Définir l'intégrale, la calculer et l'interpréter géométriquement.
MathématiquesTerminaleChapitre 8 / 19⏱ 12 h
Ce que tu sauras faire à la fin
Calculer une intégrale à l'aide d'une primitive
Utiliser l'intégration par parties
Calculer une aire entre deux courbes
Depuis la Première, tu sais dériver : passer d'une fonction à sa vitesse de variation instantanée. Ce chapitre te fait parcourir le chemin inverse et, avec lui, un problème vieux de plus de deux mille ans : celui de l'aire. Comment mesurer la surface délimitée par une courbe qui n'est ni un rectangle, ni un triangle, ni aucune figure « simple » ? La réponse tient en un mot — intégrer — et en un signe, ∫, que tu vas désormais manier aussi naturellement que le ′ de la dérivation.
Le calcul intégral n'est pas qu'un exercice d'école. Il permet de calculer la distance parcourue à partir d'une vitesse, le travail d'une force, la quantité d'électricité traversant un circuit, le volume d'un réservoir, le coût total à partir d'un coût marginal, la probabilité qu'une variable continue tombe dans un intervalle. Partout où une grandeur s'accumule progressivement, une intégrale travaille en coulisses.
Techniquement, tu verras que l'intégrale se calcule à l'aide d'une primitive : tout le travail que tu as fourni en Première sur les primitives usuelles va enfin porter ses fruits. Tu apprendras aussi une technique nouvelle et puissante, l'intégration par parties, qui permet d'intégrer des produits de fonctions là où aucune primitive évidente n'apparaît. Enfin, tu généraliseras le calcul d'aires à des situations plus riches : aire entre deux courbes, domaines où le signe change, volumes de solides de révolution, et encadrements par la méthode des rectangles.
Une exigence traverse tout le chapitre : la rigueur. Une intégrale est un nombre parfaitement défini, obtenu par un calcul en plusieurs étapes propres — jamais une estimation approximative. C'est cette rigueur, exigée au baccalauréat, que nous allons travailler ensemble.
1Intégrale et aire sous la courbe
1.1 Primitives : un rappel indispensable
Toute la théorie de l'intégrale repose sur la notion de primitive, étudiée en Première. Un bref rappel s'impose avant d'aller plus loin.
Définition
Soit f une fonction continue sur un intervalle I. On appelle primitive de f sur I toute fonction F dérivable sur I telle que, pour tout x∈I :
F′(x)=f(x)
Propriété (admise)
Si F est une primitive de f sur I, alors toutes les primitives de f sur I sont les fonctions x↦F(x)+k, où k est une constante réelle. Deux primitives d'une même fonction, sur un même intervalle, diffèrent donc toujours d'une constante.
Cette propriété va se révéler décisive dès le paragraphe suivant : elle garantit que l'intégrale que nous allons définir ne dépend pas de la primitive choisie pour la calculer.
1.2 Définition de l'intégrale d'une fonction continue
Définition
Soit f une fonction continue sur un intervalle I, et a, b deux réels de I. Soit F une primitive quelconque de f sur I. On appelle intégrale de a à b de f le nombre réel F(b)−F(a). On le note :
∫abf(x)dx=[F(x)]ab=F(b)−F(a)
Les réels a et b sont les bornes de l'intégrale ; f est la fonction intégrande.
Propriété — l'intégrale ne dépend pas de la primitive choisie
Si F et G sont deux primitives de f sur I, alors F(b)−F(a)=G(b)−G(a).
Démonstration
D'après la propriété du paragraphe 1.1, il existe une constante k telle que G=F+k sur I.
G(b)−G(a)=(F(b)+k)−(F(a)+k)
=F(b)−F(a)les constantes k s'éliminent
Le nombre F(b)−F(a) est donc bien le même quelle que soit la primitive utilisée. C.Q.F.D.
La lettre x qui apparaît sous le signe ∫ est une variable muette : elle ne désigne rien à l'extérieur de l'intégrale et peut être renommée sans changer le résultat, ∫abf(x)dx=∫abf(t)dt. Par convention, on pose aussi :
∫aaf(x)dx=0
∫baf(x)dx=−∫abf(x)dxéchanger les bornes change le signe
Math & Co — Un signe né en 1675
Le symbole ∫ que tu utilises à chaque ligne de ce chapitre a une origine précise : c'est Gottfried Wilhelm Leibniz qui l'introduit à Paris, dans un manuscrit daté du 29 octobre 1675. Il s'agit d'un « S » allongé, initiale du mot latin summa (somme) : pour Leibniz, l'intégrale est en effet une somme de quantités infinitésimales.
Au même moment, en Angleterre, Isaac Newton développe de son côté un calcul équivalent, qu'il appelle « méthode des fluxions ». La découverte quasi simultanée et indépendante du calcul infinitésimal par les deux savants donnera lieu à l'une des querelles de priorité les plus célèbres de l'histoire des sciences — mais c'est la notation ∫⋯dx de Leibniz, plus souple, qui s'imposera dans le monde entier.
Méthode — calculer une intégrale à l'aide d'une primitive
Pour calculer ∫abf(x)dx : on détermine une primitive F de f sur un intervalle contenant a et b (à l'aide des primitives usuelles), puis on calcule F(b), on calcule F(a), et on soustrait — sur des lignes séparées, jamais en une seule étape.
Exemple — deux calculs directs
Calculons ∫13(2x−1)dx.
une primitive de x↦2x−1 est F:x↦x2−x
∫13(2x−1)dx=[x2−x]13
=(32−3)−(12−1)
=6−0
=6
Calculons à présent ∫0π/2cosxdx.
une primitive de cos est sin
∫0π/2cosxdx=[sinx]0π/2
=sin(2π)−sin(0)
=1−0=1
1.3 Interprétation graphique : une aire
Le repère (O;,) étant fixé, on appelle unité d'aire (notée u.a.) l'aire du rectangle construit sur les vecteurs et .
Propriété
Soit f une fonction continue et positive sur [a;b] (avec a⩽b). L'intégrale ∫abf(x)dx est égale à l'aire, exprimée en unités d'aire, du domaine D délimité par la courbe de f, l'axe des abscisses, et les droites d'équations x=a et x=b :
D={M(x;y)a⩽x⩽b et 0⩽y⩽f(x)}
Figure 1 — La fonction x↦x2 est continue et positive sur [0;2] : l'aire grisée vaut exactement ∫02x2dx.
