Introduire le barycentre et l'utiliser pour démontrer.
MathématiquesPremièreChapitre 8 / 13⏱ 9 h
Ce que tu sauras faire à la fin
Construire un barycentre
Réduire une somme vectorielle
Démontrer un alignement ou une concourance
Imagine une balançoire à bascule (une balance à fléau) sur laquelle on accroche, d'un côté un enfant de 20 kg, de l'autre un adulte de 60 kg. Pour que la planche reste horizontale, le point d'appui — le pivot — ne doit surtout pas être au milieu : il doit être bien plus proche de l'adulte. Ce point d'équilibre a un nom en mathématiques : c'est le barycentre des deux points, affectés chacun de leur « poids ».
Tu connais déjà un cas particulier de cette idée : le milieu d'un segment, point d'équilibre de deux masses égales. Tu sais aussi, depuis la classe de Seconde, que les trois médianes d'un triangle se coupent en un point unique, le centre de gravité — mais sans doute sans savoir le démontrer proprement. Le barycentre généralise le milieu à des masses quelconques, et va te fournir l'outil qui manquait pour démontrer, de façon parfaitement rigoureuse, ce genre de résultat.
Ce chapitre repose entièrement sur le calcul vectoriel que tu maîtrises déjà : relation de Chasles, somme de vecteurs, colinéarité. La nouveauté est de réduire une somme du type aMA+bMB — a priori compliquée, car elle dépend du point M choisi — à une expression d'une simplicité radicale : (a+b)MG, où G est un point fixe, indépendant de M. Cette réduction, une fois acquise, devient une arme redoutable pour prouver des alignements, des concours de droites, ou calculer des centres de masse.
Au bac et dans le supérieur, le barycentre revient sans cesse : en géométrie (configurations, lieux de points), en physique (centre de masse, isobarycentre d'un système de points matériels), et même en informatique graphique (coordonnées barycentriques pour les images 3D). Prends le temps de bien assimiler la définition de la section 1 : tout le reste du chapitre en découle.
1Barycentre de deux et de trois points
1.1 Existence et unicité du barycentre de deux points
On appelle point pondéré (ou point massique) un couple (A,a) formé d'un point A du plan et d'un réel a, appelé masse ou coefficient de A. Un ensemble de points pondérés {(A,a),(B,b)} s'appelle un système pondéré.
Définition
Soient A et B deux points du plan, a et b deux réels tels que a+b=0. On appelle barycentre du système {(A,a),(B,b)} l'unique point G du plan vérifiant :
aGA+bGB=0
On note G=Bar{(A,a),(B,b)}.
Cette définition affirme deux choses en même temps : qu'un tel point existe, et qu'il est unique. Rien n'est évident a priori — il faut le démontrer, et c'est ce théorème qui justifie que la définition ait un sens.
Théorème — existence et unicité
Soient A et B deux points, a et b deux réels tels que a+b=0. Il existe un unique point G tel que aGA+bGB=0.
Démonstration
Soit O un point quelconque du plan, fixé une fois pour toutes. Pour tout point G, la relation de Chasles donne GA=GO+OA et GB=GO+OB. Ainsi :
aGA+bGB=a(GO+OA)+b(GO+OB)
=(a+b)GO+aOA+bOB
Le point G cherché vérifie donc aGA+bGB=0 si et seulement si :
(a+b)GO=−aOA−bOB
⇒GO=−a+b1(aOA+bOB)on peut diviser car a+b=0
⇒OG=a+b1(aOA+bOB)
Cette égalité détermine le vecteur OG de façon unique à partir du point fixe O : il existe donc un unique point G tel que OG prenne cette valeur, et c'est le barycentre cherché. C.Q.F.D.
Si a+b=0, en revanche, aGA+bGB=a(GA−GB)=aBA : cette quantité est un vecteur constant, non nul dès que a=0, et ne dépend pas de G. Aucun point G ne peut donc l'annuler : le barycentre n'existe pas dans ce cas.
Attention
La condition a+b=0 est indispensable. Sans elle, le barycentre n'est tout simplement pas défini. On la vérifie toujours en premier avant de parler du barycentre d'un système.
La démonstration ci-dessus donne au passage une formule pratique, à connaître par cœur : pour tout point O, OG=a+b1(aOA+bOB). Mais l'outil le plus utile au quotidien est un peu différent : c'est la réduction de la somme aMA+bMB pour un point Mquelconque, pas seulement pour M=O.
Propriété — réduction vectorielle
Soit G=Bar{(A,a),(B,b)}. Pour tout point M du plan :
aMA+bMB=(a+b)MG
Démonstration
On utilise la relation de Chasles pour faire apparaître G, puis la définition du barycentre.
aMA+bMB=a(MG+GA)+b(MG+GB)
=(a+b)MG+(aGA+bGB)
=(a+b)MG+0définition du barycentre G
=(a+b)MG
C'est cette propriété que tu utiliseras le plus souvent : elle transforme une somme de deux vecteurs « qui traînent » un coefficient chacun en un unique vecteur MG, multiplié par la somme des masses. On dit qu'on réduit la somme vectorielle.
1.2 Position de G sur la droite (AB)
Propriété
Le barycentre G de {(A,a),(B,b)} appartient toujours à la droite (AB). Si de plus a et b sont tous deux strictement positifs (ou tous deux strictement négatifs), G appartient au segment[AB].
Démonstration
Dans l'égalité aGA+bGB=0, on isole GA :
aGA=−bGB
⇒GA=−abGBsi a=0, en divisant par a
Les vecteurs GA et GB sont donc colinéaires : les points G, A, B sont alignés, c'est-à-dire G∈(AB). Si a et b sont de même signe, le coefficient −ab est négatif : les vecteurs GA et GB sont donc de sens opposés, ce qui signifie exactement que G est entreA et B, donc dans le segment [AB].
Par la même méthode, on obtient un résultat de mesure algébrique très utile pour construire G à la règle : en prenant les normes, a×GA=b×GB. C'est exactement la loi du levier d'Archimède : le point d'équilibre est d'autant plus proche du point le plus lourd.
