Introduire le comportement d'une fonction aux bornes de son domaine.
MathématiquesPremièreChapitre 4 / 13⏱ 9 h
Ce que tu sauras faire à la fin
Calculer une limite simple
Lever une forme indéterminée par factorisation
Interpréter graphiquement une asymptote
Que devient une fonction quand x s'approche d'une valeur qui pose problème, ou quand x part à l'infini ? C'est exactement la question que se pose un ingénieur qui calcule la vitesse d'un mobile au moment précis d'un choc, ou un économiste qui veut savoir si un coût moyen de production finit par se stabiliser. Dans les deux cas, on ne peut pas simplement « remplacer x par la valeur » : soit elle est interdite, soit elle n'existe pas (l'infini n'est pas un nombre !). Il faut un nouvel outil : la limite.
Ce chapitre pose les bases du grand chapitre de l'analyse qui t'accompagnera jusqu'au baccalauréat. En Première, on reste au niveau de l'intuition graphique et numérique : tu vas lire des limites sur des courbes, en calculer à partir de tableaux de valeurs, puis apprendre les techniques de calcul (opérations, formes indéterminées, asymptotes) qui te serviront dès l'année prochaine pour définir la dérivée. La définition rigoureuse « en ε » attendra la Terminale ; ici, on construit le sens.
Ce qui change par rapport à la Seconde : jusqu'ici, tu décrivais une fonction par son tableau de variations sur un intervalle fermé. Désormais, tu vas t'intéresser à ce qui se passe aux bornes du domaine — près d'une valeur interdite, ou quand x devient très grand — et donner un sens précis à des expressions comme « f(x) tend vers +∞ » ou « la courbe se rapproche d'une droite sans jamais la toucher ». Sans ce chapitre, aucune étude de fonction sérieuse n'est possible.
1Limite en un point et à l'infini
1.1 Limite en un point
Définition
Soit f une fonction définie sur un intervalle contenant un nombre a, sauf peut-être en a. On dit que f a pour limite le nombre L quand x tend vers a, et on note
x→alimf(x)=L
lorsque f(x) se rapproche d'aussi près que l'on veut de L dès que x se rapproche suffisamment de a (avec x=a).
Prenons f(x)=x−2x2−4. Cette fonction n'est pas définie en x=2 (dénominateur nul). Regardons pourtant ce qui se passe tout près de 2, à l'aide d'un tableau de valeurs :
x
1,9
1,99
1,999
→
2
←
2,001
2,01
2,1
f(x)
3,9
3,99
3,999
→
?
←
4,001
4,01
4,1
Que x approche 2 par valeurs inférieures ou par valeurs supérieures, f(x) se rapproche de la même valeur 4, alors même que f(2) n'existe pas. On écrit x→2limf(x)=4.
Figure 1 — f(x)=x−2x2−4 n'est pas définie en x=2, mais f(x)=x+2 pour x=2 : la courbe se rapproche du point (2;4) (cercle vide) quand x tend vers 2. On lit x→2limf(x)=4.
Attention
La limite de f en a ne dépend pas de la valeur f(a), et peut exister même si f(a) n'existe pas (cas ci-dessus). Elle peut aussi être différente de f(a) lorsque celle-ci existe : ce sont deux notions distinctes, qu'il ne faut jamais confondre.
Exemple — lever une indétermination simple par factorisation
Calculons x→2limx−2x2−4 sans tableau de valeurs, par le calcul.
x2−4=(x−2)(x+2)identité remarquable a2−b2
pour x=2 : x−2x2−4=x−2(x−2)(x+2)
=x+2on simplifie par x−2, non nul car x=2
⇒x→2limx−2x2−4=x→2lim(x+2)=4
On retrouve exactement la valeur 4 lue sur le tableau de valeurs et sur la figure.
1.2 Limite à l'infini
Définition
Soit f une fonction définie sur un intervalle [a;+∞[. On dit que f a pour limite L en +∞, et on note x→+∞limf(x)=L, lorsque f(x) se rapproche d'aussi près que l'on veut de L dès que x est assez grand. On définit de même x→−∞limf(x)=L pour une fonction définie sur un intervalle ]−∞;a].
Une fonction peut aussi tendre vers l'infini : x→+∞limf(x)=+∞ signifie que f(x) devient aussi grand que l'on veut dès que x est assez grand (et de même pour −∞).
Exemple — deux comportements à l'infini
a) Soit g(x)=3+x1. Quand x grandit, x1 se rapproche de 0, donc g(x) se rapproche de 3 :
x
10
100
1000
10000
g(x)
3,1
3,01
3,001
3,0001
D'où x→+∞limg(x)=3.
b) Soit h(x)=x2. Ici h(x) grandit sans aucune limite : x→+∞limh(x)=+∞.
