Classer et utiliser les similitudes directes et indirectes (série C).
MathématiquesTerminaleChapitre 19 / 19⏱ 9 h
Ce que tu sauras faire à la fin
Déterminer les éléments caractéristiques d'une similitude
Écrire une similitude sous forme complexe
Utiliser une similitude pour déterminer un lieu géométrique
Depuis la classe de Première, tu manies deux grandes familles de transformations du plan : d’un côté les isométries — translations, rotations, réflexions —, qui conservent exactement les longueurs ; de l’autre les homothéties, qui les multiplient toutes par un même rapport. Ce chapitre les réunit dans une notion plus large et plus puissante : la similitude. Tu la croises sans le savoir chaque fois qu’une carte routière est agrandie et pivotée pour être orientée vers le nord, chaque fois qu’un photographe recadre et fait pivoter un cliché, chaque fois qu’un motif de pagne ou de bogolan se répète en changeant de taille et d’orientation.
La vraie nouveauté de la Terminale, c’est l’outil : les nombres complexes. Tu as vu au chapitre précédent qu’un nombre complexe code un point du plan ; tu vas découvrir ici qu’une simple écriture z′=az+b code, à elle seule, toute une similitude — son rapport, son angle, son centre. Une seule lettre, a, porte à la fois l’information « combien on agrandit » et « de combien on tourne ». C’est cette compression algébrique qui fait des similitudes un des chapitres les plus élégants — et les plus rentables au baccalauréat — de l’année.
Le chapitre suit un chemin précis : tu apprendras d’abord ce qu’est une similitude et ce qu’elle conserve (section 1), puis à distinguer les similitudes directes des similitudes indirectes et à les écrire sous forme complexe (section 2) ; tu sauras ensuite lire dans cette écriture le centre, l’angle et le rapport d’une similitude directe (section 3), avant d’étudier les similitudes indirectes — réflexions et symétries glissées (section 4) — puis comment on les compose (section 5). Le chapitre se conclut sur ce pour quoi tout cet arsenal a été construit : résoudre des configurations géométriques classiques et déterminer des lieux géométriques (section 6).
À la fin de ce chapitre, une expression comme z′=(1+i)z+2 ne sera plus un mystère : tu y liras instantanément un rapport, un angle, un centre — et tu sauras t’en servir pour prouver qu’un triangle est équilatéral ou qu’un point décrit un cercle, sans lever le compas.
1Définition et rapport d’une similitude
1.1 Définition d’une similitude plane
Définition
Soit k un nombre réel strictement positif. On appelle similitude plane de rapport k toute transformation s du plan telle que, pour tous points M, N d’images respectives M′, N′ :
M′N′=k×MN
Autrement dit, s multiplie toutes les distances du plan par le même nombre k.
Le cas k=1 porte un nom que tu connais déjà : on parle d’isométrie — les distances sont conservées exactement. Toute translation, toute rotation, toute réflexion, toute symétrie glissée est donc une similitude de rapport 1.
Attention
Ne confonds pas le rapport d’une homothétie, un réel k qui peut être négatif (l’homothétie de rapport −2 retourne les longueurs tout en les multipliant par 2), et le rapport d’une similitude, qui est toujours strictement positif — c’est le quotient de deux longueurs, donc k>0 sans exception. Une homothétie de rapport k (réel non nul) est une similitude de rapport ∣k∣.
1.2 Exemples fondamentaux
Exemple — reconnaître un rapport de similitude
Une homothétie de rapport −3 est une similitude de rapport 3. Une rotation, quel que soit son angle, est une similitude de rapport 1. La composée d’une homothétie de rapport 2 et d’une rotation de même centre est une similitude de rapport 2.
Si s est cette dernière composée et si AB=5cm, alors :
A′B′=2×ABs est une similitude de rapport 2
=2×5
=10cm
Démonstration — l’image d’un cercle par une similitude est un cercle
Soit s une similitude de rapport k, C le cercle de centre I et de rayon r, et I′=s(I). Notons C′ le cercle de centre I′ et de rayon kr.
M∈C⟺IM=r
⇒I′M′=k×IMs multiplie toutes les distances par k, en particulier IM
=krcar IM=r
⇒M′∈C′
Réciproquement, si M′∈C′, alors IM=I′M′/k=r (même raisonnement), donc M∈C. L’image de C par s est donc exactement C′. C.Q.F.D.
Math & Co — Thalès et l’ombre de la pyramide
Selon une tradition rapportée par les auteurs antiques Diogène Laërce et Pline l’Ancien (des siècles après les faits, donc à prendre avec la prudence qui s’impose), Thalès de Milet (vers −625 à vers −547) aurait mesuré la hauteur de la grande pyramide de Khéops, en Égypte, sans jamais y grimper : il aurait planté un bâton verticalement et comparé, au même instant, la longueur de son ombre à sa propre hauteur, puis appliqué le même rapport à l’ombre de la pyramide.
L’idée est exactement celle d’une similitude : à un instant donné, tout objet vertical et son ombre forment un triangle rectangle, et ces triangles — bâton et pyramide — ont le même rapport hauteur/ombre. C’est ce rapport commun que les mathématiciens grecs formaliseront, trois siècles plus tard, dans le Livre VI des Éléments d’Euclide (vers −300), sous le nom de figures semblables — l’ancêtre direct de nos similitudes.
1.3 Propriétés conservées par une similitude
Propriété
Toute similitude de rapport k :
conserve les angles géométriques (les mesures d’angles, sans tenir compte du sens) ;
conserve l’alignement des points, ainsi que le parallélisme et l’orthogonalité des droites ;
conserve le contact : deux courbes tangentes ont des images tangentes ;
transforme un cercle de rayon r en un cercle de rayon kr (démontré ci-dessus) ;
multiplie les aires par k2 ;
conserve le barycentre — en particulier le milieu d’un segment et le centre de gravité d’un triangle.