Exemple — l'aire sous une parabole
Calculons l'aire du domaine compris entre la courbe de f(x)=x2, l'axe des abscisses et les droites x=0, x=2 (Figure 1). La fonction f est continue et positive sur [0;2], donc cette aire vaut ∫02x2dx.
une primitive de x↦x2 est F:x↦3x3
∫02x2dx=[3x3]02
=323−303
=38−0
=38u.a.≈2,67u.a.
Attention
La propriété ci-dessus exige que f soit positive sur [a;b]. Si f change de signe, l'intégrale n'est plus l'aire du domaine — nous reviendrons en détail sur ce piège classique du baccalauréat au paragraphe 5.2.
1.4 La fonction aire est une primitive de f
Pourquoi la définition de l'intégrale — un simple F(b)−F(a) — coïncide-t-elle avec l'aire sous la courbe ? Ce n'est pas un hasard : c'est un théorème, que nous allons démontrer dans un cas particulier.
Théorème fondamental de l'analyse
Soit f une fonction continue et positive sur un intervalle I, et a∈I. La fonction
A:x⟼∫axf(t)dt
(l'aire sous la courbe de f entre a et x) est dérivable sur I, et A′=f. Autrement dit, A est la primitive de f sur I qui s'annule en a.
On admet ce théorème dans toute sa généralité ; démontrons-le dans le cas particulier, très éclairant, où f est de plus croissante sur [a;b]⊂I.
Figure 2 — L'accroissement d'aire A(x+h)−A(x) (bande violette) est encadré par deux rectangles de largeur h.
Démonstration (cas où f est continue, croissante et positive sur [a;b])
Soit x∈[a;b[ et h>0 tel que x+h⩽b (Figure 2). Le nombre A(x+h)−A(x) est l'aire de la bande verticale comprise entre les abscisses x et x+h.
Comme f est croissante sur [x;x+h], cette bande est comprise entre le rectangle « inférieur », de largeur h et de hauteur f(x), et le rectangle « supérieur », de largeur h et de hauteur f(x+h) :
h×f(x)⩽A(x+h)−A(x)⩽h×f(x+h)
⇒f(x)⩽hA(x+h)−A(x)⩽f(x+h)on divise par h>0
Or f est continue en x, donc h→0+limf(x+h)=f(x). Le taux d'accroissement hA(x+h)−A(x) est ainsi encadré par deux quantités qui tendent toutes deux vers f(x) : par le théorème des gendarmes,
h→0+limhA(x+h)−A(x)=f(x)
Un raisonnement symétrique avec h<0 donne la même limite à gauche. La fonction A est donc dérivable en x, de nombre dérivé f(x) : ceci étant vrai pour tout x, A′=f sur [a;b]. Comme de plus A(a)=∫aaf(t)dt=0, la fonction A est la primitive de f qui s'annule en a. C.Q.F.D.
Attention
Ce théorème donne une primitive particulière de f, celle qui s'annule en a. Pour calculer une intégrale ∫abf(x)dx en pratique, n'importe quelle primitive convient (paragraphe 1.2) : nul besoin de choisir celle qui s'annule en a.
2Propriétés : linéarité, relation de Chasles, positivité
L'intégrale hérite de propriétés algébriques simples, qui découlent toutes de sa définition à partir des primitives. Elles sont d'un usage constant : elles permettent de décomposer un calcul compliqué en une somme de calculs élémentaires, ou de comparer deux intégrales sans les calculer.
2.1 Linéarité de l'intégrale
Propriété — linéarité
Soit f et g deux fonctions continues sur [a;b], et k un réel. Alors :
Soit F une primitive de f et G une primitive de g sur [a;b]. Comme (F+G)′=F′+G′=f+g, la fonction F+G est une primitive de f+g :
∫ab(f(x)+g(x))dx=(F+G)(b)−(F+G)(a)
=(F(b)−F(a))+(G(b)−G(a))
=∫abf(x)dx+∫abg(x)dx
De même, kF est une primitive de kf puisque (kF)′=kF′=kf, d'où la seconde égalité en suivant le même raisonnement.
Exemple
Calculons ∫01(3x2−2x+5)dx.
une primitive de x↦3x2−2x+5 est F:x↦x3−x2+5x
∫01(3x2−2x+5)dx=[x3−x2+5x]01
=(1−1+5)−0
=5
2.2 Relation de Chasles
Propriété — relation de Chasles
Soit f une fonction continue sur un intervalle I, et a, b, c trois réels de I, dans un ordre quelconque. Alors :
∫abf(x)dx+∫bcf(x)dx=∫acf(x)dx
Démonstration
Soit F une primitive de f sur I.
∫abf(x)dx+∫bcf(x)dx=(F(b)−F(a))+(F(c)−F(b))
=F(c)−F(a)le terme F(b) s'élimine
=∫acf(x)dx
La relation de Chasles est l'outil naturel pour intégrer une fonction définie par morceaux, ou pour scinder un calcul en plusieurs étapes plus simples.
Exemple — intégrer une valeur absolue
Calculons ∫03∣x−1∣dx. Sur [0;1], x−1⩽0 donc ∣x−1∣=1−x ; sur [1;3], x−1⩾0 donc ∣x−1∣=x−1. La relation de Chasles impose de découper en x=1.
∫03∣x−1∣dx=∫01(1−x)dx+∫13(x−1)dx
=[x−2x2]01+[2x2−x]13
=(1−21)+((29−3)−(21−1))
=21+2
=25
2.3 Positivité, ordre et comparaison
Propriété — positivité
Soit f continue sur [a;b] avec a⩽b. Si f⩾0 sur [a;b], alors :
∫abf(x)dx⩾0
Démonstration
Soit F une primitive de f sur [a;b]. Comme F′=f⩾0, la fonction F est croissante sur [a;b].
a⩽b et F croissante
⇒F(a)⩽F(b)
⇒∫abf(x)dx=F(b)−F(a)⩾0
Propriété — comparaison (ordre)
Soit f et g continues sur [a;b] avec a⩽b. Si f⩽g sur [a;b], alors :
∫abf(x)dx⩽∫abg(x)dx
On l'obtient en appliquant la positivité à la fonction g−f, qui est positive sur [a;b], puis la linéarité.
