Introduire le calcul vectoriel et ses applications géométriques.
MathématiquesSecondeChapitre 11 / 15⏱ 9 h
Ce que tu sauras faire à la fin
Calculer avec la relation de Chasles
Démontrer un alignement par colinéarité
Utiliser les coordonnées pour résoudre un problème géométrique
Un footballeur qui frappe un ballon ne se contente pas de lui donner de la force : il choisit une direction, un sens et une intensité. Un pilote de pirogue qui traverse le fleuve n'affiche pas seulement une vitesse : il vise un point précis sur l'autre rive. Ces informations réunies — direction, sens, longueur — sont exactement ce qu'un mathématicien appelle un vecteur. Ce chapitre te donne l'outil qui permettra, jusqu'à la Terminale, de décrire tout déplacement, toute force, toute vitesse, avec la même précision qu'un nombre.
Tu as déjà rencontré la translation au collège : une figure « glisse » sans tourner ni changer de taille. Le vecteur est l'objet mathématique qui mesure exactement ce glissement. C'est la nouveauté de la Seconde : on ne se contente plus de dessiner la figure déplacée, on nomme et on calcule avec le déplacement lui-même.
Et c'est là que ce chapitre transforme ta façon de faire de la géométrie : les vecteurs s'additionnent grâce à la relation de Chasles, se multiplient par un nombre, et surtout, dans un repère, ils se traduisent par de simples couples de nombres. Tu vas apprendre à enchaîner des déplacements, à reconnaître deux vecteurs colinéaires pour démontrer un alignement de points sans tracer la moindre figure, et à mener un calcul de coordonnées pour résoudre entièrement un problème de géométrie. C'est le tout début de la géométrie algébrique, que tu approfondiras en Première et en Terminale.
1Vecteur, égalité, translation
1.1 Vecteur associé à une translation
Reprenons la translation du collège : une figure se déplace tout entière, sans tourner, dans une direction fixe. Cette translation est entièrement déterminée par le trajet d'un seul point. C'est ce trajet que l'on appelle un vecteur.
Définition
Soient A et B deux points du plan. Le vecteurAB est caractérisé par trois éléments :
sa direction : la droite (AB), ou toute droite qui lui est parallèle ;
son sens : celui qui va de A vers B ;
sa norme (ou longueur), notée ∥AB∥ ou simplement AB : la distance entre A et B.
Le point A est l'origine du vecteur, le point B son extrémité. La translation qui transforme A en B transforme, plus généralement, tout point M du plan en un point M′ tel que MM′=AB.
Attention
AB et BA ont la même direction et la même norme, mais un sens opposé : ce sont deux vecteurs différents dès que A=B. Ne confonds jamais la normeAB (un nombre positif, une longueur) et le vecteurAB (qui porte en plus une direction et un sens, et qu'on ne peut ni comparer avec <, ni transformer en nombre).
Pour tout point A, le vecteur AA est appelé vecteur nul et noté 0 : sa norme vaut 0, et il n'a ni direction ni sens définis. On le retrouvera très souvent dans les calculs.
Figure 1 — Une translation transporte tous les points du plan dans la même direction, le même sens, à la même distance : elle envoie le triangle PQR sur un triangle P′Q′R′ superposable, et se laisse résumer par un seul vecteur u.
Exemple — direction, sens, norme sur un quadrillage
Sur un quadrillage, on lit AB en comptant les carreaux : 4 vers la droite et 1 vers le haut. Sa direction est celle de la droite qui « monte » légèrement, son sens va vers la droite, et sa norme se calcule avec Pythagore :
AB2=42+12
=17
⇒AB=17 carreauxune longueur est positive
1.2 Égalité de deux vecteurs
Un vecteur ne dépend pas du point où on le dessine : il est le même partout, pourvu qu'il garde sa direction, son sens et sa norme. C'est cette idée que l'on précise maintenant.
Définition — vecteurs égaux
Deux vecteurs non nuls sont égaux lorsqu'ils ont la même direction, le même sens et la même norme. Un vecteur non nul peut donc s'écrire AB avec une infinité de choix pour A et B : on dit que CD est un représentant du vecteur AB dès que CD=AB.
Propriété — égalité et parallélogramme
Soient A, B, C, D quatre points tels que A, B, C ne soient pas alignés. Alors :
AB=CD⟺ABDC est un paralleˊlogramme
Remarque l'ordre des lettres : c'est A, B, D, C, pas A, B, C, D.
Démonstration
Sens direct. Supposons AB=CD. La translation qui envoie A sur B a pour vecteur AB ; comme CD=AB, cette même translation envoie aussi C sur D. Une translation conserve les longueurs et les directions : le segment [AC] est donc transformé en un segment [BD]parallèle à [AC] et de même longueur. Le quadrilatère ABDC a alors deux côtés opposés, [AC] et [BD], parallèles et de même longueur : c'est un parallélogramme.
