d’exposant α est la fonction définie sur ]0;+∞[ par :
xα=eαlnx
En particulier xα>0 pour tout x>0, car une exponentielle est toujours strictement positive.
Cette définition est cohérente avec tout ce que tu sais déjà. Vérifions-le sur deux cas familiers.
Exemple — la définition retrouve les anciennes puissances
Pour un exposant entier, par exemple α=3 :
e3lnx=(elnx)3propriété e3a=(ea)3
=x3car elnx=x
Pour α=21 : posons u=e21lnx.
u2=e21lnx×e21lnx
=elnxeaeb=ea+b
=x
⇒u=xu>0 et u2=x : c’est la définition de la racine carrée
Ainsi x1/2=x : la nouvelle définition prolonge fidèlement l’ancienne.
Attention — l’exposant réel exige x>0
L’écriture xα=eαlnx impose x>0, car lnx n’existe que pour x>0. Ainsi (−2)2n’a aucun sens, et 0α n’est pas défini par la formule. Lorsque α>0, on convient de prolonger par continuité en posant 0α=0 ; en revanche 00 reste indéfini. Réserve donc les exposants réels aux nombres strictement positifs — les puissances entières, elles, gardent leur sens pour tout x.
Exemple — calculer une puissance d’exposant réel
2π=eπln2
=e3,1416×0,6931valeurs approchées
≈e2,1776≈8,82
52=e2ln5
≈e1,4142×1,6094≈e2,2763
≈9,74
C’est exactement ce que fait ta calculatrice quand tu tapes la touche des puissances : elle passe par ln puis par exp.
1.2 Propriétés algébriques
Bonne nouvelle : toutes les règles de calcul sur les puissances entières restent vraies pour les exposants réels. Elles se déduisent des propriétés de exp et ln.
Propriété — règles de calcul
Pour tous réels x>0, y>0 et tous réels α, β :
xα×xβ=xα+β et xβxα=xα−β ;
(xα)β=xαβ ;
(xy)α=xαyα et (yx)α=yαxα ;
x−α=xα1, et x0=1, 1α=1 ;
ln(xα)=αlnx.
Démonstration (deux règles, les autres sont analogues)
Produit.
xα×xβ=eαlnx×eβlnxdéfinition
=eαlnx+βlnxeaeb=ea+b
=e(α+β)lnx
=xα+βdéfinition, lue à l’envers
Logarithme d’une puissance.
ln(xα)=ln(eαlnx)
=αlnxln(ea)=a pour tout réel a
La règle (xα)β=xαβ s’obtient en combinant les deux : (xα)β=eβln(xα)=eαβlnx. C.Q.F.D.
Méthode — résoudre une équation xα=k
Pour k>0 et α=0, on applique ln aux deux membres (les deux sont strictement positifs), ce qui « fait descendre » l’exposant : αlnx=lnk. On isole lnx, puis on repasse à l’exponentielle. La solution est unique : x=k1/α.
Exemple — comparer 23 et 32 sans calculatrice de valeurs
On compare les logarithmes, car ln conserve l’ordre des nombres strictement positifs.
ln(23)=3ln2≈1,732×0,693≈1,200
ln(32)=2ln3≈1,414×1,099≈1,554
⇒ln(23)<ln(32)
⇒23<32ln est strictement croissante
1.3 Dérivée, variations et limites
Théorème — dérivée d’une fonction puissance
Pour tout réel α, la fonction f:x↦xα est dérivable sur ]0;+∞[ et :
f′(x)=αxα−1
La formule que tu connais pour xn est donc valable pour tout exposant réel.
Démonstration
La fonction f est la composée x↦αlnx↦eαlnx, dérivable sur ]0;+∞[ comme composée de fonctions dérivables. La formule (eu)′=u′eu donne :
f′(x)=(αlnx)′×eαlnx
=xα×xα(lnx)′=x1 et définition de xα
=αxαx−1
=αxα−1règle xaxb=xa+b — C.Q.F.D.
Propriété — sens de variation et limites
Sur ]0;+∞[ :
si α>0 : x↦xα est strictement croissante, avec x→0+limxα=0 et x→+∞limxα=+∞ ;
si α<0 : x↦xα est strictement décroissante, avec x→0+limxα=+∞ et x→+∞limxα=0 ;
si α=0 : la fonction est constante égale à 1.
Démonstration
Le signe de f′(x)=αxα−1 est celui de α, car xα−1=e(α−1)lnx>0. D’où les variations. Pour les limites, on raisonne par composition avec α>0 :
quand x→+∞ : αlnx→+∞lnx→+∞ et α>0
⇒xα=eαlnx→+∞X→+∞limeX=+∞
quand x→0+ : αlnx→−∞
⇒xα=eαlnx→0X→−∞limeX=0
Le cas α<0 s’en déduit en écrivant xα=x−α1 avec −α>0. C.Q.F.D.
x
0
+∞
xα, cas α>0
0
↗
+∞
xα, cas α<0
+∞
↘
0
L’allure des courbes dépend finement de la position de α par rapport à 0 et à 1. Observe la figure : toutes les courbes passent par le point (1;1), car 1α=1 pour tout α.
Figure 1 — Le faisceau des courbes y=xα. Toutes passent par (1;1). Pour α>1 la courbe part de 0 « à plat » puis file vers le haut ; pour 0<α<1 elle démarre verticalement en 0 puis s’aplatit ; pour α<0 elle décroît avec les deux axes pour asymptotes.