Math & Co — Des « quantités évanescentes » à la limite moderne
L'idée de limite est bien plus ancienne que sa formalisation. Dès 1671, Isaac Newton parle de « fluxions » et de quantités qui s'évanouissent, et Gottfried Wilhelm Leibniz, en 1684, manipule des « infiniment petits » pour fonder son calcul différentiel. Ces notions, très fécondes, restent floues : que signifie exactement une quantité « infiniment petite mais non nulle » ?
Il faudra attendre Augustin-Louis Cauchy et son Cours d'analyse de l'École royale polytechnique (1821) pour qu'apparaisse une définition proche de celle que tu utiliseras en Terminale, puis Karl Weierstrass, dans les années 1860, pour la version en « ε-δ » devenue la norme mondiale. Ce que tu apprends aujourd'hui de façon intuitive a donc mis deux siècles à se stabiliser !
2Limites des fonctions de référence
Plutôt que de refaire un tableau de valeurs à chaque nouvelle fonction, on retient une fois pour toutes les limites des fonctions de référence. Elles serviront de briques de base : combinées aux règles d'opérations de la section suivante, elles permettront de calculer la limite de presque toutes les fonctions du programme.
Propriété — fonctions puissances en +∞ et en −∞
fonction
x→−∞lim
x→+∞lim
x
−∞
+∞
x2,x4,x6,… (exposant pair)
+∞
+∞
x3,x5,x7,… (exposant impair)
−∞
+∞
Autrement dit : en +∞, toute puissance de x tend vers +∞ ; en −∞, cela dépend de la parité de l'exposant.
Propriété — fonction inverse x↦x1
x→0−
x→0+
x→−∞
x→+∞
−∞
+∞
0
0
Les notations x→0− et x→0+ signifient que x se rapproche de 0 respectivement par valeurs négatives et par valeurs positives ; c'est indispensable ici, car la fonction inverse ne se comporte pas du tout de la même façon des deux côtés de 0.
Figure 2 — La fonction inverse x↦x1 sur R∗ : asymptote verticale x=0 (pointillés), asymptote horizontale y=0 en +∞ et en −∞.
Propriété — fonction racine carrée x↦x
La fonction racine carrée est définie sur [0;+∞[.
x→0+limx=0x→+∞limx=+∞
Exemple — appliquer directement le tableau des références
x→+∞limx5=+∞exposant impair, x→+∞
x→−∞limx4=+∞exposant pair, x→−∞
x→0−limx1=−∞
x→+∞limx=+∞
Attention
N'écris jamais x→0limx1 tout court : en 0, la fonction inverse n'a pas de limite (elle vaut −∞ à gauche et +∞ à droite, ce sont deux valeurs différentes). Il faut préciser 0− ou 0+.
3Opérations sur les limites
Les fonctions de référence sont les briques ; voici maintenant les règles de construction. Si tu connais les limites de f et de g en un point (ou en l'infini), tu peux presque toujours en déduire celles de f+g, f×g et gf — presque toujours, car quatre cas résisteront et porteront un nom : les formes indéterminées, étudiées en section 4.
3.1 Limite d'une somme
Propriété — lim(f+g)
limf
limg
lim(f+g)
ℓ (fini)
ℓ′ (fini)
ℓ+ℓ′
ℓ (fini)
+∞
+∞
ℓ (fini)
−∞
−∞
+∞
+∞
+∞
−∞
−∞
−∞
+∞
−∞
forme indéterminée « ∞−∞ »
3.2 Limite d'un produit
Propriété — lim(f×g)
limf
limg
lim(f×g)
ℓ (fini)
ℓ′ (fini)
ℓ×ℓ′
ℓ>0
+∞
+∞
ℓ>0
−∞
−∞
ℓ<0
+∞
−∞
ℓ<0
−∞
+∞
+∞ ou −∞
+∞ ou −∞
+∞ ou −∞ (règle des signes)
0
+∞ ou −∞
forme indéterminée « 0×∞ »
3.3 Limite d'un quotient
Propriété — limgf
limf
limg
limgf
ℓ (fini)
ℓ′=0 (fini)
ℓ/ℓ′
ℓ (fini)
+∞ ou −∞
0
+∞ ou −∞
ℓ′=0 (fini)
+∞ ou −∞ (règle des signes)
ℓ=0 (fini)
0
+∞ ou −∞ (étudier le signe de g)
+∞ ou −∞
+∞ ou −∞
forme indéterminée « ∞/∞ »
0
0
forme indéterminée « 0/0 »
Exemple — appliquer les tableaux
x→+∞lim(x2+x)
=+∞somme de deux limites +∞
x→0+limx3
=+∞ℓ=3>0 fini, limx1=+∞ : produit
x→+∞limx5
=0quotient : fini sur infini
Attention — les quatre formes indéterminées
Quatre situations échappent aux tableaux ci-dessus : ∞−∞ ; 0×∞ ; ∞∞ ; 00. Dans chacune de ces situations, on ne peut rien conclure directement : le résultat dépend entièrement de la fonction étudiée (il peut être fini, infini, ou ne pas exister). Il faut transformer l'écriture avant de reprendre la limite : c'est l'objet de la section 4.
