Étudier divisibilité, congruences et théorèmes fondamentaux (série C / spécialité).
MathématiquesTerminaleChapitre 18 / 19⏱ 11 h
Ce que tu sauras faire à la fin
Résoudre une équation diophantienne ax + by = c
Utiliser les congruences pour un problème de reste
Appliquer Bézout et Gauss dans une démonstration
Compter, partager, coder : trois activités aussi vieilles que les mathématiques, et qui reposent toutes les trois sur une seule notion, la divisibilité dans Z, l'ensemble des entiers relatifs. Quand un commerçant de Bamako répartit équitablement des sacs de céréales entre plusieurs paniers, quand ta carte bancaire vérifie en un instant qu'un numéro de compte est valide, quand un site internet protège un mot de passe avant de l'envoyer sur le réseau, ce sont des restes de division et des nombres premiers qui travaillent en coulisses. Ce chapitre te donne les clés pour comprendre, démontrer et utiliser ces mécanismes.
Tu manies la division depuis le primaire, et les mots « multiple » et « diviseur » te sont familiers depuis longtemps. Ce qui change en Terminale, c'est le passage de la pratique à la preuve : chaque propriété que tu utilisais « parce que ça marche » va désormais être démontrée à partir d'une poignée de définitions précises. Tu vas aussi découvrir deux outils entièrement nouveaux — le théorème de Bézout et le théorème de Gauss — qui permettent de résoudre complètement des équations où seules les solutions entières nous intéressent : les équations diophantiennes.
Une notion neuve structure tout le chapitre : la congruence. Écrire a≡b(modn) revient à dire que a et b laissent le même reste dans la division par n — une idée d'une grande simplicité, mais d'une puissance immense : critères de divisibilité, calendriers perpétuels, clés de contrôle des numéros bancaires ou des ISBN, chiffrement des messages... la congruence est l'outil discret qui fait fonctionner une bonne partie du monde numérique.
La progression du chapitre suit une logique de construction, brique après brique : la division euclidienne (§1) fournit le reste sur lequel repose l'algorithme d'Euclide (§2) ; celui-ci permet de démontrer le théorème de Bézout (§3), qui entraîne à son tour le théorème de Gauss (§4) ; ces deux théorèmes éclairent la structure des nombres premiers (§5) et donnent tout son sens aux congruences (§6), pour déboucher sur des applications bien concrètes (§7). Prends le temps d'assimiler chaque section avant de passer à la suivante : c'est un chapitre où tout s'enchaîne.
1Divisibilité et division euclidienne
Toute l'arithmétique repose sur une opération que tu pratiques depuis l'école primaire : la division. Il est temps d'en donner une définition précise et d'en démontrer les propriétés.
1.1 Multiples et diviseurs
Définition
Soient a et b deux entiers relatifs. On dit que bdivisea, ou que b est un diviseur de a, ou encore que a est un multiple de b, lorsqu'il existe un entier k∈Z tel que :
a=bk
On note alors b∣a (lire « b divise a »).
L'ensemble des multiples d'un entier b se note bZ={bk∣k∈Z}. Par exemple 3Z={…,−6,−3,0,3,6,9,…}.
Exemple — reconnaître une divisibilité
5∣20car 20=5×4
(−3)∣12car 12=(−3)×(−4)
7∤10aucun entier k ne vérifie 10=7k
n∣0 pour tout entier ncar 0=n×0
Attention
Ne confonds pas les rôles : dans « b∣a », c'est b le diviseur et a le multiple. L'écriture a∣b et l'écriture b∣a n'ont en général rien à voir. Par ailleurs, 0 ne divise que lui-même : 0∣a équivaut à a=0, puisque 0×k=0 quel que soit k.
1.2 Propriétés de la divisibilité
Propriété
Soient a,b,c des entiers relatifs.
Réflexivité :a∣a ; et 1∣a pour tout a.
Transitivité : si a∣b et b∣c, alors a∣c.
Combinaison linéaire : si a∣b et a∣c, alors pour tous entiers u,v : a∣(bu+cv).
Démonstration
Transitivité. Par hypothèse, il existe k∈Z tel que b=ak, et il existe k′∈Z tel que c=bk′.
c=bk′=(ak)k′
=a(kk′)kk′∈Z
Donc a∣c.
Combinaison linéaire. Par hypothèse, b=ak et c=ak′ pour deux entiers k,k′. Pour tous entiers u,v :
bu+cv=aku+ak′v
=a(ku+k′v)ku+k′v∈Z
Donc a∣(bu+cv). C.Q.F.D.
Cette dernière propriété est utilisée en permanence : elle affirme que l'ensemble des diviseurs communs à deux nombres reste stable par combinaison — c'est exactement le principe caché derrière l'algorithme d'Euclide de la section suivante.
Exemple — combiner des divisibilités
On sait que 6∣90 et 6∣24. Montrons que 6∣(5×90−3×24).
5×90−3×24=450−72
=378
6∣378propriété de combinaison linéaire, ou directement 378=6×63
1.3 Division euclidienne
Quand b ne divise pas a, la division « ne tombe pas juste » : il reste quelque chose. La division euclidienne organise ce reste de façon unique.
Théorème — existence et unicité
Soit a∈Z et b∈N∗. Il existe un unique couple d'entiers (q,r) tel que :
a=bq+ravec0⩽r<b
q s'appelle le quotient et r le reste de la division euclidienne de a par b.
Démonstration
Existence. On admet la propriété d'Archimède : pour tout réel x, il existe un unique entier q tel que q⩽x<q+1 (la partie entière de x). Appliquée à x=ba, elle donne un unique entier q tel que :
q⩽ba<q+1
⇒bq⩽a<bq+bon multiplie par b>0, qui conserve l'ordre
Posons r=a−bq. L'encadrement précédent donne exactement 0⩽r<b, et par construction a=bq+r. L'existence est établie.