À retenir sur l’allure : près de 0, plus α est petit, plus la courbe est haute ; après 1, c’est l’inverse : plus α est grand, plus la courbe grimpe vite. En 0, la demi-tangente est horizontale si α>1 et verticale si 0<α<1 — compare y=x2 et y=x, symétriques par rapport à la droite y=x.
Math & Co — Deux siècles pour apprivoiser l’exposant
La notation x3 avec l’exposant « en l’air » apparaît en 1637 dans La Géométrie de René Descartes. Mais c’est Isaac Newton qui ose généraliser : dans deux lettres célèbres adressées à Leibniz en 1676 (les epistolae), il manipule couramment des exposants fractionnaires comme x1/2 ou négatifs comme x−1, pour les besoins de sa formule du binôme généralisé. Restait à donner un sens à x2 : ce pas est franchi au XVIIIe siècle par Leonhard Euler, qui dans son Introductio in analysin infinitorum (1748) définit les puissances quelconques exactement comme nous : par eαlnx. C’est aussi Euler qui impose la lettre e pour la base des exponentielles, dès 1727.
2Fonction racine n-ième
La racine carrée « défait » l’élévation au carré. De la même façon, la racine n-ième défait l’élévation à la puissance n. Pour qu’elle soit bien définie, il faut d’abord s’assurer que x↦xn réalise une bijection : c’est le premier théorème de cette section.
Théorème — bijection de x↦xn
Soit n un entier naturel non nul. La fonction x↦xn est une bijection de [0;+∞[ sur [0;+∞[ : pour tout réel a⩾0, l’équation xn=a admet une unique solution dans [0;+∞[.
Démonstration
Sur [0;+∞[, la fonction g:x↦xn est continue (fonction polynôme) et dérivable, avec g′(x)=nxn−1>0 pour x>0 : elle est strictement croissante. De plus g(0)=0 et x→+∞limxn=+∞. D’après le théorème de la bijection (corollaire du théorème des valeurs intermédiaires), g réalise une bijection de [0;+∞[ sur g([0;+∞[)=[0;+∞[. Tout a⩾0 a donc un unique antécédent. C.Q.F.D.
Définition
Soit n⩾1 un entier et a⩾0. La racine n-ième de a, notée na, est l’unique réel positif ou nul dont la puissance n-ième vaut a :
na=t⟺{t⩾0 et tn=a}
Pour a>0, on a na=a1/n=en1lna. La fonction x↦nx est la bijection réciproque de x↦xn sur [0;+∞[.
Justifions l’égalité na=a1/n : le nombre a1/n est strictement positif et (a1/n)n=an1×n=a. Il possède les deux caractéristiques de na, qui est unique. Cas particuliers : 1a=a, 2a=a et 3a se lit « racine cubique de a ».
Propriété — règles de calcul et exposants rationnels
Pour a>0, b>0, n,m entiers non nuls et p entier :
nab=nanb et nba=nbna ;
(na)p=nap=ap/n ;
mna=mna ;
sur R, l’équation xn=a a pour solutions : na et −na si n est pair ; na seulement si n est impair.
Ces règles ne sont que les règles de la section 1 écrites avec α=n1 ; par exemple mna=(a1/n)1/m=amn1.
Exemple — calculs de racines
316×34=364racine d’un produit
=4car 43=64 et 4⩾0
481=3car 34=81
323/5=(532)3
=23=8car 25=32
Exemple — comparer 32 et 43
Ces deux nombres sont positifs : on les élève à une même puissance qui efface les deux racines, ici 12 (multiple commun de 3 et 4).
(32)12=212/3=24=16
(43)12=312/4=33=27
⇒32<43x↦x12 est strictement croissante sur [0;+∞[ et 16<27
Exemple — résoudre x5=40 dans R
x5=40
⟺x=5405 est impair : solution unique
=e51ln40≈e0,738
≈2,09
Avec un exposant pair, on n’oublie pas la solution négative : x4=5⟺x=45 ou x=−45.
Attention — pas de racine n-ième d’un nombre négatif
Dans ce cours, na n’est défini que pour a⩾0. Certes (−2)3=−8, mais l’écriture (−8)1/3=e31ln(−8) n’a aucun sens. Si l’on t’impose de résoudre x3=−8 dans R, écris x3=−8⟺(−x)3=8⟺−x=2⟺x=−2 : on se ramène toujours à une racine d’un nombre positif.
2.1 Dérivée et allure de la courbe
D’après le théorème de la section 1 appliqué à α=n1, la fonction x↦nx=x1/n est dérivable sur ]0;+∞[ et :
(nx)′=n1xn1−1=nnxn−11
En 0, en revanche, elle n’est pas dérivable dès que n⩾2 : le taux d’accroissement explose.
h−0nh−n0=hh1/n
=hn1−1règle du quotient de puissances
→+∞ quand h→0+exposant n1−1<0, section 1
La courbe admet donc en O une demi-tangente verticale. Comme 0<n1<1, elle démarre à la verticale puis s’aplatit de plus en plus, d’autant plus vite que n est grand.