Réciproque. Si ABDC est un parallélogramme, ses côtés opposés [AB] et [CD] sont parallèles, de même longueur, et — la disposition du parallélogramme l'impose — orientés dans le même sens : donc AB et CD ont même direction, même sens, même norme, donc sont égaux. C.Q.F.D.
AB=CD ⟺ ABDC parallélogramme (attention à l'ordre !)ABDCABCDII, intersection des diagonales,est le milieu commun de [AD] et [BC]Figure 2 — Le parallélogramme ABDC : les côtés [AB] et [CD] sont parallèles, de même longueur et orientés dans le même sens, donc AB=CD.
Exemple — utiliser le parallélogramme
ABCD est un parallélogramme (dans cet ordre). Que dire de AB et DC ?
Dans un parallélogramme ABCD, les côtés opposés sont [AB]-[DC] et [BC]-[AD]. D'après la propriété (avec les lettres A,B,C,D jouant ici le rôle de A,B,D,C de l'énoncé général, réécrit dans cet ordre-ci) :
AB=DC
et de même AD=BC.
Attention — le piège classique
Ne confonds pas les deux écritures. Dans un parallélogramme nomméABCD (sommets consécutifs dans cet ordre), c'est AB=DC (et non AB=CD, qui donnerait un sens inversé !). Vérifie toujours en repérant les côtés réellement parallèles sur la figure avant d'écrire une égalité de vecteurs.
Math & Co — Bellavitis et les segments « équipollents »
L'idée de faire des calculs sur des segments orientés apparaît bien avant le mot « vecteur ». En 1832, le mathématicien italien Giusto Bellavitis (1803-1880) publie sa théorie des « équipollences » : deux segments AB et CD sont dits équipollents lorsqu'ils sont parallèles, de même longueur et de même sens — exactement la définition que tu viens d'apprendre pour l'égalité de deux vecteurs ! Bellavitis va jusqu'à écrire des « équations » entre segments et à les additionner, posant les fondations du calcul vectoriel plusieurs décennies avant qu'il ne soit formalisé par les physiciens.
2Somme et relation de Chasles
2.1 Somme de deux vecteurs et relation de Chasles
Comment additionner deux déplacements ? L'idée est naturelle : on effectue le premier, puis le second à partir de l'endroit où l'on est arrivé.
Définition — somme de deux vecteurs
Soient u et v deux vecteurs. On choisit trois points A, B, C tels que u=AB et v=BC (l'extrémité du premier représentant sert d'origine au second). La sommeu+v est le vecteur AC :
AB+BC=AC
Cette égalité s'appelle la relation de Chasles.
Démonstration — idée de preuve (la définition ne dépend pas du point choisi)
Pour que la définition ait un sens, il faut vérifier qu'on obtient le même vecteur AC quel que soit le point A choisi pour représenter u. Notons t1 la translation de vecteur u et t2 la translation de vecteur v. Par définition, t1 envoie A sur B, puis t2 envoie B sur C : la composée « t2 après t1 » envoie donc A directement sur C. Or la composée de deux translations est toujours une translation, et son vecteur ne dépend pas du point de départ choisi (une translation agit de façon identique sur tout le plan). Le vecteur AC est donc bien le même, quel que soit le représentant choisi pour A : la somme u+v est bien définie.
Chasles en chaîne : AB + BC + CD = ADABCDuvwu + v + w = ADFigure 3 — En chaînant trois vecteurs AB, BC, CD (chaque extrémité sert d'origine au suivant), leur somme est directement le vecteur AD : c'est la relation de Chasles, appliquée deux fois de suite.
Exemple — appliquer Chasles en chaîne
Simplifie MN+NP+PQ.
MN+NP+PQ
=MP+PQChasles sur MN+NP
=MQChasles à nouveau
Attention
La relation de Chasles ne s'applique que si la lettre du milieu se répète exactement : AB+BC=AC est vrai, mais AB+CD ne se simplifie pas en général si B=C — rien ne relie directement ces deux vecteurs. Repère toujours la lettre commune avant de simplifier.
Math & Co — le géomètre Michel Chasles
Michel Chasles (1793-1880), polytechnicien et professeur à la Sorbonne, est l'un des grands artisans de la géométrie moderne au XIXe siècle. Son Aperçu historique sur l'origine et le développement des méthodes en géométrie (1837) systématise l'usage des segments orientés pour simplifier les démonstrations : la relation qui porte aujourd'hui son nom lui doit son écriture compacte et sa généralisation à un nombre quelconque de points. Chasles obtient d'ailleurs, en 1875, la première médaille Copley jamais décernée à un mathématicien français par la Royal Society de Londres.
