Découvrir les suites, les suites arithmétiques et géométriques.
MathématiquesPremièreChapitre 3 / 13⏱ 10 h
Ce que tu sauras faire à la fin
Reconnaître la nature d'une suite
Calculer un terme de rang n et une somme de termes
Modéliser une évolution par une suite
Une population qui augmente chaque année d’un même pourcentage, un capital qui rapporte des intérêts année après année, le nombre de plis d’une feuille pliée en deux encore et encore : dans chacun de ces cas, on fabrique une nouvelle valeur à partir de la précédente, indéfiniment. C’est exactement l’objet de ce chapitre : les suites numériques, des listes infinies de nombres rangés dans un ordre précis, un pour chaque entier naturel 0,1,2,3,…
Tu connais déjà les fonctions, qui associent un nombre réel x à un nombre f(x), pour x parcourant un intervalle. Une suite est une cousine des fonctions : elle associe elle aussi un nombre à un autre nombre, mais seulement pour les entiers naturels n=0,1,2,3,… Cette différence, en apparence mineure, change beaucoup de choses : on ne trace plus une courbe continue, mais un nuage de points ; et une suite peut se construire de deux façons radicalement différentes, que tu vas apprendre à distinguer.
Les suites sont partout dès qu’il s’agit de modéliser une évolution répétée dans le temps : l’épargne d’un compte bancaire à Bamako, la population d’Abéché, la valeur d’une voiture qui se déprécie à Douala, la cagnotte d’une tontine à Dakar. À la fin de ce chapitre, tu sauras reconnaître la nature d’une suite, calculer n’importe lequel de ses termes, additionner ses premiers termes, et surtout choisir le bon modèle pour une situation concrète.
Le programme se déroule ainsi : définitions et façons de construire une suite, représentation graphique, sens de variation, puis les deux familles reines — suites arithmétiques et suites géométriques — avec, pour chacune, la formule du terme général et celle de la somme des premiers termes, toutes deux démontrées. Le chapitre se referme sur des situations de modélisation authentiques.
1Définition, modes de génération
Définition
Une suite numérique(un) est une liste ordonnée de nombres réels, un pour chaque entier naturel n (à partir d’un certain rang, souvent 0 ou 1). Le nombre associé à l’entier n se note un — on lit « u indice n » — et s’appelle le terme de rang n (ou terme d’indice n).
On note la suite entière (un), ou (un)n∈N ; u0 est le premier terme (si la suite démarre à 0), u1 le deuxième, un et un+1 sont deux termes consécutifs.
Attention
Ne confonds jamais un avec un produit « u fois n » : l’indice n est un repère de position dans la liste, pas un facteur. De même, un+1 n’est pas « un+1 » : c’est le terme suivantun, pas un augmenté de 1.
Il existe deux façons fondamentalement différentes de définir une suite : donner une formule explicite, ou donner une relation de récurrence.
1.1 Génération par une formule explicite
Définition
Une suite (un) est définie de manière explicite lorsqu’il existe une fonction f telle que, pour tout n :
un=f(n)
Chaque terme se calcule directement, sans connaître les termes précédents.
Exemple — suite explicite un=3n−2
u0=3×0−2=−2
u1=3×1−2=1
u5=3×5−2=13
u10=3×10−2=28on obtient u10 sans calculer les termes intermédiaires
1.2 Génération par récurrence
Définition
Une suite (un) est définie par récurrence lorsqu’on donne son premier terme u0, et une relation qui exprime chaque terme en fonction du précédent :
un+1=f(un)
Pour connaître un, il faut alors calculer tous les termes qui le précèdent, l’un après l’autre.
Exemple — suite récurrente u0=1, un+1=0,5un+2
u0=1
u1=0,5×1+2=2,5
u2=0,5×2,5+2=3,25
u3=0,5×3,25+2=3,625
u4=0,5×3,625+2=3,8125
Attention
Avec une définition par récurrence, il est impossible de sauter directement à u10 : il faut d’abord obtenir u1,u2,…,u9. C’est la différence essentielle avec une suite explicite, où chaque terme s’obtient indépendamment des autres.
Math & Co — Le lapin de Fibonacci
En 1202, le marchand et mathématicien italien Léonard de Pise, dit Fibonacci, publie le Liber Abaci (« Livre du calcul »), qui introduit en Europe les chiffres indo-arabes. Il y pose un problème resté célèbre : un couple de lapins produit chaque mois un nouveau couple, lequel devient productif au bout d’un mois. Combien de couples au bout d’un an ?