Figure 2 — Les courbes de x↦x, x↦3x et x↦5x. Toutes démarrent verticalement en O et passent par (1;1) ; entre 0 et 1, la racine est plus grande que le nombre (30,5≈0,79), au-delà de 1 elle est plus petite. La droite y=x est l’axe de symétrie entre la courbe de nx et celle de xn.
Math & Co — La peste d’Athènes et la racine cubique de 2
Vers 430 avant notre ère, la peste ravage Athènes. Selon la légende rapportée par Ératosthène, les Déliens consultent l’oracle d’Apollon, qui exige que l’on double le volume de son autel cubique. Les artisans doublent l’arête… et obtiennent un volume huit fois plus grand ! Doubler le volume d’un cube d’arête 1, c’est construire une arête de longueur 32≈1,26. Hippocrate de Chios, puis Ménechme (vers −350, en inventant les coniques) trouvent des constructions par courbes auxiliaires ; mais à la règle et au compas seuls, personne n’y parvient. Il faudra attendre 1837 pour que le mathématicien français Pierre-Laurent Wantzel démontre que cette construction est impossible : 32 n’est pas un nombre « constructible ». Le problème de la « duplication du cube » aura résisté vingt-deux siècles.
3Croissances comparées de ln, xα et ex
Quand x tend vers +∞, les fonctions lnx, xα (avec α>0) et ex tendent toutes vers +∞. Mais un simple tableau de valeurs montre qu’elles ne jouent pas dans la même catégorie.
x
10
100
1000
lnx
2,3
4,6
6,9
x
3,16
10
31,6
x2
100
104
106
ex
≈2,2×104
≈2,7×1043
≈2×10434
Le logarithme avance à pas de fourmi : multiplier x par 10 ne l’augmente que de ln10≈2,3. L’exponentielle, elle, est multipliée par e10≈22000 chaque fois que x augmente de 10. Les théorèmes qui suivent transforment cette observation en certitude.
Théorème — lemme fondamental
x→+∞limxex=+∞
Démonstration
On démontre d’abord que ex>2x2 pour tout x⩾0. Posons φ(x)=ex−2x2 sur [0;+∞[.
φ′(x)=ex−x et φ′′(x)=ex−1
φ′′(x)⩾0 pour x⩾0car ex⩾e0=1
⇒φ′ est croissante, donc φ′(x)⩾φ′(0)=1>0
⇒φ est croissante, donc φ(x)⩾φ(0)=1>0
⇒ex>2x2 pour tout x⩾0
⇒xex>2x pour tout x>0on divise par x>0
Comme x→+∞lim2x=+∞, le théorème de comparaison donne x→+∞limxex=+∞. C.Q.F.D.
En particulier, pour tout entier n⩾1 : x→+∞limxne−x=0, x→−∞limxnex=0, x→+∞limxlnx=0 et x→0+limxlnx=0.
On résume : à l’infini, l’exponentielle l’emporte sur toute puissance, et toute puissance l’emporte sur le logarithme.
Démonstration
1. Exponentielle contre puissance. On se ramène au lemme par le changement de variable t=αx, qui tend vers +∞ avec x.
xαex=(αt)αeαtcar x=αt
=αα1×tα(et)αeαt=(et)α et (αt)α=ααtα
=αα1×(tet)αpuissance d’un quotient
→+∞tet→+∞ et u↦uα tend vers +∞ en +∞ (α>0)
2. Logarithme contre puissance. On pose x=et, c’est-à-dire t=lnx, qui tend vers +∞.
xαlnx=eαtt
=α1×eαtαt
→α1×0=0euu→0 avec u=αt→+∞, inverse du lemme
3. Puissance contre logarithme en 0. On pose x=t1 avec t→+∞ : xαlnx=tα1×(−lnt)=−tαlnt→0 d’après le point 2.
4. En −∞. On pose x=−t avec t→+∞ : ∣x∣αex=ettα→0, inverse du point 1. C.Q.F.D.
Exemple — deux limites immédiates
x→+∞limxlnx=0théorème avec α=21
x→+∞limx100ex=+∞théorème avec α=100
La seconde limite surprend : pour x=100, x100=10200 écrase encore e100≈1043. Mais pour x=1000, ex≈10434 a dépassé x100=10300, et l’écart ne cesse plus de grandir. Le théorème parle de l’infini, pas des premiers kilomètres de la course.
Figure 3 — Trois coureurs vers +∞. La courbe de x3 dépasse celle de ex entre x1≈1,86 et x2≈4,54 (solutions de ex=x3), mais au-delà de x2 l’exponentielle reprend définitivement la tête. Pendant ce temps, lnx ne dépasse pas 1,7 sur tout l’intervalle.
Exemple — retrouver par le calcul les deux croisements de la figure 3
Pour x>0, on transforme l’équation ex=x3 en appliquant ln, puis on étudie le signe de φ(x)=x−3lnx.
ex=x3⟺x=3lnxln bijective et ln(x3)=3lnx
⟺φ(x)=0
φ(1,8)≈1,8−1,763>0 et φ(1,9)≈1,9−1,926<0
⇒1,8<x1<1,9φ continue : théorème des valeurs intermédiaires
φ(4,5)≈4,5−4,512<0 et φ(4,6)≈4,6−4,578>0
⇒4,5<x2<4,6
Entre x1 et x2, φ(x)<0, donc x3>ex : la puissance mène. Après x2, il n’y a plus de croisement : φ′(x)=1−x3>0 pour x>3, donc φ reste strictement positive, ce que confirme x→+∞limx3ex=+∞. L’exponentielle a gagné définitivement.