Figure 1 — Le point d'équilibre G d'une balance à fléau chargée des masses 2 en A et 3 en B est le barycentre Bar{(A,2),(B,3)} : il vérifie 2GA+3GB=0, donc 2×GA=3×GB, la loi du levier d'Archimède.
Exemple — construire et calculer un barycentre
Soit G=Bar{(A,2),(B,3)}, avec AB=6 cm. Comme les deux masses sont positives, G∈[AB], plus proche de B (la masse la plus forte).
2×GA=3×GB
etGA+GB=AB=6
⇒GA=53×6=3,6 cmGA est proportionnelle à la masse 3 (celle de l'autre point), sur un total de 5
⇒GB=52×6=2,4 cm
1.3 Cas particulier : l'isobarycentre
Propriété
Si a=b=0, le barycentre de {(A,a),(B,b)} est le milieu de [AB]. On l'appelle aussi isobarycentre de A et B (« iso » : masses égales).
C'est immédiat : aGA+aGB=0⟺GA+GB=0⟺GA=−GB=BG, ce qui est la définition vectorielle du milieu. Tu retrouves ainsi une notion connue comme cas particulier du barycentre : c'est tout l'intérêt de la nouvelle notion, elle unifie.
1.4 Barycentre de trois points (et plus)
La définition se généralise sans difficulté à un nombre quelconque de points pondérés, avec exactement la même démonstration d'existence-unicité.
Définition
Soient A, B, C trois points et a, b, c trois réels tels que a+b+c=0. Le barycentre du système {(A,a),(B,b),(C,c)} est l'unique point G tel que :
aGA+bGB+cGC=0
Plus généralement, pour n points pondérés (A1,a1),…,(An,an) avec i=1∑nai=0, le barycentre est l'unique point G tel que i=1∑naiGAi=0.
La propriété de réduction s'étend elle aussi mot pour mot : pour tout point M, aMA+bMB+cMC=(a+b+c)MG (démonstration identique à celle de la section 1.1, en ajoutant simplement un troisième terme). Quand les trois masses sont égales, on retrouve un point que tu connais bien.
Isobarycentre de trois points
Si a=b=c=0, le barycentre de {(A,a),(B,b),(C,c)} est appelé isobarycentre de A, B, C : c'est le centre de gravité du triangle ABC. Nous démontrerons à la section 3 qu'il se situe aux deux tiers de chaque médiane à partir du sommet.
Exemple — barycentre de trois points
Soit G=Bar{(A,1),(B,1),(C,2)}. On vérifie d'abord 1+1+2=4=0 : G existe bien. Pour un point M quelconque :
MA+MB+2MC=4MG
doncMG=41MA+41MB+21MC
Math & Co — Du levier d'Archimède au calcul barycentrique
L'idée physique du barycentre remonte à Archimède (287–212 av. J.-C.), qui énonce dans son traité Sur l'équilibre des plans la loi du levier : deux masses s'équilibrent lorsque leurs distances au point d'appui sont inversement proportionnelles à leurs poids — exactement la relation a×GA=b×GB démontrée plus haut. Le mot « barycentre » lui-même vient du grec barys (« lourd ») et kentron (« centre ») : littéralement, le « centre des poids ».
Il faut attendre 1827 pour que le mathématicien allemand August Ferdinand Möbius transforme cette intuition physique en un outil purement mathématique dans son ouvrage Der barycentrische Calcül (« Le calcul barycentrique »). Möbius y introduit les coordonnées barycentriques, qui permettent de repérer un point du plan par ses coefficients par rapport à trois points fixes — une idée aujourd'hui essentielle en infographie 3D, où chaque point d'un triangle affiché à l'écran est calculé comme barycentre de ses trois sommets.
2Propriété d'homogénéité
Une même balance à l'équilibre reste à l'équilibre si l'on double toutes les masses en même temps : seul le rapport des masses compte, jamais leur valeur absolue. C'est exactement ce qu'exprime la propriété d'homogénéité, extrêmement utile pour simplifier des coefficients avant de calculer.
Propriété — homogénéité
Pour tout réel k=0, et si a+b=0 :
Bar{(A,a),(B,b)}=Bar{(A,ka),(B,kb)}
(Résultat identique avec trois points ou plus : on peut multiplier toutes les masses d'un système par un même réel non nul sans changer le barycentre.)
Démonstration
Notons G=Bar{(A,a),(B,b)}, donc aGA+bGB=0. Pour k=0 :
(ka)GA+(kb)GB=k(aGA+bGB)
=k×0
=0
Le même point G vérifie donc aussi la relation caractéristique du barycentre de {(A,ka),(B,kb)}. Par unicité du barycentre (théorème de la section 1), c'est bien le même point. C.Q.F.D.
Méthode — simplifier des coefficients
Avant tout calcul, on divise les masses par leur PGCD (ou par un facteur commun) pour travailler avec les nombres les plus simples possibles — sans jamais changer le point G.
Exemple — simplifier avant de calculer
Bar{(A,4),(B,6)}
=Bar{(A,2),(B,3)}homogénéité, on divise les deux masses par k=2
De même, Bar{(A,−1),(B,−2),(C,−3)}=Bar{(A,1),(B,2),(C,3)} en multipliant par k=−1 : un système de masses toutes négatives revient au même système avec des masses toutes positives.
Attention
On ne peut multiplier qu'une seule fois, et par le même k, toutes les masses à la fois. Changer une seule masse, ou multiplier chaque masse par un coefficient différent, change en général le barycentre ! L'homogénéité ne dit rien non plus sur une somme comme a+k : c'est un facteur multiplicatif commun, jamais additif.
Cette propriété a une conséquence importante : ce ne sont pas les masses elles-mêmes qui comptent, mais leurs rapports. On peut donc toujours choisir des coefficients entiers, ou dont la somme vaut 1, sans perte de généralité — un confort de calcul que tu utiliseras dans presque tous les exercices.