Attention — piège classique
Une erreur fréquente au baccalauréat : écrire que l’aire est multipliée par k. C’est faux : une similitude multiplie les longueurs par k, donc les aires — produits de deux longueurs — par k×k=k2. Une similitude de rapport 3 multiplie les longueurs par 3 mais les aires par 9.
Cette dernière liste ne dit rien du sens dans lequel les angles sont mesurés : une similitude peut conserver ce sens, ou le renverser. C’est précisément la distinction que nous allons formaliser — et qui va nous conduire, grâce aux nombres complexes, à une écriture d’une simplicité redoutable.
2Similitudes directes et écriture complexe
2.1 Similitudes directes, similitudes indirectes
Définition
Une similitude s est dite directe si elle conserve les angles orientés : pour tous points A,B,C,D (avec AB et CD non nuls), d’images A′,B′,C′,D′ :
(A′B′,C′D′)≡(AB,CD)[2π]
Elle est dite indirecte si elle transforme tout angle orienté en son opposé :
(A′B′,C′D′)≡−(AB,CD)[2π]
Sont des similitudes directes : toute translation, toute rotation, toute homothétie — quel que soit le signe de son rapport (nous le justifierons juste après). Sont des similitudes indirectes : toute réflexion (symétrie axiale), toute symétrie glissée.
2.2 Écriture complexe d’une similitude directe
Théorème
Soient a∈C∗ et b∈C. L’application s qui, à tout point M d’affixe z, associe le point M′ d’affixe z′=az+b est une similitude directe, de rapport k=∣a∣ et d’angle θ≡arg(a)[2π].
Réciproquement, toute similitude directe admet une écriture complexe de cette forme, avec a et b uniques.
Démonstration
Soient M et N deux points distincts quelconques, d’affixes zM et zN, d’images M′ et N′ d’affixes zM′=azM+b et zN′=azN+b.
zN′−zM′=(azN+b)−(azM+b)
=a(zN−zM)
Rapport. En passant au module dans cette égalité :
M′N′=∣zN′−zM′∣
=∣a(zN−zM)∣
=∣a∣×∣zN−zM∣module d’un produit
=∣a∣×MN
Le nombre ∣a∣ ne dépend ni de M ni de N : s multiplie donc toutes les distances par la constante k=∣a∣>0 (car a=0). C’est une similitude de rapport k=∣a∣.
Angle. Comme M=N, on a zN−zM=0 et l’on peut passer à l’argument :
arg(zN′−zM′)≡arg(a(zN−zM))[2π]
≡arg(a)+arg(zN−zM)[2π]argument d’un produit
Or arg(zN−zM)=(u,MN) et arg(zN′−zM′)=(u,M′N′), où u est le vecteur unitaire de l’axe des réels. En soustrayant ces deux égalités :
(MN,M′N′)≡arg(zN′−zM′)−arg(zN−zM)[2π]
≡arg(a)[2π]
Pour tout couple de points distincts M,N, le vecteur MN tourne donc du même angle θ≡arg(a)[2π] pour devenir M′N′. Si l’on prend deux couples (M,N) et (P,Q), les vecteurs MN et PQ ayant tous deux tourné du même angle θ, leur écart angulaire est inchangé : (M′N′,P′Q′)≡(MN,PQ)[2π]. Les angles orientés sont conservés : s est une similitude directe d’angle θ≡arg(a)[2π].
La réciproque (toute similitude directe s’écrit sous cette forme) est admise : elle repose sur le fait qu’une transformation affine du plan conservant les angles orientés est nécessairement de la forme z↦az+b, et non z↦az+b, qui les renverse (section 4). C.Q.F.D.
En particulier, si a est un réel non nul, positif ou négatif, alors arg(a)∈{0,π}[2π] : z↦az+b est une homothétie (composée, si a<0, avec la symétrie centrale — une rotation d’angle π). C’est bien, comme annoncé en 2.1, une similitude directe, quel que soit le signe de a.
Exemple — lire le rapport et l’angle dans l’écriture complexe
Soit s la similitude directe d’écriture complexe z′=(23+2i)z+5. Déterminons son rapport k et son angle θ.
a=23+2i
k=∣a∣=(23)2+22
=12+4
=16
=4
cosθ=423=23 et sinθ=42=21
⇒θ=6π=30∘[2π]valeurs remarquables
s est donc la similitude directe de rapport 4 et d’angle 30∘.
2.3 Cas particuliers immédiats
Propriété
Pour s:z↦az+b (a=0) :
si ∣a∣=1, s est une isométrie directe — une translation si a=1, une rotation d’angle arg(a) sinon ;
si a est réel (positif ou négatif) et a=1, s est une homothétie de rapport a ;
si a=1, s est une translation de vecteur d’affixe b (étudiée en détail section 3.4).
2.4 Une similitude directe déterminée par deux points
Théorème
Soient A,B deux points distincts et A′,B′ deux points distincts. Il existe une unique similitude directe s telle que s(A)=A′ et s(B)=B′.
Démonstration
Existence. On cherche a,b tels que azA+b=zA′ et azB+b=zB′.
en soustrayant : a(zB−zA)=zB′−zA′
⇒a=zB−zAzB′−zA′zB=zA car B=A
b=zA′−azAobtenu avec la première équation
Ce couple (a,b) existe et vérifie a=0 (car zB′=zA′, B′=A′ donné) : s:z↦az+b est donc bien une similitude directe, et par construction s(A)=A′, s(B)=B′.
Unicité. Si s et s~ sont deux similitudes directes, d’écritures az+b et a~z+b~, vérifiant toutes deux ces deux conditions, alors (a,b) et (a~,b~) sont chacun solutions du même système à solution unique résolu ci-dessus : donc a=a~ et b=b~, donc s=s~. C.Q.F.D.
Méthode — déterminer l’écriture complexe de s à partir de A,B,A′,B′
1) Calculer a=zB−zAzB′−zA′. 2) Calculer b=zA′−azA. 3) En déduire k=∣a∣, θ≡arg(a)[2π] et, si a=1, le centre ω=1−ab (formule démontrée section 3).