La suite obtenue vérifie la relation de récurrence Fn+2=Fn+1+Fn, avec F0=0 et F1=1 : 0,1,1,2,3,5,8,13,21,… Cette suite de Fibonacci, définie uniquement par récurrence (aucune formule explicite simple ne la donne directement), réapparaît depuis dans la disposition des graines de tournesol, les spirales de coquillages et la phyllotaxie des plantes.
2Représentation graphique
Une suite n’étant définie que pour les entiers naturels, sa représentation graphique n’est jamais une courbe continue : c’est un nuage de points isolés.
2.1 Nuage de points
Méthode — représenter une suite (un)
Dans un repère, on place en abscisse le rang n et en ordonnée le terme un : chaque terme donne un point de coordonnées (n;un). On place autant de points que de termes calculés, sans les relier.
Attention
Ne relie jamais les points d’une suite par un trait continu : entre n=2 et n=3, il n’existe aucun terme u2,5. Une suite n’est définie que sur N, et un trait continu suggérerait à tort qu’elle l’est aussi sur les nombres décimaux.
2.2 Construire une suite récurrente sur un graphique
Méthode — construction en escalier de un+1=f(un)
Pour une suite définie par récurrence, on trace dans un même repère la courbe de f et la droite d’équation y=x (la droite des repères). On construit alors les termes successifs par des allers-retours :
on place u0 sur l’axe des abscisses ;
on monte (ou descend) verticalement jusqu’à la courbe de f : on atteint la hauteur u1=f(u0) ;
on se déplace horizontalement jusqu’à la droite y=x : cela reporte u1 sur l’axe des abscisses ;
on répète le procédé pour obtenir u2, puis u3, etc.
Figure 1 — L’escalier se resserre autour du point fixe 4 (intersection de y=x et y=f(x)) : les termes u0=1, u1=2,5, u2=3,25, u3=3,625, u4=3,8125 semblent se rapprocher de 4 sans jamais l’atteindre.
Exemple — lecture de la figure
Sur la figure 1, l’escalier tracé à partir de u0=1 « s’enroule » autour du point où la droite y=x coupe la courbe de f, c’est-à-dire le point d’abscisse 4 (solution de x=0,5x+2). On observe graphiquement que les termes se rapprochent de 4 ; nous justifierons cette observation de façon rigoureuse à la section 5.2, avec les suites géométriques.
3Sens de variation
Une suite peut « monter », « descendre », rester immobile, ou changer plusieurs fois de comportement. Étudier son sens de variation, c’est déterminer comment un évolue lorsque n augmente.
Définition
Soit (un) une suite.
(un) est croissante lorsque, pour tout n, un+1⩾un (strictement croissante si un+1>un) ;
(un) est décroissante lorsque, pour tout n, un+1⩽un (strictement décroissante si un+1<un) ;
(un) est constante lorsque, pour tout n, un+1=un ;
(un) est monotone lorsqu’elle est croissante sur tout son domaine, ou décroissante sur tout son domaine.
3.1 Étudier le signe de un+1−un
Méthode — la différence, valable pour toute suite
On calcule un+1−un, on la factorise ou on la simplifie, puis on détermine son signe pour tout n. Un signe constant donne le sens de variation ; un signe qui change signale une suite non monotone.
Exemple — un=n2−3n
un+1−un=[(n+1)2−3(n+1)]−[n2−3n]
=n2+2n+1−3n−3−n2+3n
=2n−2
=2(n−1)
Le facteur 2 est positif ; le signe de un+1−un est donc celui de n−1 : négatif pour n=0, nul pour n=1, strictement positif pour n⩾2. La suite (un)n’est pas monotone : elle décroît de u0 à u1, puis croît strictement à partir du rang 1.
3.2 Termes strictement positifs : comparer le quotient à 1
Méthode — le quotient, si tous les termes sont strictement positifs
Lorsque tous les termes d’une suite sont strictement positifs, on peut comparer unun+1 à 1 : si ce quotient est >1 pour tout n, la suite est croissante ; s’il est <1, elle est décroissante.
Exemple — un=3n
unun+1=3n3n+1
=3
Tous les termes 3n sont strictement positifs, et le quotient vaut 3>1 pour tout n : la suite (un) est strictement croissante.