4Formes indéterminées simples
Deux formes indéterminées dominent le programme de Première, presque toujours sur des polynômes ou des fractions rationnelles : ∞−∞ et ∞∞. Bonne nouvelle : une unique méthode, celle du terme dominant, règle les deux cas à la fois.
4.1 Limite d'un polynôme en l'infini
Théorème — terme dominant d'un polynôme
Soit P(x)=anxn+an−1xn−1+⋯+a1x+a0 une fonction polynôme, avec an=0. Alors, en +∞ comme en −∞ :
limP(x)=lim(anxn)
Autrement dit, seul le terme de plus haut degré gouverne la limite à l'infini.
Démonstration
Pour x=0, on factorise P(x) par anxn :
P(x)=anxn(1+anxan−1+anx2an−2+⋯+anxna0)on vérifie en redéveloppant
chaque terme anxn−kak (pour k<n) est un quotient d'une constante par une puissance de x
⇒x→±∞limanxn−kak=0limite de référence xp1
⇒la parenthèse tend vers 1
⇒P(x) a la même limite que anxn×1=anxn
Le résultat suit alors du tableau des limites de référence (section 2) et de la règle du produit. C.Q.F.D.
Exemple — lever une forme ∞−∞
Calculons x→+∞lim(−3x3+5x2−1). Séparément, −3x3→−∞ et 5x2−1→+∞ : c'est bien une forme ∞−∞.
on garde le terme de plus haut degré : −3x3
x→+∞limx3=+∞
⇒x→+∞lim(−3x3)=−∞coefficient négatif : produit ℓ<0 par +∞
⇒x→+∞lim(−3x3+5x2−1)=−∞
4.2 Limite d'une fonction rationnelle en l'infini
Théorème — terme dominant d'un quotient
Soit f(x)=Q(x)P(x) une fonction rationnelle, où P et Q sont des polynômes. En +∞ comme en −∞, f a la même limite que le quotient des termes de plus haut degré de P et de Q.
Démonstration
Notons apxp le terme dominant de P et bqxq celui de Q.
f(x)=Q(x)P(x)=bqxq(1+ε2(x))apxp(1+ε1(x))on factorise P et Q comme au 4.1
=bqapxp−q×1+ε2(x)1+ε1(x)
ε1(x)→0 et ε2(x)→0 quand x→±∞démontré au 4.1
⇒1+ε2(x)1+ε1(x)→1
⇒f(x) a la même limite que bqapxp−q=bqxqapxp
C.Q.F.D.
Méthode — lever une forme ∞−∞ ou ∞/∞
1) Repérer le terme de plus haut degré au numérateur et, s'il y en a un, au dénominateur. 2) Factoriser chaque polynôme par son terme dominant. 3) Simplifier l'écriture. 4) Passer à la limite terme à terme, à l'aide des tableaux de la section 3.
Exemple — trois degrés relatifs
a)x→+∞lim5x2+x−43x2−2x+1 — mêmes degrés (2 et 2) :
même limite que 5x23x2
=53on simplifie par x2
⇒x→+∞lim5x2+x−43x2−2x+1=53
b)x→−∞limx2−32x+1 — degré du dénominateur plus grand (1<2) :
même limite que x22x=x2
⇒x→−∞limx2−32x+1=0
c)x→+∞limx−1x3 — degré du numérateur plus grand (3>1) :
même limite que xx3=x2
⇒x→+∞limx−1x3=+∞
Math & Co — Le nom « forme indéterminée »
L'expression « forme indéterminée » apparaît dans les traités d'analyse du XIXe siècle pour décrire ces écritures comme ∞−∞ auxquelles on ne peut donner aucune valeur générale. Le mathématicien suisse Guillaume de l'Hospital avait pourtant, dès 1696, publié dans le tout premier manuel de calcul différentiel une règle (aujourd'hui dite « règle de l'Hospital », en réalité découverte par Jean Bernoulli) permettant de lever certaines formes 0/0 à l'aide des dérivées. Tu retrouveras cette règle en étude supérieure ; en Première, la factorisation par le terme dominant suffit amplement pour le programme.