Unicité. Supposons a=bq+r=bq′+r′ avec 0⩽r<b et 0⩽r′<b. Alors :
b(q−q′)=r′−r
−b<r′−r<bcar 0⩽r<b et 0⩽r′<b
⇒∣b(q−q′)∣<b
⇒∣q−q′∣<1on divise par b>0
Or q−q′ est un entier : le seul entier de valeur absolue strictement inférieure à 1 est 0. Donc q=q′, puis r=a−bq=a−bq′=r′. C.Q.F.D.
Exemple — division euclidienne, cas positif
Effectuons la division euclidienne de 875 par 23.
23×38=874
875=23×38+1
0⩽1<23le reste convient
Le quotient est q=38 et le reste est r=1.
Attention — le piège du dividende négatif
Quand a est négatif, on ne « tronque » jamais vers zéro : il faut absolument que 0⩽r<b. Cherchons la division euclidienne de a=−7 par b=3.
écriture incorrecte : −7=3×(−2)−1le reste −1 est négatif : interdit !
écriture correcte : −7=3×(−3)+2
0⩽2<3le reste convient
Le quotient de −7 par 3 est donc q=−3 et le reste est r=2, et non−1. En cas de doute, ajoute des multiples de b jusqu'à obtenir un reste dans [0;b[.
2PGCD, PPCM, algorithme d'Euclide
Deux entiers ont toujours des diviseurs communs (au moins 1) et des multiples communs (au moins leur produit). Cette section organise ces diviseurs et multiples communs autour de deux nombres privilégiés : le plus grand des uns, le plus petit des autres.
2.1 Le PGCD
Définition
Soient a et b deux entiers, non tous les deux nuls. L'ensemble des diviseurs communs positifs de a et b est une partie finie et non vide de N∗ (elle contient 1) : elle possède donc un plus grand élément, appelé plus grand commun diviseur de a et b, noté pgcd(a,b).
Exemple — calcul direct par les diviseurs
Cherchons pgcd(18,24).
diviseurs de 18 : {1,2,3,6,9,18}
diviseurs de 24 : {1,2,3,4,6,8,12,24}
diviseurs communs : {1,2,3,6}
⇒pgcd(18,24)=6
Cette méthode par liste devient vite impraticable pour de grands nombres : c'est pour cela que les mathématiciens grecs ont inventé un algorithme bien plus rapide.
2.2 L'algorithme d'Euclide
Propriété fondamentale
Soient a∈Z et b∈N∗. Si r est le reste de la division euclidienne de a par b, alors :
pgcd(a,b)=pgcd(b,r)
Démonstration
On a a=bq+r pour un certain entier q. Montrons que a et b ont exactement les mêmes diviseurs communs que b et r.
Soit d un diviseur commun de a et b : d∣a et d∣b. Comme r=a−bq est une combinaison linéaire de a et b, la propriété de la section 1 donne d∣r. Donc d est un diviseur commun de b et r.
Réciproquement, soit d un diviseur commun de b et r : d∣b et d∣r. Comme a=bq+r est une combinaison linéaire de b et r, on obtient d∣a. Donc d est un diviseur commun de a et b.
Les couples (a,b) et (b,r) ont donc le même ensemble de diviseurs communs — en particulier le même plus grand, d'où pgcd(a,b)=pgcd(b,r). C.Q.F.D.
Méthode — calculer un PGCD par l'algorithme d'Euclide
On répète les divisions euclidiennes en remplaçant à chaque étape le couple (a,b) par (b,r), jusqu'à obtenir un reste nul. Le PGCD est alors le dernier reste non nul. L'algorithme s'arrête toujours : la suite des restes est strictement décroissante dans N, elle ne peut décroître indéfiniment.
Figure 1 — L'algorithme d'Euclide : à chaque étape, on remplace le couple (a,b) par (b,r) où r est le reste de la division de a par b ; le PGCD est le dernier reste non nul.
Exemple — un second calcul, pour t'entraîner
Calculons pgcd(120,45) par l'algorithme d'Euclide.
120=45×2+30
45=30×1+15
30=15×2+0
⇒pgcd(120,45)=15dernier reste non nul
Math & Co — Le plus vieil algorithme du monde
L'algorithme que tu viens d'apprendre apparaît, décrit avec une précision remarquable, dans le Livre VII des Éléments d'Euclide, rédigés à Alexandrie vers −300. Euclide le présente sous forme géométrique, comme un procédé de « soustractions successives » de segments, et l'utilise pour démontrer que deux nombres premiers entre eux n'ont pas d'autre diviseur commun que 1.
Vingt-trois siècles plus tard, cet algorithme est toujours enseigné tel quel, et sa version rapide reste l'un des algorithmes les plus utilisés en informatique : il intervient par exemple dans les logiciels de cryptographie, dont le système RSA que tu découvriras en fin de chapitre.
2.3 Nombres premiers entre eux
Définition
Deux entiers a et b sont dits premiers entre eux lorsque pgcd(a,b)=1, c'est-à-dire lorsque leur seul diviseur positif commun est 1.
Attention
« a et b premiers entre eux » ne signifie pas que a ou b est un nombre premier ! Par exemple, 8 et 15 sont premiers entre eux (pgcd(8,15)=1) bien qu'aucun des deux ne soit un nombre premier.
2.4 PPCM et relation avec le PGCD
Définition
Soient a et b deux entiers non nuls. L'ensemble des multiples strictement positifs communs à a et b est une partie non vide de N∗ (elle contient ∣ab∣) : elle possède donc un plus petit élément, appelé plus petit commun multiple de a et b, noté ppcm(a,b).
Propriété
Pour tous entiers non nuls a et b :
pgcd(a,b)×ppcm(a,b)=∣a×b∣
En particulier, si a et b sont premiers entre eux, ppcm(a,b)=∣ab∣.
Cette relation, admise à ce stade, se justifie très naturellement à l'aide de la décomposition en facteurs premiers que tu découvriras en section 5 ; nous y reviendrons brièvement à ce moment-là.
