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Barycentre

Introduire le barycentre et l'utiliser pour démontrer.

Mathématiques Première Chapitre 8 / 13 ⏱ 9 h

Ce que tu sauras faire à la fin

  • Construire un barycentre
  • Réduire une somme vectorielle
  • Démontrer un alignement ou une concourance

Imagine une balançoire à bascule (une balance à fléau) sur laquelle on accroche, d'un côté un enfant de 2020 kg, de l'autre un adulte de 6060 kg. Pour que la planche reste horizontale, le point d'appui — le pivot — ne doit surtout pas être au milieu : il doit être bien plus proche de l'adulte. Ce point d'équilibre a un nom en mathématiques : c'est le barycentre des deux points, affectés chacun de leur « poids ».

Tu connais déjà un cas particulier de cette idée : le milieu d'un segment, point d'équilibre de deux masses égales. Tu sais aussi, depuis la classe de Seconde, que les trois médianes d'un triangle se coupent en un point unique, le centre de gravité — mais sans doute sans savoir le démontrer proprement. Le barycentre généralise le milieu à des masses quelconques, et va te fournir l'outil qui manquait pour démontrer, de façon parfaitement rigoureuse, ce genre de résultat.

Ce chapitre repose entièrement sur le calcul vectoriel que tu maîtrises déjà : relation de Chasles, somme de vecteurs, colinéarité. La nouveauté est de réduire une somme du type aMA→+bMB→a\overrightarrow{MA} + b\overrightarrow{MB} — a priori compliquée, car elle dépend du point MM choisi — à une expression d'une simplicité radicale : (a+b)MG→(a+b)\overrightarrow{MG}, où GG est un point fixe, indépendant de MM. Cette réduction, une fois acquise, devient une arme redoutable pour prouver des alignements, des concours de droites, ou calculer des centres de masse.

Au bac et dans le supérieur, le barycentre revient sans cesse : en géométrie (configurations, lieux de points), en physique (centre de masse, isobarycentre d'un système de points matériels), et même en informatique graphique (coordonnées barycentriques pour les images 3D). Prends le temps de bien assimiler la définition de la section 1 : tout le reste du chapitre en découle.

1Barycentre de deux et de trois points

1.1  Existence et unicité du barycentre de deux points

On appelle point pondéré (ou point massique) un couple (A,a)(A, a) formé d'un point AA du plan et d'un réel aa, appelé masse ou coefficient de AA. Un ensemble de points pondérés {(A,a),(B,b)}\{(A,a),(B,b)\} s'appelle un système pondéré.

Définition

Soient AA et BB deux points du plan, aa et bb deux réels tels que a+b≠0a + b \neq 0. On appelle barycentre du système {(A,a),(B,b)}\{(A,a),(B,b)\} l'unique point GG du plan vérifiant :

aGA→+bGB→=0⃗a\overrightarrow{GA} + b\overrightarrow{GB} = \vec{0}

On note G=Bar{(A,a),(B,b)}G = \mathrm{Bar}\{(A,a),(B,b)\}.

Cette définition affirme deux choses en même temps : qu'un tel point existe, et qu'il est unique. Rien n'est évident a priori — il faut le démontrer, et c'est ce théorème qui justifie que la définition ait un sens.

Théorème — existence et unicité

Soient AA et BB deux points, aa et bb deux réels tels que a+b≠0a+b \neq 0. Il existe un unique point GG tel que aGA→+bGB→=0⃗a\overrightarrow{GA} + b\overrightarrow{GB} = \vec{0}.

Démonstration

Soit OO un point quelconque du plan, fixé une fois pour toutes. Pour tout point GG, la relation de Chasles donne GA→=GO→+OA→\overrightarrow{GA} = \overrightarrow{GO} + \overrightarrow{OA} et GB→=GO→+OB→\overrightarrow{GB} = \overrightarrow{GO} + \overrightarrow{OB}. Ainsi :

  1. aGA→+bGB→=a(GO→+OA→)+b(GO→+OB→)a\overrightarrow{GA} + b\overrightarrow{GB} = a\left(\overrightarrow{GO}+\overrightarrow{OA}\right) + b\left(\overrightarrow{GO}+\overrightarrow{OB}\right)
  2. ==(a+b)GO→+aOA→+bOB→(a+b)\overrightarrow{GO} + a\overrightarrow{OA} + b\overrightarrow{OB}

Le point GG cherché vérifie donc aGA→+bGB→=0⃗a\overrightarrow{GA}+b\overrightarrow{GB}=\vec 0 si et seulement si :

  1. (a+b)GO→=−aOA→−bOB→(a+b)\overrightarrow{GO} = -a\overrightarrow{OA} - b\overrightarrow{OB}
  2. ⇒\RightarrowGO→=−1a+b(aOA→+bOB→)\overrightarrow{GO} = -\dfrac{1}{a+b}\left(a\overrightarrow{OA}+b\overrightarrow{OB}\right)on peut diviser car a+b≠0a+b \neq 0
  3. ⇒\RightarrowOG→=1a+b(aOA→+bOB→)\overrightarrow{OG} = \dfrac{1}{a+b}\left(a\overrightarrow{OA}+b\overrightarrow{OB}\right)

Cette égalité détermine le vecteur OG→\overrightarrow{OG} de façon unique à partir du point fixe OO : il existe donc un unique point GG tel que OG→\overrightarrow{OG} prenne cette valeur, et c'est le barycentre cherché. C.Q.F.D.

Si a+b=0a+b=0, en revanche, aGA→+bGB→=a(GA→−GB→)=aBA→a\overrightarrow{GA}+b\overrightarrow{GB} = a\left(\overrightarrow{GA}-\overrightarrow{GB}\right) = a\overrightarrow{BA} : cette quantité est un vecteur constant, non nul dès que a≠0a \neq 0, et ne dépend pas de GG. Aucun point GG ne peut donc l'annuler : le barycentre n'existe pas dans ce cas.

Attention

La condition a+b≠0a + b \neq 0 est indispensable. Sans elle, le barycentre n'est tout simplement pas défini. On la vérifie toujours en premier avant de parler du barycentre d'un système.

La démonstration ci-dessus donne au passage une formule pratique, à connaître par cœur : pour tout point OO, OG→=1a+b(aOA→+bOB→)\overrightarrow{OG} = \dfrac{1}{a+b}\left(a\overrightarrow{OA}+b\overrightarrow{OB}\right). Mais l'outil le plus utile au quotidien est un peu différent : c'est la réduction de la somme aMA→+bMB→a\overrightarrow{MA}+b\overrightarrow{MB} pour un point MM quelconque, pas seulement pour M=OM=O.

Propriété — réduction vectorielle

Soit G=Bar{(A,a),(B,b)}G = \mathrm{Bar}\{(A,a),(B,b)\}. Pour tout point MM du plan :

aMA→+bMB→=(a+b)MG→a\overrightarrow{MA} + b\overrightarrow{MB} = (a+b)\overrightarrow{MG}

Démonstration

On utilise la relation de Chasles pour faire apparaître GG, puis la définition du barycentre.

  1. aMA→+bMB→=a(MG→+GA→)+b(MG→+GB→)a\overrightarrow{MA} + b\overrightarrow{MB} = a\left(\overrightarrow{MG}+\overrightarrow{GA}\right) + b\left(\overrightarrow{MG}+\overrightarrow{GB}\right)
  2. ==(a+b)MG→+(aGA→+bGB→)(a+b)\overrightarrow{MG} + \left(a\overrightarrow{GA}+b\overrightarrow{GB}\right)
  3. ==(a+b)MG→+0⃗(a+b)\overrightarrow{MG} + \vec{0}définition du barycentre GG
  4. ==(a+b)MG→(a+b)\overrightarrow{MG}

C'est cette propriété que tu utiliseras le plus souvent : elle transforme une somme de deux vecteurs « qui traînent » un coefficient chacun en un unique vecteur MG→\overrightarrow{MG}, multiplié par la somme des masses. On dit qu'on réduit la somme vectorielle.

1.2  Position de GG sur la droite (AB)(AB)

Propriété

Le barycentre GG de {(A,a),(B,b)}\{(A,a),(B,b)\} appartient toujours à la droite (AB)(AB). Si de plus aa et bb sont tous deux strictement positifs (ou tous deux strictement négatifs), GG appartient au segment [AB][AB].

Démonstration

Dans l'égalité aGA→+bGB→=0⃗a\overrightarrow{GA}+b\overrightarrow{GB}=\vec 0, on isole GA→\overrightarrow{GA} :

  1. aGA→=−bGB→a\overrightarrow{GA} = -b\overrightarrow{GB}
  2. ⇒\RightarrowGA→=−baGB→\overrightarrow{GA} = -\dfrac{b}{a}\overrightarrow{GB}si a≠0a \neq 0, en divisant par aa

Les vecteurs GA→\overrightarrow{GA} et GB→\overrightarrow{GB} sont donc colinéaires : les points GG, AA, BB sont alignés, c'est-à-dire G∈(AB)G \in (AB). Si aa et bb sont de même signe, le coefficient −ba-\dfrac{b}{a} est négatif : les vecteurs GA→\overrightarrow{GA} et GB→\overrightarrow{GB} sont donc de sens opposés, ce qui signifie exactement que GG est entre AA et BB, donc dans le segment [AB][AB].

Par la même méthode, on obtient un résultat de mesure algébrique très utile pour construire GG à la règle : en prenant les normes, a×GA=b×GBa \times GA = b \times GB. C'est exactement la loi du levier d'Archimède : le point d'équilibre est d'autant plus proche du point le plus lourd.

Équilibre d'une balance à fléau : G = Bar{(A,2),(B,3)} GA GB 2 3 AB G AG = 240 GB = 160 2 × AG = 3 × GB = 480 : la balance est en équilibre
Figure 1 — Le point d'équilibre GG d'une balance à fléau chargée des masses 22 en AA et 33 en BB est le barycentre Bar{(A,2),(B,3)}\mathrm{Bar}\{(A,2),(B,3)\} : il vérifie 2 GA→+3 GB→=0⃗2\,\overrightarrow{GA}+3\,\overrightarrow{GB}=\vec 0, donc 2×GA=3×GB2 \times GA = 3 \times GB, la loi du levier d'Archimède.
Exemple — construire et calculer un barycentre

Soit G=Bar{(A,2),(B,3)}G = \mathrm{Bar}\{(A,2),(B,3)\}, avec AB=6AB = 6 cm. Comme les deux masses sont positives, G∈[AB]G \in [AB], plus proche de BB (la masse la plus forte).