2.2 Vecteur opposé et différence de deux vecteurs
Définition
Le vecteur opposé de AB est le vecteur BA, noté −AB : même direction, même norme, sens contraire. Pour deux vecteurs u et v, la différenceu−v est définie par :
u−v=u+(−v)
Propriété
Pour tous points A, B, C :
AB−AC=CB
Démonstration
AB−AC=AB+(−AC)
=AB+CA−AC=CA
=CA+ABl'ordre de l'écriture n'importe pas
=CBrelation de Chasles
Exemple — deux calculs vectoriels
1. Simplifier RS−TS.
RS−TS=RS+ST−TS=ST
=RTChasles
2. Prouver que AB+AB=AA est fausse en général — c'est l'occasion de rappeler que AB+BA=AA=0 (un vecteur et son opposé s'annulent), mais AB+AB est tout autre chose : on le retrouvera au paragraphe suivant, sous la forme 2AB.
Propriété — règle du parallélogramme
Deux vecteurs de même origineu=OM et v=ON ont pour somme la diagonale du parallélogramme OMSN issue de O :
u+v=OSouˋOMSN est un paralleˊlogramme
C'est une autre façon de construire la même somme que la relation de Chasles : au lieu de mettre les deux vecteurs « bout à bout », on les trace à partir du même point et l'on referme le parallélogramme.
Règle du parallélogramme : u + v = OSOMNSuvu + vFigure 4 — Depuis l'origine commune O, on trace u=OM et v=ON ; la diagonale OS du parallélogramme OMSN donne directement la somme u+v.
3Produit par un réel
3.1 Produit d'un vecteur par un réel
Additionner un vecteur à lui-même, AB+AB, doit donner « deux fois AB » : un vecteur deux fois plus long, dans la même direction et le même sens. On généralise cette idée à n'importe quel nombre réel.
Définition
Soit u un vecteur non nul et k un nombre réel non nul. Le vecteur ku est le vecteur de :
même direction que u ;
même sens que u si k>0, sens contraire si k<0 ;
norme∣k∣×∥u∥.
Si k=0 ou si u=0, on pose ku=0.
Attention
Une norme est toujours positive ou nulle. −3u n'est pas « un vecteur de norme négative » : c'est un vecteur de norme 3∥u∥, simplement orienté dans le sens opposé à u. Et ku reste un vecteur : l'écriture ku>0 n'a aucun sens.
Propriété — règles de calcul
Pour tous vecteurs u, v et tous réels k, k′ :
k(u+v)=ku+kv(k+k′)u=ku+k′uk(k′u)=(kk′)u
et 1u=u, (−1)u=−u. On calcule avec les vecteurs exactement comme avec les nombres, à condition de ne jamais additionner un vecteur et un nombre.
Exemple — construire des multiples d'un vecteur
Soit u=AB avec AB=2 cm. Alors 3u est un vecteur de même sens que u, de norme 6 cm ; −21u est un vecteur de sens contraire, de norme 1 cm.
Propriété — caractérisation vectorielle du milieu
I est le milieu du segment [AB] si et seulement si :
AI=21ABou, de fac¸on eˊquivalente,IA+IB=0
Démonstration
Si I est le milieu de [AB], alors I∈[AB], donc AI a la même direction et le même sens que AB, et AI=21AB : c'est bien AI=21AB. Réciproquement, cette égalité place I sur la demi-droite [AB) à exactement la moitié de la distance AB : c'est le milieu. Pour la seconde forme :
IA+IB
=−AI+(AB−AI)Chasles : IB=IA+AB, réarrangé
=AB−2AI
=AB−2×21AB=0
Math & Co — pourquoi le mot « vecteur » ?
Le mot vecteur vient du latin vector, « celui qui transporte », de vehere, « transporter » — la même racine que « véhicule ». C'est le mathématicien et physicien irlandais William Rowan Hamilton (1805-1865) qui introduit ce terme en 1846, dans le cadre de sa théorie des quaternions : il découvre en 1843, en gravant la formule sur la pierre d'un pont de Dublin, une nouvelle sorte de nombres à quatre composantes dont la partie « imaginaire » se comporte exactement comme un vecteur du plan ou de l'espace. Le nom était bien choisi : un vecteur, c'est précisément ce qui décrit un transport, un déplacement.
4Colinéarité
4.1 Vecteurs colinéaires
Deux vecteurs non nuls ont soit la même direction, soit des directions différentes. Quand ils ont la même direction, on dit qu'ils sont colinéaires : l'un est un multiple de l'autre.
Définition
Deux vecteurs u et v sont colinéaires lorsque l'un des deux est nul, ou lorsqu'il existe un réel k tel que v=ku (avec u=0).
Concrètement, deux vecteurs non nuls sont colinéaires si et seulement si leurs représentants sont parallèles (portés par des droites parallèles, ou par la même droite).