Exemple — utiliser la relation PGCD × PPCM
On a vu que pgcd(120,45)=15. Déduisons-en ppcm(120,45).
pgcd(120,45)×ppcm(120,45)=120×45
15×ppcm(120,45)=5400
⇒ppcm(120,45)=360
3Théorème de Bézout
Nous savons calculer pgcd(a,b) grâce à l'algorithme d'Euclide. Le théorème que voici va beaucoup plus loin : il affirme que ce pgcd peut toujours s'écrire comme une combinaison entière de a et de b. Cette identité, d'apparence modeste, est l'outil le plus puissant du chapitre : elle fonde le théorème de Gauss, la résolution des équations diophantiennes, et de nombreuses applications.
3.1 L'identité de Bézout
Théorème de Bézout
Soient a et b deux entiers relatifs non tous deux nuls, et d=pgcd(a,b). Il existe deux entiers relatifs u et v tels que :
au+bv=d
Un tel couple (u,v) s'appelle un couple de coefficients de Bézout pour a et b.
Démonstration — par le plus petit élément
Considérons l'ensemble des entiers strictement positifs qui s'écrivent comme combinaison de a et b :
E={au+bv∣u,v∈Z}∩N∗
E est une partie non vide de N∗ : elle contient a×a+b×b=a2+b2>0 (pris avec u=a, v=b). Elle possède donc un plus petit élément δ=au0+bv0, avec u0,v0∈Z.
δ divise a. Effectuons la division euclidienne de a par δ : a=δq+r avec 0⩽r<δ.
r=a−δq
=a−(au0+bv0)q
=a(1−u0q)+b(−v0q)combinaison de a et b
Si r>0, alors r∈E et r<δ : cela contredit la minimalité de δ. Donc r=0, c'est-à-dire δ∣a. Le même raisonnement, en échangeant les rôles, donne δ∣b.
δ=d.δ est un diviseur commun de a et b, donc δ⩽d. Réciproquement, d divise a et b, donc d divise toute combinaison au0+bv0=δ (propriété de la section 1) : ainsi d⩽δ. Donc δ=d, et d=au0+bv0. C.Q.F.D.
Exemple — vérifier une identité de Bézout
Pour a=5 et b=3, on a pgcd(5,3)=1, et (u,v)=(−1,2) convient :
5×(−1)+3×2=−5+6
=1bien le pgcd de 5 et 3
3.2 Caractérisation des nombres premiers entre eux
Corollaire
Deux entiers a et b sont premiers entre eux si et seulement si il existe deux entiers u,v tels que :
au+bv=1
Démonstration
Si pgcd(a,b)=1, le théorème de Bézout donne directement u,v tels que au+bv=1.
Réciproquement, supposons au+bv=1 et notons d=pgcd(a,b). Comme d∣a et d∣b, d divise la combinaison au+bv=1 (propriété de la section 1). Un diviseur positif de 1 valant nécessairement 1, on conclut d=1. C.Q.F.D.
Exemple — retrouver un résultat de la section 2
On avait affirmé, sans le prouver, que 8 et 15 sont premiers entre eux :
8×2+15×(−1)=16−15
=1donc pgcd(8,15)=1 par le corollaire
Attention
Le couple (u,v) donné par Bézout n'est jamais unique : si au+bv=d, alors pour tout entier k, le couple (u+kdb,v−kda) convient aussi (développe pour t'en convaincre). Une identité de Bézout n'est donc qu'un couple parmi une infinité — ce fait reviendra en section 4.3.
3.3 Recherche pratique : la remontée de l'algorithme d'Euclide
Méthode — trouver un couple de Bézout
On effectue l'algorithme d'Euclide pour obtenir d=pgcd(a,b), puis on remonte les égalités une à une, de la dernière division utile jusqu'à la première, pour exprimer d comme combinaison de a et b.
Exemple — coefficients de Bézout pour 252 et 198
La section 2 a donné (Figure 1) : 252=198×1+54 ; 198=54×3+36 ; 54=36×1+18 ; 36=18×2+0, donc pgcd(252,198)=18. Remontons à partir de l'avant-dernière ligne :
18=54−36×1
36=198−54×3on réinjecte cette égalité
⇒18=54−(198−54×3)×1
=54×4−198×1
54=252−198×1on réinjecte une seconde fois
⇒18=(252−198)×4−198
=252×4−198×5
Vérification : 252×4−198×5=1008−990=18. Le couple (u,v)=(4,−5) convient.
3.4 Une première application : l'équation ax+by=c
Une équation dont on cherche uniquement les solutions entières s'appelle une équation diophantienne, du nom du mathématicien grec Diophante d'Alexandrie. Le théorème de Bézout répond entièrement à la question de l'existence de solutions pour ax+by=c, d'inconnues x,y.
Théorème — condition d'existence
Soient a,b deux entiers non tous deux nuls, c un entier, et d=pgcd(a,b). L'équation ax+by=c, d'inconnues (x,y)∈Z2, admet au moins une solution si et seulement si d∣c.
Démonstration
Condition nécessaire. Si (x,y) est solution, d divise a et b, donc divise la combinaison ax+by=c.
Condition suffisante. Si d∣c, écrivons c=dk avec k∈Z. Par Bézout, il existe u,v tels que au+bv=d. En multipliant par k :
a(uk)+b(vk)=dk
=c
Le couple (x,y)=(uk,vk) est donc une solution. C.Q.F.D.
Attention — vérifie toujours d∣c
L'équation 4x+6y=7 n'a aucune solution entière : pgcd(4,6)=2 et 2∤7 (4x+6y est toujours pair, 7 est impair). C'est le premier réflexe à avoir face à une équation diophantienne.
Exemple — une solution particulière de 12x+18y=30
pgcd(12,18)=6par l'algorithme d'Euclide
30=6×5donc 6∣30 : l'équation a des solutions
12x+18y=30
⟺2x+3y=5on divise les deux membres par 6
2×(−1)+3×1=1couple de Bézout pour 2 et 3
⇒2×(−5)+3×5=5on multiplie par 5
Le couple (x0,y0)=(−5,5) est une solution particulière. Reste à décrire toutes les solutions : ce sera l'objet de la section 4.3, avec le théorème de Gauss.