Attention
Ne permute pas les rôles : au numérateur, les images (zB′−zA′) ; au dénominateur, les points de départ (zB−zA). Inverser change complètement le résultat. Et il faut impérativement A=BetA′=B′, sinon la division par 0 rend le problème indéterminé.
Exemple — retrouver s à partir de deux points et leurs images
On donne A(1+i), B(4+i), A′(−1+i), B′(−1+7i). Déterminons l’écriture complexe de s.
a=zB−zAzB′−zA′=(4+i)−(1+i)(−1+7i)−(−1+i)
=36i=2i
b=zA′−azA=(−1+i)−2i(1+i)
=(−1+i)−(2i−2)=1−i
k=∣a∣=∣2i∣
=2
θ=arg(2i)
=90∘[2π]
ω=1−ab=1−2i1−i
=(1−2i)(1+2i)(1−i)(1+2i)on multiplie par le conjugué du dénominateur
=53+i
=0,6+0,2i
Donc s:z′=2iz+(1−i), similitude directe de rapport 2, d’angle 90∘, de centre ω=0,6+0,2i — voir Figure 1.
Figure 1 — La similitude directe s telle que s(A)=A′ et s(B)=B′ : on lit A′B′=2×AB et (AB,A′B′)=90∘, conformément à k=∣a∣=2 et θ=arg(a)=90∘. Toute la figure tourne autour du même point ω.
3Éléments caractéristiques : centre, angle, rapport
Nous savons reconnaître une similitude directe et l’écrire z′=az+b. Il reste à savoir lire, dans cette écriture, l’anatomie complète de la transformation : son centre, son rapport, son angle — et à comprendre comment elle se réduit à deux gestes simples, agrandir puis tourner.
3.1 Point invariant (centre) d’une similitude directe
Propriété — centre d’une similitude directe
Soit s:z↦az+b une similitude directe avec a=1. L’équation s(z)=z admet une unique solution :
ω=1−ab
Le point Ω d’affixe ω est l’unique point invariant par s : on l’appelle le centre de la similitude.
Démonstration
s(z)=z⟺az+b=z
⟺b=z−az
⟺b=z(1−a)
⟺z=1−abdivision licite car a=1
Cette équation du premier degré a une unique solution : le point invariant Ω est donc unique. C.Q.F.D.
3.2 Rapport, angle, écriture réduite
Propriété — écriture réduite
Soit s une similitude directe de centre Ω (affixe ω), de rapport k=∣a∣ et d’angle θ=arg(a). Pour tout point M(z) d’image M′(z′) :
z′−ω=a(z−ω)
Démonstration
z′−ω=(az+b)−(aω+b)Ω est invariant : ω=aω+b
=a(z−ω)
Cette relation dit exactement que le vecteur ΩM′ s’obtient en multipliant l’affixe de ΩM par a : donc ΩM′=∣a∣×ΩM=k×ΩM, et (ΩM,ΩM′)≡arg(a)=θ[2π]. Chaque point tourne autour de Ω du même angle θ, à la même échelle k.
Exemple — trouver centre, rapport, angle
Soit s:z′=(1+i)z+2.
k=∣a∣=∣1+i∣
=12+12=2
θ=arg(1+i)=45∘[2π]valeur remarquable
ω=1−ab=1−(1+i)2
=−i2
=−i×i2ion multiplie par i au numérateur et au dénominateur
=2i
s est donc la similitude directe de centre Ω(2i), de rapport 2 et d’angle 45∘ — voir Figure 2.
Figure 2 — Le triangle ABC transformé par s:z′=(1+i)z+2. On lit (ΩA,ΩA′)=45∘ et ΩA′=2×ΩA : rapport et angle se voient directement sur la figure.
Math & Co — un plan pour les nombres imaginaires
Pendant deux siècles après leur apparition en Italie au XVIe siècle (Cardan, Bombelli), les nombres « imaginaires » restent des outils de calcul suspects, sans existence géométrique reconnue. La situation bascule à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles : en 1799, l’arpenteur danois Caspar Wessel propose le premier, dans un mémoire longtemps resté ignoré, de représenter un nombre complexe par un point du plan. En 1806, le comptable genevois Jean-Robert Argand redécouvre l’idée indépendamment et la publie. C’est enfin Carl Friedrich Gauss qui, en popularisant cette représentation autour de 1831 et en forgeant le terme « nombre complexe », lui donne sa légitimité définitive.
Ce plan (parfois appelé « plan d’Argand-Gauss ») est exactement celui dans lequel tu travailles depuis le début de ce chapitre : c’est parce qu’un nombre complexe est un point que multiplier par a peut vouloir dire, tout à la fois, tourner et agrandir.
3.3 Décomposition en homothétie ∘ rotation
Théorème — décomposition
Toute similitude directe s de centre Ω, de rapport k et d’angle θ est la composée, dans n’importe quel ordre, de l’homothétie h de centre Ω et de rapport k, et de la rotation r de centre Ω et d’angle θ :
s=r∘h=h∘r
Démonstration
Pour M(z), l’homothétie h(Ω,k) donne le point d’affixe ω+k(z−ω) ; la rotation r(Ω,θ) donne le point d’affixe ω+eiθ(z−ω).
r(h(M)) a pour affixe ω+eiθ[k(z−ω)]
=ω+keiθ(z−ω)
=ω+a(z−ω)a=keiθ, puisque k=∣a∣ et θ=arg(a)
=z′écriture réduite établie en 3.2
Donc r∘h=s. Un calcul identique en appliquant d’abord r puis h donne, pour h(r(M)), l’affixe ω+k[eiθ(z−ω)]=ω+keiθ(z−ω) : le même résultat. Donc h∘r=r∘h=s. C.Q.F.D.
Autrement dit, h et rcommutent — ce qui n’est vrai, en général, que parce qu’elles partagent le même centreΩ.