Attention
La méthode du quotient exige que tous les termes soient de même signe (strictement positifs, le plus souvent) : diviser par un terme négatif ou nul n’a aucun sens ou inverse les inégalités. Et vérifier le sens de variation sur seulement quelques termes ne prouve rien : il faut un argument valable pour toutn.
4Suites arithmétiques : terme général et somme
Définition
Une suite (un) est arithmétique lorsqu’il existe un nombre réel r, appelé raison, tel que, pour tout n :
un+1=un+r
Autrement dit, on passe d’un terme au suivant en ajoutant toujours le même nombrer.
4.1 Terme général
Théorème
Si (un) est arithmétique de raison r et de premier terme u0, alors pour tout n :
un=u0+nr
Plus généralement, pour deux rangs quelconques p et n :
un=up+(n−p)r
Démonstration (par récurrence)
Montrons par récurrence sur n la propriété P(n) : « un=u0+nr ».
Initialisation. Pour n=0 : u0+0×r=u0, ce qui est bien vrai. P(0) est vérifiée.
Hérédité. Supposons P(n) vraie pour un certain rang n, c’est-à-dire un=u0+nr. Montrons que P(n+1) est vraie.
un+1=un+rdéfinition d’une suite arithmétique
=(u0+nr)+rhypothèse de récurrence
=u0+(n+1)r
P(n+1) est donc vraie. Conclusion.P(0) est vraie, et P(n)⇒P(n+1) pour tout n : par récurrence, P(n) est vraie pour tout entier naturel n. C.Q.F.D.
Exemple — u0=2, r=3
un=2+3n
u20=2+3×20
=62
Propriété — sens de variation
Puisque un+1−un=r pour tout n (méthode de la différence, section 3.1), le sens de variation d’une suite arithmétique se lit directement sur le signe de sa raison :
si r>0 : la suite est strictement croissante ;
si r<0 : la suite est strictement décroissante ;
si r=0 : la suite est constante.
Figure 2 — Les points (n;un) d’une suite arithmétique sont toujours alignés : ils appartiennent à la droite d’équation y=rn+u0, ici y=3n+2.
Attention
Pour résoudre une équation du type un=100, on remplace un par sa formule explicite et on résout l’équation du premier degré obtenue en n — mais le résultat doit être un entier naturel pour correspondre à un rang réel de la suite.
4.2 Somme des n premiers termes
Math & Co — le jeune Gauss et la somme de 1 à 100
Vers 1787, à l’école de Brunswick (Allemagne), l’instituteur Büttner, pour occuper longtemps sa classe, demande à ses élèves de calculer la somme 1+2+3+⋯+100. Le jeune Carl Friedrich Gauss, alors âgé d’une dizaine d’années, pose sa réponse — 5050 — presque instantanément.
Son idée : regrouper les nombres par paires dont la somme est constante — 1+100=101, 2+99=101, 3+98=101… — il y a 50 paires de somme 101, d’où le total 50×101=5050. Devenu l’un des plus grands mathématiciens de l’histoire, Gauss généralisera cette idée bien au-delà de ce premier exploit d’écolier.
Théorème
Pour tout entier n⩾1 :
1+2+3+⋯+n=2n(n+1)
Plus généralement, la somme S des termes consécutifs d’une suite arithmétique, du rang p au rang n, vaut :
S=up+up+1+⋯+un=(nombre de termes)×2premier terme+dernier terme
avec nombre de termes=n−p+1.
Démonstration (méthode de Gauss)
Notons S=up+up+1+⋯+un, somme de N=n−p+1 termes. Écrivons cette somme deux fois, une fois dans chaque sens, puis additionnons terme à terme :
S=up+up+1+⋯+un
S=un+un−1+⋯+upla même somme, écrite à l’envers
⇒2S=(up+un)+(up+1+un−1)+⋯+(un+up)
Or, dans une suite arithmétique, deux termes « symétriques » ont toujours la même somme : chaque fois qu’on avance d’un rang à gauche, on ajoute r ; chaque fois qu’on avance d’un rang à droite dans l’écriture inversée, on retranche r — les deux effets se compensent. Chacune des N parenthèses vaut donc up+un.
2S=N×(up+un)
⇒S=N×2up+un
C.Q.F.D. Le cas 1+2+⋯+n correspond à uk=k, p=1 : S=n×21+n=2n(n+1).