Attention — un piège classique
Ne factorise jamais par une puissance de x sans vérifier le signe : en −∞, x3 est négatif, et x2=∣x∣=−x (pas x !). Une erreur de signe change complètement la nature de la limite (+∞ au lieu de −∞, par exemple). En cas de doute, teste ta formule sur une grande valeur négative de x avant de conclure.
5Asymptotes horizontales et verticales
Une limite infinie ou une limite finie en l'infini se lit très concrètement sur une courbe : la courbe se rapproche indéfiniment d'une droite, sans jamais s'en écarter, sans forcément la toucher. Cette droite s'appelle une asymptote.
5.1 Asymptote horizontale
Définition
Si x→+∞limf(x)=L (nombre fini), on dit que la droite d'équation y=L est asymptote horizontale à la courbe de f en +∞. On définit de même une asymptote horizontale en −∞.
5.2 Asymptote verticale
Définition
Si x→a−limf(x)=±∞ ou x→a+limf(x)=±∞, on dit que la droite d'équation x=a est asymptote verticale à la courbe de f.
Figure 3 — Fonction homographique f(x)=x−12x+1 : asymptote verticale x=1 (la valeur interdite) et asymptote horizontale y=2 (le quotient des termes dominants) en +∞ comme en −∞.
Méthode — trouver les asymptotes d'une fonction rationnelle f=QP
Verticales : ce sont les droites x=a où a annule Q sans annuler P (valeur interdite). Horizontale : on calcule x→±∞limf(x) par la méthode du terme dominant (section 4.2) ; si la limite est un nombre fini L, y=L est asymptote.
Exemple — étude complète de f(x)=x−12x+1
Asymptote verticale.f est définie sur R∖{1} ; en x=1, le numérateur vaut 3=0.
pour x→1+ : numérateur →3, dénominateur →0+
⇒x→1+limf(x)=+∞
pour x→1− : numérateur →3, dénominateur →0−
⇒x→1−limf(x)=−∞
La droite x=1 est donc asymptote verticale à la courbe de f.
Asymptote horizontale.
même limite que x2x=2quotient des termes dominants
⇒x→±∞limf(x)=2
La droite y=2 est asymptote horizontale, en +∞ et en −∞ (Figure 3).
Attention
Une asymptote décrit un comportement à l'infini (ou près d'une valeur interdite) : contrairement à une idée reçue, une courbe peut traverser son asymptote horizontale pour des valeurs de x éloignées de l'infini. Seul compte ce qui se passe « au bout » de la courbe.
6Continuité (approche)
6.1 Continuité en un point
Définition (approche graphique)
Une fonction f est continue en a lorsqu'on peut tracer sa courbe au voisinage de asans lever le crayon. Cela revient à dire que :
x→alimf(x)=f(a)
c'est-à-dire que la limite existe et qu'elle est égale à la valeur de la fonction en a.
Propriété (admise)
Les fonctions polynômes sont continues sur R. La fonction racine carrée est continue sur [0;+∞[. La fonction inverse est continue sur ]−∞;0[ et sur ]0;+∞[ (mais pas en 0, où elle n'est même pas définie). Plus généralement, toute fonction obtenue par sommes, produits et quotients de fonctions usuelles est continue sur son domaine de définition.
Figure 4 — Une fonction en escalier (tarif postal par palier de masse) : à chaque entier, la courbe fait un saut. Un point plein indique la valeur prise par la fonction, un point vide la valeur qu'elle n'atteint pas. La fonction est discontinue en chaque entier.
Exemple — tester la continuité en un point
Soit f définie par f(x)=x+1 si x⩽2, et f(x)=2x−2 si x>2. f est-elle continue en 2 ?
f(2)=2+1=3on utilise la 1ère formule, valable en x=2
x→2−limf(x)=x→2−lim(x+1)=3
x→2+limf(x)=x→2+lim(2x−2)=2
⇒les limites à gauche et à droite sont différentes (3=2)
La limite de f en 2n'existe pas : f est discontinue en 2, même si f(2) existe. C'est exactement le même phénomène que sur la Figure 4 : la courbe « saute ».
6.2 Continuité sur un intervalle, lecture de tableaux avec limites
Définition
f est continue sur un intervalle I lorsqu'elle est continue en chacun des points de I : sa courbe se trace sur I sans lever le crayon et sans saut.