Attention
Toutes ces propriétés (positivité, comparaison) supposent a⩽b. Si a>b, les inégalités s'inversent — pense toujours à vérifier l'ordre des bornes avant de conclure.
Exemple — comparer sans tout calculer
Sur [0;1], on a x2⩽x (car 0⩽x⩽1). Par comparaison :
∫01x2dx⩽∫01xdx
Vérification : ∫01x2dx=31 et ∫01xdx=21, et en effet 31⩽21.
De même, on sait que pour tout x⩾0, ex⩾1+x (convexité de l'exponentielle). On en déduit, sans calculer la première intégrale :
∫01exdx⩾∫01(1+x)dx=23
2.4 Inégalité de la moyenne
Théorème — inégalité de la moyenne
Soit f continue sur [a;b] avec a⩽b. S'il existe deux réels m et M tels que m⩽f(x)⩽M pour tout x∈[a;b], alors :
m(b−a)⩽∫abf(x)dx⩽M(b−a)
Démonstration
Les fonctions constantes x↦m et x↦M sont continues, et m⩽f(x)⩽M sur [a;b] : la comparaison (2.3), appliquée deux fois, donne ∫abmdx⩽∫abf(x)dx⩽∫abMdx. Or une primitive de la fonction constante m est x↦mx, donc ∫abmdx=mb−ma=m(b−a), et de même pour M. D'où le résultat.
Exemple — encadrer sans primitive explicite
Encadrons ∫12x1dx sans calculer de logarithme. Pour x∈[1;2], la fonction x↦x1 est décroissante, donc 21⩽x1⩽1.
21(2−1)⩽∫12x1dx⩽1(2−1)
⇒21⩽∫12x1dx⩽1
La valeur exacte, ln2≈0,693, confirme bien l'encadrement.
3Valeur moyenne
3.1 Définition de la valeur moyenne
Définition
Soit f continue sur [a;b], avec a<b. On appelle valeur moyenne de f sur [a;b] le réel :
μ=b−a1∫abf(x)dx
Lorsque f est positive, cette définition a une lecture graphique immédiate : le rectangle de base [a;b] et de hauteur μ a exactement la même aire que le domaine compris sous la courbe de f. C'est ce que montre la Figure 3 : ce que la courbe donne en trop d'un côté de la droite y=μ, elle le reprend en creux de l'autre.
Figure 3 — Le rectangle en pointillés verts, de hauteur μ=3, a la même aire que le domaine violet compris sous la courbe de f.
Méthode — calculer une valeur moyenne
On calcule ∫abf(x)dx à l'aide d'une primitive, puis on divise le résultat par la longueur b−a de l'intervalle. Ne jamais oublier ce facteur b−a1 : c'est l'erreur la plus fréquente sur cette notion.
Exemple — calcul direct
Calculons la valeur moyenne de f(x)=−2x2+3x sur [0;6] (Figure 3).
une primitive de f est F:x↦−6x3+23x2
∫06f(x)dx=[F(x)]06=(−36+54)−0=18
μ=6−01×18
=3
Exemple — un débit moyen
Le débit d'un robinet, en litres par minute, est modélisé sur [0;10] par d(t)=−0,3t2+3t. Calculons le débit moyen sur ces dix minutes.
∫010d(t)dt=[−0,1t3+1,5t2]010
=(−100+150)−0
=50
μ=101×50
=5L/min
3.2 Théorème de la moyenne
Théorème de la moyenne
Soit f continue sur [a;b], avec a<b. Il existe (au moins) un réel c∈[a;b] tel que :
f(c)=μ,c’est-aˋ-dire∫abf(x)dx=(b−a)f(c)
Démonstration (idée de preuve)
On admet qu'une fonction continue sur un segment [a;b] y est bornée et atteint ses bornes : il existe donc m et M tels que m⩽f(x)⩽M pour tout x∈[a;b], avec m et M effectivement atteints par f. L'inégalité de la moyenne (2.4) donne alors m⩽μ⩽M. Comme f est continue sur [a;b] et prend les valeurs m et M, le théorème des valeurs intermédiaires assure l'existence d'un réel c∈[a;b] tel que f(c)=μ. C.Q.F.D.
Exemple — déterminer c explicitement
Soit f(x)=x2 sur [0;3]. Déterminons un réel c tel que f(c)=μ.
μ=31∫03x2dx=31×9=3
on cherche c∈[0;3] tel que c2=3
⇒c=3on écarte −3∈/[0;3]
Le réel c=3≈1,73 appartient bien à [0;3].
Attention
Ne confonds pas la valeur moyenneμ d'une fonction continue (une intégrale divisée par une longueur) avec la moyenne arithmétique de plusieurs valeurs isolées : ce sont deux notions différentes, même si la seconde est un cas particulier discret de la première.
4Intégration par parties
Toutes les techniques vues jusqu'ici supposent qu'on connaît une primitive de la fonction à intégrer. Mais que faire d'un produit comme x↦xex, dont aucune primitive usuelle ne saute aux yeux ? L'intégration par parties répond exactement à ce problème.
4.1 La formule et sa démonstration
Théorème — intégration par parties
Soit u et v deux fonctions dérivables sur [a;b], dont les dérivées u′ et v′ sont continues sur [a;b] (on dit que u et v sont de classe C1). Alors :
∫abu′(x)v(x)dx=[u(x)v(x)]ab−∫abu(x)v′(x)dx
Démonstration
La fonction uv est dérivable sur [a;b], de dérivée (uv)′=u′v+uv′ (dérivée d'un produit). On isole le terme u′v :
u′(x)v(x)=(uv)′(x)−u(x)v′(x)
Les fonctions (uv)′ et uv′ étant continues sur [a;b] (produits et sommes de fonctions continues), on intègre les deux membres entre a et b, en utilisant la linéarité :
∫abu′(x)v(x)dx=∫ab(uv)′(x)dx−∫abu(x)v′(x)dx
or uv est une primitive de (uv)′
⇒∫ab(uv)′(x)dx=[u(x)v(x)]ab
⇒∫abu′(x)v(x)dx=[u(x)v(x)]ab−∫abu(x)v′(x)dx
C.Q.F.D.