Figure 3 — La même similitude s:z′=(1+i)z+2 qu’à la Figure 2, décomposée en deux étapes : l’homothétie de centre Ω et de rapport 2 envoie ABC sur A1B1C1 (en orange), puis la rotation de centre Ω et d’angle 45∘ envoie A1B1C1 sur A′B′C′.
3.4 Cas a=1 : la translation
Propriété — cas a=1
Si a=1, l’écriture complexe devient z′=z+b : s est la translation de vecteur u d’affixe b. Son rapport est k=∣a∣=1 (une isométrie) et son angle est θ=arg(1)=0.
Une translation non nulle n’a aucun point invariant : c’est cohérent avec la formule ω=b/(1−a), qui perd tout son sens quand a=1 (division par 0).
Attention
Avant d’appliquer ω=1−ab, vérifie toujours que a=1. Si a=1, inutile de chercher un centre : la similitude est une translation, elle n’en a pas.
Valeur de a
Nature de s:z↦az+b
Rapport
Angle
a=1
translation, vecteur d’affixe b
1
0
a réel, a=1
homothétie, centre ω=1−ab, rapport a
∣a∣
0 ou 180∘
∣a∣=1, a=1
rotation, centre ω, angle arg(a)
1
arg(a)
autre a
similitude directe « stricte », centre ω
∣a∣
arg(a)
4Similitudes indirectes
La section 2 a laissé de côté les similitudes qui inversent le sens des angles — celles qu’on obtient en passant par un miroir. Nous les étudions maintenant.
4.1 Définition et écriture complexe
Théorème
Soient a∈C∗ et b∈C. L’application s:z↦az+b est une similitude indirecte de rapport k=∣a∣. Réciproquement, toute similitude indirecte s’écrit sous cette forme.
s est donc une similitude de rapport k=∣a∣. Pour l’angle :
arg(zN′−zM′)≡arg(a)+arg(zN−zM)[2π]
≡arg(a)−arg(zN−zM)[2π]un nombre et son conjugué ont des arguments opposés
Le signe « − » devant arg(zN−zM) montre que l’angle orienté est renversé (à une rotation globale d’angle arg(a) près) : s est une similitude indirecte. C.Q.F.D. (réciproque admise, analogue à celle de la section 2.2).
4.2 Réflexions et symétries glissées
Propriété
La réflexion d’axe l’axe des réels a pour écriture complexe z′=z. Plus généralement, la réflexion d’axe la droite passant par l’origine et faisant l’angle φ avec l’axe des réels a pour écriture complexe :
z′=e2iφz
on fait tourner l’axe de −φ pour l’amener sur l’axe réel : z↦e−iφz
on réfléchit sur l’axe réel : z↦z
on fait tourner en sens inverse pour revenir : z↦eiφz
⇒au total z↦eiφe−iφz
=eiφeiφzconjuguer change le signe de l’exposant
=e2iφz
Réflexions et rotations sont des isométries (k=1) ; leur composée l’est encore. Une réflexion suivie d’une translation de vecteur parallèle à son axe est une symétrie glissée : une isométrie indirecte qui n’a, sauf cas trivial, aucun point invariant (voir 4.3).
4.3 Composée réflexion ∘ homothétie ; point fixe
Méthode — existe-t-il un point fixe ?
Pour s:z↦az+b avec a=p+iq (p,q∈R), on pose z=x+iy, b=b1+ib2, et on cherche les points fixes.
az=(p+iq)(x−iy)
=(px+qy)+i(qx−py)
s(z)=z équivaut à (p−1)x+qy=−b1en identifiant la partie réelle
et à qx−(p+1)y=−b2en identifiant la partie imaginaire
Ce système linéaire (deux équations, deux inconnues x,y) a une solution unique lorsque son déterminant D=(p−1)×(−(p+1))−q×q est non nul.
D=−(p2−1)−q2
=1−(p2+q2)
=1−∣a∣2
Donc D=0⟺∣a∣=1.
Propriété
Si ∣a∣=1 : s admet un unique point invariant Ω, et s=h(Ω,∣a∣)∘σ, où σ est la réflexion d’axe une droite passant par Ω — une homothétie composée avec une réflexion de même centre, sur l’axe.
Si ∣a∣=1 (isométrie indirecte) : s est soit une réflexion (une droite entière de points fixes), soit une symétrie glissée (aucun point fixe).
Figure 4 — Une similitude indirecte : le triangle ABC est d’abord réfléchi par rapport à l’axe Δ (donnant A1B1C1, en orange), puis dilaté depuis ω∈Δ par l’homothétie de rapport 1,8 (donnant A′B′C′) : s=h(ω,1,8)∘σΔ.
5Composition
Une fois qu’on sait écrire une similitude, la composer avec une autre — ou l’inverser — devient un jeu d’écriture algébrique.
5.1 Composée de deux similitudes directes
Théorème
Soient s1:z↦a1z+b1 et s2:z↦a2z+b2 deux similitudes directes, de rapports k1,k2 et d’angles θ1,θ2. Alors s2∘s1 est une similitude directe, de rapport k1k2 et d’angle θ1+θ2[2π].
Démonstration
Pour M(z), s1(M) a pour affixe a1z+b1.
s2(s1(M)) a pour affixe a2(a1z+b1)+b2
=(a2a1)z+(a2b1+b2)
C’est une écriture Az+B avec A=a2a1=0 : s2∘s1 est une similitude directe, de rapport ∣A∣=∣a2∣×∣a1∣=k1k2 et d’angle arg(A)=arg(a2)+arg(a1)=θ1+θ2[2π]. C.Q.F.D.
5.2 Réciproque d’une similitude directe
Théorème
Toute similitude directe s:z↦az+b est bijective ; sa réciproque est la similitude directe :
s−1:z↦a1z−ab
de rapport k1 et d’angle −θ[2π].
Démonstration
z′=az+b
⟺az=z′−b
⟺z=a1z′−aba=0
Pour chaque z′, il existe un unique antécédent z : s est bijective, de réciproque z↦a1z−ab. Comme a1=0, c’est une similitude directe, de rapport a1=∣a∣1=k1 et d’angle arg(a1)=−arg(a)=−θ[2π]. C.Q.F.D.