Attention
Le vecteur nul est colinéaire à tous les vecteurs (on peut écrire 0=0×u pour n'importe quel u). C'est une convention utile pour les formules, mais elle interdit d'utiliser un vecteur nul pour « prouver » un alignement : si AC=0, c'est-à-dire A=C, la colinéarité de AB et AC ne dit rien sur la position de B.
4.2 Premières applications
Propriété — alignement de trois points
Soient A, B, C trois points distincts. Alors :
A,B,C aligneˊs⟺AB et AC sont colineˊaires
Démonstration
Si A, B, C sont alignés, les trois points appartiennent à une même droite d : les vecteurs AB et AC, tous deux portés par d, ont donc la même direction, donc sont colinéaires. Réciproquement, si AB et AC sont colinéaires (et non nuls, car A,B,C distincts), ils ont la même direction : le point C, atteint depuis A en suivant cette direction, se trouve donc sur la droite (AB). C.Q.F.D.
Propriété — parallélisme de deux droites
Deux droites (d) et (d′), munies chacune d'un vecteur directeur (un vecteur non nul porté par la droite), sont parallèles si et seulement si leurs vecteurs directeurs sont colinéaires.
Colinéaires (même droite) ou non colinéaires ?OUuVv = 2uu et v colinéaires : U, O, V alignésOUuWwu et w non colinéaires : directions différentesFigure 5 — À gauche, v=2u : les deux vecteurs sont colinéaires, O, U, V sont alignés. À droite, u et w n'ont pas la même direction : ils ne sont pas colinéaires.
Exemple — reconnaître une colinéarité sur quadrillage
Sur un quadrillage, AB correspond à 3 carreaux à droite et 1 vers le haut ; AC correspond à 6 carreaux à droite et 2 vers le haut. Comme (6,2)=2×(3,1), on a AC=2AB : les vecteurs sont colinéaires, donc A, B, C sont alignés. On formalisera ce type de calcul, bien plus rapide, dès la section suivante grâce aux coordonnées.
5Coordonnées d'un vecteur
5.1 Coordonnées d'un vecteur dans un repère
Muni d'un repère (O;i,j), chaque point du plan est repéré par un couple de nombres. Il en va de même pour chaque vecteur : c'est ce qui va transformer toute la géométrie de ce chapitre en simples calculs.
Définition
Dans un repère (O;i,j), tout vecteur u du plan s'écrit de façon uniqueu=xi+yj ; le couple (x;y) est appelé coordonnées de u, noté u(xy).
Si A(xA;yA) et B(xB;yB), alors :
AB(xB−xAyB−yA)
Démonstration
AB=OB−OAChasles : OA+AB=OB
=(xBi+yBj)−(xAi+yAj)coordonnées de A et de B
=(xB−xA)i+(yB−yA)j
Les coordonnées de AB sont donc bien (xB−xA;yB−yA).
Propriété — calculs en coordonnées
Si u(xy), v(x′y′) et k∈R :
u+v(x+x′y+y′)u−v(x−x′y−y′)ku(kxky)
012340123xyABΔx = 3Δy = 2A(1;1)B(4;3)AB(4−13−1)=(32)Figure 6 — Les coordonnées de AB s'obtiennent en soustrayant celles de l'origine à celles de l'extrémité : on lit Δx et Δy directement sur le quadrillage du repère.
Exemple — calculer des coordonnées
A(−2;3), B(1;−1), C(4;2). Calcule les coordonnées de w=AB+2AC.
AB(1−(−2)−1−3)=(3−4)
AC(4−(−2)2−3)=(6−1)
2AC(12−2)
⇒w(3+12−4−2)=(15−6)
5.2 Norme d'un vecteur en coordonnées
Théorème
Dans un repère orthonormé, si u(xy), alors :
∥u∥=x2+y2
Démonstration
Soit u=AB, avec B obtenu depuis A en avançant de x horizontalement puis de y verticalement (repère orthonormé). Le point H tel que AH soit horizontal et HB vertical forme, avec A et B, un triangle AHBrectangle en H, de côtés AH=∣x∣ et HB=∣y∣. Le théorème de Pythagore donne AB2=AH2+HB2=x2+y2, d'où ∥u∥=AB=x2+y2 (une norme est positive). C.Q.F.D.
Exemple — calculer une norme
u(−34).
∥u∥=(−3)2+42
=9+16
=25
=5
5.3 Critère de colinéarité par les coordonnées
La colinéarité, définie géométriquement à la section précédente, devient à présent un simple calcul.
Théorème
Soient u(xy) et v(x′y′) deux vecteurs. Alors :
u et v colineˊaires⟺xy′−x′y=0
Démonstration
Traitons le cas u=0 avec x=0 (les autres cas, symétriques ou triviaux avec le vecteur nul, se traitent de la même manière).