Méthode — mettre en œuvre une intégration par parties
Le principe : on transforme ∫u′v en ∫uv′, en espérant que cette seconde intégrale soit plus simple que la première. Il faut donc choisir u et v avec soin :
on dérive (v→v′) la partie qui se simplifie par dérivation — typiquement un polynôme, dont le degré baisse ;
on intègre (u′→u) la partie dont une primitive est immédiate — typiquement ex, cosx, sinx ;
cas particulier fréquent : pour intégrer lnx seul, on l'écrit 1×lnx, avec u′(x)=1 et v(x)=lnx.
Attention
Deux pièges classiques du baccalauréat : oublier le signe moins devant la seconde intégrale, et choisir u et v dans le mauvais sens. Par exemple, pour ∫xexdx, poser u′(x)=x (donc u(x)=2x2) et v(x)=ex conduit à l'intégrale ∫2x2exdx, plus compliquée que la question de départ : le choix doit toujours simplifier le problème, jamais l'alourdir.
4.2 Trois exemples de référence
Exemple 1 — ∫xexdx
Calculons ∫01xexdx. On pose v(x)=x (donc v′(x)=1) et u′(x)=ex (donc u(x)=ex).
∫01xexdx=[xex]01−∫011×exdx
=[xex]01−[ex]01
=[(x−1)ex]01on regroupe les deux crochets
=(1−1)e1−(0−1)e0
=0−(−1)
=1
Exemple 2 — ∫lnxdx
Calculons ∫1elnxdx. On écrit lnx=1×lnx, et l'on pose u′(x)=1 (donc u(x)=x) et v(x)=lnx (donc v′(x)=x1, sur [1;e]).
∫1elnxdx=[xlnx]1e−∫1ex×x1dx
=[xlnx]1e−∫1e1dx
=[xlnx−x]1e
=(e×1−e)−(1×0−1)lne=1 et ln1=0
=0−(−1)
=1
Exemple 3 — ∫xcosxdx
Calculons ∫0π/2xcosxdx. On pose v(x)=x (donc v′(x)=1) et u′(x)=cosx (donc u(x)=sinx).
∫0π/2xcosxdx=[xsinx]0π/2−∫0π/21×sinxdx
=[xsinx]0π/2−[−cosx]0π/2
=[xsinx+cosx]0π/2
=(2π×1+0)−(0+1)
=2π−1
5Calcul d'aires et de volumes
Munis de l'intégrale, de ses propriétés et de l'intégration par parties, nous pouvons enfin traiter des situations géométriques plus riches qu'une simple aire sous une courbe positive : l'aire entre deux courbes, l'aire d'un domaine où le signe change, et le volume d'un solide de révolution.
5.1 Aire entre deux courbes
Propriété
Soit f et g deux fonctions continues sur [a;b] telles que f(x)⩾g(x) pour tout x∈[a;b]. L'aire du domaine compris entre les courbes de f et de g, pour x∈[a;b], vaut :
A=∫ab(f(x)−g(x))dxu.a.
Méthode — calculer une aire entre deux courbes
Déterminer les abscisses des points d'intersection en résolvant f(x)=g(x).
Étudier le signe de f(x)−g(x) entre ces abscisses, pour savoir quelle courbe est au-dessus.
Intégrer la différence (fonction du haut moins fonction du bas), qui est positive.
Figure 4 — La droite d est au-dessus de la parabole P sur [−1;2] : l'aire violette se calcule par ∫−12((x+2)−x2)dx.
Exemple
Calculons l'aire entre la droite d:y=x+2 et la parabole P:y=x2 (Figure 4). Les points d'intersection vérifient x+2=x2, soit x2−x−2=0, c'est-à-dire (x−2)(x+1)=0 : on trouve x=−1 et x=2. Sur [−1;2], en testant x=0 : d(0)=2>P(0)=0, donc d est au-dessus de P.
A=∫−12((x+2)−x2)dx
=[2x2+2x−3x3]−12
=(2+4−38)−(21−2+31)
=310−(−67)
=620+67
=627=29u.a.
5.2 Aire d'un domaine où le signe change
Attention — le piège le plus classique du chapitre
Si f change de signe sur [a;b], l'intégrale ∫abf(x)dx n'est plus l'aire du domaine compris entre la courbe et l'axe des abscisses : les parties où f<0 sont comptées négativement, et viennent annuler les parties où f>0.
Prenons f(x)=x2−4 sur [0;3] : f s'annule en x=2, négative avant, positive après (Figure 5).
∫03(x2−4)dx=[3x3−4x]03
=(9−12)−0
=−3
Cette intégrale vaut −3 : un nombre négatif, alors qu'une aire est toujours positive ou nulle ! La partie négative (sous l'axe, entre 0 et 2) a plus « pesé » que la partie positive (entre 2 et 3). Ce nombre −3 n'est donc pas l'aire du domaine grisé sur la figure.
Figure 5 — La courbe traverse l'axe en x=2 : l'aire réelle est la somme des aires rose (partie négative) et verte (partie positive), toutes deux comptées positivement.
Méthode — calculer l'aire quand le signe change
Étudier le signe de f sur [a;b] (tableau de signes), pour repérer les zéros de f.
Découper l'intervalle en sous-intervalles où f garde un signe constant (relation de Chasles).
Sur chaque sous-intervalle, calculer l'intégrale et en prendre la valeur absolue ; additionner ces valeurs absolues.
En résumé, A=∫ab∣f(x)∣dx.
x
0
2
3
signe de f(x)=x2−4
−
0
+
Exemple — l'aire correcte
A=∫02(x2−4)dx+∫23(x2−4)dx
∫02(x2−4)dx=[3x3−4x]02=(38−8)−0=−316
∫23(x2−4)dx=[3x3−4x]23=(9−12)−(38−8)=37
⇒A=−316+37
=316+37
=323u.a.≈7,67u.a.