Attention — « l’exponentielle est plus forte » n’est pas une justification
Au bac, on attend la mention explicite du théorème des croissances comparées, avec la forme exacte utilisée : « d’après le théorème des croissances comparées, x→+∞limx2e−x=0 ». Une forme « 0×∞ » ou « ∞∞ » ne vaut jamais0 ou ∞ par défaut : c’est une indétermination, et seul un théorème la lève. Pense aussi que ces théorèmes ne disent rien sur une limite en un réel fini : x→1limxlnx=0 parce que ln1=0, pas à cause d’une croissance comparée.
Math & Co — De Malthus aux « ordres d’infini »
En 1798, l’économiste anglais Thomas Malthus publie son Essai sur le principe de population : la population croît « géométriquement » (comme une exponentielle) tandis que les ressources croissent « arithmétiquement » (comme une droite). Sa conclusion pessimiste est une croissance comparée avant la lettre : quelle que soit l’avance de départ des ressources, l’exponentielle finit par les rattraper. Un siècle plus tard, le mathématicien allemand Paul du Bois-Reymond construit (1870-1875) une véritable échelle des infinis classant les fonctions selon leur vitesse de croissance, théorie que le Britannique G. H. Hardy systématise en 1910 dans Orders of Infinity. La hiérarchie lnx≪xα≪ex que tu apprends aujourd’hui en est le premier échelon — et elle gouverne toujours l’analyse des algorithmes en informatique.
4Limites indéterminées classiques
Les théorèmes de la section 3 sont des outils : voyons comment les utiliser face aux formes indéterminées « ∞−∞ », « ∞∞ », « 0×∞ » et aux exposants variables. La stratégie est toujours la même.
Méthode — lever une indétermination par croissances comparées
Identifier la forme indéterminée et les fonctions en présence (ln, puissance, exp).
Factoriser par le terme dominant (l’exponentielle avant la puissance, la puissance avant le logarithme), ou changer de variable (t=−x, t=lnx, t=x…) pour faire apparaître une forme du théorème.
Conclure en citant le théorème des croissances comparées et les opérations sur les limites.
4.1 Formes « ∞−∞ » et « ∞∞ »
Exemple — x→+∞lim(ex−x3)
Forme « ∞−∞ ». On factorise par le terme dominant ex.
ex−x3=ex(1−exx3)
x→+∞limexx3=0croissances comparées
⇒x→+∞lim(1−exx3)=1
⇒x→+∞lim(ex−x3)=+∞produit +∞×1
Exemple — x→+∞lim(x−lnx) et x→+∞limx(lnx)3
x−lnx=x(1−xlnx)factorisation par le terme dominant x
→+∞xlnx→0, donc la parenthèse tend vers 1
x(lnx)3=(x1/3lnx)3car (x1/3)3=x
→03=0croissances comparées avec α=31, puis continuité du cube
4.2 Forme « 0×∞ »
Exemple — x→+∞lim(x2−5x+1)e−x
Le polynôme tend vers +∞, l’exponentielle e−x vers 0 : forme « ∞×0 ». On développe pour isoler des formes du théorème.
(x2−5x+1)e−x=x2e−x−5xe−x+e−x
x2e−x→0, xe−x→0, e−x→0croissances comparées (n=2, n=1) et limite de e−x
⇒x→+∞lim(x2−5x+1)e−x=0somme de limites
Exemple — x→0+limx2lnx et x→−∞limx2ex
x→0+limx2lnx=0forme 0×(−∞), théorème avec α=2
pour x2ex en −∞, on pose t=−x→+∞
x2ex=t2e−t=ett2
→0croissances comparées
Retiens le réflexe : une limite en −∞ avec ex se traite toujours en posant t=−x.
4.3 Exposants variables : les formes 00, 1∞, ∞0
Dès que l’inconnue figure dans l’exposant, on revient à la définition uv=evlnu et l’on étudie l’exposant vlnu.
Exemple — x→0+limxx et x→+∞limx1/x
xx=exlnxdéfinition, valable pour x>0
x→0+limxlnx=0croissances comparées
⇒x→0+limxx=e0=1continuité de exp en 0
x1/x=exlnx et xlnx→0 en +∞
⇒x→+∞limx1/x=1
Attention — 00 et 1∞ sont indéterminés
Le résultat x→0+limxx=1 ne signifie pas que « 00=1 ». Par exemple x→0+lim(e−1/x)x=e−1, pourtant la base tend aussi vers 0 et l’exposant vers 0. Chaque limite à exposant variable doit être calculée via evlnu, sans raccourci.
5Applications aux études de fonctions
Les problèmes du bac enchaînent presque toujours : limites (souvent par croissances comparées), dérivée, tableau de variations, comportement asymptotique, tracé. Voici le plan à suivre, puis une étude modèle.
Méthode — étudier complètement une fonction
Ensemble de définition et éventuelle parité ; continuité et prolongement par continuité aux bornes.
Limites aux bornes : lever les indéterminations (section 4) ; en déduire les asymptotes.
Dérivée, factorisée pour lire son signe ; tableau de variations avec les valeurs exactes des extremums.
Points particuliers : intersections avec les axes, tangentes remarquables ; branches infinies (voir 5.2).