3Associativité
Calculer directement le barycentre de trois, quatre, ou dix points pondérés semble de plus en plus lourd. L'associativité — le théorème le plus utile de tout ce chapitre — permet de s'y ramener systématiquement au cas de deux points, en procédant par étapes : on regroupe d'abord certains points entre eux, puis on regroupe le résultat avec les points restants.
3.1 Le théorème
Théorème d'associativité (barycentre partiel)
Soient A, B, C trois points, a, b, c trois réels tels que a+b+c=0etb+c=0. Soit I=Bar{(B,b),(C,c)}. Alors :
Bar{(A,a),(B,b),(C,c)}=Bar{(A,a),(I,b+c)}
Autrement dit : on peut remplacer deux points du système par leur barycentre partiel I, affecté de la somme de leurs deux masses, sans changer le barycentre global.
Démonstration
Notons G=Bar{(A,a),(B,b),(C,c)} et I=Bar{(B,b),(C,c)}. Pour tout point M, la propriété de réduction (section 1) donne d'une part, pour le système à trois points :
aMA+bMB+cMC=(a+b+c)MG
et d'autre part, en appliquant la réduction à I aux deux seuls points B et C :
bMB+cMC=(b+c)MI
On substitue la seconde égalité dans la première :
aMA+(bMB+cMC)=(a+b+c)MG
⇒aMA+(b+c)MI=(a+b+c)MG
Cette dernière égalité, vraie pour tout point M, est exactement la réduction du système à deux points {(A,a),(I,b+c)} : le vecteur aMA+(b+c)MI vaut (a+b+c)MG, donc G est bien le barycentre de {(A,a),(I,b+c)} (unicité du barycentre). C.Q.F.D.
Attention
Deux conditions sont indispensables, et on les vérifie systématiquement : la somme totale a+b+c=0 (pour que G existe), et la somme partielle b+c=0 (pour que le barycentre partiel I existe). Si b+c=0, il faut regrouper une autre paire de points.
Figure 2 — Associativité : pour calculer G=Bar{(A,1),(B,1),(C,2)}, on regroupe d'abord B et C en I=Bar{(B,1),(C,2)} (masse 3), puis on calcule G=Bar{(A,1),(I,3)} sur le segment [AI].
Exemple — application numérique de l'associativité
On retrouve le point G de la figure 2, avec AI=7 cm.
I=Bar{(B,1),(C,2)}, A reste à part
⇒G=Bar{(A,1),(I,1+2)}=Bar{(A,1),(I,3)}
1×AG=3×GI et AG+GI=AI=7
⇒AG=43×7=5,25 cmAG est proportionnelle à la masse de I, sur un total 1+3=4
3.2 Application : le centre de gravité du triangle
Voici l'application la plus célèbre de l'associativité : la démonstration complète — enfin ! — du résultat que tu utilises depuis le collège sans preuve : les médianes d'un triangle sont concourantes, aux deux tiers à partir de chaque sommet.
Théorème — centre de gravité
Soit ABC un triangle, I, J, K les milieux respectifs de [BC], [AC], [AB]. Les trois médianes (AI), (BJ), (CK) sont concourantes en un unique point G, le centre de gravité du triangle, isobarycentre de A, B, C, vérifiant :
AG=32AIBG=32BJCG=32CK
Démonstration
Soit G l'isobarycentre de A, B, C, c'est-à-dire G=Bar{(A,1),(B,1),(C,1)} (la somme 1+1+1=3=0, donc G existe). Comme I est le milieu de [BC], I=Bar{(B,1),(C,1)} (isobarycentre de deux points, section 1.3), et 1+1=2=0.
Par le théorème d'associativité appliqué à B et C :
G=Bar{(A,1),(B,1),(C,1)}=Bar{(A,1),(I,1+1)}
=Bar{(A,1),(I,2)}
Ainsi G appartient au segment [AI], donc à la droite (AI) : c'est bien un point de la médiane issue de A. Calculons sa position par la réduction, en prenant M=A :
1×AA+2AI=(1+2)AG
⇒2AI=3AGcar AA=0
⇒AG=32AI
En regroupant cette fois A et C (resp. A et B), le même raisonnement montre que G∈(BJ) avec BG=32BJ, et G∈(CK) avec CG=32CK. Le point G, unique (unicité du barycentre), appartient donc simultanément aux trois médianes : elles sont concourantes en G. C.Q.F.D.
Figure 3 — Les trois médianes (AI), (BJ), (CK) d'un triangle ABC sont concourantes au centre de gravité G, isobarycentre de A, B, C, situé aux deux tiers de chaque médiane à partir du sommet.
Exemple — utiliser l'associativité pour quatre points
Soit G=Bar{(A,1),(B,2),(C,1),(D,2)}. La somme totale vaut 6=0. On regroupe astucieusement en deux paires de masses égales, chacune donnant un milieu :
soit P le milieu de [AC] : P=Bar{(A,1),(C,1)}
soit Q le milieu de [BD] : Q=Bar{(B,2),(D,2)}
⇒G=Bar{(P,2),(Q,4)}associativité, en regroupant (A,1)+(C,1) et (B,2)+(D,2)
Le point G se construit alors en deux étapes simples : les milieux P et Q, puis un barycentre de deux points sur le segment [PQ], avec PG=32PQ.
4Coordonnées du barycentre
Dans un repère (O,,), tout point est repéré par ses coordonnées. Le barycentre, défini vectoriellement, doit donc lui aussi pouvoir se calculer coordonnée par coordonnée — un résultat indispensable dès qu'un exercice se place dans un repère.
Théorème — coordonnées du barycentre
Dans un repère du plan, soient A(xA;yA) et B(xB;yB), a et b tels que a+b=0. Le barycentre G(xG;yG)=Bar{(A,a),(B,b)} a pour coordonnées :
xG=a+baxA+bxByG=a+bayA+byB
Pour trois points A, B, C et a+b+c=0 :
xG=a+b+caxA+bxB+cxCyG=a+b+cayA+byB+cyC
Démonstration
On applique la formule de la section 1.1, OG=a+b1(aOA+bOB), en choisissant pour O l'origine du repère. Les coordonnées de OA sont (xA;yA), celles de OB sont (xB;yB), et celles de OG sont (xG;yG).