Sens direct. Si u et v sont colinéaires, il existe k tel que v=ku, donc x′=kx et y′=ky.
xy′−x′y=x(ky)−(kx)y
=kxy−kxy
=0
Réciproque. Supposons xy′−x′y=0, donc xy′=x′y, soit (puisque x=0) y′=xx′y. Posons k=xx′ : on a bien x′=kx par construction, et y′=ky d'après ce qui précède. Donc v=ku : les vecteurs sont colinéaires. C.Q.F.D.
Méthode — tester une colinéarité par le calcul
On calcule xy′−x′y (produit en croix). S'il vaut 0, les vecteurs sont colinéaires ; sinon, ils ne le sont pas.
Exemple — appliquer le critère
u(46), v(69). Sont-ils colinéaires ?
xy′−x′y=4×9−6×6
=36−36
=0
⇒u et v sont colinéaireson peut même écrire v=23u
Attention
Le nombre xy′−x′y change de signe si l'on échange u et v, mais reste nul si et seulement si les vecteurs sont colinéaires : l'ordre n'a donc pas d'incidence sur la conclusion. En revanche, une erreur de signe dans le produit en croix est l'erreur la plus fréquente : écris toujours xy′−x′y avec les deux produits bien alignés avant de soustraire.
6Milieu, alignement, parallélisme
Les coordonnées et le critère de colinéarité mis en place à la section précédente permettent maintenant de résoudre entièrement au calcul les problèmes classiques de géométrie plane.
6.1 Milieu d'un segment
Théorème
Si A(xA;yA) et B(xB;yB), le milieu I de [AB] a pour coordonnées :
xI=2xA+xByI=2yA+yB
Démonstration
D'après la caractérisation vectorielle du milieu (section 3), AI=21AB.
xI−xA=21(xB−xA)coordonnées de AI et de 21AB
⇒xI=xA+2xB−xA=22xA+xB−xA
=2xA+xB
Le même calcul sur la deuxième coordonnée donne yI=2yA+yB. C.Q.F.D.
Exemple — calculer un milieu
A(−2;1), B(4;5). Le milieu I de [AB] a pour coordonnées xI=2−2+4=1 et yI=21+5=3, donc I(1;3).
Milieu I de [AB], et alignement de A, B, CABICu1,5 uI milieu de [AB] : AI = ½ ABA, B, C alignés : AC = 1,5 · AB (colinéaires)Figure 7 — I, milieu de [AB], vérifie AI=21AB ; le point C, lui, est aligné avec A et B car AC est un multiple de AB.
6.2 Alignement de trois points
Méthode — démontrer que trois points sont alignés
On calcule les coordonnées de AB et AC, puis on calcule xy′−x′y. S'il est nul, A, B, C sont alignés.
Exemple — démontrer un alignement
A(1;2), B(3;5), C(7;11). A, B, C sont-ils alignés ?
AB(23)
AC(69)
2×9−6×3=18−18=0
⇒AB et AC colinéaireset de même origine A
⇒A, B, C sont alignés
6.3 Parallélisme de deux droites
Méthode — démontrer un parallélisme
Pour deux droites (AB) et (CD), on calcule les coordonnées de deux vecteurs directeurs AB et CD, puis on teste leur colinéarité.
Exemple — droites parallèles
A(0;0), B(4;2), C(1;3), D(3;4). Les droites (AB) et (CD) sont-elles parallèles ?
AB(42)
CD(21)
4×1−2×2=4−4=0
⇒AB et CD colinéairesAB=2CD
⇒(AB)∥(CD)C n'appartient pas à (AB) : les droites sont bien distinctes
6.4 Quatrième sommet d'un parallélogramme
Méthode — trouver le quatrième sommet
Pour que ABCD (dans cet ordre) soit un parallélogramme, il faut et il suffit que AB=DC. On calcule les coordonnées de D en résolvant cette égalité.
Exemple — trouver un quatrième sommet
A(−1;2), B(3;1), C(4;5). Trouve D tel que ABCD soit un parallélogramme.
ABCD parallélogramme ⟺AB=DC
AB(3−(−1)1−2)=(4−1)
DC(4−xD5−yD)
⇒4−xD=4 et 5−yD=−1
⇒xD=0 et yD=6
Donc D(0;6).
Attention
Vérifie toujours quel parallélogramme l'énoncé demande : ABCD (côtés [AB]-[DC] et [BC]-[AD]) ne donne pas le même quatrième sommet que ABDC (côtés [AB]-[CD]). Relis l'ordre des lettres avant de poser l'égalité vectorielle.
Fiche mémo
AB : direction (AB), sens de A vers B, norme AB. AB=CD⟺ABDC parallélogramme.