5.3 Volume d'un solide de révolution
Définition et propriété
Soit f continue et positive sur [a;b]. En faisant tourner la courbe de f autour de l'axe (Ox), on engendre un solide de révolution. Son volume, exprimé en unité de volume (u.v.), vaut :
V=π∫ab[f(x)]2dx
L'idée : en découpant le solide par des plans perpendiculaires à (Ox), chaque tranche d'abscisse x et d'épaisseur infinitésimale dx est assimilable à un cylindre de rayon f(x), donc de volume π[f(x)]2dx (aire du disque × épaisseur). En « sommant » ces tranches — ce que réalise précisément l'intégrale — on obtient V. Ce passage à la limite sera justifié au paragraphe 6.2.
Figure 6 — Le solide engendré par la rotation de y=x, pour x∈[0;4], autour de (Ox) ; les ellipses en pointillés symbolisent les disques de section.
Exemple 1
Calculons le volume engendré par la rotation, autour de (Ox), de la courbe de f(x)=x sur [0;4] (Figure 6).
V=π∫04(x)2dx=π∫04xdx
=π[2x2]04
=π×8
=8πu.v.≈25,1u.v.
Exemple 2 — vérification sur un cône
Vérifions la formule sur un solide connu : la rotation de f(x)=2x sur [0;4] engendre un cône de rayon r=f(4)=2 et de hauteur h=4.
V=π∫04(2x)2dx=π∫044x2dx
=4π[3x3]04
=4π×364
=316πu.v.
Comparons avec la formule géométrique du cône, V=31πr2h :
31π×22×4=316π
Les deux méthodes donnent le même résultat : la formule intégrale généralise bien les formules de géométrie usuelles.
Attention
Ne pas oublier le carré de f(x) dans V=π∫ab[f(x)]2dx : c'est l'erreur la plus fréquente, qui confond ce calcul avec celui d'une aire.
Math & Co — Archimède et la quadrature de la parabole
Archimède de Syracuse (vers 287–212 av. J.-C.) n'avait ni intégrale ni algèbre, et pourtant il a calculé, vingt-deux siècles avant ce chapitre, l'aire exacte d'un segment de parabole. Dans son traité La Quadrature de la parabole, par la méthode d'exhaustion — encadrer inlassablement l'aire cherchée par des triangles de plus en plus nombreux et petits — il démontre qu'elle vaut 34 de l'aire du triangle inscrit.
Dans De la sphère et du cylindre, il établit également que le volume d'une sphère vaut les 32 du volume du cylindre qui la contient exactement. Il considérait ce résultat comme son plus bel accomplissement, et avait demandé qu'une sphère inscrite dans un cylindre soit gravée sur sa tombe. Le général et orateur romain Cicéron, questeur en Sicile, raconte l'avoir retrouvée et restaurée en −137, près de 75 ans après la mort du savant.
6Inégalités et encadrements
Certaines fonctions — comme x↦e−x2 — n'admettent aucune primitive exprimable avec les fonctions usuelles du programme. Faut-il pour autant renoncer à en dire quelque chose ? Non : on peut encadrer leur intégrale, l'approcher, et étudier son comportement à la limite. C'est l'objet de cette dernière section.
6.1 Comparer sans calculer : encadrer une intégrale
Méthode — encadrer une intégrale sans la calculer
On détermine deux réels m et M tels que m⩽f(x)⩽M sur [a;b] (souvent à l'aide du tableau de variations de f), puis on applique l'inégalité de la moyenne (2.4) : m(b−a)⩽∫abf(x)dx⩽M(b−a).
Exemple — une intégrale sans primitive usuelle
La fonction x↦e−x2 n'a pas de primitive exprimable avec les fonctions du programme ; pourtant, on peut encadrer ∫01e−x2dx. Sur [0;1], 0⩽x2⩽1, et la fonction t↦e−t est décroissante, donc e−1⩽e−x2⩽e0.
e−1⩽e−x2⩽1 sur [0;1]
⇒e−1×(1−0)⩽∫01e−x2dx⩽1×(1−0)
⇒e1⩽∫01e−x2dx⩽1
Soit 0,368⩽∫01e−x2dx⩽1 : un encadrement grossier, mais rigoureux et obtenu sans aucune primitive.
6.2 La méthode des rectangles
L'encadrement précédent peut être affiné en découpant [a;b] en plusieurs sous-intervalles : c'est le principe de la méthode des rectangles, qui donne également tout son sens à l'écriture ∫abf(x)dx comme une « somme continue ».
Math & Co — donner un sens rigoureux à la somme
Leibniz et Newton manipulaient des « infiniment petits » sans définition totalement rigoureuse. Il faut attendre 1823 pour qu'Augustin-Louis Cauchy, dans son Résumé des leçons données à l'École royale polytechnique, définisse enfin l'intégrale d'une fonction continue comme la limite de sommes de rectangles, quand leur nombre tend vers l'infini.
Bernhard Riemann généralise cette construction en 1854, dans son mémoire d'habilitation à Göttingen, à des fonctions beaucoup moins régulières. C'est en son honneur que l'on parle aujourd'hui d'intégrale de Riemann — la construction précise que la méthode des rectangles, ci-dessous, met en œuvre.
Définition — sommes de rectangles
Soit f continue et croissante sur [a;b], et n∈N∗. On partage [a;b] en n intervalles de même largeur h=nb−a, aux points xk=a+kh (0⩽k⩽n). On pose :
sn=hk=0∑n−1f(xk)etSn=hk=1∑nf(xk)
sn est la somme des rectangles inférieurs (hauteur prise au bord gauche), Sn celle des rectangles supérieurs (hauteur prise au bord droit).
Propriété
Pour tout n, sn⩽∫abf(x)dx⩽Sn ; et lorsque n→+∞, sn et Sn tendent tous deux vers ∫abf(x)dx (admis).
Figure 7 — Encadrement de ∫03f(x)dx par n=6 rectangles inférieurs (verts) et supérieurs (orange).
Exemple — encadrer avec 6 rectangles
Encadrons ∫03f(x)dx pour f(x)=0,5x2+0,5, avec n=6 (Figure 7), donc h=0,5.
s6=0,5(f(0)+f(0,5)+f(1)+f(1,5)+f(2)+f(2,5))
=0,5(0,5+0,625+1+1,625+2,5+3,625)
=0,5×9,875=4,9375
S6=0,5(f(0,5)+f(1)+f(1,5)+f(2)+f(2,5)+f(3))
=0,5(0,625+1+1,625+2,5+3,625+5)
=0,5×14,375=7,1875
On obtient 4,9375⩽∫03f(x)dx⩽7,1875. La valeur exacte, ∫03(0,5x2+0,5)dx=6, est bien comprise dans cet encadrement.