Sur l'axe des abscisses, la relation vectorielle se traduit terme à terme (une combinaison linéaire de vecteurs se calcule coordonnée par coordonnée) :
xG=a+b1(axA+bxB)
=a+baxA+bxB
Le même raisonnement sur l'axe des ordonnées donne yG=a+bayA+byB. Avec trois points, on ajoute simplement le terme en C dans chaque somme (même démonstration, avec OG=a+b+c1(aOA+bOB+cOC)). C.Q.F.D.
Méthode — calculer des coordonnées de barycentre
On vérifie que la somme des masses est non nulle, puis on applique directement les formules : une moyenne pondérée des abscisses, une moyenne pondérée des ordonnées, chacune divisée par la somme des masses.
Exemple — coordonnées d'un barycentre de deux points
Soient A(−1;4) et B(5;−2), et G=Bar{(A,2),(B,3)}.
xG=2+32×(−1)+3×5=5−2+15
=513=2,6
yG=52×4+3×(−2)=58−6
=52=0,4
Donc G(2,6;0,4).
Exemple — coordonnées du centre de gravité
Soient A(0;5), B(−3;0), C(4;−1). Le centre de gravité G (isobarycentre, masses toutes égales à 1) a pour coordonnées :
xG=30+(−3)+4=31
yG=35+0+(−1)=34
Donc G(31;34). On retrouve la formule bien connue du centre de gravité : la moyenne simple des coordonnées des trois sommets, cas particulier de la moyenne pondérée quand toutes les masses sont égales.
Attention
Ne confonds jamais le barycentre Bar{(A,a),(B,b)} avec le point de coordonnées (2xA+xB;2yA+yB) : cette dernière formule est celle du milieu, valable uniquement si a=b. Avec des masses différentes, il faut pondérer — c'est tout l'intérêt du chapitre.
5Lignes de niveau
On appelle ligne de niveau d'une fonction f l'ensemble des points M pour lesquels f(M) prend une valeur donnée k. Ici, la « fonction » associe à M une norme de vecteur, construite à partir de A et B pondérés. Le barycentre va permettre d'identifier ces lignes de niveau de façon immédiate, sans aucun calcul de coordonnées.
5.1 Cas a+b=0 : des cercles
Propriété
Soient A, B deux points, a,b tels que a+b=0, et G=Bar{(A,a),(B,b)}. Pour k⩾0, l'ensemble des points M tels que aMA+bMB=k est :
le cercle de centre G et de rayon ∣a+b∣k, si k>0 ;
le pointG seul, si k=0.
Démonstration
D'après la propriété de réduction (section 1), pour tout point M : aMA+bMB=(a+b)MG. En passant aux normes :
aMA+bMB=(a+b)MG
=∣a+b∣×MG∥λu∥=∣λ∣∥u∥
L'égalité aMA+bMB=k équivaut donc à ∣a+b∣×MG=k, c'est-à-dire MG=∣a+b∣k (car a+b=0). Or l'ensemble des points M tels que MG soit égal à une constante positive est, par définition, le cercle de centre G et de ce rayon (ou le seul point G si cette constante est nulle). C.Q.F.D.
Exemple — identifier une ligne de niveau
Soit G=Bar{(A,1),(B,2)}. Déterminons l'ensemble E des points M tels que MA+2MB=9.
MA+2MB=(1+2)MG=3MG
3MG=9⟺3MG=9
⇒MG=3
E est donc le cercle de centre G et de rayon 3.
5.2 Cas a+b=0 : une droite
Quand a+b=0 (par exemple a=1, b=−1), le barycentre n'existe pas : la réduction précédente ne s'applique plus. Mais la somme aMA+bMB=a(MA−MB)=aBA devient alors un vecteur constant, indépendant de M (on l'a déjà vu dans la démonstration du théorème d'existence).
Propriété
Si a+b=0 et a=0, l'ensemble des points M tels que aMA+bMB=k est soit vide (si k=∣a∣×AB), soit tout le plan (si k=∣a∣×AB, la norme étant alors constante quel que soit M). Ce n'est jamais un cercle : la notion de barycentre ne s'applique pas.
Attention
Piège classique du bac : avant de conclure « c'est un cercle de centre G », vérifie toujours que a+b=0, sans quoi G n'existe pas et le raisonnement ci-dessus ne s'applique pas du tout.
6Applications aux configurations
Le barycentre n'est pas qu'un point isolé à calculer : c'est surtout une méthode de démonstration. Trois usages reviennent sans cesse : prouver un alignement, prouver un concours de droites, et calculer un centre de masse en physique.
6.1 Prouver un alignement
Méthode — prouver que trois points sont alignés
Pour montrer que M, A, B sont alignés, il suffit d'exprimer M comme un barycentre de A et B (masses quelconques, positives ou négatives, pourvu que leur somme soit non nulle) : un barycentre de deux points appartient toujours à la droite qui les joint (propriété de la section 1.2), y compris à l'extérieur du segment [AB] si les masses sont de signes différents.
Les masses positives placent le barycentre entreA et B ; des masses de signes opposés le placent à l'extérieur du segment, du côté du point de plus petite masse en valeur absolue. C'est un outil puissant : il évite tout calcul de coordonnées ou de coefficient directeur.
Figure 4 — Le barycentre P=Bar{(A,3),(B,−1)} vérifie 3PA=PB : il est aligné avec A et B, mais situé hors du segment [AB], du côté de A, car les masses sont de signes opposés.
Exemple — alignement par le barycentre
Soit ABC un triangle, I le point tel que AI=23AB. Montrons que I, A, B sont alignés (ce qui semble « évident » sur la figure, mais se démontre proprement) en exprimant I comme barycentre.
