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Radioactivité et décroissance radioactive

Étudier la stabilité des noyaux et la loi de décroissance.

Physique Terminale Chapitre 9 / 11 ⏱ 10 h

Ce que tu sauras faire à la fin

  • Écrire une équation de désintégration
  • Appliquer la loi de décroissance
  • Calculer une demi-vie et dater un échantillon

Regarde autour de toi : le détecteur de fumée fixé au plafond, l’examen de scintigraphie prescrit par un médecin, la datation d’un site archéologique retrouvé dans le désert du Djourab, la centrale qui alimente une ville en électricité — tous ces objets et toutes ces techniques reposent sur un même phénomène naturel, invisible et permanent : certains noyaux atomiques sont instables et se transforment spontanément en libérant de l’énergie. C’est ce phénomène, la radioactivité, que tu vas étudier dans ce chapitre.

Tout commence en 1896, par un heureux hasard de laboratoire : Henri Becquerel range dans un tiroir, à l’abri de la lumière, un sel d’uranium posé sur une plaque photographique — et découvre, quelques jours plus tard, que la plaque a noirci, alors qu’elle n’a reçu aucune lumière. L’uranium émet donc, spontanément et sans aucune intervention extérieure, un rayonnement capable de traverser le papier noir. Une page entièrement nouvelle de la physique vient de s’ouvrir, et deux jeunes chercheurs, Marie et Pierre Curie, vont l’écrire avec lui.

Jusqu’ici, tu as étudié l’atome et ses transformations chimiques : les électrons se réorganisent, mais les noyaux, eux, restent parfaitement intacts. Ce chapitre change radicalement d’échelle : c’est le noyau lui-même qui se transforme, en éjectant des particules ou en libérant de l’énergie sous forme de rayonnement. Cette transformation nucléaire obéit à une loi mathématique d’une remarquable simplicité — une décroissance exponentielle — que tu vas démontrer et savoir utiliser pour dater des objets vieux de plusieurs milliers d’années, calculer l’activité d’une source médicale, ou dimensionner une protection contre les rayonnements.

À la fin de ce chapitre, tu sauras écrire l’équation d’une désintégration en respectant les lois de conservation, appliquer la loi de décroissance radioactive pour calculer un nombre de noyaux, une masse ou une activité à un instant donné, et calculer une demi-vie pour dater un échantillon — une compétence directement mobilisable au baccalauréat comme dans de nombreux métiers scientifiques.

1Le noyau : composition, isotopes

Reprenons depuis le cœur de l’atome. Un atome est constitué d’un noyau, minuscule et très dense, autour duquel se répartissent des électrons. C’est ce noyau, et lui seul, qui est le siège de la radioactivité.

1.1  Nucléons et notation d’un noyau

Définition

Le noyau d’un atome est constitué de deux types de particules, appelées nucléons : les protons, de charge électrique +e+e, et les neutrons, électriquement neutres. Protons et neutrons ont une masse quasiment identique, de l’ordre de 1,67×10−27 kg1{,}67 \times 10^{-27}\ \text{kg}.

Un noyau est caractérisé par :

  • son numéro atomique ZZ : le nombre de protons (il définit l’élément chimique) ;
  • son nombre de neutrons NN ;
  • son nombre de masse A=Z+NA = Z + N : le nombre total de nucléons.

On note un noyau, ou nucléide, à l’aide du symbole X\text{X} de l’élément :

ZAX{}^{A}_{Z}\text{X}

Le noyau est extraordinairement compact : son rayon est de l’ordre de 10−15 m10^{-15}\ \text{m} (le femtomètre, ou fermi), alors que l’atome entier mesure environ 10−10 m10^{-10}\ \text{m} — cent mille fois plus. Si le noyau avait la taille d’une bille posée au centre d’un stade, les électrons graviteraient dans les gradins. Presque toute la masse de l’atome est pourtant concentrée dans ce noyau minuscule : les électrons sont environ 2 0002\,000 fois plus légers que les nucléons.

Exemple — lire une notation ZAX{}^{A}_{Z}\text{X}

Déterminons la composition des noyaux d’uranium 92238U{}^{238}_{92}\text{U} et de carbone 614C{}^{14}_{6}\text{C}.

  1. pour 92238U{}^{238}_{92}\text{U} : Z=92Z = 92 protons
  2. N=A−Z=238−92N = A - Z = 238 - 92
  3. ==146146 neutrons
  4. pour 614C{}^{14}_{6}\text{C} : Z=6Z = 6 protons
  5. N=14−6N = 14 - 6
  6. ==88 neutrons
Attention

Ne confonds jamais ZZ (numéro atomique, nombre de protons) et AA (nombre de masse, nombre total de nucléons). C’est l’erreur la plus fréquente sur ce chapitre — et elle fait perdre des points bêtement le jour du bac. Dans ZAX{}^{A}_{Z}\text{X}, AA est toujours en haut, ZZ toujours en bas.

1.2  Isotopes et unité de masse atomique

Définition

Deux noyaux sont des isotopes s’ils ont le même numéro atomique ZZ (donc le même élément chimique) mais des nombres de neutrons différents — donc des nombres de masse AA différents.

Exemple — les isotopes du carbone

Le carbone possède trois isotopes naturels, tous de numéro atomique Z=6Z=6 :

  1. 612C{}^{12}_{6}\text{C} : N=6N=6 neutrons98,9 %98{,}9\ \% du carbone naturel, stable
  2. 613C{}^{13}_{6}\text{C} : N=7N=7 neutrons1,1 %1{,}1\ \%, stable
  3. 614C{}^{14}_{6}\text{C} : N=8N=8 neutronstraces infimes, radioactif — voir section 7
Définition

L’unité de masse atomique, notée u\text{u}, est définie comme le douzième de la masse d’un atome de carbone 12 :

1 u=1,66×10−27 kg1\ \text{u} = 1{,}66 \times 10^{-27}\ \text{kg}

Elle sert à exprimer commodément les masses des noyaux et des particules, sans manier des puissances de 1010 à chaque calcul.

2Stabilité et diagramme (N, Z)

Pourquoi le carbone 12 est-il stable pour l’éternité, alors que le carbone 14, à peine plus lourd d’un seul neutron, se transforme spontanément ? La réponse tient dans un équilibre de forces à l’intérieur même du noyau.