Math & Co — Un nom pour deux mathématiciens
Étienne Bézout (1730-1783), examinateur des élèves de la Marine puis de l'Artillerie royales françaises, établit ce résultat en 1779 dans sa Théorie générale des équations algébriques — pour des polynômes, un cadre bien plus général que celui des entiers. Mais pour les entiers, l'identité était connue plus d'un siècle avant lui : le Français Claude-Gaspard Bachet de Méziriac l'expose dès 1624 dans Problèmes plaisants et délectables qui se font par les nombres, comme méthode de résolution des équations en nombres entiers. L'histoire a retenu le nom de Bézout ; la priorité revient à Bachet.
4Théorème de Gauss
Le théorème de Bézout ouvre la voie à un second résultat, tout aussi central : le théorème de Gauss précise à quelle condition un nombre qui divise un produit est obligé de diviser l'un des deux facteurs. Il permet notamment de décrire toutes les solutions d'une équation diophantienne.
4.1 Énoncé et démonstration
Théorème de Gauss
Soient a,b,c des entiers relatifs. Si a∣bc et si pgcd(a,b)=1, alors :
a∣c
Démonstration
Comme pgcd(a,b)=1, le théorème de Bézout donne deux entiers u,v tels que au+bv=1. Multiplions par c :
acu+bcv=c
Or a∣acu (facteur a apparent), et a∣bcv car a∣bc par hypothèse. Donc a divise la somme acu+bcv, c'est-à-dire a∣c. C.Q.F.D.
Exemple — appliquer le théorème de Gauss
Sachant que 23∣7n pour un entier n, et que pgcd(23,7)=1 (deux nombres premiers distincts), le théorème de Gauss donne directement 23∣n.
Attention — l'hypothèse « premiers entre eux » est indispensable
Sans elle, la conclusion est fausse : 6∣4×3=12, pourtant 6∤4 et 6∤3. Ici pgcd(6,4)=2=1 : l'hypothèse du théorème n'est pas vérifiée, on n'a donc aucun droit de conclure.
4.2 Corollaires
Corollaire
Soient a,b,c des entiers. Si a∣c, b∣c et pgcd(a,b)=1, alors :
ab∣c
Démonstration
c=akk∈Z, car a∣c
b∣akcar b∣c
⇒b∣kthéorème de Gauss, pgcd(a,b)=1
k=bk′k′∈Z
⇒c=a(bk′)
=(ab)k′donc ab∣c
C.Q.F.D.
Exemple — utiliser le corollaire
On a 4∣180 et 9∣180, avec pgcd(4,9)=1. Le corollaire donne 4×9=36∣180, ce que l'on vérifie : 180=36×5.
Ce corollaire, combiné à la décomposition en facteurs premiers, justifiera en section 5 la formule liant PGCD et PPCM admise en section 2.
4.3 Résolution complète de l'équation ax+by=c
Propriété — simplifier par le pgcd
Si d=pgcd(a,b), alors da et db sont premiers entre eux. En effet, Bézout donne au+bv=d pour des entiers u,v ; en divisant par d, on obtient dau+dbv=1, donc pgcd(da,db)=1 par le corollaire de la section 3.2.
Théorème — solution générale
Soient a,b des entiers non nuls, d=pgcd(a,b), c un multiple de d, et (x0,y0) une solution particulière de ax+by=c. L'ensemble des solutions entières est exactement :
{(x0+kdb,y0−kda)k∈Z}
Démonstration
Ces couples sont solutions. Pour tout k∈Z :
a(x0+kdb)+b(y0−kda)
=ax0+by0+kdab−kdab
=ax0+by0
=ccar (x0,y0) est solution
Il n'y en a pas d'autres. Soit (x,y) une solution quelconque. En soustrayant ax0+by0=c à ax+by=c :
a(x−x0)+b(y−y0)=0
⇒da(x−x0)=db(y0−y)on divise par d et on réarrange
Comme da divise db(y0−y) et que da et db sont premiers entre eux (propriété ci-dessus), le théorème de Gauss donne da∣(y0−y) : il existe k∈Z tel que y0−y=kda, soit y=y0−kda. En reportant dans l'égalité précédente puis en simplifiant par da (non nul), on obtient x−x0=kdb, soit x=x0+kdb. C.Q.F.D.
Méthode — résoudre entièrement ax+by=c
① Calculer d=pgcd(a,b) par Euclide et vérifier que d∣c (sinon : aucune solution). ② Simplifier par d pour obtenir a′x+b′y=c′ avec a′,b′ premiers entre eux. ③ Trouver une solution particulière (x0,y0) par remontée d'Euclide. ④ Écrire la solution générale x=x0+kb′, y=y0−ka′, k∈Z.
Exemple — solution générale de 2x+3y=5
La section 3.4 a donné la solution particulière (x0,y0)=(−5,5), avec a′=2 et b′=3 déjà premiers entre eux.
x=−5+3k,y=5−2k,k∈Z
Vérification pour k=2 : x=1, y=1, et 2×1+3×1=5. La figure 2 montre ces solutions : des points régulièrement espacés sur la droite d'équation 2x+3y=5.
Figure 2 — Les solutions entières de 2x+3y=5 forment une suite de points régulièrement espacés sur la droite : d'une solution à la suivante, x augmente de 3 et y diminue de 2.
Attention
Le signe « − » devant kda dans la formule de y n'est pas arbitraire : il vient directement de la démonstration. En cas de doute, redémontre-le au brouillon, ou vérifie ta formule en substituant deux valeurs de k dans l'équation de départ.
5Nombres premiers et décomposition
Les nombres premiers sont les briques élémentaires de l'arithmétique : tout entier s'obtient en les multipliant entre eux, d'une seule façon. Cette section démontre qu'il en existe une infinité, présente un algorithme antique pour les répertorier, et énonce le théorème qui organise autour d'eux tous les entiers.
5.1 Nombres premiers et leur infinité
Définition
Un entier p⩾2 est premier lorsque ses seuls diviseurs positifs sont 1 et p. Un entier n⩾2 non premier est dit composé : il a un diviseur d tel que 1<d<n.