Un tableau de variations peut désormais porter, à ses extrémités, des limites — finies ou infinies — plutôt que de simples valeurs. Les doubles barres ∥ signalent une valeur interdite (asymptote verticale), où f n'est pas définie.
x
−∞
1
+∞
Variations de f
2
↘
∥
↘
2
−∞∥+∞
Ce tableau se lit exactement comme celui de la fonction f(x)=x−12x+1 étudiée en section 5 : f décroît de 2 (asymptote horizontale en −∞) vers −∞ en s'approchant de x=1 par la gauche, puis, de l'autre côté de la valeur interdite, décroît de +∞ vers 2 (asymptote horizontale en +∞). C'est la traduction, dans un tableau, de la Figure 3.
Math & Co — Donner un sens précis à « sans lever le crayon »
L'idée intuitive de continuité — une courbe « ininterrompue » — est ancienne, mais sa définition rigoureuse est tardive. C'est le mathématicien tchèque Bernard Bolzano qui, en 1817, propose l'une des toutes premières définitions précises de la continuité, dans un mémoire sur le théorème des valeurs intermédiaires. La définition se répand grâce au Cours d'analyse de Cauchy (1821), celle-là même que tu retrouveras, formalisée avec des ε, en Terminale.
Ce théorème des valeurs intermédiaires — si f est continue sur [a;b] et change de signe, elle s'annule au moins une fois — est l'une des raisons pour lesquelles la continuité est si importante : elle garantit qu'une courbe ne peut pas « sauter » par-dessus l'axe des abscisses. Tu l'étudieras en détail l'an prochain.
Fiche mémo
x→alimf(x)=L : f(x) s'approche d'aussi près qu'on veut de L quand x s'approche de a (x=a). Ne dépend pas de f(a).
Fonctions de référence : x→+∞limxn=+∞ ; en −∞, +∞ si n pair, −∞ si n impair.
x→0−limx1=−∞, x→0+limx1=+∞, x→±∞limx1=0.
Opérations : additionner/multiplier/diviser les limites sauf dans les quatre formes indéterminées : ∞−∞, 0×∞, ∞∞, 00.
Terme dominant : en ±∞, un polynôme a la même limite que son terme de plus haut degré ; une fonction rationnelle, que le quotient des termes dominants du numérateur et du dénominateur.
Forme 00 : on factorise (identité remarquable, mise en facteur commun) puis on simplifie avant de repasser à la limite.
Asymptote horizontaley=L : x→±∞limf(x)=L (fini).
Asymptote verticalex=a : x→a−limf(x) ou x→a+limf(x) vaut ±∞.
fcontinue en a⟺x→alimf(x)=f(a) (limite existante et égale à la valeur).
Polynômes, racine carrée (sur [0;+∞[), fonction inverse (sur R∗) : continues sur leur domaine de définition.
Une fonction discontinue en a : limites à gauche et à droite différentes, ou limite inexistante, ou limite =f(a).
Double barre ∥ dans un tableau de variations : valeur interdite (souvent une asymptote verticale).
7Exercices corrigés
Niveau 1 — Application directe
1
Calcule directement, par substitution ou lecture du tableau des fonctions de référence : x→−1lim(2x2−3x+4) ; x→0limx+9 ; x→+∞lim(5−x2) ; x→0+limx7 ; x→−∞limx5.
Voir le corrigé détaillé
x→−1lim(2x2−3x+4)=2(−1)2−3(−1)+4=9polynôme : on remplace x directement
x→0limx+9=9=3
x→+∞lim(5−x2)=5−0=5x2→0
x→0+limx7=+∞ℓ=7>0 fini, limx+1=+∞
x→−∞limx5=−∞exposant impair
2
Parmi ces quatre écritures, indique lesquelles sont des formes indéterminées et lesquelles se calculent directement : a)(x2)−(x) quand x→+∞ ; b)(x2)+(x) quand x→+∞ ; c)x3x2 quand x→+∞ ; d)x−1x−1 quand x→1.
Voir le corrigé détaillé
a)x2→+∞ et x→+∞ : c'est ∞−∞, forme indéterminée.
b)x2→+∞ et x→+∞ : somme de deux limites +∞, pas indéterminée, la limite est +∞.
c)x2→+∞ et x3→+∞ : c'est ∞∞, forme indéterminée (même si le résultat, x1→0, est facile ensuite).
d)x−1→0 au numérateur et au dénominateur : c'est 00, forme indéterminée (ici la fonction vaut 1 partout où x=1, donc la limite est 1).
3
À l'aide des tableaux d'opérations, calcule : x→+∞lim(x3+x) ; x→−∞lim(−4)×x2 ; x→0−limx−6.