6.3 Suites d'intégrales : monotonie et limite
Un grand classique du baccalauréat consiste à étudier une suite (In) définie par une intégrale dépendant d'un entier n, sans jamais calculer In explicitement.
Exemple guidé — la suite In=∫01xne−xdx
Encadrement et limite. Sur [0;1], 0⩽e−x⩽1 (car −x⩽0), donc 0⩽xne−x⩽xn pour tout x∈[0;1] (on a multiplié par xn⩾0).
0⩽In⩽∫01xndx
⇒0⩽In⩽[n+1xn+1]01=n+11
Comme n+11→0 quand n→+∞, le théorème des gendarmes donne n→+∞limIn=0.
Monotonie. Pour x∈[0;1], xn+1⩽xn (car 0⩽x⩽1), donc xn+1e−x⩽xne−x (on a multiplié par e−x⩾0). Par comparaison (2.3) :
In+1=∫01xn+1e−xdx⩽∫01xne−xdx=In
La suite (In) est donc décroissante. Étant de plus minorée par 0, elle converge — ce qui confirme, par un second argument, la limite trouvée ci-dessus.
Cette combinaison — encadrement, théorème des gendarmes, étude du signe de In+1−In — est la méthode de référence pour toute suite d'intégrales. Tu la retrouveras, dans une variante légèrement différente, à l'exercice 10 et à l'exercice 14 type bac.
Fiche mémo
∫abf(x)dx=F(b)−F(a), où F est une primitive de f sur un intervalle contenant a et b.
Si f est continue et positive sur [a;b], ∫abf(x)dx est l'aire sous la courbe, en u.a.
Soit f définie sur [−2;3] par f(x)={x22x−1si x⩽1si x>1. Calcule ∫−23f(x)dx.
Voir le corrigé détaillé
f est continue en 1 (les deux expressions y valent 1) : on découpe en x=1 grâce à la relation de Chasles.
∫−23f(x)dx=∫−21x2dx+∫13(2x−1)dx
=[3x3]−21+[x2−x]13
=(31−(−38))+((9−3)−(1−1))
=3+6
=9
5
Soit f(x)=−x2+4 sur [−2;2]. Vérifie que f⩾0 sur cet intervalle, puis calcule l'aire du domaine sous la courbe de f.
Voir le corrigé détaillé
f est un polynôme du second degré, de racines −2 et 2 (car f(x)=0⟺x2=4), et de coefficient dominant négatif : f⩾0 exactement sur [−2;2].
A=∫−22(−x2+4)dx=[−3x3+4x]−22
=(−38+8)−(38−8)
=316−(−316)
=332u.a.≈10,67u.a.
Niveau 2 — Approfondissement
6
Calcule, à l'aide d'une intégration par parties, ∫01(2x+1)exdx.
Voir le corrigé détaillé
On pose v(x)=2x+1 (donc v′(x)=2) et u′(x)=ex (donc u(x)=ex).
∫01(2x+1)exdx=[(2x+1)ex]01−∫012exdx
=[(2x+1)ex]01−[2ex]01
=[(2x−1)ex]01
=(2−1)e1−(−1)e0
=e+1
7
Soit P la parabole d'équation y=−x2+2x+3 et d la droite d'équation y=3. Calcule l'aire du domaine compris entre P et d.
Voir le corrigé détaillé
Intersections : −x2+2x+3=3⟺−x2+2x=0⟺x(2−x)=0, donc x=0 ou x=2. En x=1 : P(1)=4>d(1)=3, donc P est au-dessus de d sur [0;2].
A=∫02((−x2+2x+3)−3)dx=∫02(−x2+2x)dx
=[−3x3+x2]02
=(−38+4)−0
=34u.a.
8
Sans calculer aucune des deux intégrales, compare ∫011+x21dx et ∫011+x1dx.
Voir le corrigé détaillé
Sur [0;1], 0⩽x⩽1 donne x2⩽x (en multipliant par x⩾0), donc 1+x2⩽1+x. Comme la fonction inverse est décroissante sur ]0;+∞[ et que 1+x2, 1+x sont strictement positifs :
1+x2⩽1+x
⇒1+x21⩾1+x1la fonction inverse retourne les inégalités
⇒∫011+x21dx⩾∫011+x1dxcomparaison, 0⩽1
9
Pour n∈N, on pose Jn=∫01xn(1−x)dx.
Calcule J0 et J1.
Montre que 0⩽Jn⩽n+11 pour tout n.
Détermine n→+∞limJn.
Voir le corrigé détaillé
1.
J0=∫01(1−x)dx=[x−2x2]01=21
J1=∫01(x−x2)dx=[2x2−3x3]01=61
2. Sur [0;1], 0⩽1−x⩽1 ; en multipliant par xn⩾0, on obtient 0⩽xn(1−x)⩽xn.
⇒0⩽Jn⩽∫01xndx=n+11
3. Comme n+11→0, le théorème des gendarmes donne n→+∞limJn=0.
10
Calcule le volume du solide engendré par la rotation, autour de (Ox), de la courbe de f(x)=x+1 sur [0;3].
Voir le corrigé détaillé
V=π∫03(x+1)2dx=π∫03(x2+2x+1)dx
=π[3x3+x2+x]03
=π(9+9+3)
=21πu.v.≈65,97u.v.
Niveau 3 — Type bac
11
Restitution organisée de connaissances. On suppose connue la définition de l'intégrale à l'aide des primitives. Démontre que si f est continue, croissante et positive sur [a;b], alors la fonction A définie sur [a;b] par A(x)=∫axf(t)dt est dérivable et vérifie A′=f.
Voir le corrigé détaillé
Soit x∈[a;b[ et h>0 tel que x+h⩽b. Le nombre A(x+h)−A(x) est l'aire de la bande comprise entre les abscisses x et x+h. Comme f est croissante sur [x;x+h], cette aire est encadrée par les rectangles de hauteurs f(x) et f(x+h) :
hf(x)⩽A(x+h)−A(x)⩽hf(x+h)
⇒f(x)⩽hA(x+h)−A(x)⩽f(x+h)division par h>0
La continuité de f en x donne h→0+limf(x+h)=f(x) ; par le théorème des gendarmes, h→0+limhA(x+h)−A(x)=f(x). Un raisonnement symétrique pour h<0 donne la même limite à gauche : A est donc dérivable en x, avec A′(x)=f(x). Ceci valant pour tout x∈[a;b], on conclut A′=f sur [a;b]. C.Q.F.D.