Rappelons un fait utile : tout entier n⩾2 possède au moins un diviseur premier. En effet, l'ensemble de ses diviseurs ⩾2 est non vide (il contient n) : il admet un plus petit élément p, qui est premier — un diviseur strict de p autre que 1 diviserait aussi n et serait plus petit que p, contredisant sa minimalité.
Théorème — infinité des nombres premiers
Il existe une infinité de nombres premiers.
Démonstration — Euclide, par l'absurde
Supposons qu'il n'en existe qu'un nombre fini p1,p2,…,pn. Considérons :
N=p1×p2×⋯×pn+1
N admet un diviseur premier p (fait rappelé ci-dessus). Ce p est nécessairement l'un des pi, puisque la liste est censée être complète. Or pi divise le produit p1×⋯×pn, donc pi diviserait aussi N−p1×⋯×pn=1 : impossible pour un nombre premier. Contradiction. C.Q.F.D.
Exemple — tester la primalité de 97
Il suffit de tester les diviseurs premiers ⩽97≈9,8, soit 2,3,5,7 :
97 est impair ; 9+7=16 n'est pas multiple de 3 ; 97 ne finit ni par 0 ni par 5
97=7×13+67 ne divise pas 97
⇒97 est premier
5.2 Le crible d'Ératosthène
Méthode — cribler les nombres premiers jusqu'à N
On écrit tous les entiers de 2 à N. On raye les multiples de 2 (sauf 2), puis les multiples du plus petit nombre restant, et ainsi de suite, en s'arrêtant dès que ce plus petit nombre dépasse N : au-delà, tout composé restant aurait déjà été rayé. Les nombres jamais rayés sont premiers.
Figure 3 — Après avoir rayé les multiples de 2, 3 et 5 (suffisant car 30≈5,5), les 10 nombres entourés sont exactement les nombres premiers inférieurs à 30.
5.3 Décomposition en facteurs premiers
Théorème — décomposition (admis)
Tout entier n⩾2 se décompose, de façon unique à l'ordre des facteurs près, en produit de nombres premiers :
n=p1α1×p2α2×⋯×pkαk
où p1<p2<⋯<pk sont premiers et α1,…,αk∈N∗.
L'existence se démontre par récurrence forte, en extrayant à chaque étape un diviseur premier (section 5.1) puis en recommençant sur le quotient ; l'unicité, plus délicate, s'appuie sur le théorème de Gauss appliqué successivement à chaque facteur. Nous l'admettons.
Exemple — décomposer 504
504=2×252
=2×2×126
=23×63
=23×32×7
Propriété — nombre de diviseurs
Si n=p1α1×⋯×pkαk, le nombre de diviseurs positifs de n est (α1+1)×⋯×(αk+1).
Exemple — diviseurs de 504
(3+1)×(2+1)×(1+1)
=4×3×2
=24504 possède 24 diviseurs positifs
Propriété — PGCD, PPCM et décomposition
Pour chaque facteur premier commun, le plus petit exposant donne le pgcd, le plus grand donne le ppcm. Comme min(α,β)+max(α,β)=α+β, on retrouve la formule admise en 2.4 : pgcd(a,b)×ppcm(a,b)=∣ab∣.
Math & Co — Ératosthène, le géomètre de la Terre
Ératosthène de Cyrène (vers −276 à −194), troisième directeur de la bibliothèque d'Alexandrie, n'est pas qu'un cribleur de nombres : vers −240, en comparant l'angle du Soleil à midi entre Alexandrie et Syène (l'actuelle Assouan), il calcule le premier la circonférence de la Terre, avec moins de 2% d'erreur. Son crible, décrit par Nicomaque de Gérase au Ier siècle, reste la méthode la plus simple pour dresser à la main une liste de nombres premiers.
6Congruences dans ℤ
Nous voici au cœur du chapitre. La congruence formalise une idée simple : ne retenir d'un nombre que son reste par n, en oubliant le quotient — une simplification étonnamment puissante, comme le montrera la section 7.
6.1 Définition et compatibilité avec les opérations
Définition
Soit n∈N∗. Deux entiers a et b sont congrus modulo n lorsque n divise a−b :
a≡b(modn)⟺n∣(a−b)
Propriété — caractérisation par le reste
a≡b(modn) si et seulement si a et b ont le même reste dans la division euclidienne par n.
Démonstration
Notons a=nq+r et b=nq′+r′ les divisions euclidiennes de a et b par n, avec 0⩽r,r′<n.
a−b=n(q−q′)+(r−r′)
Si r=r′, a−b=n(q−q′) est multiple de n. Réciproquement, si n∣(a−b), alors n∣(r−r′) d'après l'égalité ci-dessus ; or −n<r−r′<n, donc r−r′=0. C.Q.F.D.
Propriété — compatibilité avec + et ×
Si a≡b(modn) et c≡d(modn), alors a+c≡b+d(modn) et ac≡bd(modn).
Démonstration
Par hypothèse, a−b=kn et c−d=k′n pour deux entiers k,k′.
Somme.
(a+c)−(b+d)=(a−b)+(c−d)
=kn+k′n
=n(k+k′)multiple de n
Produit. On écrit a=b+kn et c=d+k′n :
ac=(b+kn)(d+k′n)
=bd+bk′n+dkn+kk′n2
=bd+n(bk′+dk+kk′n)multiple de n ajouté à bd
Donc ac−bd est multiple de n. C.Q.F.D.
Par récurrence immédiate, la compatibilité s'étend aux puissances : a≡b(modn)⇒ap≡bp(modn) pour tout p⩾1. C'est ce qui rend les congruences si efficaces pour calculer des restes de grands nombres.
Exemple — calculer un reste par congruence
Reste de 15×23 dans la division par 7 :
15≡1(mod7)15=2×7+1
23≡2(mod7)23=3×7+2
⇒15×23≡1×2(mod7)compatibilité avec ×
≡2(mod7)
Le reste de 15×23=345 par 7 est 2, sans poser la division de 345.