Relation de Chasles : AB+BC=AC — la lettre du milieu doit se répéter exactement.
Opposé : −AB=BA. Différence : AB−AC=CB.
ku : même direction que u, sens selon le signe de k, norme ∣k∣∥u∥.
Critère de colinéarité : u(xy), v(x′y′) colinéaires ⟺xy′−x′y=0.
A,B,C alignés ⟺AB et AC colinéaires. (d)∥(d′)⟺ vecteurs directeurs colinéaires.
Milieu de [AB] : xI=2xA+xB,yI=2yA+yB.
ABCD parallélogramme ⟺AB=DC (attention à l'ordre des sommets).
7Exercices corrigés
Niveau 1 — Application directe
1
Dans un repère, A(1;2) et B(4;3). Calcule les coordonnées de AB puis de BA.
Voir le corrigé détaillé
AB(4−13−2)=(31)
BA(1−42−3)=(−3−1)
on remarque BA=−ABvecteurs opposés : coordonnées opposées
2
Simplifie, en utilisant la relation de Chasles et le vecteur opposé :
AB+BC+CA
MN−PN
RS+ST−RT
Voir le corrigé détaillé
1.
AB+BC+CA=AC+CAChasles sur les deux premiers
=0un vecteur et son opposé
2.
MN−PN=MN+NP−PN=NP
=MPChasles
3.
RS+ST−RT=RT−RTChasles sur RS+ST
=0
3
u(2−3). Calcule les coordonnées de 3u, de −u et de 21u.
Voir le corrigé détaillé
3u(3×23×(−3))=(6−9)
−u(−23)
21u(1−23)
4
Les vecteurs sont-ils colinéaires ?
u(34) et v(68)
u(25) et v(37)
Voir le corrigé détaillé
1.
xy′−x′y=3×8−6×4
=24−24=0
⇒colinéairesv=2u
2.
xy′−x′y=2×7−3×5
=14−15=−1
⇒non colinéaires−1=0
5
A(−2;1), B(4;5). Calcule les coordonnées du milieu I de [AB], puis la norme de AB.
Voir le corrigé détaillé
xI=2−2+4=1
yI=21+5=3I(1;3)
AB(64)
∥AB∥=62+42=52
=213≈7,2
Niveau 2 — Approfondissement
6
A(2;1), B(5;3), C(11;7). Démontre que A, B, C sont alignés.
Voir le corrigé détaillé
AB(32)
AC(96)
3×6−9×2=18−18=0
⇒AB et AC colinéairesAC=3AB
⇒A, B, C sont alignés
7
A(−1;2), B(3;1), C(4;5). Détermine les coordonnées du point D tel que ABCD soit un parallélogramme.
Voir le corrigé détaillé
ABCD parallélogramme ⟺AB=DC.
AB(4−1)
DC(4−xD5−yD)
⇒4−xD=4 et 5−yD=−1
⇒xD=0 et yD=6
Donc D(0;6).
8
A(0;1), B(3;2), C(5;−1), D(2;0). Vérifie, par le calcul des coordonnées, que AB+BC+CD=AD.
Voir le corrigé détaillé
AB(31), BC(2−3), CD(−31)
somme des coordonnées : (3+2−31−3+1)=(2−1)
AD(2−00−1)=(2−1)
⇒les deux calculs coïncidentla relation de Chasles est vérifiée numériquement
9
A(1;1), B(5;2), C(6;6), D(2;5). Démontre que ABCD est un parallélogramme.
Voir le corrigé détaillé
AB(5−12−1)=(41)
DC(6−26−5)=(41)
⇒AB=DC
⇒ABCD est un parallélogramme
Niveau 3 — Défi
10
Le théorème de Varignon.A(0;0), B(6;1), C(7;5), D(1;6) sont quatre points formant un quadrilatère. On note I, J, K, L les milieux respectifs de [AB], [BC], [CD], [DA].
Calcule les coordonnées de I, J, K, L.
Calcule les coordonnées de IJ et de LK. Que peux-tu en conclure pour le quadrilatère IJKL ?
Montre que IJ=21AC.
Voir le corrigé détaillé
1. On applique la formule du milieu à chaque côté.
I(20+6;20+1)=I(3;0,5)
J(26+7;21+5)=J(6,5;3)
K(27+1;25+6)=K(4;5,5)
L(21+0;26+0)=L(0,5;3)
2.
IJ(6,5−33−0,5)=(3,52,5)
LK(4−0,55,5−3)=(3,52,5)
⇒IJ=LK
⇒IJKL est un parallélogrammepropriété de la section 1
3.
AC(7−05−0)=(75)
21AC(3,52,5)
=IJrésultat de la question 2
Quel que soit le quadrilatère ABCD de départ, les milieux de ses côtés forment donc toujours un parallélogramme : c'est le théorème de Varignon.