Tracé soigné, cohérent avec le tableau.
5.1 Étude modèle de f(x)=x2e−x
Exemple — étude complète de f:x↦x2e−x sur R
Limites. En +∞, f(x)=exx2 est une forme « ∞∞ » : d’après le théorème des croissances comparées, x→+∞limf(x)=0. L’axe des abscisses est asymptote horizontale en +∞. En −∞, x2→+∞ et e−x→+∞ : pas d’indétermination, x→−∞limf(x)=+∞.
Dérivée.f est dérivable sur R comme produit de fonctions dérivables.
f′(x)=2xe−x+x2×(−e−x)(uv)′=u′v+uv′
=(2x−x2)e−x
=x(2−x)e−xforme factorisée : le signe se lit
Comme e−x>0, f′(x) a le signe de x(2−x) : négatif sur ]−∞;0[, positif sur ]0;2[, négatif sur ]2;+∞[. Valeurs : f(0)=0 et f(2)=4e−2≈0,54.
x
−∞
0
2
+∞
f′(x)
−
0
+
0
−
f(x)
+∞
↘
0
↗
4e−2
↘
0
Points particuliers.f(x)⩾0 partout, et f(x)=0⟺x=0 : la courbe touche l’axe des abscisses en O, avec une tangente horizontale (f′(0)=0). Le maximum local est atteint au point M(2;4e−2).
Figure 4 — La courbe de f(x)=x2e−x. Elle « rebondit » sur l’axe en O (tangente horizontale), culmine en M(2;4e−2) puis se recolle à l’axe des abscisses : c’est la traduction graphique de x→+∞limx2e−x=0. Vers la gauche, elle s’envole vers +∞.
5.2 Comportement asymptotique et branches infinies
Propriété — branches infinies d’une courbe
Soit f telle que x→+∞limf(x)=±∞. On étudie x→+∞limxf(x) :
si xf(x)→0 : branche parabolique de direction (Ox) (la courbe s’aplatit, comme lnx ou x) ;
si xf(x)→±∞ : branche parabolique de direction (Oy) (la courbe se redresse, comme x2 ou ex) ;
si xf(x)→a=0 : on étudie f(x)−ax. Si cette différence tend vers un réel b, la droite y=ax+b est asymptote oblique ; si elle tend vers ±∞, la courbe admet une branche parabolique de direction la droite y=ax.
Même énoncé en −∞. Les croissances comparées fournissent immédiatement la nature des branches de ln, des puissances et de exp.
Exemple — h(x)=x−lnx sur ]0;+∞[ : variations, inégalité et branche infinie
h′(x)=1−x1=xx−1
⇒h décroît sur ]0;1], croît sur [1;+∞[, minimum h(1)=1
⇒x−lnx⩾1>0, soit lnx<x pour tout x>0inégalité classique à connaître
x→+∞limh(x)=+∞section 4 : h(x)=x(1−xlnx)
xh(x)=1−xlnx→1croissances comparées
h(x)−1×x=−lnx→−∞
⇒branche parabolique de direction la droite y=x en +∞
En 0+, h(x)→+∞ car −lnx→+∞ : l’axe des ordonnées est asymptote verticale. Pour f(x)=x2e−x de l’étude modèle, on trouve de même en −∞ : xf(x)=xe−x→−∞, d’où une branche parabolique de direction (Oy).
Le réflexe bac : une fonction dont l’expression contient ex, e−x ou lnx aura presque toujours une limite à lever par croissances comparées, et une asymptote horizontale du côté où l’exponentielle « tue » le polynôme. Repère ce côté dès la lecture de l’énoncé : il te dit où la courbe se recolle à une droite.
Fiche mémo
Définition : pour x>0 et α∈R, xα=eαlnx ; xα>0 et ln(xα)=αlnx.
xx=exlnx et xlnx=x1/2lnx→0croissances comparées en 0+, α=21
⇒x→0+limxx=e0=1
x3+1ex−x2=x3ex×1+x311−exx2factorisation par les termes dominants
→+∞×1+01−0=+∞x3ex→+∞ et exx2→0
on pose t=−x→+∞ : (x3−2x)ex=(−t3+2t)e−t=−ett3+2ett
→0+0=0croissances comparées
10
Soit f définie sur ]0;+∞[ par f(x)=xx.
Écris f(x) à l’aide de l’exponentielle et détermine les limites de f en 0+ et en +∞.
Calcule f′(x) et dresse le tableau de variations de f.
Étudie la branche infinie de la courbe en +∞.
Voir le corrigé détaillé
1.f(x)=exlnx. En 0+, xlnx→0 (croissances comparées) donc f(x)→1. En +∞, xlnx→+∞ donc f(x)→+∞.
2.f est dérivable comme composée.
f′(x)=(xlnx)′exlnx
=(lnx+1)xx(xlnx)′=1×lnx+x×x1
f′(x)>0⟺lnx>−1⟺x>e−1car xx>0
f(e−1)=ee−1ln(e−1)=e−1/e≈0,69
x
0
e−1
+∞
f′(x)
∥
−
0
+
f(x)
1
↘
e−1/e
↗
+∞
(La valeur 1 en 0 est une limite : f n’est pas définie en 0.)
3.xf(x)=xx−1=e(x−1)lnx→+∞ car (x−1)lnx→+∞. La courbe admet une branche parabolique de direction (Oy) : elle grimpe encore plus vite qu’une exponentielle.