Exemple — somme des 20 premiers termes de u0=2, r=3
nombre de termes de u0 à u19 : 19−0+1=20
u19=2+3×19=59
S=20×2u0+u19
=20×22+59
=610
Attention
Le nombre de termes entre les rangs p et n (inclus) vaut n−p+1, pasn−p : oublier le « +1 » est l’erreur la plus fréquente sur les sommes. Vérifie sur un petit cas : de u0 à u2, il y a bien 3 termes (u0,u1,u2), et 2−0+1=3.
5Suites géométriques : terme général et somme
Définition
Une suite (un) est géométrique lorsqu’il existe un nombre réel qnon nul, appelé raison, tel que, pour tout n :
un+1=q×un
On passe d’un terme au suivant en le multipliant toujours par le même nombreq. Si u0=0, tous les termes sont non nuls.
5.1 Terme général
Théorème
Si (un) est géométrique de raison q et de premier terme u0, alors pour tout n :
un=u0×qn
Plus généralement, pour deux rangs p et n : un=up×qn−p.
P(n+1) est vraie. Par principe de récurrence, P(n) est vraie pour tout n. C.Q.F.D.
Exemple — u0=3, q=2
un=3×2n
u10=3×210
=3×1024
=3072
Figure 3 — Les points d’une suite géométrique de raison q>1 ne sont pas alignés : ils s’écartent de plus en plus de l’axe des abscisses, sur une courbe qui rappelle une exponentielle.
5.2 Sens de variation, et limite intuitive de qn
Propriété — sens de variation (cas u0>0)
Raison q
0<q<1
q=1
q>1
q<0
Sens de variation
décroissante
constante
croissante
ni croissante ni décroissante
(Si u0<0, tous les sens de variation ci-dessus s’inversent.) Pour q<0, les termes changent de signe à chaque rang : la suite oscille, elle n’est pas monotone.
Que devient qn quand n grandit indéfiniment ? Observe le tableau suivant, obtenu à la calculatrice :
qn
n=5
n=20
q=1,5
7,59
3325
q=0,5
0,03125
≈0
q=−0,5
−0,03125
≈0
q=−1,5
−7,59
3325
Propriété (admise) — comportement de qn quand n→+∞
si q>1 : qn devient infiniment grand ;
si q=1 : qn=1 pour tout n (constant) ;
si −1<q<1 : qn se rapproche de 0 ;
si q⩽−1 : qn oscille (indéfiniment si q<−1), sans jamais se stabiliser.
Ainsi, dans l’exemple un+1=0,5un+2 de la figure 1, la suite auxiliaire vn=un−4 est géométrique de raison 0,5 : comme −1<0,5<1, vn se rapproche de 0, donc un se rapproche de 4 — exactement ce que l’escalier laissait deviner.
5.3 Somme des n premiers termes
Théorème
Pour tout q=1 et tout entier n⩾0 :
1+q+q2+⋯+qn=1−q1−qn+1
Plus généralement, la somme S de N termes consécutifs d’une suite géométrique de raison q=1, à partir du premier terme utilisé up, vaut :
S=up×1−q1−qN
Si q=1, tous les termes sont égaux et S=N×up.
Démonstration (télescopage)
Notons S=1+q+q2+⋯+qn. Multiplions S par q, puis calculons S−qS :
qS=q+q2+q3+⋯+qn+1
S−qS=(1+q+⋯+qn)−(q+q2+⋯+qn+1)
=1−qn+1tous les termes intermédiaires s’éliminent deux à deux
(1−q)S=1−qn+1
⇒S=1−q1−qn+1car q=1, donc 1−q=0
C.Q.F.D.
Exemple — somme des 8 premiers termes de u0=1, q=1,4
S=1×1−1,41−1,48
=−0,41−14,76
≈34,4
Figure 4 — Sur 8 rangs, la somme arithmétique (u0=2, r=3) reste en tête ; mais la somme géométrique (u0=1, q=1,4) accélère, et son rythme de croissance finit toujours par dépasser celui d’une somme arithmétique, quel que soit son retard de départ.
Attention
La formule de la somme géométrique ne s’applique pas si q=1 (division par 1−q=0 interdite) : dans ce cas, la somme de N termes tous égaux à up vaut simplement N×up.