Théorème de Varignon : IJKL est un parallélogrammeABCDIJKLIJKL (en vert) : les côtésopposés IJ et LK vérifientIJ = LK = ½ AC (diagonale,en tirets bleus)Figure 8 — Quel que soit le quadrilatère ABCD, le quadrilatère IJKL formé par les milieux de ses côtés est un parallélogramme : c'est le théorème de Varignon (exercice 10).
11
A(1;1), B(4;3), C(m;7), où m est un nombre réel. Détermine la valeur de m pour laquelle A, B, C sont alignés.
Voir le corrigé détaillé
AB(32)
AC(m−16)
A,B,C alignés ⟺AB et AC colinéaires
⟺3×6−(m−1)×2=0
⟺18−2m+2=0
⟺20=2m
⟺m=10
Pour m=10, les points A, B, C(10;7) sont alignés. On peut vérifier : AC(96)=3AB, colinéaire.
12
A(1;2), B(7;5). Détermine les coordonnées du point M tel que AM=2MB.
Voir le corrigé détaillé
Notons M(x;y) le point cherché.
AM(x−1y−2)
MB(7−x5−y)
AM=2MB⟺x−1=2(7−x) et y−2=2(5−y)
⟺x−1=14−2x et y−2=10−2y
⟺3x=15 et 3y=12
⟺x=5 et y=4
Donc M(5;4). Vérification : AM(42) et MB(21) ; on a bien AM=2MB.
Niveau 4 — Problèmes de vie courante
13
La tournée de Fatou (Dakar). Fatou est coursière à vélo à Dakar. Elle part du marché Sandaga, pris comme origine P(0;0) d'un repère orthonormé (unité : 1 km), livre un colis au Plateau en Q(3;4), puis termine sa tournée à Ouakam en R(7;2).
Calcule les coordonnées de PQ et de QR.
En utilisant la relation de Chasles, donne les coordonnées du déplacement direct PR.
Calcule la distance à vol d'oiseau entre Sandaga et Ouakam, puis la distance totale réellement parcourue par Fatou. Que remarques-tu ?
Voir le corrigé détaillé
1.
PQ(3−04−0)=(34)
QR(7−32−4)=(4−2)
2.
PR=PQ+QRrelation de Chasles
=(3+44−2)=(72)
3.
PR=72+22=53≈7,3 kmdistance directe
PQ=32+42=25=5 km
QR=42+22=20=25≈4,5 km
distance parcourue ≈5+4,5=9,5 km
Fatou a réellement parcouru environ 9,5 km, alors que Sandaga et Ouakam ne sont qu'à 7,3 km à vol d'oiseau : faire un détour par le Plateau allonge toujours le trajet par rapport au déplacement direct.
La tournée de Fatou à Dakar (unité : 1 km)Sandaga PPlateau QOuakam RPQ = 5 kmQR ≈ 4,5 kmPR ≈ 7,3 km (direct)Figure 9 — La tournée réelle de Fatou (bleu puis vert) est plus longue que le déplacement direct PR (rouge, en pointillés) donné par la relation de Chasles.
14
Le champ d'Adoum (près de Ndjamena). Adoum, agriculteur près de Ndjamena, place quatre piquets P, Q, R, S délimitant son champ, repérés (en mètres) par P(0;0), Q(40;30), R(49;42), S(9;12).
Calcule les coordonnées de PQ et de SR. Que peux-tu en conclure sur la forme du champ PQRS ?
Calcule les longueurs PQ et PS des deux côtés du champ, puis le périmètre exact du champ.
Un grillage coûte 2500 F CFA le mètre. Calcule le coût total de la clôture.
Voir le corrigé détaillé
1.
PQ(4030)
SR(49−942−12)=(4030)
⇒PQ=SR
⇒PQRS est un parallélogrammepropriété de la section 1
2.
PQ=402+302=1600+900=2500=50 m
PS(912)
PS=92+122=81+144=225=15 m
périmètre =2×(50+15)
=130 mdans un parallélogramme, les côtés opposés ont la même longueur
3.
coût =130×2500
=325000 F CFA
Adoum doit prévoir 130 m de grillage, pour un coût de 325 000 F CFA.
15
Le chantier d'Ibrahima (Bamako). Ibrahima, maçon à Bamako, construit un mur repéré par les points M(0;0) et N(8;3) (coordonnées en mètres). Il doit vérifier que ce mur est parallèle au mur de clôture de la parcelle voisine, repéré par P(3;7) et Q(19;13).
Calcule les coordonnées de MN et de PQ, et détermine si les deux murs sont parallèles.
Calcule la longueur exacte du mur [MN], puis une valeur approchée au centimètre près.
Si Ibrahima pose 60 briques par mètre de mur, combien de briques doit-il prévoir (arrondis à la brique supérieure) ?