AI=23AB⟺2AI=3AB
⟺2AI−3AI+3AI=3AB
⟺−IA×2=3(AI+IB)Chasles sur AB
⟺−2IA=3AI+3IB=−3IA+3IB
⟺IA+3IB=0
I vérifie 1×IA+3×IB=0 : I=Bar{(A,1),(B,3)}, donc I∈(AB). Les points I, A, B sont alignés.
6.2 Prouver un concours de droites
Méthode — prouver que des droites sont concourantes
C'est exactement la démarche employée pour le centre de gravité (section 3.2) : on écrit le barycentre G de trois points A, B, C de trois façons différentes par associativité (en regroupant tour à tour deux des trois points). Chaque regroupement place G sur une droite différente ; comme G est unique, ces droites sont concourantes en G.
Cette méthode se généralise à des cévianes quelconques (pas seulement les médianes) : en choisissant des masses différentes de 1, on peut faire passer G par un point donné de chaque côté du triangle, et démontrer ainsi la concourance de trois droites bien plus générales que les médianes.
6.3 Application physique : centre de masse d'une plaque
En physique, l'isobarycentre d'un système de points matériels de même masse s'appelle le centre de masse (ou centre d'inertie). Pour une plaque plane homogène (densité uniforme), le centre de masse d'une forme composée se calcule en la décomposant en formes simples : chaque morceau est représenté par son propre centre de masse, affecté d'une masse proportionnelle à son aire.
Méthode — centre de masse d'une plaque composée
On décompose la plaque en formes géométriques simples (rectangles, triangles, disques) dont on connaît le centre. Le centre de masse global est le barycentre des centres de chaque morceau, chacun affecté de l'aire du morceau correspondant (une plaque homogène a une masse proportionnelle à son aire).
Figure 5 — Une plaque en forme de L se décompose en deux rectangles d'aires 12 et 6, de centres G1 et G2. Le centre de masse global G de la plaque homogène est le barycentre Bar{(G1,12),(G2,6)}.
Exemple — calcul du centre de masse de la plaque en L
Avec un repère d'origine en bas à gauche de la plaque (figure 5), G1(3;1) (centre du grand rectangle 6×2, aire 12) et G2(1;3,5) (centre du petit rectangle 2×3, aire 6).
xG=12+612×3+6×1=1836+6
=1842=37≈2,33
yG=1812×1+6×3,5=1812+21
=1833=611≈1,83
Le centre de masse G(37;611) est plus proche de G1 que de G2, car le grand rectangle pèse deux fois plus lourd que le petit.
Math & Co — Le barycentre qui a sauvé Syracuse
Selon la légende rapportée par Vitruve, c'est en cherchant le centre de gravité d'objets composés qu'Archimède aurait découvert le principe de la poussée hydrostatique en observant le niveau de l'eau de son bain (« Eurêka ! »). Plus sûrement documentées sont ses machines de guerre construites pour la défense de Syracuse en −213 : des grues à contrepoids et des leviers géants, dont l'efficacité reposait précisément sur un centre de masse savamment déplacé pour démultiplier la force appliquée.
Aujourd'hui, le même principe gouverne la stabilité d'une grue de chantier (le centre de masse du contrepoids doit compenser celui de la charge), le calcul du centre de gravité d'un avion avant décollage, ou encore la répartition des charges sur les essieux d'un camion.
Fiche mémo
G=Bar{(A,a),(B,b)} existe ssi a+b=0 ; défini par aGA+bGB=0.
Réduction (à connaître par cœur) : pour tout M, aMA+bMB=(a+b)MG.
Si a=b : G = milieu de [AB] (isobarycentre). Masses positives ⟹ G∈[AB].
Homogénéité : Bar{(A,a),(B,b)}=Bar{(A,ka),(B,kb)} pour k=0 — seuls les rapports comptent.
Associativité : Bar{(A,a),(B,b),(C,c)}=Bar{(A,a),(I,b+c)} avec I=Bar{(B,b),(C,c)}, si b+c=0.
Centre de gravité du triangle = isobarycentre de A,B,C ; AG=32AI (I = milieu de [BC]).
Coordonnées : xG=a+baxA+bxB et yG=a+bayA+byB (idem à trois points, en ajoutant le terme en C).
Ligne de niveau de ∥aMA+bMB∥=k (avec a+b=0) : cercle de centre G, rayon ∣a+b∣k.
Si a+b=0 : pas de barycentre ; aMA+bMB=aBA est constant, la ligne de niveau est vide ou tout le plan.
Alignement : M barycentre de A,B⇒M,A,B alignés (masses de signes opposés ⟹ M hors [AB]).
Concours : écrire un même barycentre de trois points de trois façons (associativité) prouve que trois droites sont concourantes.
Centre de masse d'une plaque composée : barycentre des centres de chaque morceau, pondérés par les aires.
7Exercices corrigés
Niveau 1 — Application directe
1
Soient A(2;5) et B(−6;1). Calcule les coordonnées de G=Bar{(A,3),(B,1)}.
Voir le corrigé détaillé
On vérifie 3+1=4=0 : G existe.
xG=3+13×2+1×(−6)=46−6
=0
yG=43×5+1×1=415+1
=4
Donc G(0;4).
2
Sur une planche [AB] de longueur 8 cm, on place G=Bar{(A,6),(B,9)}. Simplifie les coefficients, puis calcule AG et GB.
Voir le corrigé détaillé
Bar{(A,6),(B,9)}=Bar{(A,2),(B,3)}homogénéité, division par k=3
Les masses 2 et 3 sont positives : G∈[AB]. La loi du levier donne 2×AG=3×GB, et AG+GB=8.
AG=53×8AG proportionnelle à la masse de B, sur un total 2+3=5
=4,8 cm
GB=52×8
=3,2 cm
3
Pour quelle(s) valeur(s) de m le barycentre de {(A,m),(B,3),(C,−2)} n'existe-t-il pas ?