Attention
La compatibilité avec × n'a pas d'équivalent pour la division : de ac≡bc(modn) on ne peut pas toujours simplifier en a≡b(modn). Exemple : 2×2≡2×5(mod6) (les deux valent 4), pourtant 2≡5(mod6). La simplification n'est licite que si pgcd(c,n)=1 (théorème de Gauss).
6.2 Puissances et cycles de restes
Calculer 2100(mod7) directement est hors de portée. Mais les restes des puissances successives d'un nombre modulo n sont périodiques : il n'existe que n restes possibles.
n
1
2
3
4
5
6
2nmod7
2
4
1
2
4
1
Méthode — calculer aN(modn)
On calcule les restes de a1,a2,a3,… modulo n jusqu'à revoir un reste déjà obtenu : cela signale un cycle de période T. On effectue alors la division euclidienne N=Tq+s, et aN≡as(modn) (ou aT si s=0).
Exemple — reste de 2100 modulo 7
Le tableau montre un cycle de période T=3 : 2,4,1,2,4,1,…
100=3×33+1division de l'exposant par la période
⇒2100≡21(mod7)
≡2(mod7)
Figure 4 — Sur l'horloge à 7 positions, additionner revient à tourner : partant de 5 et avançant de 4 crans, on arrive sur 2, exactement comme 5+4≡2(mod7).
6.3 Petit théorème de Fermat
Petit théorème de Fermat
Soit p premier et a un entier tel que p∤a. Alors ap−1≡1(modp). De façon équivalente, pour tout entier a : ap≡a(modp).
Idée de la preuve : si p∤a, les restes de a,2a,…,(p−1)a modulo p sont non nuls et deux à deux distincts — ce sont donc, dans un autre ordre, exactement 1,2,…,p−1. En multipliant ces p−1 congruences membre à membre puis en simplifiant par (p−1)! (licite car pgcd((p−1)!,p)=1, par Gauss), on obtient ap−1≡1(modp).
Exemple — reste de 210 modulo 11
11 est premier et 11∤2, donc 210≡1(mod11) directement par Fermat — ce qui explique pourquoi la période du cycle des restes de 2n modulo un premier p divise toujours p−1. Attention : l'hypothèse « p premier » est indispensable — pour un module composé, rien ne garantit an−1≡1(modn).
7Applications : critères de divisibilité, codage
Il est temps de récolter les fruits de ce chapitre : les congruences expliquent la preuve par 9, la clé qui protège un numéro de compte ou un livre, le jour de la semaine d'une date future, et le principe qui protège tes échanges sur internet.
7.1 Critères de divisibilité par 3, 9 et 11
Théorème — critères par 3 et par 9
Un entier naturel n, de chiffres akak−1…a1a0 en écriture décimale, est congru modulo 9 (et modulo 3) à la somme de ses chiffres :
n≡ak+ak−1+⋯+a0(mod9)
En particulier, n est divisible par 9 (resp. 3) si et seulement si la somme de ses chiffres l'est.
Démonstration
n=i=0∑kai×10i. Or 10≡1(mod9), donc 10i≡1(mod9) pour tout i (compatibilité avec les puissances). Par compatibilité avec + et × :
n=i=0∑kai×10i
≡i=0∑kai×1(mod9)
≡ak+⋯+a0(mod9)
Le même raisonnement avec 10≡1(mod3) donne le critère modulo 3. C.Q.F.D.
Théorème — critère par 11
n est congru modulo 11 à la somme alternée de ses chiffres, a0−a1+a2−⋯(mod11) : n est divisible par 11 si et seulement si cette somme alternée l'est.
Même démonstration, en remarquant que 10≡−1(mod11), donc 10i≡(−1)i(mod11).
Exemple — appliquer les trois critères à 8 624
8+6+2+4=20somme des chiffres
20 n'est multiple ni de 3 ni de 98624 n'est divisible ni par 3 ni par 9
4−2+6−8=0somme alternée depuis les unités
⇒0 est multiple de 11donc 11∣8624 ; en effet 8624=11×784
7.2 Clés de contrôle : ISBN et RIB
Une clé de contrôle est un chiffre supplémentaire, calculé par congruence à partir des autres, qui permet de détecter automatiquement une erreur de saisie ou de transmission.
Règle de l'ISBN à 10 chiffres
Un ISBN-10 a1…a10 vérifie i=1∑10i×ai≡0(mod11) ; le dernier chiffre a10 (la clé) peut valoir 10, noté X.
Le même principe protège d'autres identifiants : la clé RIB bancaire se calcule par cleˊ=97−(rmod97) ; codes-barres EAN et numéros d'immatriculation utilisent des sommes pondérées analogues, modulo 10 ou 11.
7.3 Calendrier perpétuel
Les jours de la semaine se répètent avec une période de 7 : si l'on numérote les jours 0 (lundi) à 6 (dimanche), connaître le jour d'une date de référence permet, par congruence modulo 7, de trouver le jour de n'importe quelle autre date.
Exemple — quel jour tombe le 14 juillet 2026 ?
Le 1er janvier 2026 est un jeudi (jour 3). Comptons les jours écoulés jusqu'au 14 juillet 2026 (2026 n'est pas bissextile) : 31+28+31+30+31+30+13=194.
194=7×27+5division euclidienne par 7
⇒jour ≡3+5(mod7)
≡1(mod7)
Le jour 1 correspond à mardi : le 14 juillet 2026 tombe un mardi.
7.4 Chiffrement affine et introduction au RSA
En associant à chaque lettre un entier de 0 (A) à 25 (Z), on la chiffre par x↦ax+b(mod26), avec pgcd(a,26)=1 pour rester déchiffrable — Bézout donne alors l'inverse de a modulo 26.
Exemple — chiffrer avec x↦3x+5(mod26)
La lettre E (x=4) devient :
3×4+5=1717 correspond à la lettre R
Le système RSA, qui sécurise une grande partie d'internet, généralise cette idée par x↦xe(modN), où N=pq est le produit de deux très grands nombres premiers secrets : sa sécurité tient à ce que factoriser N soit, en pratique, infaisable. Chaque outil de ce chapitre — Euclide, Bézout, Gauss, congruences — trouve ainsi une utilité concrète dans les technologies qui t'entourent.