2.1  Cohésion du noyau : l’interaction forte

Propriété

Deux forces s’opposent à l’intérieur d’un noyau :

  • la répulsion électrostatique entre protons (tous positifs), qui tend à disloquer le noyau, et qui s’exerce à longue portée ;
  • l’interaction forte, qui attire fortement tous les nucléons entre eux (protons et neutrons), mais seulement à très courte portée (≈10−15 m\approx 10^{-15}\ \text{m}).

Un noyau est stable lorsque l’interaction forte parvient à compenser la répulsion électrostatique entre protons. Comme les neutrons participent à l’interaction forte sans ajouter de répulsion, un noyau lourd a besoin de proportionnellement plus de neutrons que de protons pour rester cohérent.

2.2  Le diagramme (N, Z) et la vallée de stabilité

Si l’on place chaque noyau connu dans un repère où l’abscisse est ZZ et l’ordonnée NN, les noyaux stables ne se dispersent pas au hasard : ils s’alignent le long d’une bande étroite, la vallée de stabilité.

Définition

La vallée de stabilité est l’ensemble des couples (Z,N)(Z,N) correspondant à des noyaux stables, dans le diagramme (N,Z)(N,Z). Pour les noyaux légers, elle suit approximativement la droite N=ZN=Z ; pour les noyaux lourds, elle s’en écarte progressivement vers un excès de neutrons (jusqu’à N≈1,5 ZN \approx 1{,}5\,Z).

Exemple — calculer le rapport N/ZN/Z
  1. étain 50120Sn{}^{120}_{50}\text{Sn} : N=120−50=70N = 120-50 = 70
  2. ⇒\RightarrowN/Z=70/50=1,40N/Z = 70/50 = 1{,}40
  3. uranium 92238U{}^{238}_{92}\text{U} : N=238−92=146N = 238-92=146
  4. ⇒\RightarrowN/Z=146/92≈1,59N/Z = 146/92 \approx 1{,}59
NucléideZZNNN/ZN/Z
Hélium 4 (stable)22221,001{,}00
Fer 56 (stable)262630301,151{,}15
Étain 120 (stable)505070701,401{,}40
Plomb 206 (stable)82821241241,511{,}51
Uranium 238 (radioactif)92921461461,591{,}59

Le rapport N/ZN/Z augmente régulièrement avec ZZ : c’est la signature de la compétition entre interaction forte et répulsion coulombienne décrite plus haut. Au-delà d’une certaine taille, aucun équilibre (N,Z)(N,Z) ne suffit plus à assurer la cohésion du noyau : tout noyau de numéro atomique ZZ supérieur à environ 8282 — donc plus lourd que le plomb — est instable. C’est ce que montre la figure 1.

Diagramme (N, Z) : vallée de stabilité et zones de désintégration 0 20 40 60 80 100 Z 0 40 80 120 160 N N = Z Z > 82 : α inévitable ¹⁴C ³⁰P ⁶⁰Co ²⁰⁶Pb ²³⁸U excès de neutrons → β⁻ excès de protons → β⁺ / CE
Figure 1 — Diagramme (N,Z)(N,Z) : les noyaux stables (courbe violette) forment une vallée de stabilité ; au-dessus, l’excès de neutrons entraîne une radioactivité β−\beta^{-} ; en dessous, l’excès de protons entraîne une radioactivité β+\beta^{+} ou une capture électronique (CE) ; au-delà de Z≈82Z \approx 82, la radioactivité α\alpha devient inévitable.

Un noyau dont le point (Z,N)(Z,N) se situe au-dessus de la vallée possède un excès de neutrons : il tend à convertir un neutron en proton pour s’en rapprocher — c’est la radioactivité β−\beta^{-} (section suivante). À l’inverse, un noyau situé en dessous de la vallée a un excès de protons : il tend à convertir un proton en neutron — radioactivité β+\beta^{+} ou capture électronique. Enfin, les noyaux trop lourds évacuent de la matière par paquets de quatre nucléons : la radioactivité α\alpha.

Exemple — stable ou instable ?

Le calcium 2040Ca{}^{40}_{20}\text{Ca} a N=20N=20, donc N/Z=1,00N/Z=1{,}00 : il se situe exactement sur la droite N=ZN=Z, dans la vallée de stabilité pour cette masse — il est stable. Le cobalt 2760Co{}^{60}_{27}\text{Co} a N=33N=33, donc N/Z≈1,22N/Z \approx 1{,}22, une valeur un peu supérieure à celle de la vallée à Z=27Z=27 : il possède un léger excès de neutrons et se désintègre par radioactivité β−\beta^{-} (confirmé expérimentalement, voir section 3).

Curiosité de rigueur : le plomb 82208Pb{}^{208}_{82}\text{Pb} est longtemps resté le noyau stable le plus lourd connu. En 2003, des physiciens ont montré que le bismuth 83209Bi{}^{209}_{83}\text{Bi}, qu’on croyait stable, est en réalité très faiblement radioactif α\alpha, avec une demi-vie d’environ 1,9×1019 ans1{,}9 \times 10^{19}\ \text{ans} — plus d’un milliard de fois l’âge de l’Univers. À l’échelle humaine, il reste bien entendu totalement inoffensif : c’est tout l’intérêt de la notion de demi-vie, que tu retrouveras section 6.

3Radioactivités α, β⁻, β⁺, γ

Un noyau instable ne reste jamais dans cet état : tôt ou tard, il se transforme spontanément en un noyau plus stable, en émettant une particule et parfois un rayonnement. On appelle cette transformation une désintégration.

Définition

La radioactivité est le phénomène par lequel un noyau instable (dit radioactif) se transforme spontanément en un autre noyau, en émettant une particule et parfois un rayonnement électromagnétique. Cette transformation est :

  • spontanée : elle ne nécessite aucune action extérieure ;
  • aléatoire : impossible de prévoir quand un noyau donné va se désintégrer — seule une loi de probabilité le régit (section 5) ;
  • inéluctable : rien (température, pression, réaction chimique) ne peut ni l’accélérer ni la retarder.
Physique & Co — La découverte de la radioactivité

En février 1896, Henri Becquerel étudie la fluorescence de sels d’uranium. Il compte les exposer au Soleil avant de les poser sur une plaque photographique — mais le ciel parisien reste couvert plusieurs jours. Il range malgré tout, dans un tiroir sombre, un sel d’uranium posé sur une plaque enveloppée de papier noir. En développant la plaque « par acquit de conscience », il la découvre fortement impressionnée : l’uranium émet un rayonnement propre, sans aucune excitation lumineuse préalable.