6Modélisation (épargne, population, dépréciation)
Face à une situation concrète, reconnaître qu’elle se modélise par une suite arithmétique ou géométrique est une compétence essentielle du programme — et très présente dans la vie économique et sociale.
Méthode — modéliser une situation par une suite
Choisir la grandeur qui évolue dans le temps, et noter un sa valeur au rang n (souvent une année, un mois…) ;
identifier u0, la valeur de départ ;
traduire l’énoncé en une relation entre un+1 et un : une augmentation (ou diminution) d’un montant fixe donne une suite arithmétique ; une augmentation (ou diminution) d’un pourcentage fixe donne une suite géométrique.
6.1 Intérêts simples et intérêts composés
Définition
Un capital C0 placé au taux annuel t évolue différemment selon le contrat :
intérêts simples : l’intérêt, calculé chaque année sur le capital initial, est ajouté — la suite des capitaux (Cn) est arithmétique de raison r=C0×t ;
intérêts composés : l’intérêt, calculé chaque année sur le capital de l’année précédente, est ajouté — la suite des capitaux (Cn) est géométrique de raison q=1+t.
Exemple — 100000 F CFA placés à 5% pendant 10 ans
intérêts simples : Cn=100000×(1+0,05n)
C10=100000×1,5=150000 F CFA
intérêts composés : Cn=100000×1,05n
C10=100000×1,0510≈162889 F CFA
Figure 5 — La suite arithmétique (intérêts simples, en orange) et la suite géométrique (intérêts composés, en vert) partent du même capital ; l’écart entre les deux se creuse chaque année davantage.
6.2 Évolution d’une population
Exemple — population d’Abéché (Tchad)
La population d’Abéché est estimée à 90000 habitants, avec une croissance annuelle de 3%. On modélise la population de l’année n par une suite géométrique (Pn) de raison q=1,03.
Pn=90000×1,03n
P12=90000×1,0312
≈128318 habitants
Figure 6 — La population d’Abéché, modélisée par une suite géométrique de raison 1,03, suit une courbe qui s’élève de plus en plus vite : c’est la signature d’une croissance exponentielle.
6.3 Dépréciation et tontines
Exemple — dépréciation d’un véhicule (Douala)
Un véhicule acheté 8000000 F CFA à Douala perd 12% de sa valeur chaque année. Sa valeur (Vn) est géométrique de raison q=1−0,12=0,88.
Vn=8000000×0,88n
V5=8000000×0,885
≈4181000 F CFA
Exemple — une tontine progressive à Dakar
Fatou anime une tontine (épargne collective très répandue en Afrique de l’Ouest) où chaque membre verse chaque mois 1000 F CFA de plus que le mois précédent : 1000 F CFA le premier mois, 2000 le deuxième, etc. — suite arithmétique de raison r=1000, premier terme u1=1000.
total versé en 12 mois =12×2u1+u12
u12=1000+11×1000=12000
=12×21000+12000
=78000 F CFA
Attention
« Augmenter de 10% chaque année » signifie multiplier par 1,10 (raison géométrique), pas ajouter 10 à chaque terme. Inversement, « augmenter de 10 unités chaque année » est une raison arithmétique. Bien lire l’énoncé : montant fixe → arithmétique ; pourcentage fixe → géométrique.
Fiche mémo
Suite explicite : un=f(n) ; suite récurrente : un+1=f(un), u0 donné (il faut tous les termes précédents).
Représentation : nuage de points (n;un), jamais relié par un trait continu.
Sens de variation : signe de un+1−un (toujours valable), ou comparaison de unun+1 à 1 (si termes >0).
Arithmétique : un+1=un+r ; terme général un=u0+nr ; r>0 croissante, r<0 décroissante.
Somme arithmétique : (nb termes)×2premier+dernier ; en particulier 1+2+⋯+n=2n(n+1).
Géométrique : un+1=qun ; terme général un=u0qn.
Somme géométrique (q=1) : up×1−q1−qN, avec N le nombre de termes.
Comportement de qn : →+∞ si q>1 ; →0 si −1<q<1 ; =1 si q=1 ; oscille sans limite si q⩽−1.
Nombre de termes entre les rangs p et n inclus : n−p+1.
Intérêts simples = arithmétique ; intérêts composés = géométrique (toujours plus avantageux à long terme).
7Exercices corrigés
Niveau 1 — Application directe
1
Soit (un) définie explicitement par un=4n−7. Calcule u0, u1 et u8, puis résous l’équation un=101.