Voir le corrigé détaillé
x3→+∞ et x→+∞ donc x→+∞lim(x3+x)=+∞somme de deux +∞
ℓ=−4<0 fini et x2→+∞ donc x→−∞lim(−4)x2=−∞produit ℓ<0 par +∞
ℓ=−6<0 fini et x1→−∞ (car x→0−) donc x→0−limx−6=+∞produit ℓ<0 par −∞
4
Soit f(x)=3+x−25. Donne le domaine de définition de f, puis les équations de ses asymptotes.
Voir le corrigé détaillé
Le dénominateur x−2 s'annule en x=2 : f est définie sur R∖{2}.
x→2−limf(x)=3+(−∞)=−∞x−2→0−
x→2+limf(x)=3+(+∞)=+∞x−2→0+
x→±∞limf(x)=3+0=3x−25→0
La droite x=2 est asymptote verticale, et la droite y=3 est asymptote horizontale (en +∞ et en −∞).
5
Soit f(x)=x2−4x+1. Montre que f est continue en x=3.
Voir le corrigé détaillé
f(3)=9−12+1=−2
x→3limf(x)=9−12+1=−2f est un polynôme, continue sur R
⇒x→3limf(x)=f(3)
L'égalité est vérifiée : f est bien continue en 3 (comme en tout réel, puisque f est un polynôme).
Niveau 2 — Approfondissement
6
Calcule x→3limx2−2x−3x2−9.
Voir le corrigé détaillé
En x=3, numérateur et dénominateur s'annulent tous deux : forme 00. On factorise.
x2−9=(x−3)(x+3)
x2−2x−3=(x−3)(x+1)3 et −1 sont racines : somme 2, produit −3
pour x=3 : x2−2x−3x2−9=(x−3)(x+1)(x−3)(x+3)=x+1x+3
⇒x→3limx2−2x−3x2−9=3+13+3=46=23
7
Calcule x→+∞lim2x2−54x2+x puis x→−∞limx2+1x+3.
Voir le corrigé détaillé
2x2−54x2+x a même limite que 2x24x2=2degrés égaux : termes dominants
⇒x→+∞lim2x2−54x2+x=2
x2+1x+3 a même limite que x2x=x1degré du dénominateur plus grand
⇒x→−∞limx2+1x+3=0
8
Soit g(x)=x2−1 si x<1, et g(x)=3x−3 si x⩾1. g est-elle continue en x=1 ?
Voir le corrigé détaillé
g(1)=3(1)−3=0on utilise la 2nde formule, valable en x=1
x→1−limg(x)=12−1=0
x→1+limg(x)=3(1)−3=0
⇒les deux limites latérales et g(1) valent toutes 0
La limite de g en 1 existe, vaut 0, et est égale à g(1) : g est continue en 1.
9
Soit f(x)=x+23x−1. Détermine les équations des asymptotes de sa courbe.
Voir le corrigé détaillé
f est définie sur R∖{−2} (numérateur en −2 : −7=0).
pour x→(−2)− : numérateur →−7, dénominateur →0−⇒f(x)→+∞
pour x→(−2)+ : numérateur →−7, dénominateur →0+⇒f(x)→−∞
Les asymptotes sont donc x=−3 (verticale) et y=1 (horizontale, en −∞ comme en +∞).
Comme x→±∞limg(x)=a=1 (le terme x+3b tend vers 0), on a a=1. On utilise alors g(0)=35 :
g(0)=1+3b=35
⇒3b=35−1=32
⇒b=2
Donc g(x)=1+x+32.
Vérification : x→−3+limx+32=+∞ (car 2>0 et x+3→0+), donc x→−3+limg(x)=+∞ : cohérent avec la lecture graphique.
12
Soit f(x)=x−1x2−1 si x=1, et f(1)=k, où k est un réel.
Calcule x→1limf(x).
Détermine la valeur de k pour laquelle f est continue en 1.
Avec cette valeur de k, f est-elle continue sur R tout entier ? Justifie.
Voir le corrigé détaillé
1. Forme 00 en x=1 : on factorise.
x2−1=(x−1)(x+1)
pour x=1 : f(x)=x−1(x−1)(x+1)=x+1
⇒x→1limf(x)=1+1=2
2. Pour que f soit continue en 1, il faut x→1limf(x)=f(1), c'est-à-dire k=2.
3. Avec k=2, f(x)=x+1 pour toutx réel (y compris en 1, où f(1)=2=1+1). Or la fonction x↦x+1 est un polynôme, donc continue sur R : f est bien continue sur R tout entier.
Niveau 4 — Problèmes de vie courante
13
Atelier textile (Abidjan). Un atelier de confection à Abidjan a des coûts fixes de 800000 F CFA par mois (loyer, machines) et un coût variable de 2500 F CFA par pièce produite. Pour x pièces produites (x>0), le coût total est C(x)=800000+2500x, et le coût moyen par pièce est A(x)=xC(x).