Niveau 3 — Type bac
11
Restitution organisée de connaissances. On admet le lemme t→+∞limtet=+∞.
En posant t=lnx, démontre que x→+∞limxlnx=0.
Soit α>0. En remarquant que lnx=α1ln(xα), démontre que x→+∞limxαlnx=0.
Application : calcule x→+∞limx(lnx)2.
Voir le corrigé détaillé
1. Pour x>0, posons t=lnx, soit x=et. Quand x→+∞, t→+∞.
xlnx=ett=tet1
tet→+∞lemme admis
⇒x→+∞limxlnx=0inverse d’une fonction tendant vers +∞
2. Posons X=xα ; comme α>0, X→+∞ quand x→+∞.
xαlnx=xαα1ln(xα)=α1×XlnX
→α1×0=0question 1 appliquée à X
3.
x(lnx)2=(x1/4lnx)2car (x1/4)2=x1/2=x
→02=0question 2 avec α=41, puis continuité du carré
12
Soit f la fonction définie sur R par f(x)=(x+2)e−x, et C sa courbe dans un repère orthogonal.
Détermine les limites de f en −∞ et en +∞. Interprète graphiquement.
Calcule f′(x) et dresse le tableau de variations de f.
Donne une équation de la tangente T à C au point d’abscisse 0.
Démontre que l’équation f(x)=1 admet exactement deux solutions α et β (α<β), et donne un encadrement de chacune d’amplitude 0,1.
Trace T, la droite d’équation y=1 et C.
Voir le corrigé détaillé
1. En −∞ : x+2→−∞ et e−x→+∞, donc x→−∞limf(x)=−∞ (pas d’indétermination). En +∞ :
f(x)=xe−x+2e−x
xe−x→0 et e−x→0croissances comparées ; limite de exp en −∞
⇒x→+∞limf(x)=0
L’axe des abscisses est asymptote horizontale à C en +∞.
2.f est dérivable sur R (produit).
f′(x)=1×e−x+(x+2)×(−e−x)
=−(x+1)e−x
f′(x)>0⟺x<−1e−x>0
f(−1)=1×e1=e
x
−∞
−1
+∞
f′(x)
+
0
−
f(x)
−∞
↗
e
↘
0
3.f(0)=2 et f′(0)=−1, donc T:y=f′(0)(x−0)+f(0), soit T:y=−x+2.
4. Sur ]−∞;−1], f est continue et strictement croissante, et f(]−∞;−1])=]−∞;e] contient 1 : d’après le théorème de la bijection, l’équation f(x)=1 a une unique solution α dans cet intervalle. Sur [−1;+∞[, f est continue et strictement décroissante de e vers 0 (non atteint), et 1∈]0;e] : unique solution β. Au total, exactement deux solutions. Encadrements à la calculatrice :
f(−1,9)=0,1e1,9≈0,67<1 et f(−1,8)=0,2e1,8≈1,21>1
⇒−1,9<α<−1,8
f(1,1)=3,1e−1,1≈1,03>1 et f(1,2)=3,2e−1,2≈0,96<1
⇒1,1<β<1,2
5. Tracé : C coupe l’axe des abscisses en (−2;0), l’axe des ordonnées en (0;2), culmine en S(−1;e), puis se recolle à l’axe des abscisses.
Figure 5 — La courbe C de f(x)=(x+2)e−x, sa tangente T:y=−x+2 en (0;2), son maximum S(−1;e) et l’asymptote y=0. La droite y=1 coupe C en deux points d’abscisses α≈−1,84 et β≈1,15, conformément à la question 4.
13
Soit g définie sur ]0;+∞[ par g(x)=xlnx.
Détermine les limites de g en 0+ et en +∞, et les asymptotes de sa courbe.
Calcule g′(x), puis dresse le tableau de variations de g.
En déduire une comparaison de eπ et πe, sans calculatrice.
Discute, selon la valeur du réel k, le nombre de solutions de l’équation lnx=kx.
Voir le corrigé détaillé
1. En 0+ : lnx→−∞ et x1→+∞, donc g(x)=lnx×x1→−∞ (produit de limites, pas d’indétermination) : l’axe des ordonnées est asymptote verticale. En +∞ : x→+∞limxlnx=0 par croissances comparées : l’axe des abscisses est asymptote horizontale.
2.
g′(x)=x2x1×x−lnx×1(vu)′=v2u′v−uv′
=x21−lnx
g′(x)>0⟺lnx<1⟺x<e
g(e)=elne=e1
x
0
e
+∞
g′(x)
∥
+
0
−
g(x)
−∞
↗
e1
↘
0
3. Comme e<π et que g est strictement décroissante sur [e;+∞[ :
g(e)>g(π)
⟺e1>πlnπ
⟺π>elnπproduit en croix, tout est positif
⟺ln(eπ)>ln(πe)π=πlne=ln(eπ) et elnπ=ln(πe)
⟺eπ>πeln strictement croissante
Vérification : eπ≈23,14 et πe≈22,46.
4. Pour x>0, lnx=kx⟺g(x)=k : on lit sur le tableau le nombre d’antécédents de k. Si k⩽0 : une seule solution (dans ]0;1]), car sur [e;+∞[g reste strictement positive. Si 0<k<e1 : deux solutions, une dans ]1;e[ et une dans ]e;+∞[. Si k=e1 : une seule, x=e. Si k>e1 : aucune. Géométriquement : la droite y=kx passant par l’origine est tangente à la courbe de ln pour k=e1, au point (e;1).