  1. 2×GA=3×GB2 \times GA = 3 \times GB
  2. et\text{et}GA+GB=AB=6GA + GB = AB = 6
  3. ⇒\RightarrowGA=35×6=3,6GA = \dfrac{3}{5} \times 6 = 3{,}6 cmGAGA est proportionnelle à la masse 33 (celle de l'autre point), sur un total de 55
  4. ⇒\RightarrowGB=25×6=2,4GB = \dfrac{2}{5} \times 6 = 2{,}4 cm

1.3  Cas particulier : l'isobarycentre

Propriété

Si a=b≠0a = b \neq 0, le barycentre de {(A,a),(B,b)}\{(A,a),(B,b)\} est le milieu de [AB][AB]. On l'appelle aussi isobarycentre de AA et BB (« iso » : masses égales).

C'est immédiat : aGA→+aGB→=0⃗  ⟺  GA→+GB→=0⃗  ⟺  GA→=−GB→=BG→a\overrightarrow{GA} + a\overrightarrow{GB} = \vec 0 \iff \overrightarrow{GA} + \overrightarrow{GB} = \vec 0 \iff \overrightarrow{GA} = -\overrightarrow{GB} = \overrightarrow{BG}, ce qui est la définition vectorielle du milieu. Tu retrouves ainsi une notion connue comme cas particulier du barycentre : c'est tout l'intérêt de la nouvelle notion, elle unifie.

1.4  Barycentre de trois points (et plus)

La définition se généralise sans difficulté à un nombre quelconque de points pondérés, avec exactement la même démonstration d'existence-unicité.

Définition

Soient AA, BB, CC trois points et aa, bb, cc trois réels tels que a+b+c≠0a+b+c \neq 0. Le barycentre du système {(A,a),(B,b),(C,c)}\{(A,a),(B,b),(C,c)\} est l'unique point GG tel que :

aGA→+bGB→+cGC→=0⃗a\overrightarrow{GA} + b\overrightarrow{GB} + c\overrightarrow{GC} = \vec{0}

Plus généralement, pour nn points pondérés (A1,a1),…,(An,an)(A_1,a_1), \ldots, (A_n,a_n) avec ∑i=1nai≠0\displaystyle\sum_{i=1}^{n} a_i \neq 0, le barycentre est l'unique point GG tel que ∑i=1naiGAi→=0⃗\displaystyle\sum_{i=1}^{n} a_i\overrightarrow{GA_i} = \vec{0}.

La propriété de réduction s'étend elle aussi mot pour mot : pour tout point MM, aMA→+bMB→+cMC→=(a+b+c)MG→a\overrightarrow{MA}+b\overrightarrow{MB}+c\overrightarrow{MC} = (a+b+c)\overrightarrow{MG} (démonstration identique à celle de la section 1.1, en ajoutant simplement un troisième terme). Quand les trois masses sont égales, on retrouve un point que tu connais bien.

Isobarycentre de trois points

Si a=b=c≠0a=b=c\neq0, le barycentre de {(A,a),(B,b),(C,c)}\{(A,a),(B,b),(C,c)\} est appelé isobarycentre de AA, BB, CC : c'est le centre de gravité du triangle ABCABC. Nous démontrerons à la section 3 qu'il se situe aux deux tiers de chaque médiane à partir du sommet.

Exemple — barycentre de trois points

Soit G=Bar{(A,1),(B,1),(C,2)}G = \mathrm{Bar}\{(A,1),(B,1),(C,2)\}. On vérifie d'abord 1+1+2=4≠01+1+2 = 4 \neq 0 : GG existe bien. Pour un point MM quelconque :

  1. MA→+MB→+2MC→=4MG→\overrightarrow{MA} + \overrightarrow{MB} + 2\overrightarrow{MC} = 4\overrightarrow{MG}
  2. donc\text{donc}MG→=14MA→+14MB→+12MC→\overrightarrow{MG} = \dfrac{1}{4}\overrightarrow{MA} + \dfrac{1}{4}\overrightarrow{MB} + \dfrac{1}{2}\overrightarrow{MC}
Math & Co — Du levier d'Archimède au calcul barycentrique

L'idée physique du barycentre remonte à Archimède (287–212 av. J.-C.), qui énonce dans son traité Sur l'équilibre des plans la loi du levier : deux masses s'équilibrent lorsque leurs distances au point d'appui sont inversement proportionnelles à leurs poids — exactement la relation a×GA=b×GBa \times GA = b \times GB démontrée plus haut. Le mot « barycentre » lui-même vient du grec barys (« lourd ») et kentron (« centre ») : littéralement, le « centre des poids ».

Il faut attendre 18271827 pour que le mathématicien allemand August Ferdinand Möbius transforme cette intuition physique en un outil purement mathématique dans son ouvrage Der barycentrische Calcül (« Le calcul barycentrique »). Möbius y introduit les coordonnées barycentriques, qui permettent de repérer un point du plan par ses coefficients par rapport à trois points fixes — une idée aujourd'hui essentielle en infographie 3D, où chaque point d'un triangle affiché à l'écran est calculé comme barycentre de ses trois sommets.

2Propriété d'homogénéité

Une même balance à l'équilibre reste à l'équilibre si l'on double toutes les masses en même temps : seul le rapport des masses compte, jamais leur valeur absolue. C'est exactement ce qu'exprime la propriété d'homogénéité, extrêmement utile pour simplifier des coefficients avant de calculer.

Propriété — homogénéité

Pour tout réel k≠0k \neq 0, et si a+b≠0a+b \neq 0 :

Bar{(A,a),(B,b)}=Bar{(A,ka),(B,kb)}\mathrm{Bar}\{(A,a),(B,b)\} = \mathrm{Bar}\{(A,ka),(B,kb)\}

(Résultat identique avec trois points ou plus : on peut multiplier toutes les masses d'un système par un même réel non nul sans changer le barycentre.)

Démonstration

Notons G=Bar{(A,a),(B,b)}G = \mathrm{Bar}\{(A,a),(B,b)\}, donc aGA→+bGB→=0⃗a\overrightarrow{GA}+b\overrightarrow{GB}=\vec 0. Pour k≠0k \neq 0 :

  1. (ka)GA→+(kb)GB→=k(aGA→+bGB→)(ka)\overrightarrow{GA} + (kb)\overrightarrow{GB} = k\left(a\overrightarrow{GA}+b\overrightarrow{GB}\right)
  2. ==k×0⃗k \times \vec{0}
  3. ==0⃗\vec{0}

Le même point GG vérifie donc aussi la relation caractéristique du barycentre de {(A,ka),(B,kb)}\{(A,ka),(B,kb)\}. Par unicité du barycentre (théorème de la section 1), c'est bien le même point. C.Q.F.D.

Méthode — simplifier des coefficients

Avant tout calcul, on divise les masses par leur PGCD (ou par un facteur commun) pour travailler avec les nombres les plus simples possibles — sans jamais changer le point GG.

Exemple — simplifier avant de calculer
  1. Bar{(A,4),(B,6)}\mathrm{Bar}\{(A,4),(B,6)\}
  2. ==Bar{(A,2),(B,3)}\mathrm{Bar}\{(A,2),(B,3)\}homogénéité, on divise les deux masses par k=2k=2

De même, Bar{(A,−1),(B,−2),(C,−3)}=Bar{(A,1),(B,2),(C,3)}\mathrm{Bar}\{(A,-1),(B,-2),(C,-3)\} = \mathrm{Bar}\{(A,1),(B,2),(C,3)\} en multipliant par k=−1k=-1 : un système de masses toutes négatives revient au même système avec des masses toutes positives.

Attention

On ne peut multiplier qu'une seule fois, et par le même kk, toutes les masses à la fois. Changer une seule masse, ou multiplier chaque masse par un coefficient différent, change en général le barycentre ! L'homogénéité ne dit rien non plus sur une somme comme a+ka+k : c'est un facteur multiplicatif commun, jamais additif.

Cette propriété a une conséquence importante : ce ne sont pas les masses elles-mêmes qui comptent, mais leurs rapports. On peut donc toujours choisir des coefficients entiers, ou dont la somme vaut 11, sans perte de généralité — un confort de calcul que tu utiliseras dans presque tous les exercices.

3Associativité

Calculer directement le barycentre de trois, quatre, ou dix points pondérés semble de plus en plus lourd. L'associativité — le théorème le plus utile de tout ce chapitre — permet de s'y ramener systématiquement au cas de deux points, en procédant par étapes : on regroupe d'abord certains points entre eux, puis on regroupe le résultat avec les points restants.

3.1  Le théorème

Théorème d'associativité (barycentre partiel)

Soient AA, BB, CC trois points, aa, bb, cc trois réels tels que a+b+c≠0a+b+c \neq 0 et b+c≠0b + c \neq 0. Soit I=Bar{(B,b),(C,c)}I = \mathrm{Bar}\{(B,b),(C,c)\}. Alors :

Bar{(A,a),(B,b),(C,c)}=Bar{(A,a),(I,b+c)}\mathrm{Bar}\{(A,a),(B,b),(C,c)\} = \mathrm{Bar}\{(A,a),(I,b+c)\}

Autrement dit : on peut remplacer deux points du système par leur barycentre partiel II, affecté de la somme de leurs deux masses, sans changer le barycentre global.