Exprime A(x) sous la forme xa+b.
Calcule x→0+limA(x) et interprète.
Calcule x→+∞limA(x) et interprète.
À partir de combien de pièces le coût moyen descend-il sous 3000 F CFA ?
Voir le corrigé détaillé
1.A(x)=x800000+2500x=x800000+2500.
2.x→0+limA(x)=+∞ car x800000→+∞. Interprétation : produire très peu de pièces répartit les coûts fixes sur presque rien, le coût moyen par pièce explose.
3.x→+∞limA(x)=2500 car x800000→0. Interprétation : sur une très grande série, le coût moyen se rapproche du seul coût variable (2500 F CFA), les coûts fixes deviennent négligeables par pièce ; y=2500 est asymptote horizontale.
4. On résout :
A(x)<3000
⟺x800000<500
⟺x>500800000=1600x>0, l'inégalité se conserve
Il faut produire au moins 1601 pièces par mois pour que le coût moyen descende sous 3000 F CFA.
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Station de traitement d'eau (Ndjamena). Une station de traitement injecte du chlore dans l'eau potable. La concentration, en mg/L, t heures après le début de l'injection, est modélisée par C(t)=5−t+15, pour t⩾0.
Calcule C(0) et interprète.
Calcule t→+∞limC(t) et interprète.
Au bout de combien d'heures la concentration dépasse-t-elle 4,5 mg/L ?
Voir le corrigé détaillé
1.C(0)=5−15=0 : avant traitement, l'eau ne contient pas de chlore.
2.t→+∞limC(t)=5 car t+15→0 : la concentration se stabilise à 5 mg/L, le seuil visé par la station ; y=5 est asymptote horizontale, jamais atteinte mais approchée d'aussi près que l'on veut.
3. On résout :
C(t)>4,5
⟺5−t+15>4,5
⟺t+15<0,5
⟺t+1>10t+1>0, on peut multiplier en croix
⟺t>9
La concentration dépasse 4,5 mg/L au bout de plus de 9 heures de traitement.
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Cars rapides (Bamako). Un réseau de transport en commun à Bamako facture le trajet par palier de 5 km : 200 F CFA pour une distance d telle que 0<d⩽5, 350 F CFA pour 5<d⩽10, 500 F CFA pour 10<d⩽15, 650 F CFA pour 15<d⩽20 (d en km).
Calcule le prix payé pour 4 km, pour 5 km, pour 5,5 km et pour 12 km.
La fonction prix P est-elle continue en d=5 ? Justifie à l'aide des limites à gauche et à droite.
Un passager parcourt 18 km. Quel tarif paie-t-il ?
Voir le corrigé détaillé
1.P(4)=200 F CFA (car 0<4⩽5) ; P(5)=200 F CFA (borne incluse dans le 1ᵉʳ palier) ; P(5,5)=350 F CFA (car 5<5,5⩽10) ; P(12)=500 F CFA (car 10<12⩽15).
2.
d→5−limP(d)=200on reste dans le 1ᵉʳ palier
d→5+limP(d)=350on entre dans le 2ᵉ palier
⇒les limites à gauche et à droite sont différentes (200=350)
La limite de P en 5 n'existe pas : P est discontinue en d=5, comme à chaque changement de palier (5, 10, 15…) — même phénomène qu'à la Figure 4.
3.18 km vérifie 15<18⩽20 : le passager paie 650 F CFA.
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8 questions
Second degré : discriminant et signe du trinôme
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Soit f une fonction définie sur un intervalle contenant a, sauf peut-être en a. On dit que x→alimf(x)=L lorsque :
Explication : C'est la définition intuitive de la limite en un point : f(x) s'approche d'aussi près que l'on veut de L, sans jamais nécessairement l'atteindre.
Laquelle de ces affirmations est vraie ?
Explication : La limite de f en a ne dépend pas de f(a), et peut exister même si f(a) n'existe pas — c'est exactement le cas de f(x)=x−2x2−4 en x=2, qui a une limite (4) sans que f(2) existe.
D'après le tableau des fonctions de référence, quelle est x→−∞limx4 ?
Explication : Pour un exposant pair, la limite en −∞ vaut +∞, tout comme en +∞ (contrairement à un exposant impair, où les deux limites sont opposées).
Concernant x→0limx1 (sans préciser 0− ou 0+), laquelle est vraie ?
Explication : La fonction inverse ne se comporte pas de la même façon des deux côtés de 0 : limx→0−x1=−∞ tandis que limx→0+x1=+∞. Il faut toujours préciser le signe de l'approche.