Rapport : k1k2=2×2=22 ; on vérifie ∣−2+2i∣=4+4=22. Angle : 45∘+90∘=135∘.
s1−1(z)=1+i1z
=(1+i)(1−i)1−iz
=21−iz
Rapport 22, angle −45∘ : conforme au théorème.
5.3 Composées avec une indirecte ; groupe des similitudes
Propriété — parité des compositions
Le rapport d’une composée est toujours le produit des rapports. Le caractère direct/indirect suit une règle de signes :
s2∘s1
s1 directe
s1 indirecte
s2 directe
directe
indirecte
s2 indirecte
indirecte
directe
En effet, si s1:z↦a1z+b1 (indirecte) et s2:z↦a2z+b2 (directe), alors s2∘s1(z)=a2(a1z+b1)+b2=(a2a1)z+(a2b1+b2) : c’est de la forme Az+B, donc indirecte. Les trois autres cas se traitent de même.
L’ensemble de toutes les similitudes planes, muni de la composition ∘, forme un groupe : la composition est associative, l’identité z↦z en est l’élément neutre, et chaque similitude admet une réciproque (5.2 pour les directes ; un calcul analogue pour les indirectes, en résolvant z′=az+b en fonction de z′). Ce groupe n’est pas commutatif en général : s2∘s1 et s1∘s2 diffèrent, sauf cas particulier — par exemple, section 3.3, lorsqu’elles partagent le même centre.
6Applications aux configurations et aux lieux géométriques
Voici, pour finir, ce pour quoi tout cet arsenal a été construit : prouver des propriétés de figures et suivre des points qui bougent.
6.1 Triangles semblables
Définition
Deux triangles ABC et A′B′C′ sont semblables s’il existe une similitude qui envoie l’un sur l’autre (A↦A′, B↦B′, C↦C′) : directement semblables si cette similitude est directe, indirectement semblables sinon.
Théorème — critère complexe de similitude directe
ABC et A′B′C′ (non aplatis) sont directement semblables si et seulement si :
=(4+4i)(4−4i)(−2+4i)(4−4i)on multiplie par le conjugué
=328+24i
=41+3i
Les deux rapports sont égaux : ABC et A′B′C′ sont directement semblables.
6.2 Une configuration classique : deux carrés de même sommet
Soient ABCD et AEFG deux carrés directs (sommets nommés dans le sens direct) partageant le sommet A, pris pour origine. Si b1,b2 sont les affixes de B,E, la construction d’un carré direct donne D(ib1) et G(ib2) (troisième sommet C=b1+ib1, F=b2+ib2).
Propriété
La similitude directe s:z↦b1b2z, de centre A, de rapport k=ABAE et d’angle θ=(AB,AE), envoie B sur EetD sur G : EG=k×BD, (BD,EG)=θ.
(Immédiat : s(D)=b1b2×ib1=ib2=G.) Mais la propriété la plus frappante de cette configuration ne dépend même pas des tailles des carrés :
Théorème
BE=DG et (BE)⊥(DG) — quels que soient les côtés des deux carrés.
Démonstration
Soit r la rotation de centre A et d’angle 90∘, d’écriture z↦iz (A=0).
r(B) a pour affixe ib1, c’est-à-dire D
⇒r(B)=D
de même r(E)=ib2=G
r envoie donc BE sur DG. Comme r est une isométrie (rapport 1) d’angle 90∘ :
DG=1×BE=BE
(BE,DG)=90∘
Donc BE=DG et (BE)⊥(DG). C.Q.F.D.
Figure 5 — Deux carrés ABCD et AEFG de sommet commun A (ici k=1,5, θ=60∘) : s envoie le premier carré sur le second, et BE=DG, (BE)⊥(DG).
6.3 Lieux géométriques
Méthode — déterminer un lieu géométrique à l’aide d’une similitude
1) Identifier une similitude s liée à la situation (souvent en écrivant une relation entre affixes). 2) Reconnaître l’ensemble décrit par le point de départ (droite, cercle, segment). 3) Utiliser les propriétés de s — cercle de rayon r→cercle de rayon kr ; droite → droite — pour conclure sur l’ensemble image, en précisant centre et rayon, ou équation.
Exemple — image d’un cercle
Soit s la similitude directe de rapport k=1,4, d’angle θ=40∘ et de centre Ω. Soit C le cercle de centre I et de rayon r. D’après la propriété démontrée en 1.2 (valable pour toute similitude), l’image de C par s est le cercle C′ de centre I′=s(I) et de rayon kr=1,4r — voir Figure 6.
Figure 6 — Le cercle C(I,r) a pour image, par la similitude s de centre ω, de rapport k=1,4 et d’angle 40∘, le cercle C′(I′,kr) avec I′=s(I). Le point M de C a pour image M′∈C′.
Math & Co — la spirale qui renaît de ses cendres
Itère une similitude directe de rapport k<1 : pose un point M0, puis Mn+1=s(Mn). Les points s’enroulent en une spirale logarithmique autour du centre Ω, qu’ils approchent sans jamais l’atteindre. Cette courbe a une propriété unique : agrandie ou tournée depuis Ω, elle se superpose exactement à elle-même — le portrait même d’une similitude.
Le mathématicien bâlois Jacob Bernoulli (1654–1705) en fut si fasciné qu’il la surnomma spira mirabilis, « la spirale merveilleuse », et demanda qu’elle soit gravée sur sa tombe avec l’épitaphe Eadem mutata resurgo — « bien que changée, je renais identique ». Le sculpteur se trompa : c’est une spirale arithmétique, à pas constant, que l’on peut voir aujourd’hui sur la pierre tombale au Münster de Bâle, et non la spirale logarithmique demandée — une ironie que Bernoulli, sans doute, n’aurait pas appréciée.
Fiche mémo
Similitude de rapport k>0 : M′N′=k×MN pour tous M,N. k=1 : isométrie.