Marie Curie, dans sa thèse (1903, première femme docteure ès sciences en France), montre que ce phénomène — qu’elle baptise radioactivité — est une propriété de l’atome lui-même. Avec son mari Pierre Curie, elle découvre deux nouveaux éléments, le polonium (en hommage à sa Pologne natale) et le radium. Becquerel et les Curie reçoivent le prix Nobel de physique en 1903 ; Marie Curie reçoit seule le prix Nobel de chimie en 1911.

3.1  La radioactivité α

Définition

Dans la radioactivité α\alpha, le noyau instable émet un noyau d’hélium 24He{}^{4}_{2}\text{He} (une « particule α\alpha »). Elle concerne les noyaux lourds (ZZ supérieur à environ 8282).

ZAX  →  Z−2A−4Y  +  24He{}^{A}_{Z}\text{X} \; \rightarrow \; {}^{A-4}_{Z-2}\text{Y} \; + \; {}^{4}_{2}\text{He}

Exemple — désintégration α de l’uranium 238
  1. 92238U→ZAY+24He{}^{238}_{92}\text{U} \rightarrow {}^{A}_{Z}\text{Y} + {}^{4}_{2}\text{He}
  2. A=238−4=234A = 238-4 = 234
  3. Z=92−2=90Z = 92-2 = 90Z=90Z=90 : le thorium (Th)
  4. ⇒\Rightarrow92238U→90234Th+24He{}^{238}_{92}\text{U} \rightarrow {}^{234}_{90}\text{Th} + {}^{4}_{2}\text{He}

3.2  La radioactivité β⁻

Définition

Dans la radioactivité β−\beta^{-}, un neutron du noyau se transforme en proton, avec émission d’un électron −10e{}^{0}_{-1}\text{e} et d’un antineutrino ν‾e\overline{\nu}_{e}. Elle concerne les noyaux à excès de neutrons.

ZAX  →  Z+1AY  +  −10e  +  ν‾e{}^{A}_{Z}\text{X} \; \rightarrow \; {}^{A}_{Z+1}\text{Y} \; + \; {}^{0}_{-1}\text{e} \; + \; \overline{\nu}_{e}

Exemple — désintégration β⁻ du cobalt 60

Le cobalt 60, utilisé en radiothérapie (section 7), est un émetteur β−\beta^{-} :

  1. 2760Co→ZAY+−10e+ν‾e{}^{60}_{27}\text{Co} \rightarrow {}^{A}_{Z}\text{Y} + {}^{0}_{-1}\text{e} + \overline{\nu}_{e}
  2. A=60A=60 ; Z=27+1=28Z = 27+1 = 28Z=28Z=28 : le nickel (Ni)
  3. ⇒\Rightarrow2760Co→2860Ni∗+−10e+ν‾e{}^{60}_{27}\text{Co} \rightarrow {}^{60}_{28}\text{Ni}^{*} + {}^{0}_{-1}\text{e} + \overline{\nu}_{e}

Le noyau de nickel obtenu est produit dans un état excité, noté 2860Ni∗{}^{60}_{28}\text{Ni}^{*} : il se désexcite aussitôt en émettant deux photons γ\gamma (voir 3.4).

3.3  La radioactivité β⁺

Définition

Dans la radioactivité β+\beta^{+}, un proton du noyau se transforme en neutron, avec émission d’un positon +10e{}^{0}_{+1}\text{e} (antiparticule de l’électron) et d’un neutrino νe\nu_{e}. Elle concerne les noyaux à excès de protons.

ZAX  →  Z−1AY  +  +10e  +  νe{}^{A}_{Z}\text{X} \; \rightarrow \; {}^{A}_{Z-1}\text{Y} \; + \; {}^{0}_{+1}\text{e} \; + \; \nu_{e}

Physique & Co — La radioactivité artificielle

En 1934, Irène et Frédéric Joliot-Curie (Irène est la fille de Marie et Pierre Curie) bombardent une feuille d’aluminium avec des particules α\alpha : 1327Al+24He→1530P+01n{}^{27}_{13}\text{Al} + {}^{4}_{2}\text{He} \rightarrow {}^{30}_{15}\text{P} + {}^{1}_{0}\text{n}. Le phosphore obtenu, 1530P{}^{30}_{15}\text{P}, n’existe pas naturellement — et continue pourtant d’émettre un rayonnement après l’arrêt du bombardement : ils viennent de créer un noyau radioactif en laboratoire. C’est la découverte de la radioactivité artificielle, récompensée par le prix Nobel de chimie 1935.

Exemple — désintégration β⁺ du phosphore 30
  1. 1530P→ZAY++10e+νe{}^{30}_{15}\text{P} \rightarrow {}^{A}_{Z}\text{Y} + {}^{0}_{+1}\text{e} + \nu_{e}
  2. A=30A=30 ; Z=15−1=14Z=15-1=14Z=14Z=14 : le silicium (Si)
  3. ⇒\Rightarrow1530P→1430Si++10e+νe{}^{30}_{15}\text{P} \rightarrow {}^{30}_{14}\text{Si} + {}^{0}_{+1}\text{e} + \nu_{e}

3.4  L’émission γ

Définition

Une désintégration α\alpha ou β\beta laisse souvent le noyau fils dans un état excité, noté Y∗\text{Y}^{*}. Celui-ci se désexcite en émettant un photon γ\gamma, très énergétique, sans qu’aucun nucléon ne soit éjecté : AA et ZZ sont inchangés.

ZAY∗  →  ZAY  +  γ{}^{A}_{Z}\text{Y}^{*} \; \rightarrow \; {}^{A}_{Z}\text{Y} \; + \; \gamma

Reprenons l’exemple du cobalt 60 : le noyau de nickel excité se désexcite par deux photons γ\gamma en cascade :

2860Ni∗→2860Ni+γ{}^{60}_{28}\text{Ni}^{*} \rightarrow {}^{60}_{28}\text{Ni} + \gamma

C’est ce rayonnement γ\gamma, et non le rayonnement β−\beta^{-} lui-même, qui est mis à profit en radiothérapie : le cobalt 60 est presque toujours utilisé pour son rayonnement γ.

Propriété — familles radioactives

Un noyau très lourd, comme l’uranium 238, n’atteint pas la stabilité en une seule désintégration : il faut toute une cascade de désintégrations α\alpha et β−\beta^{-} successives. La famille de l’uranium 238 comprend ainsi 88 désintégrations α\alpha et 66 désintégrations β−\beta^{-}, avant d’aboutir au plomb 206, isotope stable (voir exercice 9). Deux autres familles naturelles existent, aboutissant respectivement au plomb 208 (famille du thorium 232) et au plomb 207 (famille de l’uranium 235).