Voir le corrigé détaillé
Le barycentre existe si et seulement si la somme des masses est non nulle.
m+3−2=0
⟺m=−1
Le barycentre n'existe pas uniquement pour m=−1.
4
Soient A, B avec AB=5 cm. Soit G=Bar{(A,4),(B,−3)}. Réduis 4MA−3MB pour un point M quelconque, puis place G par rapport à A et B.
Voir le corrigé détaillé
4+(−3)=1=0G existe bien
4MA−3MB=(4−3)MG=MG
Les masses 4 et −3 sont de signes opposés : G est donc à l'extérieur du segment [AB], du côté de A (masse la plus petite en valeur absolue). On a 4×GA=3×GB et GB=GA+AB (G au-delà de A) :
4GA=3(GA+5)
⟺4GA=3GA+15
⟺GA=15 cm
5
Soient A(1;0), B(4;3), C(−2;6). Calcule les coordonnées du barycentre G=Bar{(A,2),(B,1),(C,1)}.
Voir le corrigé détaillé
Somme des masses : 2+1+1=4=0.
xG=42×1+1×4+1×(−2)=42+4−2
=1
yG=42×0+1×3+1×6=40+3+6
=2,25
Donc G(1;2,25).
Niveau 2 — Approfondissement
6
Soit ABC un triangle avec AI=6 cm, où I est le milieu de [BC]. Calcule, par associativité, la position sur [AI] du point G=Bar{(A,2),(B,3),(C,3)}.
Voir le corrigé détaillé
Comme I est le milieu de [BC], I=Bar{(B,3),(C,3)} (masses égales), et 3+3=6=0.
G=Bar{(A,2),(B,3),(C,3)}=Bar{(A,2),(I,6)}associativité, regroupement de B et C
Masses positives : G∈[AI], avec 2×AG=6×GI et AG+GI=6.
AG=86×6AG proportionnelle à la masse de I, sur un total 2+6=8
=4,5 cm
7
Soit ABC un triangle et N le point défini par 3CN=5CB. Montre que N, B, C sont alignés en exprimant N comme barycentre de B et C.
Voir le corrigé détaillé
3CN=5CB
⟺3CN−5CN−5NB=0Chasles : CB=CN+NB
⟺−2CN−5NB=0
⟺2NC+5NB=0−CN=NC, on multiplie par −1
Ainsi N vérifie 5NB+2NC=0 : N=Bar{(B,5),(C,2)} (masses positives, somme 7=0). Un barycentre de B et C appartenant toujours à (BC), les points N, B, C sont alignés, avec N∈[BC] proche de B.
8
Soit G=Bar{(A,3),(B,−1)}. Détermine la nature et les éléments caractéristiques de l'ensemble E des points M tels que 3MA−MB=6, puis de l'ensemble F des points M tels que MA−MB=AB.
Voir le corrigé détaillé
Ensemble E. Ici a+b=3−1=2=0, donc G existe et la réduction s'applique.
3MA−MB=2MG
∥2MG∥=6⟺2MG=6
⇒MG=3
E est le cercle de centre G et de rayon 3.
Ensemble F. Ici les coefficients sont 1 et −1, de somme nulle : aucun barycentre n'existe, la méthode précédente ne s'applique pas. Or MA−MB=BA pour toutM (vecteur constant), donc ∥MA−MB∥=BA=AB pour tout point M : l'égalité est vraie quel que soitM. Donc F est le plan tout entier.
9
ABCD est un quadrilatère. Soient P le milieu de [AB] et Q le milieu de [CD]. Montre que l'isobarycentre G de A, B, C, D est le milieu de [PQ].
Voir le corrigé détaillé
G=Bar{(A,1),(B,1),(C,1),(D,1)}, somme 4=0. Comme P est le milieu de [AB], P=Bar{(A,1),(B,1)} ; comme Q est le milieu de [CD], Q=Bar{(C,1),(D,1)}.
G=Bar{(A,1),(B,1),(C,1),(D,1)}
=Bar{(P,2),(Q,2)}associativité, en regroupant (A,1)+(B,1) puis (C,1)+(D,1)
=Bar{(P,1),(Q,1)}homogénéité, division des masses par 2
Masses égales : G est le milieu de [PQ]. C.Q.F.D.
Niveau 3 — Défi
10
Soit ABC un triangle. On pose G=Bar{(A,3),(B,1),(C,2)}, et I=Bar{(B,1),(C,2)}, J=Bar{(A,3),(C,2)}, K=Bar{(A,3),(B,1)}.
Justifie que I∈(BC), J∈(AC), K∈(AB), et précise pour chacun sa position (rapport de distances).
Montre, par associativité, que G appartient aux trois droites (AI), (BJ), (CK).
Conclus, et donne les rapports GIAG, GJBG, GKCG.
Voir le corrigé détaillé
1.I est barycentre de deux points de masses positives 1 et 2 : I∈[BC], avec BI=32BC (proportionnelle à la masse de C). De même J∈[AC] avec AJ=52AC, et K∈[AB] avec AK=41AB.
2. La somme totale 3+1+2=6=0 : G existe. En regroupant B et C (masses 1+2=3=0) :
G=Bar{(A,3),(B,1),(C,2)}=Bar{(A,3),(I,3)}
Masses égales : G est le milieu de [AI], donc G∈(AI). En regroupant A et C (masses 3+2=5) :
G=Bar{(B,1),(A,3),(C,2)}=Bar{(B,1),(J,5)}
donc G∈(BJ). En regroupant A et B (masses 3+1=4) :
G=Bar{(C,2),(A,3),(B,1)}=Bar{(C,2),(K,4)}
donc G∈(CK).
3. Le point G, unique, appartient simultanément à (AI), (BJ), (CK) : ces trois droites sont concourantes en G. Les rapports s'obtiennent en comparant les masses regroupées : GIAG=33=1 (milieu), GJBG=15=5, GKCG=24=2.
Figure 6 — Les céviennes (AI), (BJ), (CK) associées aux masses 3, 1, 2 sont concourantes en G=Bar{(A,3),(B,1),(C,2)}, avec GIAG=1, GJBG=5, GKCG=2.