Directe : conserve les angles orientés. Indirecte : les renverse.
Directe : z′=az+b (a=0), rapport k=∣a∣, angle θ=arg(a)[2π].
Indirecte : z′=az+b (a=0), même rapport k=∣a∣.
Centre (si a=1) : ω=1−ab ; écriture réduite z′−ω=a(z−ω).
a=1 : translation de vecteur d’affixe b, aucun point invariant.
Conserve alignement, parallélisme, contact ; cercle → cercle de rayon ×k ; aires ×k2.
Indirecte de rapport =1 : point fixe unique (1−∣a∣2=0), s=h∘σaxe. Rapport 1 : réflexion ou symétrie glissée.
7Exercices corrigés
Niveau 1 — Application directe
1
Pour chacune des similitudes suivantes, précise si elle est directe ou indirecte, et donne son rapport : a) z′=3iz−1 ; b) z′=(2−2i)z+4 ; c) z′=−5z+2.
Voir le corrigé détaillé
a) Écriture az+b avec a=3i : directe, k=∣3i∣=3.
b) Écriture az+b avec a=2−2i : indirecte, k=∣2−2i∣=4+4=22.
c) Écriture az+b avec a=−5 (réel) : directe, k=∣−5∣=5.
2
Soit s la similitude directe d’écriture complexe z′=(3+i)z−2. Calcule l’affixe de l’image du point A(2i).
Voir le corrigé détaillé
zA′=(3+i)(2i)−2
=23i+2i2−2
=23i−2−2
=−4+23i
3
Donne le rapport et l’angle des similitudes directes de coefficients : a) a=−4 ; b) a=3−3i3.
Voir le corrigé détaillé
a) k=∣−4∣=4 ; a réel négatif donc θ=180∘.
b) k=32+(33)2
=9+27
=36=6
cosθ=63=21 et sinθ=6−33=−23
⇒θ=−60∘[2π]
4
Détermine, si elle existe, le centre de la similitude directe : a) z′=3z−4 ; b) z′=z+5 ; c) z′=iz+1+i.
Voir le corrigé détaillé
a) a=3=1 : ω=1−3−4=−2−4=2.
b) a=1 : pas de centre, s est la translation de vecteur d’affixe 5.
c) ω=1−i1+i
=(1−i)(1+i)(1+i)(1+i)
=22i
=i
5
Soit s1:z↦2z et s2:z↦iz+3. Donne le rapport et l’angle de s2∘s1, puis l’écriture complexe de s1−1.
Voir le corrigé détaillé
s2∘s1(z)=i(2z)+3
=2iz+3
Rapport k1k2=2×1=2, angle 0+90∘=90∘ — cohérent avec ∣2i∣=2 et arg(2i)=90∘.
s1−1:z↦2z, de rapport 21 et d’angle 0.
6
Une similitude de rapport k=2,5 transforme un triangle d’aire 12cm2. Calcule l’aire du triangle image.
Voir le corrigé détaillé
Aire′=k2×Aire
=2,52×12
=6,25×12
=75cm2
Niveau 2 — Approfondissement
7
Détermine l’écriture complexe de l’unique similitude directe s telle que s(A)=A′ et s(B)=B′, avec A(2), B(2+2i), A′(0), B′(4i). Précise sa nature particulière.
Voir le corrigé détaillé
a=zB−zAzB′−zA′=(2+2i)−24i−0
=2i4i
=2
b=zA′−azA=0−2×2=−4
s:z′=2z−4. Comme a=2 est réel, s n’est pas une similitude « stricte » mais une homothétie de rapport 2 et de centre ω=1−2−4=4.
8
Pour chacune des similitudes indirectes suivantes, indique si elle admet un point fixe et, si oui, calcule-le : a) z′=(1+i)z−2i ; b) z′=iz+1+i.
Voir le corrigé détaillé
a) a=1+i, ∣a∣=2=1 : un point fixe unique existe. Avec p=1,q=1,b1=0,b2=−2 :
(p−1)x+qy=−b1⇒y=0
qx−(p+1)y=−b2⇒x−2y=2
⇒x=2,y=0
Point fixe ω=2 (on vérifie : (1+i)2−2i=2+2i−2i=2✓).
b) a=i, ∣a∣=1. Avec p=0,q=1,b1=1,b2=1 :
−x+y=−1
x−y=−1
Ces deux équations donnent y=x−1 et y=x+1 : aucune solution. s est une symétrie glissée, sans point fixe.
9
A(0), B(2), C(1+2i) et A′(0), B′(2+2i), C′(3−i). ABC et A′B′C′ sont-ils directement semblables ?
Voir le corrigé détaillé
zB−zAzC−zA=21+2i=0,5+i
zB′−zA′zC′−zA′=2+2i3−i
=(2+2i)(2−2i)(3−i)(2−2i)
=84−8i
=0,5−i
Les deux rapports, 0,5+i et 0,5−i, sont différents (ce sont des conjugués) : les triangles ne sont pas directement semblables.
10
Soit s une similitude directe et M,N deux points. Démontre que l’image du milieu de [MN] est le milieu de [M′N′].
Voir le corrigé détaillé
Notons s:z↦az+b et I le milieu de [MN], d’affixe zI=2zM+zN.
s(I) a pour affixe a×2zM+zN+b
le milieu de [M′N′] a pour affixe 2zM′+zN′=2(azM+b)+(azN+b)
=2a(zM+zN)+2b
=a×2zM+zN+b
Les deux affixes coïncident : s(I) est bien le milieu de [M′N′]. C.Q.F.D.
Niveau 3 — Type bac
11
Soit s la similitude directe de centre O, de rapport 2 et d’angle 60∘.
Vérifie que s a pour écriture complexe z′=(1+i3)z, et donne la nature de s.
On pose A0(2) et, pour tout n, An+1=s(An). Calcule les affixes de A1, A2, A3.
Justifie que OAn=2n+1 et que l’angle (OA0,OAn)=60n∘[2π]. Pour quelles valeurs de n le point An est-il sur l’axe réel ?