Voir le corrigé détaillé
u0=4×0−7=−7
u1=4×1−7=−3
u8=4×8−7=25
4n−7=101
⇒n=27
u27=101.
2
Soit (un) définie par récurrence par u0=5 et un+1=3un−4. Calcule u1, u2 et u3.
Voir le corrigé détaillé
u1=3×5−4=11
u2=3×11−4=29
u3=3×29−4=83
3
Précise, en justifiant, si chaque suite est arithmétique, géométrique, ou ni l’une ni l’autre : a)un=7−2n ; b)un=5×3n ; c)un=n2 ; d)v0=1, vn+1=vn+6.
Voir le corrigé détaillé
a)un+1−un=−2 (constant) : arithmétique de raison −2. b)unun+1=3 (constant) : géométrique de raison 3. c)u1−u0=1 et u2−u1=3 : différence non constante, et u0u1 n’existe pas (u0=0) : ni l’une ni l’autre. d) par définition vn+1−vn=6 : arithmétique de raison 6.
4
(un) est arithmétique, u0=12, r=−5. Calcule u15, puis détermine si −100 est un terme de la suite.
Voir le corrigé détaillé
u15=12+15×(−5)=−63
12−5n=−100
⇒n=5112=22,4
n n’est pas un entier naturel : −100 n’est pas un terme de la suite.
5
(un) est géométrique, u0=5, q=2. Calcule u8 et la somme S=u0+u1+⋯+u5.
Voir le corrigé détaillé
u8=5×28=1280
S=5×1−21−26
=5×−1−63
=315
Niveau 2 — Approfondissement
6
Calcule la somme 5+9+13+⋯+201.
Voir le corrigé détaillé
Suite arithmétique de premier terme 5, de raison 4. Nombre de termes N tel que le dernier terme vaille 201 :
5+4(N−1)=201
⇒N−1=49
⇒N=50
S=50×25+201
=5150
7
Chaque mois, Awa met de côté le double du mois précédent, en commençant par 200 F CFA le premier mois. Calcule le total économisé après 8 mois.
Voir le corrigé détaillé
Suite géométrique, u1=200, q=2, N=8 termes.
S=200×1−21−28
=200×−1−255
=51000 F CFA
8
(un) est définie par u0=2, un+1=0,5un+3. On pose vn=un−6.
Montre que (vn) est géométrique ; précise sa raison et son premier terme.
Exprime un en fonction de n.
Détermine le comportement de un quand n→+∞.
Voir le corrigé détaillé
1.
vn+1=un+1−6=0,5un+3−6
=0,5un−3
=0,5(un−6)
=0,5vn
(vn) est géométrique de raison 0,5, et v0=u0−6=−4.
2.
vn=−4×0,5n
⇒un=6−4×0,5n
3. Comme −1<0,5<1, 0,5n se rapproche de 0 quand n→+∞ : donc un se rapproche de 6.
9
Pour q=0,8, puis q=1,2, puis q=−1,2, précise si la suite (qn) est monotone, et son comportement quand n→+∞.
Voir le corrigé détaillé
q=0,8 : 0<q<1, suite strictement décroissante, tous les termes positifs ; qn se rapproche de 0. q=1,2 : q>1, suite strictement croissante ; qn devient infiniment grand. q=−1,2 : q<−1, les termes alternent de signe, la suite n’est pas monotone ; qn oscille en s’amplifiant, sans jamais se stabiliser.
Niveau 3 — Défi
10
À Ndjamena, deux offres d’épargne partent d’un dépôt de 50000 F CFA. L’offre A ajoute 5000 F CFA chaque mois ; l’offre B augmente de 8% chaque mois.
Exprime An et Bn, montants après n mois.
Calcule A6 et B6.
Détermine, à l’aide d’un tableau de valeurs, à partir de quel mois l’offre B dépasse l’offre A.
3. Au mois 6, B6<A6 ; au mois 7, B7>A7. L’offre B dépasse donc l’offre A à partir du 7e mois — signature typique d’une croissance géométrique qui finit par l’emporter sur une croissance arithmétique.
11
Soit (un) définie par u0=1 et un+1=2un+1.
Calcule u1, u2, u3, et conjecture une expression explicite de un.
Démontre par récurrence que, pour tout n, un=2n+1−1.