Niveau 4 — Problèmes de vie courante
14
Urbanisme à Ndjamena. La population de Ndjamena est estimée à 1,6 million d’habitants en 2026 et augmente d’environ 3,5 % par an. On note N(t) la population, en millions, t années après 2026, de sorte que N(t)=1,6×1,035t.
Écris N(t) à l’aide de la fonction exponentielle.
Au bout de combien d’années la population aura-t-elle doublé ?
Estime la population en 2050.
La mairie prévoit de construire chaque année des logements pour 56000 habitants supplémentaires. Ce plan « linéaire » suffira-t-il en 2050 ? Que dit la croissance comparée à long terme ?
Voir le corrigé détaillé
1.N(t)=1,6etln1,035, avec ln1,035≈0,0344.
2. On résout N(t)=2×1,6.
1,035t=2
⟺tln1,035=ln2
⟺t=ln1,035ln2≈0,03440,6931
≈20,1 ans
La population double en environ 20 ans, c’est-à-dire vers 2046.
3. En 2050, t=24.
N(24)=1,6e24×0,0344≈1,6e0,826
≈1,6×2,28≈3,65 millions
4. Le plan linéaire loge L(t)=1,6+0,056t millions d’habitants ; L(24)=1,6+1,344=2,944 millions. Il manquera donc des logements pour environ 0,7 million de personnes dès 2050. À long terme, L(t)N(t) est de la forme at+bekt avec k>0 : par croissances comparées, ce rapport tend vers +∞. Un effort constant ne peut pas suivre une croissance exponentielle : le nombre de logements construits chaque année doit lui-même augmenter de 3,5 % par an.
15
Élevage près de Bamako — la loi de Kleiber. En biologie, la dépense énergétique quotidienne d’un mammifère de masse M (en kg) suit la loi de Kleiber : P(M)=70M3/4, en kilocalories par jour. Moussa élève des zébus de 400 kg et des chèvres de 25 kg.
Calcule la dépense quotidienne d’un zébu et d’une chèvre (valeurs exactes puis arrondies).
Le zébu est 16 fois plus lourd que la chèvre. Combien de fois dépense-t-il plus d’énergie ? Justifie par un calcul de puissance.
On note q(M)=MP(M) la dépense par kilogramme. Étudie le sens de variation de q et interprète.
Un kilogramme de fourrage apporte 2000 kcal. Compare la ration quotidienne d’un zébu à celle de huit chèvres.
Voir le corrigé détaillé
1. On utilise M3/4=(M1/2)3/2 ou, plus simplement, des carrés parfaits.
4003/4=(202)3/4=203/2=2020=405
⇒P(400)=70×405=28005≈6261 kcal/j
253/4=(52)3/4=53/2=55
⇒P(25)=3505≈783 kcal/j
2.
P(25)P(400)=(25400)3/4=163/4(ba)α=bαaα
=(24)3/4=23=8
Seize fois plus lourd, le zébu ne dépense que huit fois plus d’énergie : c’est l’effet de l’exposant 43<1.
3.q(M)=70M3/4−1=70M−1/4. Comme l’exposant est négatif, q est strictement décroissante sur ]0;+∞[ (on peut aussi calculer q′(M)=−17,5M−5/4<0). Plus l’animal est gros, moins il dépense par kilogramme : q(25)≈31,3 kcal/kg contre q(400)≈15,7 kcal/kg. C’est pourquoi les petits animaux doivent manger sans cesse.
4. Zébu : 20006261≈3,1 kg de fourrage par jour. Huit chèvres : 8×2000783≈3,1 kg également. Pour la même masse totale de 200 kg, huit chèvres consomment autant qu’un zébu de 400 kg : à ration égale, Moussa nourrit deux fois plus de masse vive avec le zébu.
16
Cybersécurité à Abidjan. Aminata, ingénieure dans une fintech du Plateau, doit fixer la longueur minimale n des mots de passe de l’application de paiement mobile. Chaque caractère est choisi parmi 62 symboles (lettres majuscules, minuscules, chiffres). Un pirate peut tester 109 mots de passe par seconde ; dans le pire cas il doit tous les essayer, ce qui prend T(n)=10962n secondes.
Écris T(n) à l’aide de la fonction exponentielle.
Calcule T(8) en jours, puis T(12) en années (1 an ≈3,156×107 s).
Aminata exige que le pire cas dépasse 100 ans. Détermine la longueur minimale n.
Le pirate achète un matériel 1000 fois plus rapide. De combien de caractères Aminata doit-elle allonger les mots de passe pour compenser ?
Voir le corrigé détaillé
1.T(n)=109enln62, avec ln62≈4,127 : T est une fonction exponentielle de n.
2.
628=e8×4,127≈2,18×1014
⇒T(8)≈2,18×105s≈60,6h≈2,5 jours
6212≈3,23×1021
⇒T(12)≈3,23×1012s≈3,156×1073,23×1012≈102000 ans
Quatre caractères de plus font passer le temps de cassage de deux jours et demi à cent mille ans.
Comme n est entier, la longueur minimale est n=11 (alors T(11)≈1650 ans, contre 27 ans seulement pour n=10).