Démonstration

Notons G=Bar{(A,a),(B,b),(C,c)}G = \mathrm{Bar}\{(A,a),(B,b),(C,c)\} et I=Bar{(B,b),(C,c)}I = \mathrm{Bar}\{(B,b),(C,c)\}. Pour tout point MM, la propriété de réduction (section 1) donne d'une part, pour le système à trois points :

aMA→+bMB→+cMC→=(a+b+c)MG→a\overrightarrow{MA} + b\overrightarrow{MB} + c\overrightarrow{MC} = (a+b+c)\overrightarrow{MG}

et d'autre part, en appliquant la réduction à II aux deux seuls points BB et CC :

bMB→+cMC→=(b+c)MI→b\overrightarrow{MB} + c\overrightarrow{MC} = (b+c)\overrightarrow{MI}

On substitue la seconde égalité dans la première :

  1. aMA→+(bMB→+cMC→)=(a+b+c)MG→a\overrightarrow{MA} + \left(b\overrightarrow{MB}+c\overrightarrow{MC}\right) = (a+b+c)\overrightarrow{MG}
  2. ⇒\RightarrowaMA→+(b+c)MI→=(a+b+c)MG→a\overrightarrow{MA} + (b+c)\overrightarrow{MI} = (a+b+c)\overrightarrow{MG}

Cette dernière égalité, vraie pour tout point MM, est exactement la réduction du système à deux points {(A,a),(I,b+c)}\{(A,a),(I,b+c)\} : le vecteur aMA→+(b+c)MI→a\overrightarrow{MA}+(b+c)\overrightarrow{MI} vaut (a+b+c)MG→(a+b+c)\overrightarrow{MG}, donc GG est bien le barycentre de {(A,a),(I,b+c)}\{(A,a),(I,b+c)\} (unicité du barycentre). C.Q.F.D.

Attention

Deux conditions sont indispensables, et on les vérifie systématiquement : la somme totale a+b+c≠0a+b+c \neq 0 (pour que GG existe), et la somme partielle b+c≠0b+c \neq 0 (pour que le barycentre partiel II existe). Si b+c=0b+c=0, il faut regrouper une autre paire de points.

Associativité : G = Bar{(A,1),(B,1),(C,2)} A(masse 1) B(masse 1) C(masse 2) IBar{(B,1),(C,2)}, masse 3 G Étape 1 — regrouper B, C → I Étape 2 — regrouper A, I → G
Figure 2 — Associativité : pour calculer G=Bar{(A,1),(B,1),(C,2)}G = \mathrm{Bar}\{(A,1),(B,1),(C,2)\}, on regroupe d'abord BB et CC en I=Bar{(B,1),(C,2)}I = \mathrm{Bar}\{(B,1),(C,2)\} (masse 33), puis on calcule G=Bar{(A,1),(I,3)}G = \mathrm{Bar}\{(A,1),(I,3)\} sur le segment [AI][AI].
Exemple — application numérique de l'associativité

On retrouve le point GG de la figure 2, avec AI=7AI = 7 cm.

  1. I=Bar{(B,1),(C,2)}I = \mathrm{Bar}\{(B,1),(C,2)\}, AA reste à part
  2. ⇒\RightarrowG=Bar{(A,1),(I,1+2)}=Bar{(A,1),(I,3)}G = \mathrm{Bar}\{(A,1),(I,1+2)\} = \mathrm{Bar}\{(A,1),(I,3)\}
  3. 1×AG=3×GI1 \times AG = 3 \times GI et AG+GI=AI=7AG+GI = AI = 7
  4. ⇒\RightarrowAG=34×7=5,25AG = \dfrac{3}{4} \times 7 = 5{,}25 cmAGAG est proportionnelle à la masse de II, sur un total 1+3=41+3=4

3.2  Application : le centre de gravité du triangle

Voici l'application la plus célèbre de l'associativité : la démonstration complète — enfin ! — du résultat que tu utilises depuis le collège sans preuve : les médianes d'un triangle sont concourantes, aux deux tiers à partir de chaque sommet.

Théorème — centre de gravité

Soit ABCABC un triangle, II, JJ, KK les milieux respectifs de [BC][BC], [AC][AC], [AB][AB]. Les trois médianes (AI)(AI), (BJ)(BJ), (CK)(CK) sont concourantes en un unique point GG, le centre de gravité du triangle, isobarycentre de AA, BB, CC, vérifiant :

AG→=23AI→BG→=23BJ→CG→=23CK→\overrightarrow{AG} = \dfrac{2}{3}\overrightarrow{AI} \qquad \overrightarrow{BG} = \dfrac{2}{3}\overrightarrow{BJ} \qquad \overrightarrow{CG} = \dfrac{2}{3}\overrightarrow{CK}

Démonstration

Soit GG l'isobarycentre de AA, BB, CC, c'est-à-dire G=Bar{(A,1),(B,1),(C,1)}G = \mathrm{Bar}\{(A,1),(B,1),(C,1)\} (la somme 1+1+1=3≠01+1+1=3 \neq 0, donc GG existe). Comme II est le milieu de [BC][BC], I=Bar{(B,1),(C,1)}I = \mathrm{Bar}\{(B,1),(C,1)\} (isobarycentre de deux points, section 1.3), et 1+1=2≠01+1=2 \neq 0.

Par le théorème d'associativité appliqué à BB et CC :

  1. G=Bar{(A,1),(B,1),(C,1)}=Bar{(A,1),(I,1+1)}G = \mathrm{Bar}\{(A,1),(B,1),(C,1)\} = \mathrm{Bar}\{(A,1),(I,1+1)\}
  2. ==Bar{(A,1),(I,2)}\mathrm{Bar}\{(A,1),(I,2)\}

Ainsi GG appartient au segment [AI][AI], donc à la droite (AI)(AI) : c'est bien un point de la médiane issue de AA. Calculons sa position par la réduction, en prenant M=AM=A :

  1. 1×AA→+2AI→=(1+2)AG→1 \times \overrightarrow{AA} + 2\overrightarrow{AI} = (1+2)\overrightarrow{AG}
  2. ⇒\Rightarrow2AI→=3AG→2\overrightarrow{AI} = 3\overrightarrow{AG}car AA→=0⃗\overrightarrow{AA}=\vec 0
  3. ⇒\RightarrowAG→=23AI→\overrightarrow{AG} = \dfrac{2}{3}\overrightarrow{AI}

En regroupant cette fois AA et CC (resp. AA et BB), le même raisonnement montre que G∈(BJ)G \in (BJ) avec BG→=23BJ→\overrightarrow{BG}=\frac{2}{3}\overrightarrow{BJ}, et G∈(CK)G \in (CK) avec CG→=23CK→\overrightarrow{CG}=\frac{2}{3}\overrightarrow{CK}. Le point GG, unique (unicité du barycentre), appartient donc simultanément aux trois médianes : elles sont concourantes en GG. C.Q.F.D.

Le centre de gravité G, aux deux tiers de chaque médiane A B C I J K G 2/31/3 AG = (2/3) AI ; G isobarycentre de A, B, C
Figure 3 — Les trois médianes (AI)(AI), (BJ)(BJ), (CK)(CK) d'un triangle ABCABC sont concourantes au centre de gravité GG, isobarycentre de AA, BB, CC, situé aux deux tiers de chaque médiane à partir du sommet.
Exemple — utiliser l'associativité pour quatre points

Soit G=Bar{(A,1),(B,2),(C,1),(D,2)}G = \mathrm{Bar}\{(A,1),(B,2),(C,1),(D,2)\}. La somme totale vaut 6≠06 \neq 0. On regroupe astucieusement en deux paires de masses égales, chacune donnant un milieu :

  1. soit PP le milieu de [AC][AC] : P=Bar{(A,1),(C,1)}P = \mathrm{Bar}\{(A,1),(C,1)\}
  2. soit QQ le milieu de [BD][BD] : Q=Bar{(B,2),(D,2)}Q = \mathrm{Bar}\{(B,2),(D,2)\}
  3. ⇒\RightarrowG=Bar{(P,2),(Q,4)}G = \mathrm{Bar}\{(P,2),(Q,4)\}associativité, en regroupant (A,1)+(C,1)(A,1)+(C,1) et (B,2)+(D,2)(B,2)+(D,2)

Le point GG se construit alors en deux étapes simples : les milieux PP et QQ, puis un barycentre de deux points sur le segment [PQ][PQ], avec PG=23PQPG = \frac{2}{3}PQ.

4Coordonnées du barycentre

Dans un repère (O,ı⃗,ȷ⃗)(O, \vec{\imath}, \vec{\jmath}), tout point est repéré par ses coordonnées. Le barycentre, défini vectoriellement, doit donc lui aussi pouvoir se calculer coordonnée par coordonnée — un résultat indispensable dès qu'un exercice se place dans un repère.

Théorème — coordonnées du barycentre

Dans un repère du plan, soient A(xA;yA)A(x_A;y_A) et B(xB;yB)B(x_B;y_B), aa et bb tels que a+b≠0a+b \neq 0. Le barycentre G(xG;yG)=Bar{(A,a),(B,b)}G(x_G;y_G) = \mathrm{Bar}\{(A,a),(B,b)\} a pour coordonnées :

xG=a xA+b xBa+byG=a yA+b yBa+bx_G = \dfrac{a\,x_A + b\,x_B}{a+b} \qquad\qquad y_G = \dfrac{a\,y_A + b\,y_B}{a+b}

Pour trois points AA, BB, CC et a+b+c≠0a+b+c \neq 0 :

xG=a xA+b xB+c xCa+b+cyG=a yA+b yB+c yCa+b+cx_G = \dfrac{a\,x_A + b\,x_B + c\,x_C}{a+b+c} \qquad\qquad y_G = \dfrac{a\,y_A + b\,y_B + c\,y_C}{a+b+c}

Démonstration

On applique la formule de la section 1.1, OG→=1a+b(aOA→+bOB→)\overrightarrow{OG} = \dfrac{1}{a+b}\left(a\overrightarrow{OA}+b\overrightarrow{OB}\right), en choisissant pour OO l'origine du repère. Les coordonnées de OA→\overrightarrow{OA} sont (xA;yA)(x_A;y_A), celles de OB→\overrightarrow{OB} sont (xB;yB)(x_B;y_B), et celles de OG→\overrightarrow{OG} sont (xG;yG)(x_G;y_G).

Sur l'axe des abscisses, la relation vectorielle se traduit terme à terme (une combinaison linéaire de vecteurs se calcule coordonnée par coordonnée) :

  1. xG=1a+b(a xA+b xB)x_G = \dfrac{1}{a+b}\left(a\,x_A + b\,x_B\right)
  2. ==a xA+b xBa+b\dfrac{a\,x_A+b\,x_B}{a+b}

Le même raisonnement sur l'axe des ordonnées donne yG=a yA+b yBa+by_G = \dfrac{a\,y_A+b\,y_B}{a+b}. Avec trois points, on ajoute simplement le terme en CC dans chaque somme (même démonstration, avec OG→=1a+b+c(aOA→+bOB→+cOC→)\overrightarrow{OG}=\frac{1}{a+b+c}\left(a\overrightarrow{OA}+b\overrightarrow{OB}+c\overrightarrow{OC}\right)). C.Q.F.D.