Pouvoir de pénétration des rayonnements α, β et γ rayonnement α arrêté par une feuille de papier rayonnements β⁻, β⁺ arrêtés par quelques mm d’aluminium rayonnement γ jamais totalement arrêté — plusieurs cm de plomb nécessaires
Figure 2 — Les trois rayonnements n’ont pas le même pouvoir de pénétration : le rayonnement α\alpha (noyaux d’hélium, lourds et chargés) est arrêté en quelques centimètres d’air ou par une simple feuille de papier ; le rayonnement β\beta (électrons ou positons) parcourt quelques mètres dans l’air et nécessite quelques millimètres d’aluminium ; le rayonnement γ\gamma (photons très énergétiques) est le plus pénétrant : seule une forte épaisseur de plomb l’atténue notablement, sans jamais l’arrêter totalement.

4Lois de conservation

Comment savoir, à coup sûr, quel noyau Y\text{Y} se forme lors d’une désintégration ? En s’appuyant sur deux lois de conservation universelles, énoncées dès 1913 par le chimiste britannique Frederick Soddy — par ailleurs découvreur de la notion d’isotopie.

Théorème — lois de conservation de Soddy

Au cours de toute réaction nucléaire spontanée, il y a conservation :

  • du nombre de masse AA (nombre total de nucléons) ;
  • du numéro atomique ZZ (charge électrique totale, en unités de ee).

Pour une réaction Z1A1X→Z2A2Y+Z3A3Z{}^{A_1}_{Z_1}\text{X} \rightarrow {}^{A_2}_{Z_2}\text{Y} + {}^{A_3}_{Z_3}\text{Z} :

A1=A2+A3etZ1=Z2+Z3A_1 = A_2+A_3 \qquad \text{et} \qquad Z_1 = Z_2+Z_3

Démonstration — idée de preuve

Ces deux lois ne se déduisent pas d’axiomes plus simples : elles traduisent deux principes physiques fondamentaux, vérifiés expérimentalement sans aucune exception connue à ce jour.

La conservation de la charge électrique ZZ est un principe général de toute la physique, valable pour toute interaction, nucléaire ou non. La conservation du nombre de nucléons AA se comprend à partir du mécanisme même de chaque désintégration : une émission α\alpha retire exactement 44 nucléons, comptés dans le bilan ; une désintégration β−\beta^{-} ou β+\beta^{+} transforme un nucléon en un autre (neutron ↔\leftrightarrow proton) sans en créer ni en détruire aucun. Le nombre total de nucléons reste donc rigoureusement identique avant et après.

Méthode — écrire et équilibrer une équation de désintégration

① Identifier le type de radioactivité (diagramme (N,Z)(N,Z), section 2). ② Écrire l’équation générale correspondante. ③ Appliquer la conservation de AA puis celle de ZZ pour trouver le noyau fils. ④ Identifier l’élément correspondant à ZZ grâce à la classification périodique.

Exemple — retrouver le noyau fils

Le radium 88226Ra{}^{226}_{88}\text{Ra} est un émetteur α\alpha. Quel est le noyau fils ?

  1. 88226Ra→ZAY+24He{}^{226}_{88}\text{Ra} \rightarrow {}^{A}_{Z}\text{Y} + {}^{4}_{2}\text{He}
  2. conservation de AA : 226=A+4⇒A=222226 = A + 4 \Rightarrow A = 222
  3. conservation de ZZ : 88=Z+2⇒Z=8688 = Z + 2 \Rightarrow Z = 86Z=86Z=86 : le radon (Rn)
  4. ⇒\Rightarrow88226Ra→86222Rn+24He{}^{226}_{88}\text{Ra} \rightarrow {}^{222}_{86}\text{Rn} + {}^{4}_{2}\text{He}
Exemple — retrouver le type de désintégration

Le thorium 90234Th{}^{234}_{90}\text{Th} se transforme en protactinium 91234Pa{}^{234}_{91}\text{Pa}. Quel est le type de désintégration ?

  1. AA inchangé : 234=234234=234aucun nucléon éjecté : pas de radioactivité α
  2. ZZ augmente d’une unité : 90→9190 \rightarrow 91
  3. ⇒\Rightarrowun neutron s’est transformé en proton : désintégration β−\beta^{-}
Attention

Ne « perds » jamais la particule émise (24He{}^{4}_{2}\text{He}, −10e{}^{0}_{-1}\text{e} ou +10e{}^{0}_{+1}\text{e}) dans le bilan : c’est l’erreur la plus fréquente. Vérifie systématiquement que la somme des AA — et, séparément, la somme des ZZ — est bien la même de chaque côté de la flèche, en comptant toutes les particules du second membre.

5Loi de décroissance et constante radioactive

Les lois de conservation nous disent ce qui se forme. Reste une question tout aussi essentielle : à quelle vitesse un échantillon radioactif se transforme-t-il ? La réponse est de nature statistique — et débouche pourtant sur une loi d’une remarquable simplicité.

5.1  La constante radioactive

Définition

Chaque noyau radioactif a, à chaque instant, la même probabilité de se désintégrer pendant l’intervalle de temps suivant dt\mathrm{d}t, quel que soit son « âge ». Cette probabilité par unité de temps est la constante radioactive λ\lambda, caractéristique du nucléide considéré, exprimée en s−1\text{s}^{-1}.

Propriété

λ\lambda est une constante purement nucléaire : elle ne dépend ni de la température, ni de la pression, ni de l’état chimique ou physique du noyau — à la différence, par exemple, d’une constante de vitesse en cinétique chimique. C’est cette universalité qui rend la datation radioactive fiable (section 7).

5.2  L’équation différentielle et sa résolution

Considérons un échantillon contenant, à l’instant tt, un nombre N(t)N(t) de noyaux radioactifs pas encore désintégrés.