12
Soit f définie sur [0;+∞[ par f(x)=xe−x.
Étudie les variations de f sur [0;+∞[ et dresse son tableau de variations (on admet que x→+∞limxe−x=0).
Justifie que f⩾0 sur [0;+∞[.
Calcule, à l'aide d'une intégration par parties, l'aire du domaine délimité par la courbe de f, l'axe des abscisses et les droites x=0 et x=3.
Voir le corrigé détaillé
1.f est dérivable sur [0;+∞[ comme produit de fonctions dérivables.
f′(x)=1×e−x+x×(−e−x)
=(1−x)e−x
Comme e−x>0 pour tout x, f′(x) a le signe de 1−x : positif sur [0;1[, nul en 1, négatif sur ]1;+∞[.
x
0
1
+∞
signe de f′(x)
+
0
−
variations de f
0
↗
e1
↘
0
2. Pour x⩾0, x⩾0 et e−x>0 : f(x)=xe−x est un produit de deux facteurs positifs ou nuls, donc f(x)⩾0.
3. Comme f⩾0 sur [0;3], l'aire cherchée est ∫03xe−xdx. On pose v(x)=x (donc v′(x)=1) et u′(x)=e−x (donc u(x)=−e−x).
∫03xe−xdx=[−xe−x]03−∫03(−e−x)dx
=[−xe−x]03+[−e−x]03
=[−(x+1)e−x]03
=−4e−3−(−1)
=1−4e−3u.a.≈0,80u.a.
Figure 8 — La fonction f(x)=xe−x croît sur [0;1] puis décroît : l'aire violette, entre 0 et 3, vaut 1−4e−3 u.a.
13
Soit f(x)=x2 et g(x)=2x, définies sur [0;2].
Étudie la position relative des courbes de f et g sur [0;2].
Calcule l'aire du domaine compris entre les deux courbes sur [0;2].
Calcule le volume Vg engendré par la rotation autour de (Ox) de la courbe de g sur [0;2], puis le volume Vf engendré par celle de f. Compare Vg et Vf.
Voir le corrigé détaillé
1.
g(x)−f(x)=2x−x2=x(2−x)
sur [0;2] : x⩾0 et 2−x⩾0
⇒g(x)−f(x)⩾0, donc g⩾f sur [0;2]
2.
A=∫02(2x−x2)dx=[x2−3x3]02
=(4−38)−0
=34u.a.
3.
Vg=π∫02(2x)2dx=π∫024x2dx=π[34x3]02=332π
Vf=π∫02(x2)2dx=π∫02x4dx=π[5x5]02=532π
⇒Vg>Vfcar 31>51
Cohérent avec la question 1 : la courbe de g est plus « haute » sur ]0;2[, donc plus éloignée de l'axe de rotation, ce qui engendre un solide plus volumineux.
14
Pour tout entier naturel n, on pose In=∫011+xxndx.
Calcule I0.
Montre que pour tout n, 0⩽In⩽n+11.
En déduire n→+∞limIn.
Montre que la suite (In) est décroissante.
Voir le corrigé détaillé
1.
I0=∫011+x1dx=[ln(1+x)]01
=ln2−ln1
=ln2
2. Sur [0;1], 1+x⩾1, donc 1+x1⩽1 ; en multipliant par xn⩾0, on obtient 0⩽1+xxn⩽xn.
⇒0⩽In⩽∫01xndx=n+11
3. Comme n+11→0 quand n→+∞, le théorème des gendarmes donne n→+∞limIn=0.
4.
In+1−In=∫011+xxn+1−xndx=∫011+xxn(x−1)dx
sur [0;1] : xn⩾0, x−1⩽0, 1+x>0
⇒l'intégrande 1+xxn(x−1)⩽0 sur [0;1]
⇒In+1−In⩽0positivité, 0⩽1
La suite (In) est donc décroissante — ce qui est cohérent avec une suite positive de limite 0.
Niveau 4 — Problèmes de vie courante
15
Silo à grains (Abéché, Tchad). L'ingénieure Aïcha conçoit un silo à grains dont le profil intérieur est obtenu en faisant tourner, autour de l'axe vertical (Ox), la courbe de f(x)=0,2x+1 (en mètres) pour x∈[0;6].
Quelle est la nature géométrique du solide obtenu ?
Calcule le volume de grains, en m³, que peut contenir le silo (arrondi au centième).
Un silo de ce type coûte 45000 F CFA par m³ à construire. Estime le coût total, arrondi au millier de francs.
Voir le corrigé détaillé
1.f est une fonction affine : sa courbe est un segment de droite. La rotation d'un segment de droite non parallèle à l'axe engendre un tronc de cône (cône tronqué).
2. Une primitive de (0,2x+1)2 est 3×0,2(0,2x+1)3=0,6(0,2x+1)3.
V=π∫06(0,2x+1)2dx=π[0,6(0,2x+1)3]06
=π×0,62,23−13
=π×0,610,648−1
=π×16,08
=16,08πm3≈50,52m3
3.
coût ≈50,52×45000
≈2273400 F CFA
Le silo doit contenir environ 50,52 m³ de grains, pour un coût de construction estimé à environ 2 273 000 F CFA.
16
Débit sanguin (Yaoundé, Cameroun). À l'hôpital de Yaoundé, le débit sanguin d'un patient pendant un effort de 8 minutes est modélisé par d(t)=−0,05t2+0,6t+4 (en L/min), pour t∈[0;8]. Calcule le débit moyen sur ces 8 minutes, au centième de L/min près.
Voir le corrigé détaillé
∫08d(t)dt=[−30,05t3+0,3t2+4t]08
=(−325,6+19,2+32)−0
=3128
μ=81×3128
=316≈5,33L/min
Le débit sanguin moyen du patient pendant l'effort est d'environ 5,33 L/min.