Méthode — calculer des coordonnées de barycentre

On vérifie que la somme des masses est non nulle, puis on applique directement les formules : une moyenne pondérée des abscisses, une moyenne pondérée des ordonnées, chacune divisée par la somme des masses.

Exemple — coordonnées d'un barycentre de deux points

Soient A(−1;4)A(-1;4) et B(5;−2)B(5;-2), et G=Bar{(A,2),(B,3)}G = \mathrm{Bar}\{(A,2),(B,3)\}.

  1. xG=2×(−1)+3×52+3=−2+155x_G = \dfrac{2\times(-1) + 3\times 5}{2+3} = \dfrac{-2+15}{5}
  2. ==135=2,6\dfrac{13}{5} = 2{,}6
  3. yG=2×4+3×(−2)5=8−65y_G = \dfrac{2\times 4 + 3\times(-2)}{5} = \dfrac{8-6}{5}
  4. ==25=0,4\dfrac{2}{5} = 0{,}4

Donc G(2,6 ; 0,4)G(2{,}6\,;\,0{,}4).

Exemple — coordonnées du centre de gravité

Soient A(0;5)A(0;5), B(−3;0)B(-3;0), C(4;−1)C(4;-1). Le centre de gravité GG (isobarycentre, masses toutes égales à 11) a pour coordonnées :

  1. xG=0+(−3)+43=13x_G = \dfrac{0+(-3)+4}{3} = \dfrac{1}{3}
  2. yG=5+0+(−1)3=43y_G = \dfrac{5+0+(-1)}{3} = \dfrac{4}{3}

Donc G(13 ; 43)G\left(\dfrac{1}{3}\,;\,\dfrac{4}{3}\right). On retrouve la formule bien connue du centre de gravité : la moyenne simple des coordonnées des trois sommets, cas particulier de la moyenne pondérée quand toutes les masses sont égales.

Attention

Ne confonds jamais le barycentre Bar{(A,a),(B,b)}\mathrm{Bar}\{(A,a),(B,b)\} avec le point de coordonnées (xA+xB2;yA+yB2)\left(\dfrac{x_A+x_B}{2};\dfrac{y_A+y_B}{2}\right) : cette dernière formule est celle du milieu, valable uniquement si a=ba=b. Avec des masses différentes, il faut pondérer — c'est tout l'intérêt du chapitre.

5Lignes de niveau

On appelle ligne de niveau d'une fonction ff l'ensemble des points MM pour lesquels f(M)f(M) prend une valeur donnée kk. Ici, la « fonction » associe à MM une norme de vecteur, construite à partir de AA et BB pondérés. Le barycentre va permettre d'identifier ces lignes de niveau de façon immédiate, sans aucun calcul de coordonnées.

5.1  Cas a+b≠0a+b \neq 0 : des cercles

Propriété

Soient AA, BB deux points, a,ba,b tels que a+b≠0a+b \neq 0, et G=Bar{(A,a),(B,b)}G = \mathrm{Bar}\{(A,a),(B,b)\}. Pour k⩾0k \geqslant 0, l'ensemble des points MM tels que ∥aMA→+bMB→∥=k\left\lVert a\overrightarrow{MA}+b\overrightarrow{MB}\right\rVert = k est :

  • le cercle de centre GG et de rayon k∣a+b∣\dfrac{k}{|a+b|}, si k>0k > 0 ;
  • le point GG seul, si k=0k = 0.
Démonstration

D'après la propriété de réduction (section 1), pour tout point MM : aMA→+bMB→=(a+b)MG→a\overrightarrow{MA}+b\overrightarrow{MB} = (a+b)\overrightarrow{MG}. En passant aux normes :

  1. ∥aMA→+bMB→∥=∥(a+b)MG→∥\left\lVert a\overrightarrow{MA}+b\overrightarrow{MB}\right\rVert = \left\lVert (a+b)\overrightarrow{MG}\right\rVert
  2. ==∣a+b∣×MG|a+b| \times MG∥λu⃗∥=∣λ∣∥u⃗∥\lVert \lambda \vec u\rVert = |\lambda|\lVert \vec u\rVert

L'égalité ∥aMA→+bMB→∥=k\left\lVert a\overrightarrow{MA}+b\overrightarrow{MB}\right\rVert = k équivaut donc à ∣a+b∣×MG=k|a+b| \times MG = k, c'est-à-dire MG=k∣a+b∣MG = \dfrac{k}{|a+b|} (car a+b≠0a+b\neq 0). Or l'ensemble des points MM tels que MGMG soit égal à une constante positive est, par définition, le cercle de centre GG et de ce rayon (ou le seul point GG si cette constante est nulle). C.Q.F.D.

Exemple — identifier une ligne de niveau

Soit G=Bar{(A,1),(B,2)}G = \mathrm{Bar}\{(A,1),(B,2)\}. Déterminons l'ensemble EE des points MM tels que ∥MA→+2MB→∥=9\left\lVert\overrightarrow{MA}+2\overrightarrow{MB}\right\rVert = 9.

  1. MA→+2MB→=(1+2)MG→=3MG→\overrightarrow{MA}+2\overrightarrow{MB} = (1+2)\overrightarrow{MG} = 3\overrightarrow{MG}
  2. ∥3MG→∥=9  ⟺  3 MG=9\left\lVert 3\overrightarrow{MG}\right\rVert = 9 \iff 3\,MG = 9
  3. ⇒\RightarrowMG=3MG = 3

EE est donc le cercle de centre GG et de rayon 33.

5.2  Cas a+b=0a+b = 0 : une droite

Quand a+b=0a+b=0 (par exemple a=1a=1, b=−1b=-1), le barycentre n'existe pas : la réduction précédente ne s'applique plus. Mais la somme aMA→+bMB→=a(MA→−MB→)=aBA→a\overrightarrow{MA}+b\overrightarrow{MB} = a\left(\overrightarrow{MA}-\overrightarrow{MB}\right) = a\overrightarrow{BA} devient alors un vecteur constant, indépendant de MM (on l'a déjà vu dans la démonstration du théorème d'existence).

Propriété

Si a+b=0a+b=0 et a≠0a \neq 0, l'ensemble des points MM tels que ∥aMA→+bMB→∥=k\left\lVert a\overrightarrow{MA}+b\overrightarrow{MB}\right\rVert = k est soit vide (si k≠∣a∣×ABk \neq |a| \times AB), soit tout le plan (si k=∣a∣×ABk = |a|\times AB, la norme étant alors constante quel que soit MM). Ce n'est jamais un cercle : la notion de barycentre ne s'applique pas.

Attention

Piège classique du bac : avant de conclure « c'est un cercle de centre GG », vérifie toujours que a+b≠0a+b \neq 0, sans quoi GG n'existe pas et le raisonnement ci-dessus ne s'applique pas du tout.

6Applications aux configurations

Le barycentre n'est pas qu'un point isolé à calculer : c'est surtout une méthode de démonstration. Trois usages reviennent sans cesse : prouver un alignement, prouver un concours de droites, et calculer un centre de masse en physique.

6.1  Prouver un alignement

Méthode — prouver que trois points sont alignés

Pour montrer que MM, AA, BB sont alignés, il suffit d'exprimer MM comme un barycentre de AA et BB (masses quelconques, positives ou négatives, pourvu que leur somme soit non nulle) : un barycentre de deux points appartient toujours à la droite qui les joint (propriété de la section 1.2), y compris à l'extérieur du segment [AB][AB] si les masses sont de signes différents.

Les masses positives placent le barycentre entre AA et BB ; des masses de signes opposés le placent à l'extérieur du segment, du côté du point de plus petite masse en valeur absolue. C'est un outil puissant : il évite tout calcul de coordonnées ou de coefficient directeur.

P = Bar{(A,3),(B,-1)} : barycentre extérieur au segment [AB] Pmasse nette A+3 B−1 3·PA 1·PB
Figure 4 — Le barycentre P=Bar{(A,3),(B,−1)}P = \mathrm{Bar}\{(A,3),(B,-1)\} vérifie 3PA→=PB→3\overrightarrow{PA} = \overrightarrow{PB} : il est aligné avec AA et BB, mais situé hors du segment [AB][AB], du côté de AA, car les masses sont de signes opposés.
Exemple — alignement par le barycentre

Soit ABCABC un triangle, II le point tel que AI→=32AB→\overrightarrow{AI} = \dfrac{3}{2}\overrightarrow{AB}. Montrons que II, AA, BB sont alignés (ce qui semble « évident » sur la figure, mais se démontre proprement) en exprimant II comme barycentre.

  1. AI→=32AB→  ⟺  2AI→=3AB→\overrightarrow{AI} = \dfrac{3}{2}\overrightarrow{AB} \iff 2\overrightarrow{AI} = 3\overrightarrow{AB}
  2.   ⟺  \iff2AI→−3AI→+3AI→=3AB→2\overrightarrow{AI} - 3\overrightarrow{AI} + 3\overrightarrow{AI}= 3\overrightarrow{AB}
  3.   ⟺  \iff−IA→×2=3(AI→+IB→)-\overrightarrow{IA} \times 2 = 3\left(\overrightarrow{AI}+\overrightarrow{IB}\right)Chasles sur AB→\overrightarrow{AB}
  4.   ⟺  \iff−2IA→=3AI→+3IB→=−3IA→+3IB→-2\overrightarrow{IA} = 3\overrightarrow{AI}+3\overrightarrow{IB} = -3\overrightarrow{IA}+3\overrightarrow{IB}
  5.   ⟺  \iffIA→+3IB→=0⃗\overrightarrow{IA} + 3\overrightarrow{IB} = \vec 0

II vérifie 1×IA→+3×IB→=0⃗1\times\overrightarrow{IA} + 3\times\overrightarrow{IB} = \vec 0 : I=Bar{(A,1),(B,3)}I = \mathrm{Bar}\{(A,1),(B,3)\}, donc I∈(AB)I \in (AB). Les points II, AA, BB sont alignés.