Voir le corrigé détaillé
1.∣1+i3∣=1+3=2 et arg(1+i3)=60∘ (valeur remarquable) : c’est bien s, similitude directe stricte de centre O.
2.zA1=(1+i3)×2
=2+23i
zA2=(1+i3)(2+23i)
=2+43i+6i2
=−4+43i
zA3=(1+i3)(−4+43i)
=−4+12i2
=−16
3. D’après l’écriture réduite (centre O), OAn=∣a∣n×OA0=2n×2=2n+1, et l’angle cumulé après n applications de s est n×60∘. On vérifie : OA3=24=16=∣−16∣✓, et l’angle vaut 180∘, cohérent avec A3 réel négatif. An est sur l’axe réel ⟺60n≡0[180]⟺n≡0[3] : c’est le cas pour n=0,3,6,9,…
12
Soit s la similitude directe de centre O, de rapport 2 et d’angle 90∘.
Donne l’écriture complexe de s.
Un point M décrit le cercle C de centre B(3+i) et de rayon 2. Calcule l’affixe de B′=s(B), puis détermine le lieu du point M′=s(M).
Un point P décrit maintenant le segment [BC], où C(3+3i). Calcule l’affixe de C′=s(C) et détermine le lieu du point P′=s(P).
Voir le corrigé détaillé
1.s:z′=2iz (rapport ∣2i∣=2, angle arg(2i)=90∘).
2.zB′=2i(3+i)
=6i+2i2
=−2+6i
L’image d’un cercle par une similitude est un cercle (1.2) : le lieu de M′ est le cercle de centre B′(−2+6i) et de rayon 2×2=4.
3.zC′=2i(3+3i)
=6i+6i2
=−6+6i
Une similitude transforme un segment en un segment : le lieu de P′ est le segment [B′C′], avec B′(−2+6i) et C′(−6+6i) — de longueur 4 (on vérifie : 2×BC=2×2=4✓).
13
Soit s la similitude directe de centre Ω, de rapport k=0,6 et d’angle 70∘. On définit une suite de points par un point M0 donné et Mn+1=s(Mn) pour tout entier n.
Exprime ΩMn en fonction de ΩM0, k et n.
Sachant ΩM0=3,6, calcule ΩM1, ΩM2, ΩM3 (arrondis au dixième).
Détermine la limite de ΩMn quand n→+∞. Que peux-tu en conclure sur la position des points Mn ?
Voir le corrigé détaillé
1. D’après l’écriture réduite, zMn+1−ω=a(zMn−ω), donc ΩMn+1=k×ΩMn : la suite (ΩMn) est géométrique de raison k, de premier terme ΩM0. D’où, pour tout n :
ΩMn=ΩM0×kn
2.ΩM1=3,6×0,6
=2,16≈2,2
ΩM2=3,6×0,62
=1,296≈1,3
ΩM3=3,6×0,63
=0,7776≈0,8
3. Comme 0<k=0,6<1, on a kn→0 quand n→+∞, donc ΩMn→0. Les points Mn se rapprochent indéfiniment de Ω — sans jamais l’atteindre, puisque kn>0 pour tout n — en s’enroulant en spirale (Figure 7).
Figure 7 — Les points Mn=sn(M0), avec s de centre Ω, de rapport k=0,6 et d’angle 70∘, s’enroulent en spirale vers Ω.
Niveau 4 — Problèmes de vie courante
14
Deux plans de Ndjamena. Sur un ancien plan touristique de Ndjamena, la Place de la Nation a pour affixe 0 et le Grand Marché a pour affixe 800 (en mètres). Sur un nouveau plan, redessiné à une autre échelle et orienté différemment, la Place de la Nation est toujours à l’affixe 0 et le Grand Marché a pour affixe 300+3003i.
Justifie que le passage de l’ancien au nouveau plan est une similitude directe s de centre 0, et détermine son écriture complexe.
Donne l’échelle (rapport) et l’angle de rotation entre les deux plans.
La cathédrale a pour affixe 500i sur l’ancien plan. Donne sa position (arrondie au dixième de mètre) sur le nouveau plan.
Voir le corrigé détaillé
1. Les deux plans représentent les mêmes lieux : le passage de l’un à l’autre conserve proportions et angles, donc s(z)=az (le point 0 étant commun aux deux plans).
a=800300+3003i
=800300(1+3i)
=0,375+0,3753i
2.k=∣a∣=0,375×∣1+3i∣=0,375×2=0,75 : le nouveau plan est dessiné à une échelle réduite (75% de l’ancien), tourné de θ=arg(1+3i)=60∘.
3.z′=(0,375+0,3753i)×500i
=187,5i+187,53i2
=−187,53+187,5i
≈−324,8+187,5i
Sur le nouveau plan, la cathédrale se trouve à environ 324,8 m à l’ouest et 187,5 m au nord de la Place de la Nation.
15
Motif textile à Bamako. Une artisane de Bamako dessine un motif triangulaire de 12 cm de côté pour un pagne. Pour créer une frise, elle le répète en lui appliquant, à chaque étape, la même similitude directe s de rapport k=0,8, de centre un point fixe Ω.
Quelle est la longueur du côté du motif après 3 applications de s ?
Quelle est l’aire du 3ᵉ motif si celle du premier motif est 50cm2 ?
À partir de combien d’applications de s la longueur du côté devient-elle inférieure à 1 cm ?
Voir le corrigé détaillé
1. côté =12×0,83
=12×0,512
=6,144≈6,1cm
2. aire =50×0,82×3
=50×0,86
=50×0,262144
=13,1072≈13,1cm2
3. On cherche le plus petit entier n tel que 12×0,8n<1, soit 0,8n<121.
nln(0,8)<ln(121)
⇒n>ln(0,8)ln(1/12)ln(0,8)<0 : l’inégalité change de sens
⇒n>−0,223−2,485≈11,1
Le plus petit entier convenable est n=12 : on vérifie 12×0,811≈1,03 (pas encore) et 12×0,812≈0,82<1✓. C’est donc à partir de la 12ᵉ application de s que le motif passe sous 1 cm de côté.