17
Terrain agricole (entre Yaoundé et Douala, Cameroun). Une voie ferrée longe une rivière. Dans un repère où l'unité représente 100 m, la rive de la rivière suit la courbe d'équation y=−0,06x2+8, et la voie ferrée suit la droite d'équation y=2.
Détermine les abscisses des deux points où la rivière croise la voie ferrée.
Calcule, en hectares, la superficie du terrain agricole compris entre la voie ferrée et la rivière.
Voir le corrigé détaillé
1.
−0,06x2+8=2
⇔0,06x2=6
⇔x2=100
⇔x=−10 ou x=10
2. En x=0, la rivière est à 8, au-dessus de la voie ferrée (à 2) : sur [−10;10], la rivière est au-dessus de la voie.
A=∫−1010((−0,06x2+8)−2)dx
=∫−1010(−0,06x2+6)dx
=[−0,02x3+6x]−1010
=(−20+60)−(20−60)
=40−(−40)=80u.a.
Ici, 1 unité représente 100 m, donc 1 u.a. représente un carré de 100 m×100 m=10000m2=1 hectare. La superficie du terrain agricole est donc de 80 hectares.
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Si F est une primitive de f sur I, l'intégrale ∫abf(x)dx est définie par :
Explication : Par définition, ∫abf(x)dx=F(b)−F(a), où F est une primitive quelconque de f sur un intervalle contenant a et b.
Échanger les bornes d'une intégrale :
Explication : Par convention, ∫baf(x)dx=−∫abf(x)dx : échanger les bornes change le signe.
Calcule ∫02(3x2)dx.
Explication : Une primitive de 3x2 est x3, donc ∫023x2dx=[x3]02=8−0=8.
Si f est continue et positive sur [a;b], l'intégrale ∫abf(x)dx représente :
Explication : Lorsque f est continue et positive sur [a;b], ∫abf(x)dx est exactement l'aire du domaine délimité par la courbe, l'axe des abscisses et les droites x=a, x=b.
D'après le théorème fondamental de l'analyse, si f est continue et positive sur I et a∈I, la fonction A:x↦∫axf(t)dt vérifie :
Explication : Le théorème fondamental de l'analyse affirme que A est dérivable sur I avec A′=f : A est la primitive de f qui s'annule en a.
La propriété de linéarité de l'intégrale donne, pour f,g continues et k réel :
Explication : La linéarité donne ∫ab(f+g)dx=∫abfdx+∫abgdx et ∫abkfdx=k∫abfdx — l'intégrale d'un produit n'est en général pas le produit des intégrales.
La relation de Chasles s'écrit, pour a,b,c dans un intervalle où f est continue :
Explication : C'est l'énoncé exact de la relation de Chasles ; elle permet de découper un calcul en plusieurs étapes, notamment pour intégrer une fonction définie par morceaux comme une valeur absolue.
Si f est continue et f⩾0 sur [a;b] avec a⩽b, alors :
Explication : C'est la propriété de positivité : une primitive F de f est croissante (F′=f⩾0), donc F(a)⩽F(b), c'est-à-dire ∫abf(x)dx=F(b)−F(a)⩾0.
La valeur moyenne μ d'une fonction f continue sur [a;b] (a<b) est définie par :
Explication : La valeur moyenne est l'intégrale divisée par la longueur de l'intervalle : μ=b−a1∫abf(x)dx. Ne jamais oublier ce facteur b−a1, c'est l'erreur la plus fréquente.
Le théorème de la moyenne affirme que pour f continue sur [a;b] (a<b) :
Explication : C'est l'énoncé du théorème de la moyenne, conséquence du théorème des valeurs intermédiaires appliqué à f, continue et bornée entre m et M.
La formule d'intégration par parties s'écrit, pour u,v de classe C1 sur [a;b] :
Explication : C'est la formule exacte, obtenue en intégrant (uv)′=u′v+uv′ : ∫abu′vdx=[uv]ab−∫abuv′dx. Oublier le signe moins est un piège classique.
Pour calculer ∫01xexdx par IPP, le choix judicieux est :
Explication : On dérive la partie qui se simplifie (le polynôme x, dont la dérivée est 1) et on intègre la partie dont une primitive est immédiate (ex). Le choix inverse alourdirait le calcul.
Pour calculer l'aire entre deux courbes f et g sur [a;b] avec f(x)⩾g(x), on calcule :
Explication : L'aire entre deux courbes vaut l'intégrale de la fonction du haut moins la fonction du bas, ici f−g, qui est positive sur [a;b] par hypothèse.
Piège classique : si f change de signe sur [a;b], l'intégrale ∫abf(x)dx :
Explication : Quand f change de signe, l'intégrale n'est plus une aire : les parties où f<0 sont comptées négativement. Pour obtenir l'aire réelle, il faut découper et sommer les valeurs absolues, soit A=∫ab∣f(x)∣dx.
On a ∫03(x2−4)dx=−3. Cette valeur négative signifie que :
Explication :f(x)=x2−4 change de signe en x=2 : négative avant, positive après. L'intégrale globale, −3, traduit que la partie négative l'emporte sur la partie positive — ce n'est pas l'aire du domaine.
Le volume d'un solide de révolution engendré par la rotation de la courbe de f, continue et positive sur [a;b], autour de (Ox), vaut :
Explication : Chaque tranche est assimilable à un disque de rayon f(x), d'aire π[f(x)]2 : en sommant sur l'épaisseur, V=π∫ab[f(x)]2dx. Oublier le carré est l'erreur la plus fréquente.
Le volume engendré par la rotation de f(x)=x sur [0;4] autour de (Ox) vaut :
L'inégalité de la moyenne dit : si m⩽f(x)⩽M sur [a;b] (a⩽b), alors :
Explication : C'est l'inégalité de la moyenne, très utile pour encadrer une intégrale d'une fonction sans primitive usuelle, comme x↦e−x2.
Dans la méthode des rectangles, pour f continue et croissante sur [a;b], les sommes sn (rectangles inférieurs) et Sn (rectangles supérieurs) vérifient :
Explication : Les rectangles inférieurs sous-estiment l'aire, les rectangles supérieurs la surestiment : sn⩽∫abf(x)dx⩽Sn, et cet encadrement se resserre jusqu'à l'intégrale quand n→+∞ (intégrale de Riemann).