Quelle est x→+∞limx ?
Explication : La fonction racine carrée, définie sur [0;+∞[, tend vers +∞ quand x tend vers +∞, tout comme les fonctions puissances.
Parmi les propositions suivantes, laquelle liste les quatre formes indéterminées du programme ?
Explication : Les quatre formes indéterminées sont ∞−∞, 0×∞, ∞∞ et 00 : dans ces quatre cas, on ne peut rien conclure directement, il faut transformer l'écriture.
Soit P(x)=anxn+⋯+a1x+a0, avec an=0. En +∞ comme en −∞ :
Explication : Seul le terme de plus haut degré gouverne la limite d'un polynôme à l'infini : les autres termes deviennent négligeables devant lui.
Pour une fonction rationnelle f=QP, en ±∞, f a la même limite que :
Explication : On factorise numérateur et dénominateur par leur terme dominant respectif ; les parties restantes tendent vers 1, et seul le quotient des termes dominants détermine la limite.
Quelle est x→2limx−2x2−4 ?
Explication :x2−4=(x−2)(x+2), donc pour x=2, x−2x2−4=x+2. D'où x→2limx−2x2−4=x→2lim(x+2)=4.
Quelle est x→+∞lim(−3x3+5x2−1) ?
Explication : C'est une forme ∞−∞ : on garde le terme de plus haut degré, −3x3. Comme limx→+∞x3=+∞ et que le coefficient −3 est négatif, limx→+∞(−3x3)=−∞.
Quelle est x→+∞lim5x2+x−43x2−2x+1 ?
Explication : Numérateur et dénominateur ont le même degré (2) : la limite est la même que celle de 5x23x2=53.
Quelle est x→−∞limx2−32x+1 ?
Explication : Le degré du dénominateur (2) est plus grand que celui du numérateur (1) : la limite est la même que celle de x22x=x2, qui tend vers 0.
Quelle est x→+∞limx−1x3 ?
Explication : Le degré du numérateur (3) est plus grand que celui du dénominateur (1) : la limite est la même que celle de xx3=x2, qui tend vers +∞.
Soit f(x)=x−12x+1. Quelles sont les équations des asymptotes de sa courbe ?
Explication :f est définie sur R∖{1} ; au voisinage de 1, le dénominateur tend vers 0 alors que le numérateur tend vers 3=0 : asymptote verticale x=1. En ±∞, f a la même limite que x2x=2 : asymptote horizontale y=2.
Une fonction f est continue en a lorsque :
Explication : La continuité en a exige deux choses à la fois : que la limite existe, et qu'elle soit égale à la valeur f(a). C'est ce qui permet de tracer la courbe sans lever le crayon.
Soit f définie par f(x)=x+1 si x⩽2, et f(x)=2x−2 si x>2. f est-elle continue en 2 ?
Explication :f(2)=3, x→2−limf(x)=3, mais x→2+limf(x)=2×2−2=2. Les limites à gauche et à droite diffèrent : la limite en 2 n'existe pas, donc f est discontinue en 2, même si f(2) existe.
Laquelle de ces affirmations sur la continuité est vraie ?
Explication : Les polynômes sont continus sur R tout entier. La fonction inverse n'est même pas définie en 0 (donc pas continue sur R entier), et la racine carrée n'est définie que sur [0;+∞[.
Piège classique : pour x très négatif (x→−∞), x2 est égal à :
Explication :x2=∣x∣, et pour x<0, ∣x∣=−x (un nombre positif). Oublier ce signe est une erreur fréquente qui inverse complètement la nature d'une limite en −∞.
Atelier textile (Abidjan). Le coût moyen par pièce d'un atelier de confection est A(x)=x800000+2500 (en F CFA), pour x pièces produites. Quelle est x→+∞limA(x), et que signifie-t-elle ?
Explication : Quand x→+∞, x800000→0, donc A(x)→2500 : sur une très grande série, les coûts fixes se répartissent sur tant de pièces qu'ils deviennent négligeables, et le coût moyen se rapproche du seul coût variable ; y=2500 est asymptote horizontale.
Cars rapides (Bamako). Un réseau de transport facture 200 F CFA pour une distance d telle que 0<d⩽5 km, et 350 F CFA pour 5<d⩽10 km. Que peut-on dire de la fonction prix P en d=5 ?
Explication :d→5−limP(d)=200 (on reste dans le 1ᵉʳ palier) tandis que d→5+limP(d)=350 (on entre dans le 2ᵉ palier). Ces deux limites étant différentes, la limite en 5 n'existe pas : P est discontinue en d=5, comme à chaque changement de palier.