16
Relevé aérien près d’Abéché. Un drone photographie un champ. Sur la photo (repère du drone, non orienté vers le nord), deux bornes du champ ont pour affixes 0 et 45+60i (en pixels). Sur le plan cadastral réel (orienté nord), ces deux mêmes bornes ont pour affixes 0 et 150 (en mètres).
Détermine la similitude directe s qui transforme les coordonnées-photo en coordonnées réelles.
Donne l’échelle réelle de la photo, en mètres par pixel.
Une troisième borne a pour affixe 20+50i sur la photo. Calcule sa position réelle.
Voir le corrigé détaillé
1.a=45+60i150
=452+602150(45−60i)
=5625150(45−60i)
=1,2−1,6i
s:z′=(1,2−1,6i)z (b=0, le point 0 étant commun aux deux repères).
2.k=∣a∣=1,22+1,62=1,44+2,56=4=2 : chaque pixel de la photo représente 2 mètres au sol.
3.z′=(1,2−1,6i)(20+50i)
=24+60i−32i−80i2
=24+28i+80
=104+28i
La troisième borne se trouve à 104 m à l’est et 28 m au nord de la première borne.
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Une similitude plane de rapport k est une transformation s telle que, pour tous points M,N d'images M′,N′ :
Explication : Par définition, une similitude de rapport k multiplie toutes les distances du plan par le même nombre k.
Le rapport k d'une similitude plane est toujours :
Explication : Contrairement au rapport d'une homothétie (qui peut être négatif), le rapport d'une similitude est le quotient de deux longueurs, donc toujours strictement positif.
Une similitude de rapport k=1 est appelée :
Explication : Quand k=1, les distances sont conservées exactement : c'est une isométrie (translation, rotation ou réflexion).
Une similitude de rapport k multiplie les aires par :
Explication : Une aire est un produit de deux longueurs, chacune multipliée par k : l'aire est donc multipliée par k×k=k2. C'est le piège classique du chapitre.
Une similitude directe s est celle qui, pour tous points A,B,C,D d'images A′,B′,C′,D′, vérifie :
Explication : Une similitude directe conserve les angles orientés ; une similitude indirecte les transforme en leur opposé.
L'application s qui, à M d'affixe z, associe M′ d'affixe z′=az+b (avec a∈C∗) est une similitude directe de rapport et d'angle :
Explication : C'est le théorème central du chapitre : le module de a donne le rapport, son argument donne l'angle de la similitude directe.
Soit s:z′=(23+2i)z+5. Quel est le rapport de s ?
Explication :k=∣a∣=(23)2+22 =12+4=16 =4.
Pour trouver l'écriture complexe z′=az+b de l'unique similitude directe telle que s(A)=A′ et s(B)=B′, la formule du coefficient a est :
Explication : Au numérateur, les images ; au dénominateur, les points de départ : a=zB−zAzB′−zA′. Inverser numérateur et dénominateur change complètement le résultat.
Pour une similitude directe s:z↦az+b avec a=1, le centre Ω (unique point invariant) a pour affixe :
Explication : L'équation s(z)=z équivaut à az+b=z, soit b=z(1−a), donc z=1−ab (division licite car a=1).
Soit s:z′=(1+i)z+2. Quels sont le rapport et l'angle de s ?
Toute similitude directe de centre Ω, de rapport k et d'angle θ est la composée, dans n'importe quel ordre, de :
Explication :s=r∘h=h∘r, où h est l'homothétie de centre Ω et de rapport k, r la rotation de centre Ω et d'angle θ. Elles commutent car elles partagent le même centre.
Si a=1 dans l'écriture z′=az+b (avec b=0), la similitude s est :
Explication : Quand a=1, z′=z+b est la translation de vecteur d'affixe b : elle n'a aucun point invariant, ce qui est cohérent avec la formule ω=b/(1−a), indéterminée pour a=1.
L'application s:z↦az+b (avec a∈C∗) est une similitude :
Explication : La conjugaison inverse le signe de l'argument, donc renverse les angles orientés : z↦az+b est une similitude indirecte, de rapport k=∣a∣.
Pour s:z↦az+b, l'existence d'un unique point fixe est garantie par la condition :
Explication : Le déterminant du système linéaire des points fixes vaut D=1−∣a∣2 : il est non nul, donc la solution unique existe, si et seulement si ∣a∣=1.
Si ∣a∣=1 pour une similitude indirecte z↦az+b qui n'a aucun point fixe, il s'agit :
Explication : Quand ∣a∣=1, s est une isométrie indirecte : soit une réflexion (droite entière de points fixes), soit, en l'absence de tout point fixe, une symétrie glissée.
Si s1 a pour rapport k1 et angle θ1, et s2 pour rapport k2 et angle θ2 (deux similitudes directes), alors s2∘s1 est une similitude directe de rapport et d'angle :
Explication : Les rapports se multiplient et les angles s'additionnent : k1k2 et θ1+θ2[2π], ce que confirme le calcul sur les écritures complexes a2a1.
Deux triangles ABC et A′B′C′ (non aplatis) sont directement semblables si, et seulement si :
Explication : C'est le critère complexe de similitude directe : l'unique similitude directe envoyant A→A′, B→B′ envoie aussi C sur C′ exactement quand ces deux rapports complexes coïncident.
Un point M décrit un cercle C de centre B et de rayon 2. Une similitude s de rapport k=3 transforme ce cercle en :
Explication : L'image d'un cercle de centre I et de rayon r par une similitude de rapport k est le cercle de centre s(I) et de rayon kr. Ici kr=3×2=6.
Sur un ancien plan de Ndjamena, la Place de la Nation a pour affixe 0 et le Grand Marché pour affixe 800 (en m). Sur un nouveau plan, la Place reste à 0 et le Grand Marché passe à 300+3003i. Quelle est l'échelle k du changement de plan ?