Déduis-en le sens de variation de (un) et son comportement quand n→+∞.
P(n+1) est vraie. Par récurrence, P(n) est vraie pour tout n. C.Q.F.D.
3.
un+1−un=2n+2−2n+1
=2n+1(2−1)=2n+1>0
(un) est strictement croissante. Comme 2n→+∞ (raison 2>1), un=2×2n−1→+∞.
12
Soit (un) arithmétique de raison r=2, u0=1. On pose vn=3un.
Montre que (vn) est géométrique ; précise sa raison et v0.
Exprime vn en fonction de n.
Calcule v0+v1+⋯+v5.
Voir le corrigé détaillé
1.
vnvn+1=3un3un+1=3un+1−un
=3r=32=9
(vn) est géométrique de raison 9, et v0=3u0=31=3.
2.vn=3×9n.
3.
S=3×1−91−96
=3×−8−531440
=199290
Niveau 4 — Problèmes de vie courante
13
Tontine de quartier (Dakar). Le premier mois, une tontine collecte 45000 F CFA. Chaque mois suivant, de nouveaux membres rejoignent le groupe et la cagnotte augmente de 3000 F CFA.
Donne la nature de la suite des cagnottes (Cn), son premier terme et sa raison.
Calcule la cagnotte du 10e mois.
Calcule le total cumulé collecté sur les 10 premiers mois.
Voir le corrigé détaillé
1. Suite arithmétique, C1=45000, r=3000.
2.
C10=45000+9×3000
=72000 F CFA
3.
Total =10×2C1+C10
=10×245000+72000
=585000 F CFA
14
Population de Ndjamena. La population de Ndjamena est estimée à 1200000 habitants, avec un taux de croissance annuel de 4%.
Modélise la population Pn par une suite géométrique : donne P0 et q.
Calcule P10.
À l’aide d’un tableau de valeurs, détermine à partir de quelle année la population dépasse 2000000 d’habitants.
Voir le corrigé détaillé
1.P0=1200000, q=1,04, Pn=1200000×1,04n.
2.
P10=1200000×1,0410
≈1776293 habitants
n
13
14
Pn
≈1998088
≈2078011
3.P13 est encore inférieur à 2000000, P14 le dépasse : la population franchit 2000000 d’habitants à partir de la 14e année.
15
Location-vente d’une moto (Abidjan). Une moto achetée 1500000 F CFA à Abidjan se déprécie de 8% par an.
Donne la nature de la suite des valeurs (Vn) et sa raison q.
Calcule la valeur de la moto après 6 ans.
À l’aide d’un tableau de valeurs, détermine à partir de quelle année la valeur passe sous 800000 F CFA.
Voir le corrigé détaillé
1. Suite géométrique, V0=1500000, q=1−0,08=0,92.
2.
V6=1500000×0,926
≈909533 F CFA
n
7
8
Vn
≈836771
≈769829
3.V7 dépasse encore 800000, V8 passe en dessous : la valeur descend sous 800000 F CFA à partir de la 8e année.
16
Épargne bancaire (Bamako). Ibrahim place 300000 F CFA à Bamako, au taux annuel de 6% en intérêts composés.
Exprime le capital Cn après n années.
Calcule C5.
Détermine, par tâtonnement, au bout de combien d’années le capital aura doublé.
Voir le corrigé détaillé
1.Cn=300000×1,06n (suite géométrique de raison 1,06).
2.
C5=300000×1,065
≈401468 F CFA
3. Le capital double lorsque 1,06n⩾2.
n
11
12
Cn
≈569490
≈603659
C11 est encore inférieur à 600000, C12 le dépasse : le capital a doublé à partir de la 12e année.
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8 questions
Second degré : discriminant et signe du trinôme
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📝 QCM de fin de leçon — 20 questions
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Une suite (un) est définie de manière explicite lorsque :
Explication : Une suite explicite fournit une fonction f telle que un=f(n) pour tout n : chaque terme s'obtient directement, sans passer par les précédents — contrairement à une suite récurrente.
Que désigne un+1 dans l'écriture d'une suite ?
Explication : L'indice est un repère de position, pas un facteur. un+1 est le terme suivantun dans la liste, pas « un augmenté de 1 ».
La représentation graphique d'une suite (un) est :
Explication : Une suite n'est définie que sur N : entre n=2 et n=3, il n'existe aucun terme intermédiaire. On place donc des points isolés, sans les relier.