4. Il faut multiplier 62n par 1000, c’est-à-dire ajouter m caractères avec 62m⩾1000, soit m⩾ln62ln1000≈4,1276,908≈1,67 : deux caractères suffisent. Une amélioration multiplicative du matériel ne coûte qu’un allongement additif du mot de passe : c’est la croissance comparée de l’exponentielle qui protège les utilisateurs.
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Pour α un réel et x>0, la fonction puissance x↦xα est définie par :
Explication : Pour x>0, on pose par définition xα=eαlnx, ce qui donne un sens à un exposant réel quelconque, pas seulement entier.
L'écriture xα=eαlnx impose quelle condition sur x ?
Explication :lnx n'existe que pour x>0 : l'écriture (−2)2 n'a donc aucun sens dans ce cadre, contrairement aux puissances entières qui restent définies pour tout x.
Pour tout réel α, la dérivée de f(x)=xα sur ]0;+∞[ est :
Explication : La formule connue pour les exposants entiers reste valable pour tout exposant réel : f′(x)=αxα−1.
Sur ]0;+∞[, pour α<0, la fonction x↦xα est :
Explication : Pour α<0, le signe de f′(x)=αxα−1 est celui de α, donc négatif : la fonction est strictement décroissante, avec x→0+limxα=+∞ et x→+∞limxα=0.
Toutes les courbes y=xα, quel que soit α, passent par un même point. Lequel ?
Explication : Comme 1α=1 pour tout réel α, toutes les courbes passent par le point (1;1).
Pour n⩾1 entier et a⩾0, la racine n-ième na est définie comme :
Explication :na est, par définition, l'unique réel positif ou nul dont la puissance n-ième vaut a — c'est la bijection réciproque de x↦xn sur [0;+∞[.
Sur R, combien de solutions admet l'équation x4=16 ?
Explication : Comme n=4 est pair, l'équation xn=a (avec a>0) a deux solutions : na et −na, soit ici 2 et −2.
En x=0, la fonction x↦nx (avec n⩾2) présente :
Explication : Le taux d'accroissement en 0 vaut hn1−1, qui tend vers +∞ quand h→0+ (exposant négatif) : la courbe admet une demi-tangente verticale en O, sans être dérivable.
Que vaut x→+∞limxex, lemme fondamental des croissances comparées ?
Explication : C'est le lemme fondamental, démontré à partir de l'inégalité ex>2x2 : x→+∞limxex=+∞.
Dans la hiérarchie des croissances comparées en +∞, quel est l'ordre correct, du plus lent au plus rapide ?
Explication : À l'infini, l'exponentielle l'emporte sur toute puissance, et toute puissance l'emporte sur le logarithme : lnx≪xα≪ex.
Que vaut x→+∞limx100ex ?
Explication : Même si x100 dépasse ex pour les premières valeurs de x, le théorème garantit qu'en +∞, l'exponentielle finit toujours par l'emporter définitivement : la limite vaut +∞.
Que vaut x→0+limx2ln(x) ?
Explication : C'est une forme 0×(−∞) que lève le théorème des croissances comparées : x→0+limxαlnx=0 pour α>0, ici α=2.
Calcule x→+∞lim(ex−x3) en factorisant par le terme dominant ex.
Explication :ex−x3=ex(1−exx3). Comme exx3→0, la parenthèse tend vers 1, et le produit ex×1→+∞.
Face à une forme indéterminée « ∞−∞ » avec exponentielle et polynôme, la méthode consiste à :
Explication : La stratégie constante est : identifier la forme indéterminée, factoriser par le terme dominant (ou changer de variable), puis conclure en citant le théorème des croissances comparées.
Pour calculer x→−∞limx2ex, quel changement de variable est recommandé ?
Explication : Une limite en −∞ avec ex se traite toujours en posant t=−x→+∞ : ici x2ex=t2e−t→0 par croissances comparées.
Que vaut x→0+limxx (forme 00) ?
Explication : On écrit xx=exlnx ; comme xlnx→0 (croissance comparée), par continuité de exp, xx→e0=1.
Pourquoi x→0+limxx=1 ne signifie-t-il pas que « 00=1 » en général ?
Explication :00, 1∞ et ∞0 sont des formes indéterminées : chaque limite à exposant variable doit être recalculée via evlnu, sans raccourci ni généralisation abusive d'un résultat particulier.
Résous dans ]0;+∞[ l'équation x3=64 grâce à la méthode xα=k⟺x=k1/α.
Explication : On applique ln : 3lnx=ln64, donc x=641/3=364=4, car 43=64.
Une bactérie voit sa population évoluer selon N(t)=N0tαe−t pour t⩾1 (modèle simplifié, t en heures). Que vaut t→+∞limN(t) pour tout α>0 ?
Explication : Comme ettα→0 quel que soit α>0 (croissances comparées), N(t)=N0×tαe−t→0 : l'exponentielle décroissante finit toujours par dominer, quelle que soit la puissance en facteur.
Pour comparer 23 et 32 sans calculatrice, on calcule ln(23)=3ln2≈1,200 et ln(32)=2ln3≈1,554. Quelle est la conclusion ?
Explication : Comme ln est strictement croissante et conserve l'ordre des réels strictement positifs, ln(23)<ln(32) entraîne directement 23<32.