Théorème — loi de décroissance radioactive

Le nombre de noyaux radioactifs restants à l’instant tt, sachant qu’il y en avait N0N_0 à l’instant t=0t=0, vaut :

N(t)=N0 e−λtN(t) = N_0\, \mathrm{e}^{-\lambda t}

Démonstration

Pendant un intervalle de temps très court dt\mathrm{d}t, chaque noyau présent a une probabilité λ dt\lambda\, \mathrm{d}t de se désintégrer. Sur les N(t)N(t) noyaux présents, la diminution −dN-\mathrm{d}N de la population pendant dt\mathrm{d}t est donc proportionnelle à N(t)N(t) et à dt\mathrm{d}t :

  1. dN=−λN(t) dt\mathrm{d}N = -\lambda N(t)\, \mathrm{d}téquation différentielle du 1ᵉʳ ordre, à variables séparables
  2. ⇒\RightarrowdNN=−λ dt\dfrac{\mathrm{d}N}{N} = -\lambda\, \mathrm{d}ton sépare les variables NN et tt
  3. ⇒\Rightarrow∫N0N(t)dN′N′=∫0t−λ dt′\displaystyle\int_{N_0}^{N(t)} \dfrac{\mathrm{d}N'}{N'} = \int_{0}^{t} -\lambda\, \mathrm{d}t'on intègre entre l’instant 00 et l’instant tt
  4. ⇒\Rightarrow[ln⁡N′]N0N(t)=−λt\Big[\ln N'\Big]_{N_0}^{N(t)} = -\lambda t
  5. ⇒\Rightarrowln⁡N(t)−ln⁡N0=−λt\ln N(t) - \ln N_0 = -\lambda t
  6. ⇒\Rightarrowln⁡ ⁣(N(t)N0)=−λt\ln\!\left(\dfrac{N(t)}{N_0}\right) = -\lambda t
  7. ⇒\RightarrowN(t)N0=e−λt\dfrac{N(t)}{N_0} = \mathrm{e}^{-\lambda t}on applique la fonction exponentielle aux deux membres
  8. ⇒\RightarrowN(t)=N0 e−λtN(t) = N_0\, \mathrm{e}^{-\lambda t}

C.Q.F.D.

Exemple — calculer λ\lambda à partir d’une demi-vie (cobalt 60)

Le cobalt 60 a une demi-vie t1/2=5,27 anst_{1/2} = 5{,}27\ \text{ans} (la relation t1/2=ln⁡2/λt_{1/2}=\ln 2/\lambda est démontrée section 6.1).

  1. λ=ln⁡2t1/2=0,6935,27\lambda = \dfrac{\ln 2}{t_{1/2}} = \dfrac{0{,}693}{5{,}27}
  2. ≈\approx0,132 an−10{,}132\ \text{an}^{-1}
  3. avec 1 an≈3,156×107 s1\ \text{an} \approx 3{,}156 \times 10^{7}\ \text{s}
  4. ≈\approx4,17×10−9 s−14{,}17 \times 10^{-9}\ \text{s}^{-1}
Exemple — appliquer N(t)=N0e−λtN(t)=N_0\mathrm{e}^{-\lambda t}

Une source de cobalt 60 contient initialement N0=5,0×1018N_0 = 5{,}0 \times 10^{18} noyaux. Combien en reste-t-il après t=10t=10 ans ?

  1. N(10)=N0 e−λt=5,0×1018×e−0,132×10N(10) = N_0\, \mathrm{e}^{-\lambda t} = 5{,}0\times10^{18} \times \mathrm{e}^{-0{,}132 \times 10}
  2. ≈\approx5,0×1018×e−1,325{,}0\times10^{18} \times \mathrm{e}^{-1{,}32}
  3. ≈\approx1,3×10181{,}3 \times 10^{18} noyauxsoit environ 27 %27\ \% du nombre initial

6Demi-vie et activité

La loi N(t)=N0e−λtN(t)=N_0\mathrm{e}^{-\lambda t} est puissante, mais λ\lambda, exprimée en s−1\text{s}^{-1}, n’est pas très parlante. Les physiciens lui préfèrent une durée caractéristique, directement mesurable : la demi-vie.

6.1  La demi-vie

Définition

La demi-vie (ou période radioactive) t1/2t_{1/2} d’un nucléide est la durée au bout de laquelle la moitié des noyaux initialement présents se sont désintégrés : N(t1/2)=N02N(t_{1/2}) = \dfrac{N_0}{2}.

Théorème

t1/2=ln⁡2λt_{1/2} = \dfrac{\ln 2}{\lambda}

Démonstration
  1. N(t1/2)=N02N(t_{1/2}) = \dfrac{N_0}{2}définition de la demi-vie
  2. ⇒\RightarrowN0 e−λt1/2=N02N_0\, \mathrm{e}^{-\lambda t_{1/2}} = \dfrac{N_0}{2}
  3. ⇒\Rightarrowe−λt1/2=12\mathrm{e}^{-\lambda t_{1/2}} = \dfrac{1}{2}
  4. ⇒\Rightarrow−λt1/2=ln⁡ ⁣(12)=−ln⁡2-\lambda t_{1/2} = \ln\!\left(\dfrac{1}{2}\right) = -\ln 2
  5. ⇒\Rightarrowt1/2=ln⁡2λt_{1/2} = \dfrac{\ln 2}{\lambda}

Cette relation permet de réécrire la loi de décroissance uniquement en fonction de t1/2t_{1/2} :

N(t)=N0(12)t/t1/2N(t) = N_0 \left(\dfrac{1}{2}\right)^{t/t_{1/2}}

Après une demi-vie, il reste N0/2N_0/2 ; après deux, N0/4N_0/4 ; après trois, N0/8N_0/8… La population est divisée par deux à chaque demi-vie, quel que soit l’instant de départ : c’est la signature de la décroissance exponentielle (figure 3).

Décroissance radioactive : N(t) et demi-vies successives 0t½2t½3t½4t½t N₀N₀/2N₀/4N₀/8N₀/16
Figure 3 — La courbe N(t)=N0e−λtN(t)=N_0\mathrm{e}^{-\lambda t} est divisée par deux à chaque demi-vie t1/2t_{1/2} : N0N_0, puis N0/2N_0/2, N0/4N_0/4, N0/8N_0/8… Cette propriété caractérise toute décroissance exponentielle.
Attention

Après deux demi-vies, il ne reste pas 0 %0\ \% des noyaux, mais N0/4N_0/4, soit 25 %25\ \%. Après quatre demi-vies, il en reste encore N0/16≈6 %N_0/16 \approx 6\ \% : la décroissance radioactive n’atteint jamais exactement zéro en un temps fini.