Détermine le reste de 347 dans la division par 13.
Voir le corrigé détaillé
32=9
33=27
≡1(mod13)cycle de période T=3 : 3,9,1,3,9,1,…
47=3×15+2
⇒347≡32(mod13)
≡9(mod13)
Remarque : 13 est premier, donc par Fermat 312≡1(mod13) ; la période 3 trouvée divise bien 12.
10
Détermine les chiffres x et y tels que N=1x27y soit divisible à la fois par 9 et par 11.
Voir le corrigé détaillé
1+x+2+7+y=10+x+ysomme des chiffres, N div. par 9
⇒x+y≡8(mod9)
y−7+2−x+1=y−x−4somme alternée, N div. par 11
⇒y−x≡4(mod11)
Avec x,y chiffres (0 à 9), x+y=8 et y−x=4 donnent y=6, x=2 ; les autres combinaisons possibles conduisent à des valeurs hors de [0;9]. Vérification : N=12276=9×1364=11×1116.
Niveau 3 — Type bac
11
On considère l'équation (E):15x−24y=9, d'inconnue (x,y)∈Z2.
Déterminer d=pgcd(15,24) et vérifier que (E) admet des solutions.
Trouver une solution particulière de (E), puis résoudre entièrement (E).
Déterminer la solution pour laquelle x est strictement positif et minimal.
Voir le corrigé détaillé
1.
24=15×1+9
15=9×1+6
9=6×1+3
6=3×2+0
⇒d=pgcd(15,24)=3
3∣9 : (E) admet des solutions, équivalente à 5x−8y=3 après division par 3.
2. Remontée pour pgcd(5,8) :
8=5×1+3
5=3×1+2
3=2×1+1
1=3−2×1
2=5−3×1on réinjecte
⇒1=3−(5−3)
=3×2−5
3=8−5×1on réinjecte encore
⇒1=(8−5)×2−5
=8×2−5×3
Donc 5×(−3)+8×2=1, et en multipliant par 3 : 5×(−9)+8×6=3. Comme 8×6=−8×(−6), le couple (x0,y0)=(−9,−6) vérifie 5x0−8y0=3. Solution générale :
x=−9−8k,y=−6−5k,k∈Z
3. On veut x=−9−8k>0, soit k<−89, donc k⩽−2 ; x est minimal pour le plus grand k possible, k=−2 :
x=−9−8×(−2)=7
y=−6−5×(−2)=4
La solution cherchée est (x,y)=(7,4) — on vérifie 15×7−24×4=105−96=9.
12
Restitution organisée de connaissances. Démontre que, pour tout entier naturel n, n3−n est divisible par 6.
Voir le corrigé détaillé
On factorise : n3−n=n(n−1)(n+1), produit de trois entiers consécutifs.
Divisibilité par 2. Parmi n−1 et n, l'un des deux est pair (deux entiers consécutifs), donc 2∣n(n−1), donc 2∣n(n−1)(n+1).
Divisibilité par 3. Trois cas selon le reste de n modulo 3 :
si n≡0(mod3) : 3∣n
si n≡1(mod3) : n−1≡0(mod3), donc 3∣(n−1)
si n≡2(mod3) : n+1≡0(mod3), donc 3∣(n+1)
Dans tous les cas, 3∣n(n−1)(n+1). Comme 2∣n3−n, 3∣n3−n et pgcd(2,3)=1, le corollaire du théorème de Gauss (section 4.2) donne 2×3=6∣n3−n. C.Q.F.D.
13
Un entier naturel N vérifie N≡2(mod5) et N≡3(mod7).
Montre que N−17 est divisible par 5 et par 7.
En déduire que N≡17(mod35).
Détermine le plus petit entier naturel N>100 vérifiant ces conditions.
Voir le corrigé détaillé
1.17≡2(mod5) et N≡2(mod5), donc N−17≡0(mod5). De même, 17≡3(mod7) et N≡3(mod7), donc N−17≡0(mod7).
2.5∣(N−17), 7∣(N−17) et pgcd(5,7)=1 : le corollaire de Gauss donne 5×7=35∣(N−17), soit N≡17(mod35).
3.
N=17+35k,k∈N
17+35k>100
⇒k>3583≈2,37
⇒k=3plus petit entier convenant
N=17+35×3
=122
Niveau 4 — Problèmes de vie courante
14
Le partage du commerçant (Bamako). Un commerçant du grand marché de Bamako possède 84 sacs de mil et 126 sacs de riz. Il veut les répartir dans des paniers identiques, chaque panier ne contenant qu'une seule céréale, sans qu'aucun sac ne reste inutilisé, en mettant le plus grand nombre possible de sacs par panier.
Combien de sacs identiques le commerçant peut-il mettre au maximum dans chaque panier ?
Combien de paniers utilisera-t-il en tout ?
Voir le corrigé détaillé
1. Le nombre de sacs par panier doit diviser à la fois 84 et 126 ; le maximum recherché est pgcd(84,126).
126=84×1+42
84=42×2+0
⇒pgcd(84,126)=42
Le commerçant peut mettre 42 sacs par panier.
2.
84÷42=2paniers de mil
126÷42=3paniers de riz
⇒2+3=5paniers au total
15
La bibliothèque de Dakar. Un ouvrage de la bibliothèque universitaire de Dakar porte l'ISBN 2-7071-1234-?, dont le dernier chiffre (la clé) est effacé. Détermine cette clé.
Voir le corrigé détaillé
Les neuf premiers chiffres sont 2,7,0,7,1,1,2,3,4.
1×2+2×7+3×0+4×7+5×1+6×1+7×2+8×3+9×4
=2+14+0+28+5+6+14+24+36
=129
129≡8(mod11)129=11×11+8
10≡−1(mod11)
⇒8+10a10≡8−a10(mod11)
8−a10≡0(mod11)condition de validité de la clé
⇒a10≡8(mod11)
La clé manquante est 8.