11
Restitution organisée. Soient A, B, C, D quatre points et a,b,c,d quatre réels tels que a+b+c+d=0. En adaptant la démonstration du cours, prouve qu'il existe un unique point G tel que aGA+bGB+cGC+dGD=0.
Voir le corrigé détaillé
Soit O un point quelconque fixé. Pour tout point G, la relation de Chasles donne GA=GO+OA, et de même pour B, C, D.
aGA+bGB+cGC+dGD
=a(GO+OA)+b(GO+OB)+c(GO+OC)+d(GO+OD)
=(a+b+c+d)GO+aOA+bOB+cOC+dOD
Cette somme est nulle si et seulement si :
(a+b+c+d)GO=−(aOA+bOB+cOC+dOD)
⇒OG=a+b+c+d1(aOA+bOB+cOC+dOD)division licite car a+b+c+d=0
Le point O étant fixé, cette égalité détermine le vecteur OG de façon unique, donc le point G de façon unique. Réciproquement, ce point G vérifie bien (en remontant le calcul) aGA+bGB+cGC+dGD=0. D'où l'existence et l'unicité. C.Q.F.D.
12
Soient A(0;0) et B(6;0), et G=Bar{(A,2),(B,1)}.
Calcule les coordonnées de G, ainsi que GA et GB.
Démontre que pour tout point M : 2MA2+MB2=3MG2+24.
En déduire la nature et les éléments de l'ensemble des points M tels que 2MA2+MB2=48, puis la valeur minimale de 2MA2+MB2 et le point où elle est atteinte.
Voir le corrigé détaillé
1. Somme des masses 3=0.
xG=32×0+1×6=2
yG=0
G(2;0), GA=2, GB=6−2=4.
2. Pour tout M, on décompose MA=MG+GA et on développe le carré scalaire :
MA2=MA⋅MA=(MG+GA)⋅(MG+GA)
=MG2+2MG⋅GA+GA2
de même, MB2=MG2+2MG⋅GB+GB2
2MA2+MB2=3MG2+2MG⋅(2GA+GB)+(2GA2+GB2)
=3MG2+2MG⋅0+(2×22+42)2GA+GB=0 car G=Bar{(A,2),(B,1)}
=3MG2+(8+16)
=3MG2+24
3. L'égalité 2MA2+MB2=48 équivaut à 3MG2+24=48, soit MG2=8, soit MG=8=22 : c'est le cercle de centre G et de rayon 22. Comme MG2⩾0 toujours, 3MG2+24 est minimale lorsque MG=0, c'est-à-dire en M=G : la valeur minimale est 24, atteinte au point G(2;0).
Niveau 4 — Problèmes de vie courante
13
Au marché Sandaga (Dakar). Fatou pose une planche rigide de longueur 2,4 m sur un unique tréteau. Elle place un sac de riz de 30 kg à l'extrémité A et un sac d'oignons de 18 kg à l'extrémité B (poids de la planche négligé). Où doit-elle placer le tréteau pour que la planche reste horizontale ?
Voir le corrigé détaillé
Le tréteau doit se trouver au point d'équilibre G=Bar{(A,30),(B,18)}.
Bar{(A,30),(B,18)}=Bar{(A,5),(B,3)}homogénéité, division par 6
Masses positives : G∈[AB], avec 5×AG=3×GB et AG+GB=2,4.
AG=83×2,4AG proportionnelle à la masse de B, sur un total 5+3=8
=0,9 m
GB=85×2,4
=1,5 m
Fatou doit placer le tréteau à 0,9 m du sac de riz (le plus lourd), soit à 1,5 m du sac d'oignons.
14
Un forage pour trois villages (région d'Abéché, Tchad). On veut construire un forage commun à trois villages, repérés dans un plan gradué en kilomètres : Abéché A(0;0), 4800 habitants ; Biltine B(15;10), 2400 habitants ; Adré C(−6;12), 2400 habitants. On choisit d'implanter le forage au barycentre des trois villages, pondérés par leur population (exprimée en milliers d'habitants).
Calcule les coordonnées du point G où doit se trouver le forage.
Calcule la distance AG, arrondie au dixième de km, et commente la position de G par rapport aux trois villages.
Voir le corrigé détaillé
1. Les masses (en milliers d'habitants) sont a=4,8, b=2,4, c=2,4, simplifiables en a=2, b=1, c=1 (homogénéité, division par 2,4). Somme 4=0.
xG=42×0+1×15+1×(−6)=40+15−6
=2,25
yG=42×0+1×10+1×12=40+10+12
=5,5
Le forage doit être implanté au point G(2,25;5,5).
2.
AG=2,252+5,52=5,0625+30,25
=35,3125
≈5,9 km
Comme Abéché porte la masse la plus forte (2 contre 1), le barycentre G est plus proche d'Abéché que des deux autres villages : c'est cohérent, un forage pondéré par la population se rapproche naturellement du village le plus peuplé.
15
Une grue de chantier (Abidjan, Cocody). Sur le bras d'une grue à tour, une charge de 800 kg est suspendue à 12 m du mât. De l'autre côté du bras, un contrepoids est fixé à 4 m du mât. Quelle masse de contrepoids faut-il pour que le mât (le point d'appui) soit exactement le point d'équilibre du système ?
Voir le corrigé détaillé
Notons P le point où est suspendue la charge, Q celui du contrepoids, et m la masse (en kg) du contrepoids. Le mât joue le rôle du barycentre G=Bar{(P,800),(Q,m)}, donc 800×GP=m×GQ (loi du levier, section 1.2).
800×12=m×4
⇒m=4800×12
=2400 kg
Il faut un contrepoids de 2400 kg pour équilibrer la charge de 800 kg suspendue trois fois plus loin du mât.
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Second degré : discriminant et signe du trinôme
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Le barycentre G=Bar{(A,a),(B,b)} existe si et seulement si :
Explication : Le barycentre de deux points pondérés n'existe (et n'est unique) que si la somme des masses est non nulle. C'est la première condition à vérifier, toujours.