6.2  Prouver un concours de droites

Méthode — prouver que des droites sont concourantes

C'est exactement la démarche employée pour le centre de gravité (section 3.2) : on écrit le barycentre GG de trois points AA, BB, CC de trois façons différentes par associativité (en regroupant tour à tour deux des trois points). Chaque regroupement place GG sur une droite différente ; comme GG est unique, ces droites sont concourantes en GG.

Cette méthode se généralise à des cévianes quelconques (pas seulement les médianes) : en choisissant des masses différentes de 11, on peut faire passer GG par un point donné de chaque côté du triangle, et démontrer ainsi la concourance de trois droites bien plus générales que les médianes.

6.3  Application physique : centre de masse d'une plaque

En physique, l'isobarycentre d'un système de points matériels de même masse s'appelle le centre de masse (ou centre d'inertie). Pour une plaque plane homogène (densité uniforme), le centre de masse d'une forme composée se calcule en la décomposant en formes simples : chaque morceau est représenté par son propre centre de masse, affecté d'une masse proportionnelle à son aire.

Méthode — centre de masse d'une plaque composée

On décompose la plaque en formes géométriques simples (rectangles, triangles, disques) dont on connaît le centre. Le centre de masse global est le barycentre des centres de chaque morceau, chacun affecté de l'aire du morceau correspondant (une plaque homogène a une masse proportionnelle à son aire).

Centre de masse d'une plaque en L, par décomposition R1 : aire 12 R2 : aire 6 G1 G2 G G = Bar{(G1,12),(G2,6)} : centre de masse de la plaque
Figure 5 — Une plaque en forme de L se décompose en deux rectangles d'aires 1212 et 66, de centres G1G_1 et G2G_2. Le centre de masse global GG de la plaque homogène est le barycentre Bar{(G1,12),(G2,6)}\mathrm{Bar}\{(G_1,12),(G_2,6)\}.
Exemple — calcul du centre de masse de la plaque en L

Avec un repère d'origine en bas à gauche de la plaque (figure 5), G1(3;1)G_1(3;1) (centre du grand rectangle 6×26\times 2, aire 1212) et G2(1;3,5)G_2(1;3{,}5) (centre du petit rectangle 2×32\times 3, aire 66).

  1. xG=12×3+6×112+6=36+618x_G = \dfrac{12\times 3 + 6\times 1}{12+6} = \dfrac{36+6}{18}
  2. ==4218=73≈2,33\dfrac{42}{18} = \dfrac{7}{3} \approx 2{,}33
  3. yG=12×1+6×3,518=12+2118y_G = \dfrac{12\times 1 + 6\times 3{,}5}{18} = \dfrac{12+21}{18}
  4. ==3318=116≈1,83\dfrac{33}{18} = \dfrac{11}{6} \approx 1{,}83

Le centre de masse G(73;116)G\left(\dfrac{7}{3};\dfrac{11}{6}\right) est plus proche de G1G_1 que de G2G_2, car le grand rectangle pèse deux fois plus lourd que le petit.

Math & Co — Le barycentre qui a sauvé Syracuse

Selon la légende rapportée par Vitruve, c'est en cherchant le centre de gravité d'objets composés qu'Archimède aurait découvert le principe de la poussée hydrostatique en observant le niveau de l'eau de son bain (« Eurêka ! »). Plus sûrement documentées sont ses machines de guerre construites pour la défense de Syracuse en −213-213 : des grues à contrepoids et des leviers géants, dont l'efficacité reposait précisément sur un centre de masse savamment déplacé pour démultiplier la force appliquée.

Aujourd'hui, le même principe gouverne la stabilité d'une grue de chantier (le centre de masse du contrepoids doit compenser celui de la charge), le calcul du centre de gravité d'un avion avant décollage, ou encore la répartition des charges sur les essieux d'un camion.

Fiche mémo

  • G=Bar{(A,a),(B,b)}G = \mathrm{Bar}\{(A,a),(B,b)\} existe ssi a+b≠0a+b\neq 0 ; défini par aGA→+bGB→=0⃗a\overrightarrow{GA}+b\overrightarrow{GB}=\vec 0.
  • Réduction (à connaître par cœur) : pour tout MM, aMA→+bMB→=(a+b)MG→a\overrightarrow{MA}+b\overrightarrow{MB} = (a+b)\overrightarrow{MG}.
  • Si a=ba=b : GG = milieu de [AB][AB] (isobarycentre). Masses positives ⟹ G∈[AB]G \in [AB].
  • Homogénéité : Bar{(A,a),(B,b)}=Bar{(A,ka),(B,kb)}\mathrm{Bar}\{(A,a),(B,b)\} = \mathrm{Bar}\{(A,ka),(B,kb)\} pour k≠0k\neq 0 — seuls les rapports comptent.
  • Associativité : Bar{(A,a),(B,b),(C,c)}=Bar{(A,a),(I,b+c)}\mathrm{Bar}\{(A,a),(B,b),(C,c)\} = \mathrm{Bar}\{(A,a),(I,b+c)\} avec I=Bar{(B,b),(C,c)}I=\mathrm{Bar}\{(B,b),(C,c)\}, si b+c≠0b+c\neq0.
  • Centre de gravité du triangle = isobarycentre de A,B,CA,B,C ; AG→=23AI→\overrightarrow{AG}=\frac{2}{3}\overrightarrow{AI} (II = milieu de [BC][BC]).
  • Coordonnées : xG=a xA+b xBa+bx_G = \dfrac{a\,x_A+b\,x_B}{a+b} et yG=a yA+b yBa+by_G=\dfrac{a\,y_A+b\,y_B}{a+b} (idem à trois points, en ajoutant le terme en CC).
  • Ligne de niveau de ∥aMA→+bMB→∥=k\lVert a\overrightarrow{MA}+b\overrightarrow{MB}\rVert = k (avec a+b≠0a+b\neq0) : cercle de centre GG, rayon k∣a+b∣\dfrac{k}{|a+b|}.
  • Si a+b=0a+b=0 : pas de barycentre ; aMA→+bMB→=aBA→a\overrightarrow{MA}+b\overrightarrow{MB}=a\overrightarrow{BA} est constant, la ligne de niveau est vide ou tout le plan.
  • Alignement : MM barycentre de A,BA,B ⇒\Rightarrow M,A,BM,A,B alignés (masses de signes opposés ⟹ MM hors [AB][AB]).
  • Concours : écrire un même barycentre de trois points de trois façons (associativité) prouve que trois droites sont concourantes.
  • Centre de masse d'une plaque composée : barycentre des centres de chaque morceau, pondérés par les aires.

7Exercices corrigés

Niveau 1 — Application directe
1

Soient A(2;5)A(2;5) et B(−6;1)B(-6;1). Calcule les coordonnées de G=Bar{(A,3),(B,1)}G = \mathrm{Bar}\{(A,3),(B,1)\}.

Voir le corrigé détaillé

On vérifie 3+1=4≠03+1=4 \neq 0 : GG existe.

  1. xG=3×2+1×(−6)3+1=6−64x_G = \dfrac{3\times 2 + 1\times(-6)}{3+1} = \dfrac{6-6}{4}
  2. ==00
  3. yG=3×5+1×14=15+14y_G = \dfrac{3\times 5 + 1\times 1}{4} = \dfrac{15+1}{4}
  4. ==44

Donc G(0;4)G(0;4).

2

Sur une planche [AB][AB] de longueur 88 cm, on place G=Bar{(A,6),(B,9)}G = \mathrm{Bar}\{(A,6),(B,9)\}. Simplifie les coefficients, puis calcule AGAG et GBGB.

Voir le corrigé détaillé
  1. Bar{(A,6),(B,9)}=Bar{(A,2),(B,3)}\mathrm{Bar}\{(A,6),(B,9)\} = \mathrm{Bar}\{(A,2),(B,3)\}homogénéité, division par k=3k=3

Les masses 22 et 33 sont positives : G∈[AB]G \in [AB]. La loi du levier donne 2×AG=3×GB2\times AG = 3\times GB, et AG+GB=8AG+GB=8.

  1. AG=35×8AG = \dfrac{3}{5}\times 8AGAG proportionnelle à la masse de BB, sur un total 2+3=52+3=5
  2. ==4,84{,}8 cm
  3. GB=25×8GB = \dfrac{2}{5}\times 8
  4. ==3,23{,}2 cm
3

Pour quelle(s) valeur(s) de mm le barycentre de {(A,m),(B,3),(C,−2)}\{(A,m),(B,3),(C,-2)\} n'existe-t-il pas ?

Voir le corrigé détaillé

Le barycentre existe si et seulement si la somme des masses est non nulle.

  1. m+3−2≠0m+3-2 \neq 0
  2.   ⟺  \iffm≠−1m \neq -1

Le barycentre n'existe pas uniquement pour m=−1m=-1.

4

Soient AA, BB avec AB=5AB=5 cm. Soit G=Bar{(A,4),(B,−3)}G = \mathrm{Bar}\{(A,4),(B,-3)\}. Réduis 4MA→−3MB→4\overrightarrow{MA} - 3\overrightarrow{MB} pour un point MM quelconque, puis place GG par rapport à AA et BB.

Voir le corrigé détaillé
  1. 4+(−3)=1≠04+(-3) = 1 \neq 0GG existe bien
  2. 4MA→−3MB→=(4−3)MG→=MG→4\overrightarrow{MA} - 3\overrightarrow{MB} = (4-3)\overrightarrow{MG} = \overrightarrow{MG}

Les masses 44 et −3-3 sont de signes opposés : GG est donc à l'extérieur du segment [AB][AB], du côté de AA (masse la plus petite en valeur absolue). On a 4×GA=3×GB4\times GA = 3\times GB et GB=GA+ABGB = GA+AB (GG au-delà de AA) :

  1. 4 GA=3(GA+5)4\,GA = 3(GA+5)
  2.   ⟺  \iff4 GA=3 GA+154\,GA = 3\,GA + 15
  3.   ⟺  \iffGA=15GA = 15 cm
5

Soient A(1;0)A(1;0), B(4;3)B(4;3), C(−2;6)C(-2;6). Calcule les coordonnées du barycentre G=Bar{(A,2),(B,1),(C,1)}G = \mathrm{Bar}\{(A,2),(B,1),(C,1)\}.

Voir le corrigé détaillé

Somme des masses : 2+1+1=4≠02+1+1=4 \neq 0.