On définit parfois la constante de temps τ=1/λ\tau = 1/\lambda, durée au bout de laquelle il reste une fraction 1/e≈37 %1/\mathrm{e} \approx 37\ \% des noyaux initiaux. Elle vérifie τ=t1/2/ln⁡2≈1,44 t1/2\tau = t_{1/2}/\ln 2 \approx 1{,}44\, t_{1/2}.

6.2  Déterminer λ graphiquement : la représentation semi-logarithmique

En pratique, λ\lambda n’est pas toujours connue à l’avance : on la détermine à partir de mesures. En prenant le logarithme népérien de la loi de décroissance :

ln⁡N(t)=ln⁡N0−λt\ln N(t) = \ln N_0 - \lambda t

on obtient l’équation d’une droite en fonction de tt, de coefficient directeur −λ-\lambda et d’ordonnée à l’origine ln⁡N0\ln N_0. Il suffit de porter ln⁡N\ln N (ou ln⁡A\ln A) en fonction de tt : les points s’alignent, et la pente donne directement −λ-\lambda.

Représentation semi-logarithmique : ln(N/N₀) en fonction de t 0 t½ 2t½ 3t½ 4t½ t 0 −0,69 −1,39 −2,08 −2,77 pente = −λ
Figure 4 — La fonction ln⁡(N/N0)\ln(N/N_0) est une droite de coefficient directeur −λ-\lambda en fonction du temps (ici en unités de t1/2t_{1/2}) : c’est le principe de la détermination expérimentale de λ\lambda à partir de mesures d’activité (voir figure 6, exercice 12).
Méthode — déterminer λ et t1/2t_{1/2} à partir de mesures

① Mesurer l’activité (ou NN) à plusieurs instants. ② Calculer ln⁡A\ln A (ou ln⁡N\ln N) pour chaque mesure. ③ Tracer ln⁡A\ln A en fonction de tt : les points doivent s’aligner. ④ Lire le coefficient directeur de la droite : il vaut −λ-\lambda. ⑤ En déduire t1/2=ln⁡2/λt_{1/2} = \ln 2/\lambda.

6.3  Activité d’un échantillon

Définition

L’activité AA d’un échantillon est le nombre de désintégrations qu’il produit par seconde :

A(t)=∣dNdt∣=λN(t)=A0 e−λtA(t) = \left|\dfrac{\mathrm{d}N}{\mathrm{d}t}\right| = \lambda N(t) = A_0\, \mathrm{e}^{-\lambda t}

Elle s’exprime en becquerel (Bq\text{Bq}), 1 Bq=11\ \text{Bq} = 1 désintégration par seconde. L’ancienne unité, le curie (Ci\text{Ci}), correspond à l’activité d’un gramme de radium 226 : 1 Ci=3,7×1010 Bq1\ \text{Ci} = 3{,}7 \times 10^{10}\ \text{Bq}.

Attention

La masse m(t)=m0 e−λtm(t) = m_0\, \mathrm{e}^{-\lambda t} désigne la masse de noyaux parents non encore désintégrés — pas la masse totale de l’échantillon, qui reste quasiment constante (les noyaux parents se transforment en noyaux fils, ils ne disparaissent pas).

Nucléidet1/2t_{1/2}TypeUsage
Phosphore 302,52{,}5 minβ+\beta^{+}historique (Joliot-Curie)
Technétium 99m6,016{,}01 hγ\gammascintigraphie
Iode 1318,028{,}02 jβ−\beta^{-}thyroïde (médecine)
Radon 2223,83{,}8 jα\alpharisque domestique
Cobalt 605,275{,}27 ansβ−,γ\beta^{-},\gammaradiothérapie
Carbone 145 7305\,730 ansβ−\beta^{-}datation (organique)
Potassium 401,25×1091{,}25\times10^{9} ansCE, β−\beta^{-}datation (roches)
Uranium 2384,47×1094{,}47\times10^{9} ansα\alphadatation (roches)
Exemple — calculer une activité

Un échantillon contient N=2,0×1017N=2{,}0 \times 10^{17} noyaux de cobalt 60 (λ=4,17×10−9 s−1\lambda = 4{,}17 \times 10^{-9}\ \text{s}^{-1}, section 5).

  1. A=λN=4,17×10−9×2,0×1017A = \lambda N = 4{,}17\times10^{-9} \times 2{,}0\times10^{17}
  2. ≈\approx8,3×108 Bq8{,}3\times10^{8}\ \text{Bq}soit environ 0,830{,}83 GBq
Exemple — masse restante après plusieurs demi-vies

Un échantillon de phosphore 30 (t1/2=2,5t_{1/2}=2{,}5 min) a une masse initiale m0=10,0m_0=10{,}0 mg. Quelle masse reste-t-il après t=10t=10 min ?

  1. n=tt1/2=102,5=4n = \dfrac{t}{t_{1/2}} = \dfrac{10}{2{,}5} = 4 demi-vies écoulées
  2. ⇒\Rightarrowm(10)=m024=10,016m(10) = \dfrac{m_0}{2^{4}} = \dfrac{10{,}0}{16}
  3. ==0,6250{,}625 mg

7Datation et applications médicales

La loi de décroissance n’est pas qu’un objet mathématique : c’est un chronomètre naturel, d’une précision remarquable sur des échelles de temps allant de quelques heures à plusieurs milliards d’années.

7.1  Principe de la datation radioactive

Méthode — dater un échantillon par radioactivité

Connaissant la demi-vie t1/2t_{1/2} d’un nucléide et une activité (ou quantité) de référence A0A_0 à l’instant initial, la mesure de l’activité actuelle AA d’un échantillon permet de remonter à son âge tt :

t=1λln⁡ ⁣(A0A)=t1/2ln⁡2ln⁡ ⁣(A0A)t = \dfrac{1}{\lambda}\ln\!\left(\dfrac{A_0}{A}\right) = \dfrac{t_{1/2}}{\ln 2}\ln\!\left(\dfrac{A_0}{A}\right)

7.2  Datation au carbone 14

Le carbone 14 se forme en permanence dans la haute atmosphère, lorsque des neutrons issus du rayonnement cosmique percutent des noyaux d’azote : 01n+714N→614C+11H{}^{1}_{0}\text{n} + {}^{14}_{7}\text{N} \rightarrow {}^{14}_{6}\text{C} + {}^{1}_{1}\text{H}. Il s’oxyde en CO2\text{CO}_2, se répartit dans l’atmosphère puis dans les organismes vivants par photosynthèse et chaîne alimentaire. Tant qu’un organisme est vivant, il renouvelle son carbone en permanence : le rapport 14C/12C{}^{14}\text{C}/{}^{12}\text{C} reste quasi constant. À sa mort, les échanges cessent : le carbone 14 restant décroît alors avec t1/2=5 730t_{1/2}=5\,730 ans.