16
Jeu d'énigmes à Douala. Pour un jeu organisé à Douala, chaque lettre (numérotée de 0 pour A à 25 pour Z) est codée par x↦5x+8(mod26). La première lettre du message codé est P (x=15). Quelle est la lettre d'origine ?
Voir le corrigé détaillé
Il faut d'abord inverser 5 modulo 26 par l'algorithme d'Euclide :
26=5×5+1
⇒1=26−5×5
⇒5×(−5)≡1(mod26)
−5≡21(mod26)inverse de 5 : c'est 21
Notons y la lettre d'origine : 5y+8≡15(mod26).
5y≡7(mod26)
⇒y≡21×7(mod26)
≡147(mod26)
≡17(mod26)
La lettre d'origine est R (y=17). Vérification : 5×17+8=93≡15(mod26), soit P.
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« b divise a », noté b∣a, signifie qu'il existe un entier k tel que :
Explication : Par définition, b∣a signifie qu'il existe k∈Z tel que a=bk : b est le diviseur, a le multiple.
Dans la division euclidienne de a par b (b∈N∗), le couple (q,r) vérifie :
Explication : Le théorème de la division euclidienne garantit l'existence et l'unicité de (q,r) tels que a=bq+r avec 0⩽r<b.
La division euclidienne de a=−7 par b=3 donne :
Explication : Il faut 0⩽r<3. Or −7=3×(−3)+2, avec 0⩽2<3 : le reste −1 obtenu par troncature vers zéro est interdit, jamais négatif.
Si a∣b et a∣c, alors pour tous entiers u,v :
Explication : C'est la propriété de combinaison linéaire : un diviseur commun de b et c divise toute combinaison entière bu+cv. C'est le principe caché derrière l'algorithme d'Euclide.
L'algorithme d'Euclide repose sur la propriété : si r est le reste de la division de a par b, alors :
Explication : Les couples (a,b) et (b,r) ont exactement les mêmes diviseurs communs, donc le même pgcd : c'est le principe de l'algorithme d'Euclide.
Dans l'algorithme d'Euclide, le PGCD est :
Explication : On répète les divisions jusqu'à obtenir un reste nul ; le PGCD est le dernier reste non nul obtenu juste avant.
Calcule pgcd(150,40) par l'algorithme d'Euclide.
Explication :150=40×3+30 40=30×1+10 30=10×3+0 dernier reste non nul : pgcd(150,40)=10.
Deux entiers a et b sont premiers entre eux lorsque :
Explication : Par définition, a et b sont premiers entre eux si leur seul diviseur positif commun est 1, c'est-à-dire pgcd(a,b)=1 — cela n'exige pas que a ou b soit lui-même premier (ex. 8 et 15).
Sachant pgcd(36,24)=12, quel est ppcm(36,24) ?
Explication :pgcd(a,b)×ppcm(a,b)=∣ab∣, donc 12×ppcm=36×24=864 ppcm(36,24)=864/12=72.
Le théorème de Bézout affirme que si d=pgcd(a,b), alors il existe des entiers relatifs u,v tels que :
Explication : Le théorème de Bézout garantit l'existence d'un couple (u,v)∈Z2 tel que au+bv=d, où d=pgcd(a,b).
D'après le corollaire de Bézout, a et b sont premiers entre eux si et seulement si :
Explication :a et b sont premiers entre eux si et seulement s'il existe u,v∈Z tels que au+bv=1 : c'est la caractérisation de Bézout.
Le théorème de Gauss énonce : si a∣bc et pgcd(a,b)=1, alors :
Explication : C'est l'énoncé exact du théorème de Gauss : si a divise le produit bc et si a et b sont premiers entre eux, alors a divise nécessairement c.
On sait que 6∣4×3=12, mais 6∤4 et 6∤3. Ceci n'est pas une contradiction du théorème de Gauss car :
Explication : L'hypothèse « pgcd(a,b)=1 » est indispensable au théorème de Gauss. Ici pgcd(6,4)=2=1, donc on n'a aucun droit de conclure que 6 divise 4 ou 3.
L'équation diophantienne ax+by=c (avec d=pgcd(a,b)) admet au moins une solution entière si et seulement si :
Explication : D'après le théorème d'existence, ax+by=c a des solutions entières si et seulement si d=pgcd(a,b) divise c.
L'équation 6x+9y=5 a-t-elle des solutions entières ?
Explication :pgcd(6,9)=3, et 3∤5 : l'équation n'a aucune solution entière. 6x+9y est toujours multiple de 3, jamais égal à 5.
Un entier p⩾2 est premier lorsque :
Explication : C'est la définition : un entier p⩾2 est premier si ses seuls diviseurs positifs sont 1 et p lui-même.
La démonstration d'Euclide de l'infinité des nombres premiers considère, pour une liste finie supposée p1,…,pn, le nombre N=p1×⋯×pn+1. Elle montre que :
Explication :N admet un diviseur premier p, qui devrait être l'un des pi (liste supposée complète) ; mais alors pi diviserait N−p1×⋯×pn=1, impossible. Contradiction : la liste ne peut être finie.
Deux entiers a et b sont congrus modulo n, noté a≡b(modn), lorsque :
Explication : Par définition, a≡b(modn)⟺n∣(a−b), ce qui équivaut aussi à dire que a et b ont le même reste dans la division euclidienne par n.
Le petit théorème de Fermat affirme que si p est premier et p∤a, alors :
Explication : C'est l'énoncé exact : p premier, p∤a⇒ap−1≡1(modp). Par exemple, 11 premier et 11∤2 donnent 210≡1(mod11).
Le nombre N=6381 a pour somme des chiffres 6+3+8+1=18. Que peut-on en conclure ?
Explication :N≡ (somme des chiffres) (mod9) (et donc aussi (mod3)). Ici 18 est multiple de 9 (et de 3), donc N est divisible à la fois par 3 et par 9 : en effet 6381=9×709.