  1. xG=2×1+1×4+1×(−2)4=2+4−24x_G = \dfrac{2\times 1 + 1\times 4 + 1\times(-2)}{4} = \dfrac{2+4-2}{4}
  2. ==11
  3. yG=2×0+1×3+1×64=0+3+64y_G = \dfrac{2\times 0 + 1\times 3 + 1\times 6}{4} = \dfrac{0+3+6}{4}
  4. ==2,252{,}25

Donc G(1 ; 2,25)G(1\,;\,2{,}25).

Niveau 2 — Approfondissement
6

Soit ABCABC un triangle avec AI=6AI=6 cm, où II est le milieu de [BC][BC]. Calcule, par associativité, la position sur [AI][AI] du point G=Bar{(A,2),(B,3),(C,3)}G = \mathrm{Bar}\{(A,2),(B,3),(C,3)\}.

Voir le corrigé détaillé

Comme II est le milieu de [BC][BC], I=Bar{(B,3),(C,3)}I = \mathrm{Bar}\{(B,3),(C,3)\} (masses égales), et 3+3=6≠03+3=6\neq0.

  1. G=Bar{(A,2),(B,3),(C,3)}=Bar{(A,2),(I,6)}G = \mathrm{Bar}\{(A,2),(B,3),(C,3)\} = \mathrm{Bar}\{(A,2),(I,6)\}associativité, regroupement de BB et CC

Masses positives : G∈[AI]G \in [AI], avec 2×AG=6×GI2\times AG = 6\times GI et AG+GI=6AG+GI=6.

  1. AG=68×6AG = \dfrac{6}{8}\times 6AGAG proportionnelle à la masse de II, sur un total 2+6=82+6=8
  2. ==4,54{,}5 cm
7

Soit ABCABC un triangle et NN le point défini par 3CN→=5CB→3\overrightarrow{CN} = 5\overrightarrow{CB}. Montre que NN, BB, CC sont alignés en exprimant NN comme barycentre de BB et CC.

Voir le corrigé détaillé
  1. 3CN→=5CB→3\overrightarrow{CN} = 5\overrightarrow{CB}
  2.   ⟺  \iff3CN→−5CN→−5NB→=0⃗3\overrightarrow{CN} - 5\overrightarrow{CN} - 5\overrightarrow{NB} = \vec 0Chasles : CB→=CN→+NB→\overrightarrow{CB}=\overrightarrow{CN}+\overrightarrow{NB}
  3.   ⟺  \iff−2CN→−5NB→=0⃗-2\overrightarrow{CN} - 5\overrightarrow{NB} = \vec 0
  4.   ⟺  \iff2NC→+5NB→=0⃗2\overrightarrow{NC} + 5\overrightarrow{NB} = \vec 0−CN→=NC→-\overrightarrow{CN}=\overrightarrow{NC}, on multiplie par −1-1

Ainsi NN vérifie 5NB→+2NC→=0⃗5\overrightarrow{NB}+2\overrightarrow{NC}=\vec 0 : N=Bar{(B,5),(C,2)}N = \mathrm{Bar}\{(B,5),(C,2)\} (masses positives, somme 7≠07\neq0). Un barycentre de BB et CC appartenant toujours à (BC)(BC), les points NN, BB, CC sont alignés, avec N∈[BC]N \in [BC] proche de BB.

8

Soit G=Bar{(A,3),(B,−1)}G = \mathrm{Bar}\{(A,3),(B,-1)\}. Détermine la nature et les éléments caractéristiques de l'ensemble EE des points MM tels que ∥3MA→−MB→∥=6\left\lVert 3\overrightarrow{MA}-\overrightarrow{MB}\right\rVert = 6, puis de l'ensemble FF des points MM tels que ∥MA→−MB→∥=AB\left\lVert \overrightarrow{MA}-\overrightarrow{MB}\right\rVert = AB.

Voir le corrigé détaillé

Ensemble EE. Ici a+b=3−1=2≠0a+b = 3-1=2 \neq 0, donc GG existe et la réduction s'applique.

  1. 3MA→−MB→=2MG→3\overrightarrow{MA}-\overrightarrow{MB} = 2\overrightarrow{MG}
  2. ∥2MG→∥=6  ⟺  2 MG=6\lVert 2\overrightarrow{MG}\rVert = 6 \iff 2\,MG=6
  3. ⇒\RightarrowMG=3MG=3

EE est le cercle de centre GG et de rayon 33.

Ensemble FF. Ici les coefficients sont 11 et −1-1, de somme nulle : aucun barycentre n'existe, la méthode précédente ne s'applique pas. Or MA→−MB→=BA→\overrightarrow{MA}-\overrightarrow{MB} = \overrightarrow{BA} pour tout MM (vecteur constant), donc ∥MA→−MB→∥=BA=AB\lVert\overrightarrow{MA}-\overrightarrow{MB}\rVert = BA = AB pour tout point MM : l'égalité est vraie quel que soit MM. Donc FF est le plan tout entier.

9

ABCDABCD est un quadrilatère. Soient PP le milieu de [AB][AB] et QQ le milieu de [CD][CD]. Montre que l'isobarycentre GG de AA, BB, CC, DD est le milieu de [PQ][PQ].

Voir le corrigé détaillé

G=Bar{(A,1),(B,1),(C,1),(D,1)}G = \mathrm{Bar}\{(A,1),(B,1),(C,1),(D,1)\}, somme 4≠04\neq0. Comme PP est le milieu de [AB][AB], P=Bar{(A,1),(B,1)}P=\mathrm{Bar}\{(A,1),(B,1)\} ; comme QQ est le milieu de [CD][CD], Q=Bar{(C,1),(D,1)}Q=\mathrm{Bar}\{(C,1),(D,1)\}.

  1. G=Bar{(A,1),(B,1),(C,1),(D,1)}G = \mathrm{Bar}\{(A,1),(B,1),(C,1),(D,1)\}
  2. ==Bar{(P,2),(Q,2)}\mathrm{Bar}\{(P,2),(Q,2)\}associativité, en regroupant (A,1)+(B,1)(A,1)+(B,1) puis (C,1)+(D,1)(C,1)+(D,1)
  3. ==Bar{(P,1),(Q,1)}\mathrm{Bar}\{(P,1),(Q,1)\}homogénéité, division des masses par 22

Masses égales : GG est le milieu de [PQ][PQ]. C.Q.F.D.

Niveau 3 — Défi
10

Soit ABCABC un triangle. On pose G=Bar{(A,3),(B,1),(C,2)}G = \mathrm{Bar}\{(A,3),(B,1),(C,2)\}, et I=Bar{(B,1),(C,2)}I = \mathrm{Bar}\{(B,1),(C,2)\}, J=Bar{(A,3),(C,2)}J = \mathrm{Bar}\{(A,3),(C,2)\}, K=Bar{(A,3),(B,1)}K = \mathrm{Bar}\{(A,3),(B,1)\}.

  1. Justifie que I∈(BC)I \in (BC), J∈(AC)J \in (AC), K∈(AB)K \in (AB), et précise pour chacun sa position (rapport de distances).
  2. Montre, par associativité, que GG appartient aux trois droites (AI)(AI), (BJ)(BJ), (CK)(CK).
  3. Conclus, et donne les rapports AGGI\dfrac{AG}{GI}, BGGJ\dfrac{BG}{GJ}, CGGK\dfrac{CG}{GK}.
Voir le corrigé détaillé

1. II est barycentre de deux points de masses positives 11 et 22 : I∈[BC]I \in [BC], avec BI=23BCBI = \frac{2}{3}BC (proportionnelle à la masse de CC). De même J∈[AC]J \in [AC] avec AJ=25ACAJ=\frac{2}{5}AC, et K∈[AB]K \in [AB] avec AK=14ABAK = \frac{1}{4}AB.

2. La somme totale 3+1+2=6≠03+1+2=6\neq 0 : GG existe. En regroupant BB et CC (masses 1+2=3≠01+2=3\neq0) :

  1. G=Bar{(A,3),(B,1),(C,2)}=Bar{(A,3),(I,3)}G = \mathrm{Bar}\{(A,3),(B,1),(C,2)\} = \mathrm{Bar}\{(A,3),(I,3)\}

Masses égales : GG est le milieu de [AI][AI], donc G∈(AI)G \in (AI). En regroupant AA et CC (masses 3+2=53+2=5) :

  1. G=Bar{(B,1),(A,3),(C,2)}=Bar{(B,1),(J,5)}G = \mathrm{Bar}\{(B,1),(A,3),(C,2)\} = \mathrm{Bar}\{(B,1),(J,5)\}

donc G∈(BJ)G \in (BJ). En regroupant AA et BB (masses 3+1=43+1=4) :

  1. G=Bar{(C,2),(A,3),(B,1)}=Bar{(C,2),(K,4)}G = \mathrm{Bar}\{(C,2),(A,3),(B,1)\} = \mathrm{Bar}\{(C,2),(K,4)\}

donc G∈(CK)G \in (CK).

3. Le point GG, unique, appartient simultanément à (AI)(AI), (BJ)(BJ), (CK)(CK) : ces trois droites sont concourantes en GG. Les rapports s'obtiennent en comparant les masses regroupées : AGGI=33=1\dfrac{AG}{GI} = \dfrac{3}{3}=1 (milieu), BGGJ=51=5\dfrac{BG}{GJ} = \dfrac{5}{1}=5, CGGK=42=2\dfrac{CG}{GK} = \dfrac{4}{2}=2.

Trois céviennes générales concourantes en G (exercice 10) A (3) B (1) C (2) I J K G
Figure 6 — Les céviennes (AI)(AI), (BJ)(BJ), (CK)(CK) associées aux masses 33, 11, 22 sont concourantes en G=Bar{(A,3),(B,1),(C,2)}G = \mathrm{Bar}\{(A,3),(B,1),(C,2)\}, avec AGGI=1\frac{AG}{GI}=1, BGGJ=5\frac{BG}{GJ}=5, CGGK=2\frac{CG}{GK}=2.
11

Restitution organisée. Soient AA, BB, CC, DD quatre points et a,b,c,da,b,c,d quatre réels tels que a+b+c+d≠0a+b+c+d \neq 0. En adaptant la démonstration du cours, prouve qu'il existe un unique point GG tel que aGA→+bGB→+cGC→+dGD→=0⃗a\overrightarrow{GA}+b\overrightarrow{GB}+c\overrightarrow{GC}+d\overrightarrow{GD}=\vec 0.