Physique & Co — Willard Libby et le carbone 14

Le chimiste américain Willard Libby met au point la datation au carbone 14 en 1949, ce qui lui vaut le prix Nobel de chimie en 1960. Libby utilisait initialement une demi-vie de 5 5685\,568 ans ; la valeur admise aujourd’hui, plus précise, est 5 7305\,730 ans — de nombreux laboratoires publient encore des âges « conventionnels » calculés avec la constante de Libby, puis corrigés.

Exemple — un site archéologique de l’Ennedi (Tchad)

Lors d’une campagne de fouilles dans le massif de l’Ennedi, non loin de peintures rupestres, un fragment de charbon de bois est prélevé et daté. Son activité massique est A=0,15 Bq⋅g−1A = 0{,}15\ \text{Bq}\cdot\text{g}^{-1} de carbone ; l’activité de référence du carbone vivant actuel est A0=0,23 Bq⋅g−1A_0 = 0{,}23\ \text{Bq}\cdot\text{g}^{-1}.

  1. t=t1/2ln⁡2ln⁡ ⁣(A0A)=5 7300,693ln⁡ ⁣(0,230,15)t = \dfrac{t_{1/2}}{\ln 2}\ln\!\left(\dfrac{A_0}{A}\right) = \dfrac{5\,730}{0{,}693}\ln\!\left(\dfrac{0{,}23}{0{,}15}\right)
  2. ≈\approx8 267×0,4288\,267 \times 0{,}428
  3. ≈\approx3,5×1033{,}5 \times 10^{3} anssoit un foyer datant d’environ 3 5003\,500 ans
Attention — les limites de la méthode

Le carbone 14 ne date que la matière organique (bois, os, charbon, coquillages…), jamais une roche ou un objet métallique. Au-delà d’environ 50 00050\,000 ans, il ne reste plus assez de carbone 14 pour être mesuré : la méthode devient inutilisable. C’est pourquoi le fossile de Toumaï (Sahelanthropus tchadensis, découvert en 2001 dans le désert du Djourab, au Tchad, par la mission paléontologique franco-tchadienne dirigée par Michel Brunet), vieux d’environ 77 millions d’années, ne peut pas être daté au carbone 14 : on utilise pour de tels âges des méthodes radiométriques adaptées aux temps géologiques, comme celles ci-dessous.

7.3  Datation potassium-argon et uranium-plomb

Pour des durées bien supérieures à la portée du carbone 14, on utilise des couples radioactifs de demi-vie beaucoup plus longue, présents dans les minéraux des roches elles-mêmes.

Exemple — datation potassium-argon

Le potassium 40 (t1/2=1,25×109t_{1/2} = 1{,}25\times10^{9} ans) se désintègre en argon 40, gaz piégé dans le réseau cristallin depuis la solidification de la roche. L’analyse d’une roche volcanique indique qu’il ne reste plus que le quart du potassium 40 initial.

  1. NN0=14=(12)2\dfrac{N}{N_0} = \dfrac{1}{4} = \left(\dfrac{1}{2}\right)^{2}deux demi-vies écoulées
  2. ⇒\Rightarrowt=2 t1/2=2×1,25×109t = 2\,t_{1/2} = 2 \times 1{,}25\times10^{9}
  3. ==2,50×1092{,}50 \times 10^{9} ans

La datation uranium-plomb (92238U→82206Pb{}^{238}_{92}\text{U} \rightarrow {}^{206}_{82}\text{Pb}, t1/2=4,47×109t_{1/2}=4{,}47\times10^{9} ans, via la famille radioactive de la section 3) date les roches les plus anciennes, notamment les zircons, jusqu’à l’âge de la Terre elle-même, estimé à 4,54{,}5 milliards d’années.

MéthodeCouplet1/2t_{1/2}Matériaux datables
Carbone 1414C→14N{}^{14}\text{C} \to {}^{14}\text{N}5 7305\,730 ansorganique, <50 000< 50\,000 ans
Potassium-argon40K→40Ar{}^{40}\text{K} \to {}^{40}\text{Ar}1,25×1091{,}25\times10^{9} ansroches volcaniques
Uranium-plomb238U→206Pb{}^{238}\text{U} \to {}^{206}\text{Pb}4,47×1094{,}47\times10^{9} ansroches très anciennes, zircons
Principe graphique de la datation radioactive A/A₀ = 0,30 (mesuré) t ≈ 1,7 t½ 0t½2t½3t½4t½t A₀A₀/2A₀/4A₀/8
Figure 5 — Principe graphique de la datation : connaissant t1/2t_{1/2}, une mesure de l’activité résiduelle A/A0A/A_0 permet de lire, sur la courbe théorique A(t)=A0 2−t/t1/2A(t)=A_0\,2^{-t/t_{1/2}}, l’âge tt de l’échantillon — ici, pour A/A0=0,30A/A_0=0{,}30, on lit t≈1,7 t1/2t \approx 1{,}7\, t_{1/2}.

7.4  Applications médicales

En médecine nucléaire, on distingue deux usages complémentaires des noyaux radioactifs.

La scintigraphie utilise un traceur radioactif émetteur γ\gamma (technétium 99m, t1/2=6,01t_{1/2}=6{,}01 h) ou β+\beta^{+}, injecté ou ingéré, qui se fixe préférentiellement sur l’organe étudié (thyroïde, os, cœur…) ; une gamma-caméra externe reconstitue une image de sa répartition. L’iode 131 (t1/2=8,02t_{1/2}=8{,}02 j) permet d’explorer — et, à plus forte dose, de traiter — la thyroïde.

La radiothérapie utilise au contraire le rayonnement pour détruire les cellules cancéreuses, en ciblant une tumeur avec un faisceau externe (source de cobalt 60, ou accélérateur linéaire) ou une source implantée (curiethérapie). Plusieurs hôpitaux d’Afrique de l’Ouest, notamment au Sénégal, sont équipés de sources de cobalt 60 ou d’accélérateurs linéaires pour ce type de traitement.