Voir le corrigé détaillé
1.
MN(83)
PQ(166)
8×6−16×3=48−48=0
⇒MN et PQ colinéairesPQ=2MN
⇒les deux murs sont parallèles
2.
MN=82+32=73 m
≈8,54 m
3.
nombre de briques ≈8,54×60
≈512,5
⇒Ibrahima doit prévoir 513 briqueson arrondit à la brique supérieure
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Le vecteur AB est caractérisé par :
Explication : Un vecteur AB réunit trois éléments : la direction de la droite (AB), le sens de A vers B, et la norme (longueur) AB.
Avec A=B, que peut-on dire de AB et BA ?
Explication :AB et BA partagent la même droite support et la même longueur, mais pointent en sens contraire : dès que A=B, ce sont deux vecteurs distincts.
Soient A, B, C, D quatre points, avec A, B, C non alignés. L'égalité AB=CD équivaut à :
Explication :AB=CD⟺ABDC est un parallélogramme (attention à l'ordre des lettres : A,B,D,C, pas A,B,C,D).
ABCD est un parallélogramme, ses sommets étant nommés dans cet ordre. Que peut-on affirmer ?
Explication : Dans un parallélogramme ABCD nommé dans l'ordre, les côtés opposés sont [AB]-[DC] : c'est bien AB=DC, et non AB=CD qui inverserait le sens.
Simplifie MN+NP+PQ grâce à la relation de Chasles :
Explication : MN+NP+PQ=MP+PQ =MQ.
Peut-on simplifier AB+CD directement par la relation de Chasles, sachant que B=C ?
Explication : La relation de Chasles AB+BC=AC exige que l'extrémité du premier vecteur soit l'origine du second. Si B=C, rien ne relie directement AB et CD : c'est le piège classique.
Pour tous points A, B, C, le vecteur AB−AC est égal à :
Explication : AB−AC=AB+CA =CA+AB =CB (Chasles).
Soit u=AB avec AB=2 cm. Le vecteur −3u est un vecteur de :
Explication : La norme est toujours positive : ∥−3u∥=∣−3∣×∥u∥=3×2=6 cm. Le signe négatif de −3 inverse simplement le sens, il ne rend pas la norme négative.
I est le milieu du segment [AB] si et seulement si :
Explication : C'est la caractérisation vectorielle du milieu, équivalente à AI=21AB : les deux vecteurs IA et IB sont opposés, donc leur somme est nulle.
Le vecteur nul 0 est colinéaire à un vecteur u pour :
Explication :0=0×u pour tout u : le vecteur nul est colinéaire à tous les vecteurs par convention. Mais si AC=0 (c'est-à-dire A=C), la colinéarité avec AB ne dit rien sur la position de B : ce n'est pas une preuve d'alignement utilisable.
Soient A, B, C trois points distincts. A, B, C alignés équivaut à :
Explication : Si les trois points sont alignés, AB et AC sont tous deux portés par la même droite, donc colinéaires ; réciproquement, la colinéarité place C sur la droite (AB).
Soit A(−2;3) et B(1;−1). Quelles sont les coordonnées de AB ?
Pour trouver le sommet D tel que ABCD (dans cet ordre) soit un parallélogramme, quelle égalité vectorielle faut-il poser ?
Explication : Dans un parallélogramme ABCD nommé dans l'ordre, les côtés opposés [AB] et [DC] donnent AB=DC : c'est cette égalité qu'il faut résoudre pour trouver D.
Soit A(1;2), B(5;3), C(4;7). Trouve le point D tel que ABCD soit un parallélogramme.
Explication : AB(4;1) et l'égalité AB=DC donne : 4=4−xD⇒xD=0 1=7−yD⇒yD=6 d'où D(0;6).
Un pilote de pirogue rame avec un vecteur vitesse u de norme 3 km/h, dirigé perpendiculairement vers l'autre rive, pendant que le courant du fleuve a un vecteur vitesse v de norme 4 km/h, parallèle à la rive (donc u et v perpendiculaires). Quelle est la norme du vecteur vitesse résultant u+v ?
Explication :u et v étant perpendiculaires, le triangle formé est rectangle (règle du parallélogramme). Par Pythagore : ∥u+v∥=32+42 =9+16=25=5 km/h.
Sur une carte quadrillée, un livreur va de A à B en se déplaçant de 6 rues vers l'est et 2 rues vers le nord (AB(6;2)), puis de C à D en se déplaçant de 9 rues vers l'est et 3 rues vers le nord (CD(9;3)). Les trajets (AB) et (CD) sont-ils parallèles ?
Explication : xy′−x′y=6×3−9×2=18−18=0 Les vecteurs directeurs AB et CD sont colinéaires (CD=1,5AB), donc les droites (AB) et (CD) sont parallèles.