Par définition, le barycentre G=Bar{(A,a),(B,b)} est l'unique point qui vérifie :
Explication : C'est la définition même du barycentre : le point G tel que aGA+bGB=0, qui existe et est unique dès que a+b=0.
Soit G=Bar{(A,a),(B,b)}. Pour tout point M du plan, la somme aMA+bMB est égale à :
Explication : C'est la propriété de réduction, à connaître par cœur : pour tout point M, aMA+bMB=(a+b)MG, valable quel que soit M, pas seulement pour M=G.
Si a et b sont tous deux strictement positifs, le barycentre G=Bar{(A,a),(B,b)} appartient :
Explication : Quand les deux masses sont de même signe, les vecteurs GA et GB sont de sens opposés : G est donc situé entre A et B, dans le segment [AB].
Soit G=Bar{(A,2),(B,3)}, avec AB=6 cm. La distance AG vaut :
Explication : Masses positives : G∈[AB], avec 2×AG=3×GB et AG+GB=6. AG est proportionnelle à la masse de B (l'autre point), sur un total 2+3=5 : AG=53×6=3,6 cm.
Si a=b=0, le barycentre de {(A,a),(B,b)} est :
Explication : Quand les deux masses sont égales, la relation aGA+aGB=0 équivaut à GA=−GB, la définition vectorielle du milieu : on appelle ce cas particulier l'isobarycentre.
D'après la propriété d'homogénéité, pour tout réel k=0 (avec a+b=0) :
Explication : On peut multiplier toutes les masses d'un système par un même réel non nul k sans changer le barycentre : seul le rapport des masses compte, jamais leur valeur absolue.
Bar{(A,4),(B,6)} est égal à :
Explication : D'après l'homogénéité, on peut diviser les deux masses par leur facteur commun k=2 : Bar{(A,4),(B,6)}=Bar{(A,2),(B,3)}, sans changer le point.
Le théorème d'associativité permet de remplacer, dans un système de trois points pondérés {(A,a),(B,b),(C,c)}, deux des points (par exemple B et C) par :
Explication : Si I=Bar{(B,b),(C,c)} (avec b+c=0), alors Bar{(A,a),(B,b),(C,c)}=Bar{(A,a),(I,b+c)} : on remplace deux points par leur barycentre partiel, affecté de la somme des deux masses.
Pour appliquer l'associativité en regroupant B et C dans Bar{(A,a),(B,b),(C,c)}, il faut vérifier, en plus de a+b+c=0, que :
Explication : Il faut aussi que la somme partielle b+c soit non nulle, sinon le barycentre partiel I=Bar{(B,b),(C,c)} n'existe pas. Si b+c=0, il faut regrouper une autre paire de points.
Le centre de gravité G d'un triangle ABC, isobarycentre de A, B, C, vérifie, avec I milieu de [BC] :
Explication : En regroupant B et C par associativité, G=Bar{(A,1),(I,2)}, ce qui donne 2AI=3AG, soit AG=32AI : G est aux deux tiers de la médiane, à partir du sommet.
Dans un repère, les coordonnées de G=Bar{(A,a),(B,b)} sont données par :
Explication : Les coordonnées du barycentre s'obtiennent par une moyenne pondérée : xG=a+baxA+bxB, et de même pour yG.
Soient A(−1;4) et B(5;−2), et G=Bar{(A,2),(B,3)}. Les coordonnées de G sont :
Explication :xG=52×(−1)+3×5=513=2,6. yG=52×4+3×(−2)=52=0,4. Donc G(2,6;0,4).
Le point de coordonnées (2xA+xB;2yA+yB) correspond au barycentre Bar{(A,a),(B,b)} :
Explication : Cette formule est celle du milieu de [AB], valable uniquement quand a=b (isobarycentre). Avec des masses différentes, il faut pondérer : ne confonds jamais les deux formules.
Soit G=Bar{(A,a),(B,b)} avec a+b=0. Pour k>0, l'ensemble des points M tels que aMA+bMB=k est :
Explication : La réduction donne aMA+bMB=(a+b)MG, donc ∥…∥=k⟺∣a+b∣×MG=k⟺MG=∣a+b∣k : c'est le cercle de centre G, de ce rayon.
Si a+b=0 (par exemple a=1, b=−1), l'ensemble des points M tels que aMA+bMB=k est :
Explication : Quand a+b=0, le barycentre n'existe pas et aMA+bMB devient un vecteur constant, indépendant de M : l'ensemble cherché est donc vide (si k ne correspond pas à cette norme constante) ou le plan entier (sinon), mais jamais un cercle.
Pour prouver que trois points M, A, B sont alignés, une méthode barycentrique efficace consiste à :
Explication : Un barycentre de deux points appartient toujours à la droite qui les joint. Exprimer M comme barycentre de A et B prouve donc immédiatement, sans calcul de coordonnées, que M, A, B sont alignés.
Si M=Bar{(A,a),(B,b)} avec a et b de signes opposés, alors M se situe :
Explication : Quand les masses sont de signes opposés, M reste sur la droite (AB) (c'est toujours un barycentre de A et B), mais se place à l'extérieur du segment [AB], du côté du point de plus petite masse en valeur absolue.
Pour prouver que trois cévianes d'un triangle sont concourantes, une méthode barycentrique consiste à :
Explication : En regroupant tour à tour deux des trois points par associativité, on place le même barycentre G, unique, sur chacune des trois droites : elles sont donc concourantes en G.
Une plaque en L se décompose en deux rectangles homogènes de centres G1(3;1) (aire 12) et G2(1;3,5) (aire 6). Les coordonnées du centre de masse G de la plaque valent :
Explication :G=Bar{(G1,12),(G2,6)} (une plaque homogène a une masse proportionnelle à son aire). xG=1812×3+6×1=1842=37≈2,33. yG=1812×1+6×3,5=1833=611≈1,83.