Voir le corrigé détaillé

Soit OO un point quelconque fixé. Pour tout point GG, la relation de Chasles donne GA→=GO→+OA→\overrightarrow{GA}=\overrightarrow{GO}+\overrightarrow{OA}, et de même pour BB, CC, DD.

  1. aGA→+bGB→+cGC→+dGD→a\overrightarrow{GA}+b\overrightarrow{GB}+c\overrightarrow{GC}+d\overrightarrow{GD}
  2. ==a(GO→+OA→)+b(GO→+OB→)+c(GO→+OC→)+d(GO→+OD→)a\left(\overrightarrow{GO}+\overrightarrow{OA}\right)+b\left(\overrightarrow{GO}+\overrightarrow{OB}\right)+c\left(\overrightarrow{GO}+\overrightarrow{OC}\right)+d\left(\overrightarrow{GO}+\overrightarrow{OD}\right)
  3. ==(a+b+c+d)GO→+aOA→+bOB→+cOC→+dOD→(a+b+c+d)\overrightarrow{GO} + a\overrightarrow{OA}+b\overrightarrow{OB}+c\overrightarrow{OC}+d\overrightarrow{OD}

Cette somme est nulle si et seulement si :

  1. (a+b+c+d)GO→=−(aOA→+bOB→+cOC→+dOD→)(a+b+c+d)\overrightarrow{GO} = -\left(a\overrightarrow{OA}+b\overrightarrow{OB}+c\overrightarrow{OC}+d\overrightarrow{OD}\right)
  2. ⇒\RightarrowOG→=1a+b+c+d(aOA→+bOB→+cOC→+dOD→)\overrightarrow{OG} = \dfrac{1}{a+b+c+d}\left(a\overrightarrow{OA}+b\overrightarrow{OB}+c\overrightarrow{OC}+d\overrightarrow{OD}\right)division licite car a+b+c+d≠0a+b+c+d\neq0

Le point OO étant fixé, cette égalité détermine le vecteur OG→\overrightarrow{OG} de façon unique, donc le point GG de façon unique. Réciproquement, ce point GG vérifie bien (en remontant le calcul) aGA→+bGB→+cGC→+dGD→=0⃗a\overrightarrow{GA}+b\overrightarrow{GB}+c\overrightarrow{GC}+d\overrightarrow{GD}=\vec0. D'où l'existence et l'unicité. C.Q.F.D.

12

Soient A(0;0)A(0;0) et B(6;0)B(6;0), et G=Bar{(A,2),(B,1)}G = \mathrm{Bar}\{(A,2),(B,1)\}.

  1. Calcule les coordonnées de GG, ainsi que GAGA et GBGB.
  2. Démontre que pour tout point MM : 2MA2+MB2=3MG2+242MA^{2}+MB^{2} = 3MG^{2} + 24.
  3. En déduire la nature et les éléments de l'ensemble des points MM tels que 2MA2+MB2=482MA^{2}+MB^{2}=48, puis la valeur minimale de 2MA2+MB22MA^{2}+MB^{2} et le point où elle est atteinte.
Voir le corrigé détaillé

1. Somme des masses 3≠03\neq0.

  1. xG=2×0+1×63=2x_G = \dfrac{2\times0+1\times6}{3} = 2
  2. yG=0y_G = 0

G(2;0)G(2;0), GA=2GA = 2, GB=6−2=4GB = 6-2 = 4.

2. Pour tout MM, on décompose MA→=MG→+GA→\overrightarrow{MA}=\overrightarrow{MG}+\overrightarrow{GA} et on développe le carré scalaire :

  1. MA2=MA→⋅MA→=(MG→+GA→)⋅(MG→+GA→)MA^{2} = \overrightarrow{MA}\cdot\overrightarrow{MA} = \left(\overrightarrow{MG}+\overrightarrow{GA}\right)\cdot\left(\overrightarrow{MG}+\overrightarrow{GA}\right)
  2. ==MG2+2 MG→⋅GA→+GA2MG^{2} + 2\,\overrightarrow{MG}\cdot\overrightarrow{GA} + GA^{2}
  3. de même, MB2=MG2+2 MG→⋅GB→+GB2MB^{2} = MG^{2} + 2\,\overrightarrow{MG}\cdot\overrightarrow{GB} + GB^{2}
  4. 2MA2+MB2=3MG2+2 MG→⋅(2GA→+GB→)+(2GA2+GB2)2MA^{2}+MB^{2} = 3MG^{2} + 2\,\overrightarrow{MG}\cdot\left(2\overrightarrow{GA}+\overrightarrow{GB}\right) + \left(2GA^{2}+GB^{2}\right)
  5. ==3MG2+2 MG→⋅0⃗+(2×22+42)3MG^{2} + 2\,\overrightarrow{MG}\cdot\vec 0 + \left(2\times2^{2}+4^{2}\right)2GA→+GB→=0⃗2\overrightarrow{GA}+\overrightarrow{GB}=\vec0 car G=Bar{(A,2),(B,1)}G=\mathrm{Bar}\{(A,2),(B,1)\}
  6. ==3MG2+(8+16)3MG^{2} + (8+16)
  7. ==3MG2+243MG^{2} + 24

3. L'égalité 2MA2+MB2=482MA^{2}+MB^{2}=48 équivaut à 3MG2+24=483MG^{2}+24=48, soit MG2=8MG^{2}=8, soit MG=8=22MG=\sqrt{8}=2\sqrt{2} : c'est le cercle de centre GG et de rayon 222\sqrt{2}. Comme MG2⩾0MG^{2}\geqslant0 toujours, 3MG2+243MG^{2}+24 est minimale lorsque MG=0MG=0, c'est-à-dire en M=GM=G : la valeur minimale est 2424, atteinte au point G(2;0)G(2;0).

Niveau 4 — Problèmes de vie courante
13

Au marché Sandaga (Dakar). Fatou pose une planche rigide de longueur 2,42{,}4 m sur un unique tréteau. Elle place un sac de riz de 3030 kg à l'extrémité AA et un sac d'oignons de 1818 kg à l'extrémité BB (poids de la planche négligé). Où doit-elle placer le tréteau pour que la planche reste horizontale ?

Voir le corrigé détaillé

Le tréteau doit se trouver au point d'équilibre G=Bar{(A,30),(B,18)}G = \mathrm{Bar}\{(A,30),(B,18)\}.

  1. Bar{(A,30),(B,18)}=Bar{(A,5),(B,3)}\mathrm{Bar}\{(A,30),(B,18)\} = \mathrm{Bar}\{(A,5),(B,3)\}homogénéité, division par 66

Masses positives : G∈[AB]G \in [AB], avec 5×AG=3×GB5\times AG = 3\times GB et AG+GB=2,4AG+GB=2{,}4.

  1. AG=38×2,4AG = \dfrac{3}{8}\times 2{,}4AGAG proportionnelle à la masse de BB, sur un total 5+3=85+3=8
  2. ==0,90{,}9 m
  3. GB=58×2,4GB = \dfrac{5}{8}\times 2{,}4
  4. ==1,51{,}5 m

Fatou doit placer le tréteau à 0,90{,}9 m du sac de riz (le plus lourd), soit à 1,51{,}5 m du sac d'oignons.

14

Un forage pour trois villages (région d'Abéché, Tchad). On veut construire un forage commun à trois villages, repérés dans un plan gradué en kilomètres : Abéché A(0;0)A(0;0), 4 8004\,800 habitants ; Biltine B(15;10)B(15;10), 2 4002\,400 habitants ; Adré C(−6;12)C(-6;12), 2 4002\,400 habitants. On choisit d'implanter le forage au barycentre des trois villages, pondérés par leur population (exprimée en milliers d'habitants).

  1. Calcule les coordonnées du point GG où doit se trouver le forage.
  2. Calcule la distance AGAG, arrondie au dixième de km, et commente la position de GG par rapport aux trois villages.
Voir le corrigé détaillé

1. Les masses (en milliers d'habitants) sont a=4,8a=4{,}8, b=2,4b=2{,}4, c=2,4c=2{,}4, simplifiables en a=2a=2, b=1b=1, c=1c=1 (homogénéité, division par 2,42{,}4). Somme 4≠04\neq0.

  1. xG=2×0+1×15+1×(−6)4=0+15−64x_G = \dfrac{2\times0+1\times15+1\times(-6)}{4} = \dfrac{0+15-6}{4}
  2. ==2,252{,}25
  3. yG=2×0+1×10+1×124=0+10+124y_G = \dfrac{2\times0+1\times10+1\times12}{4} = \dfrac{0+10+12}{4}
  4. ==5,55{,}5

Le forage doit être implanté au point G(2,25 ; 5,5)G(2{,}25\,;\,5{,}5).

2.

  1. AG=2,252+5,52=5,0625+30,25AG = \sqrt{2{,}25^{2}+5{,}5^{2}} = \sqrt{5{,}0625+30{,}25}
  2. ==35,3125\sqrt{35{,}3125}
  3. ≈\approx5,95{,}9 km

Comme Abéché porte la masse la plus forte (22 contre 11), le barycentre GG est plus proche d'Abéché que des deux autres villages : c'est cohérent, un forage pondéré par la population se rapproche naturellement du village le plus peuplé.

15

Une grue de chantier (Abidjan, Cocody). Sur le bras d'une grue à tour, une charge de 800800 kg est suspendue à 1212 m du mât. De l'autre côté du bras, un contrepoids est fixé à 44 m du mât. Quelle masse de contrepoids faut-il pour que le mât (le point d'appui) soit exactement le point d'équilibre du système ?

Voir le corrigé détaillé

Notons PP le point où est suspendue la charge, QQ celui du contrepoids, et mm la masse (en kg) du contrepoids. Le mât joue le rôle du barycentre G=Bar{(P,800),(Q,m)}G = \mathrm{Bar}\{(P,800),(Q,m)\}, donc 800×GP=m×GQ800 \times GP = m \times GQ (loi du levier, section 1.2).