Pour étudier le sens de variation d'une suite quelconque, la méthode toujours valable consiste à étudier le signe de :
Explication : Le signe de la différence un+1−un donne directement le sens de variation, et c'est la seule méthode valable pour toute suite, quel que soit le signe de ses termes.
La méthode qui compare unun+1 à 1 pour étudier le sens de variation n'est valable que si :
Explication : Diviser par un terme négatif ou nul n'a pas de sens ou inverse les inégalités : la méthode du quotient exige que tous les termes soient de même signe, strictement positifs le plus souvent.
Une suite (un) est dite arithmétique de raison r lorsque, pour tout n :
Explication : C'est la définition même d'une suite arithmétique : on passe d'un terme au suivant en ajoutant toujours le même nombre r.
(un) est arithmétique, u0=2, r=3. Calcule u20.
Explication :un=u0+nr, donc u20=2+3×20=2+60=62.
(un) est arithmétique, u0=2, r=3. Quelle est la somme S=u0+u1+⋯+u19 (20 termes) ?
Une suite (un) est dite géométrique de raison q (q=0) lorsque, pour tout n :
Explication : C'est la définition d'une suite géométrique : on passe d'un terme au suivant en le multipliant toujours par le même nombre q.
(un) est géométrique, u0=3, q=2. Calcule u10.
Explication :un=u0×qn, donc u10=3×210=3×1024=3072.
Quand n→+∞, si −1<q<1, alors qn :
Explication : C'est la propriété admise du programme : pour −1<q<1, qn se rapproche de 0 quand n grandit indéfiniment.
Pour q=1, la somme 1+q+q2+⋯+qn vaut :
Explication : C'est le théorème démontré par télescopage (en calculant S−qS) : 1+q+⋯+qn=1−q1−qn+1, valable pour q=1.
Si la raison q d'une suite géométrique vaut 1, la somme de N termes consécutifs à partir de up égale :
Explication : La formule générale ne s'applique pas si q=1 (division par 1−q=0 interdite) : dans ce cas, tous les termes sont égaux à up, donc la somme de N termes vaut simplement N×up.
Un capital placé à intérêts composés au taux annuel t forme une suite :
Explication : Aux intérêts composés, l'intérêt se calcule chaque année sur le capital de l'année précédente : la suite des capitaux est géométrique de raison q=1+t. (La raison C0×t est celle des intérêts simples, qui donnent une suite arithmétique.)
100000 F CFA sont placés à 5% pendant 10 ans, à intérêts composés. Quel est le capital final, arrondi ?
Explication :C10=100000×1,0510≈162889 F CFA. La valeur 150000 F CFA correspondrait à des intérêts simples, moins avantageux.
La population d'Abéché (90000 habitants, croissance de 3% par an) est modélisée par Pn=90000×1,03n. Quelle est la population après 12 ans, arrondie ?
Explication :P12=90000×1,0312≈128318 habitants : la croissance géométrique s'accélère avec le temps.
Un véhicule acheté 8000000 F CFA à Douala perd 12% de sa valeur chaque année. Quelle est sa valeur après 5 ans, arrondie ?
Explication :Vn=8000000×0,88n, donc V5=8000000×0,885≈4181000 F CFA. Attention à ne pas soustraire 12% de façon linéaire (piège des réponses a et b).
Dans une tontine à Dakar, chaque membre verse 1000 F CFA de plus chaque mois que le mois précédent (1000 F CFA le premier mois). Quel est le total versé en 12 mois ?
Explication : Suite arithmétique, u1=1000, r=1000, u12=12000. Total =12×21000+12000=12×6500=78000 F CFA.
« Une grandeur augmente de 10% chaque année » se traduit par une suite :
Explication : « Augmenter de 10% » signifie multiplier par 1,10 : c'est une raison géométrique, pas arithmétique. Piège classique : confondre pourcentage fixe (géométrique) et montant fixe (arithmétique).
Soit u0=2 et un+1=0,5un+3. En posant vn=un−6, on montre que (vn) est géométrique de raison 0,5. Que peut-on en conclure sur le comportement de (un) quand n→+∞ ?
Explication : Comme −1<0,5<1, vn=un−6 se rapproche de 0 quand n→+∞ (raison géométrique entre −1 et 1) ; donc un=vn+6 se rapproche de 6.