  1. 800×12=m×4800 \times 12 = m \times 4
  2. ⇒\Rightarrowm=800×124m = \dfrac{800\times12}{4}
  3. ==2 4002\,400 kg

Il faut un contrepoids de 2 4002\,400 kg pour équilibrer la charge de 800800 kg suspendue trois fois plus loin du mât.

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📝 QCM de fin de leçon — 20 questions

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Le barycentre G=Bar{(A,a),(B,b)}G = \mathrm{Bar}\{(A,a),(B,b)\} existe si et seulement si :

Explication : Le barycentre de deux points pondérés n'existe (et n'est unique) que si la somme des masses est non nulle. C'est la première condition à vérifier, toujours.

Par définition, le barycentre G=Bar{(A,a),(B,b)}G = \mathrm{Bar}\{(A,a),(B,b)\} est l'unique point qui vérifie :

Explication : C'est la définition même du barycentre : le point GG tel que aGA→+bGB→=0⃗a\overrightarrow{GA}+b\overrightarrow{GB}=\vec 0, qui existe et est unique dès que a+b≠0a+b\neq0.

Soit G=Bar{(A,a),(B,b)}G = \mathrm{Bar}\{(A,a),(B,b)\}. Pour tout point MM du plan, la somme aMA→+bMB→a\overrightarrow{MA} + b\overrightarrow{MB} est égale à :

Explication : C'est la propriété de réduction, à connaître par cœur : pour tout point MM, aMA→+bMB→=(a+b)MG→a\overrightarrow{MA}+b\overrightarrow{MB} = (a+b)\overrightarrow{MG}, valable quel que soit MM, pas seulement pour M=GM=G.

Si aa et bb sont tous deux strictement positifs, le barycentre G=Bar{(A,a),(B,b)}G = \mathrm{Bar}\{(A,a),(B,b)\} appartient :

Explication : Quand les deux masses sont de même signe, les vecteurs GA→\overrightarrow{GA} et GB→\overrightarrow{GB} sont de sens opposés : GG est donc situé entre AA et BB, dans le segment [AB][AB].

Soit G=Bar{(A,2),(B,3)}G = \mathrm{Bar}\{(A,2),(B,3)\}, avec AB=6AB = 6 cm. La distance AGAG vaut :

Explication : Masses positives : G∈[AB]G \in [AB], avec 2×AG=3×GB2\times AG = 3\times GB et AG+GB=6AG+GB=6. AGAG est proportionnelle à la masse de BB (l'autre point), sur un total 2+3=52+3=5 : AG=35×6=3,6AG = \dfrac{3}{5}\times 6 = 3{,}6 cm.

Si a=b≠0a = b \neq 0, le barycentre de {(A,a),(B,b)}\{(A,a),(B,b)\} est :

Explication : Quand les deux masses sont égales, la relation aGA→+aGB→=0⃗a\overrightarrow{GA}+a\overrightarrow{GB}=\vec0 équivaut à GA→=−GB→\overrightarrow{GA}=-\overrightarrow{GB}, la définition vectorielle du milieu : on appelle ce cas particulier l'isobarycentre.

D'après la propriété d'homogénéité, pour tout réel k≠0k \neq 0 (avec a+b≠0a+b\neq0) :

Explication : On peut multiplier toutes les masses d'un système par un même réel non nul kk sans changer le barycentre : seul le rapport des masses compte, jamais leur valeur absolue.

Bar{(A,4),(B,6)}\mathrm{Bar}\{(A,4),(B,6)\} est égal à :

Explication : D'après l'homogénéité, on peut diviser les deux masses par leur facteur commun k=2k=2 : Bar{(A,4),(B,6)}=Bar{(A,2),(B,3)}\mathrm{Bar}\{(A,4),(B,6)\} = \mathrm{Bar}\{(A,2),(B,3)\}, sans changer le point.

Le théorème d'associativité permet de remplacer, dans un système de trois points pondérés {(A,a),(B,b),(C,c)}\{(A,a),(B,b),(C,c)\}, deux des points (par exemple BB et CC) par :

Explication : Si I=Bar{(B,b),(C,c)}I = \mathrm{Bar}\{(B,b),(C,c)\} (avec b+c≠0b+c\neq0), alors Bar{(A,a),(B,b),(C,c)}=Bar{(A,a),(I,b+c)}\mathrm{Bar}\{(A,a),(B,b),(C,c)\} = \mathrm{Bar}\{(A,a),(I,b+c)\} : on remplace deux points par leur barycentre partiel, affecté de la somme des deux masses.

Pour appliquer l'associativité en regroupant BB et CC dans Bar{(A,a),(B,b),(C,c)}\mathrm{Bar}\{(A,a),(B,b),(C,c)\}, il faut vérifier, en plus de a+b+c≠0a+b+c\neq0, que :

Explication : Il faut aussi que la somme partielle b+cb+c soit non nulle, sinon le barycentre partiel I=Bar{(B,b),(C,c)}I=\mathrm{Bar}\{(B,b),(C,c)\} n'existe pas. Si b+c=0b+c=0, il faut regrouper une autre paire de points.

Le centre de gravité GG d'un triangle ABCABC, isobarycentre de AA, BB, CC, vérifie, avec II milieu de [BC][BC] :

Explication : En regroupant BB et CC par associativité, G=Bar{(A,1),(I,2)}G = \mathrm{Bar}\{(A,1),(I,2)\}, ce qui donne 2AI→=3AG→2\overrightarrow{AI} = 3\overrightarrow{AG}, soit AG→=23AI→\overrightarrow{AG}=\dfrac{2}{3}\overrightarrow{AI} : GG est aux deux tiers de la médiane, à partir du sommet.

Dans un repère, les coordonnées de G=Bar{(A,a),(B,b)}G = \mathrm{Bar}\{(A,a),(B,b)\} sont données par :

Explication : Les coordonnées du barycentre s'obtiennent par une moyenne pondérée : xG=a xA+b xBa+bx_G = \dfrac{a\,x_A+b\,x_B}{a+b}, et de même pour yGy_G.

Soient A(−1;4)A(-1;4) et B(5;−2)B(5;-2), et G=Bar{(A,2),(B,3)}G = \mathrm{Bar}\{(A,2),(B,3)\}. Les coordonnées de GG sont :

Explication : xG=2×(−1)+3×55=135=2,6x_G = \dfrac{2\times(-1)+3\times5}{5} = \dfrac{13}{5} = 2{,}6.
yG=2×4+3×(−2)5=25=0,4y_G = \dfrac{2\times4+3\times(-2)}{5} = \dfrac{2}{5} = 0{,}4.
Donc G(2,6 ; 0,4)G(2{,}6\,;\,0{,}4).

Le point de coordonnées (xA+xB2 ; yA+yB2)\left(\dfrac{x_A+x_B}{2}\,;\,\dfrac{y_A+y_B}{2}\right) correspond au barycentre Bar{(A,a),(B,b)}\mathrm{Bar}\{(A,a),(B,b)\} :

Explication : Cette formule est celle du milieu de [AB][AB], valable uniquement quand a=ba=b (isobarycentre). Avec des masses différentes, il faut pondérer : ne confonds jamais les deux formules.

Soit G=Bar{(A,a),(B,b)}G=\mathrm{Bar}\{(A,a),(B,b)\} avec a+b≠0a+b\neq0. Pour k>0k>0, l'ensemble des points MM tels que ∥aMA→+bMB→∥=k\left\lVert a\overrightarrow{MA}+b\overrightarrow{MB}\right\rVert = k est :

Explication : La réduction donne aMA→+bMB→=(a+b)MG→a\overrightarrow{MA}+b\overrightarrow{MB}=(a+b)\overrightarrow{MG}, donc ∥…∥=k  ⟺  ∣a+b∣×MG=k  ⟺  MG=k∣a+b∣\lVert\ldots\rVert=k \iff |a+b|\times MG=k \iff MG=\dfrac{k}{|a+b|} : c'est le cercle de centre GG, de ce rayon.

Si a+b=0a+b=0 (par exemple a=1a=1, b=−1b=-1), l'ensemble des points MM tels que ∥aMA→+bMB→∥=k\left\lVert a\overrightarrow{MA}+b\overrightarrow{MB}\right\rVert = k est :

Explication : Quand a+b=0a+b=0, le barycentre n'existe pas et aMA→+bMB→a\overrightarrow{MA}+b\overrightarrow{MB} devient un vecteur constant, indépendant de MM : l'ensemble cherché est donc vide (si kk ne correspond pas à cette norme constante) ou le plan entier (sinon), mais jamais un cercle.

Pour prouver que trois points MM, AA, BB sont alignés, une méthode barycentrique efficace consiste à :

Explication : Un barycentre de deux points appartient toujours à la droite qui les joint. Exprimer MM comme barycentre de AA et BB prouve donc immédiatement, sans calcul de coordonnées, que MM, AA, BB sont alignés.

Si M=Bar{(A,a),(B,b)}M = \mathrm{Bar}\{(A,a),(B,b)\} avec aa et bb de signes opposés, alors MM se situe :

Explication : Quand les masses sont de signes opposés, MM reste sur la droite (AB)(AB) (c'est toujours un barycentre de AA et BB), mais se place à l'extérieur du segment [AB][AB], du côté du point de plus petite masse en valeur absolue.

Pour prouver que trois cévianes d'un triangle sont concourantes, une méthode barycentrique consiste à :

Explication : En regroupant tour à tour deux des trois points par associativité, on place le même barycentre GG, unique, sur chacune des trois droites : elles sont donc concourantes en GG.

Une plaque en L se décompose en deux rectangles homogènes de centres G1(3;1)G_1(3;1) (aire 1212) et G2(1;3,5)G_2(1;3{,}5) (aire 66). Les coordonnées du centre de masse GG de la plaque valent :

Explication : G=Bar{(G1,12),(G2,6)}G = \mathrm{Bar}\{(G_1,12),(G_2,6)\} (une plaque homogène a une masse proportionnelle à son aire).
xG=12×3+6×118=4218=73≈2,33x_G = \dfrac{12\times3+6\times1}{18} = \dfrac{42}{18} = \dfrac{7}{3} \approx 2{,}33.
yG=12×1+6×3,518=3318=116≈1,83y_G = \dfrac{12\times1+6\times3{,}5}{18} = \dfrac{33}{18} = \dfrac{11}{6} \approx 1{,}83.
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