7.5  Radioprotection, déchets et effets biologiques

Définition

La dose absorbée DD, en gray (Gy=J⋅kg−1\text{Gy} = \text{J}\cdot\text{kg}^{-1}), mesure l’énergie déposée par unité de masse de tissu. La dose efficace, en sievert (Sv\text{Sv}), pondère cette énergie par la nocivité biologique du rayonnement (un rayonnement α\alpha interne est ainsi pondéré 2020 fois plus qu’un rayonnement β\beta ou γ\gamma de même dose absorbée).

La radioprotection repose sur trois leviers simples, directement liés à la figure 2 : limiter le temps d’exposition, maximiser la distance à la source, interposer un écran adapté (papier, aluminium ou plomb selon le rayonnement). À titre de repère, la dose naturelle moyenne reçue est de l’ordre de 22 à 3 mSv3\ \text{mSv} par an (radon, rayonnement cosmique, radioactivité tellurique et corporelle) ; la réglementation internationale limite l’exposition additionnelle du public à 1 mSv1\ \text{mSv} par an, et celle des travailleurs exposés à 20 mSv20\ \text{mSv} par an en moyenne.

À forte dose, les rayonnements ionisants cassent les liaisons chimiques de l’ADN, provoquant des effets déterministes (brûlures, syndrome d’irradiation aiguë, au-delà d’un seuil) ou stochastiques (risque accru de cancer, sans seuil identifié, mais de probabilité croissant avec la dose). Les déchets radioactifs sont classés selon leur activité et la durée de vie des nucléides qu’ils contiennent : les déchets à vie courte sont stockés le temps de quelques dizaines de demi-vies, jusqu’à activité négligeable ; les déchets à vie longue exigent un confinement de très longue durée.

Fiche mémo

  • Nucléide ZAX{}^{A}_{Z}\text{X} : AA nombre de masse (nucléons), ZZ numéro atomique (protons), N=A−ZN=A-Z neutrons.
  • Isotopes : même ZZ, AA différent. Vallée de stabilité : N≈ZN\approx Z (léger) à N≈1,5ZN\approx1{,}5Z (lourd).
  • α\alpha : ZAX→Z−2A−4Y+24He{}^{A}_{Z}\text{X}\to{}^{A-4}_{Z-2}\text{Y}+{}^{4}_{2}\text{He} (noyaux lourds, ZZ supérieur à 8282 environ).
  • β−\beta^{-} : ZAX→Z+1AY+−10e+ν‾e{}^{A}_{Z}\text{X}\to{}^{A}_{Z+1}\text{Y}+{}^{0}_{-1}\text{e}+\overline{\nu}_e (excès de neutrons).
  • β+\beta^{+} : ZAX→Z−1AY++10e+νe{}^{A}_{Z}\text{X}\to{}^{A}_{Z-1}\text{Y}+{}^{0}_{+1}\text{e}+\nu_e (excès de protons).
  • γ\gamma : ZAY∗→ZAY+γ{}^{A}_{Z}\text{Y}^{*}\to{}^{A}_{Z}\text{Y}+\gamma (désexcitation, AA, ZZ inchangés).
  • Lois de Soddy : conservation de AA et de ZZ dans toute désintégration.
  • dN=−λN dt⇒N(t)=N0 e−λt\mathrm{d}N=-\lambda N\,\mathrm{d}t \Rightarrow N(t)=N_0\,\mathrm{e}^{-\lambda t} (λ\lambda : constante radioactive, s−1\text{s}^{-1}).
  • Demi-vie : t1/2=ln⁡2λt_{1/2}=\dfrac{\ln2}{\lambda} ; après nn demi-vies, N=N0/2nN=N_0/2^{n}.
  • Activité A=λNA=\lambda N en becquerel (Bq\text{Bq}) ; A(t)=A0 e−λtA(t)=A_0\,\mathrm{e}^{-\lambda t} ; m(t)=m0 e−λtm(t)=m_0\,\mathrm{e}^{-\lambda t} (masse de parents restants).
  • Semi-log : ln⁡N=ln⁡N0−λt\ln N=\ln N_0-\lambda t, droite de pente −λ-\lambda.
  • Datation : t=t1/2ln⁡2ln⁡ ⁣(A0A)t=\dfrac{t_{1/2}}{\ln2}\ln\!\left(\dfrac{A_0}{A}\right) — C14 (organique, <50 000<50\,000 ans), K-Ar et U-Pb (roches, temps géologiques).
  • Dose absorbée en gray (Gy\text{Gy}), dose efficace en sievert (Sv\text{Sv}) ; réflexes de radioprotection : écran, distance, temps.

8Exercices corrigés

Niveau 1 — Application directe
1

Donne la composition (nombre de protons ZZ, de neutrons NN, nombre de masse AA) des noyaux suivants : 92238U{}^{238}_{92}\text{U} ; 614C{}^{14}_{6}\text{C} ; 2760Co{}^{60}_{27}\text{Co} ; 53131I{}^{131}_{53}\text{I}.

Voir le corrigé détaillé
  1. 92238U{}^{238}_{92}\text{U} : Z=92Z=92, A=238A=238, N=238−92=146N=238-92=146
  2. 614C{}^{14}_{6}\text{C} : Z=6Z=6, A=14A=14, N=14−6=8N=14-6=8
  3. 2760Co{}^{60}_{27}\text{Co} : Z=27Z=27, A=60A=60, N=60−27=33N=60-27=33
  4. 53131I{}^{131}_{53}\text{I} : Z=53Z=53, A=131A=131, N=131−53=78N=131-53=78
2

Parmi les noyaux 816O{}^{16}_{8}\text{O}, 817O{}^{17}_{8}\text{O}, 612C{}^{12}_{6}\text{C}, 614C{}^{14}_{6}\text{C}, 1123Na{}^{23}_{11}\text{Na} et 613C{}^{13}_{6}\text{C}, regroupe ceux qui sont isotopes entre eux.

Voir le corrigé détaillé

Des isotopes ont le même numéro atomique ZZ.

  1. Z=8Z=8 : 816O{}^{16}_{8}\text{O} et 817O{}^{17}_{8}\text{O}isotopes de l'oxygène
  2. Z=6Z=6 : 612C{}^{12}_{6}\text{C}, 614C{}^{14}_{6}\text{C} et 613C{}^{13}_{6}\text{C}isotopes du carbone
  3. 1123Na{}^{23}_{11}\text{Na} : Z=11Z=11seul représentant, pas d'isotope dans la liste
3

Le polonium 84210Po{}^{210}_{84}\text{Po} est un émetteur α\alpha. Écris l'équation de sa désintégration.

Voir le corrigé détaillé
  1. 84210Po→ZAY+24He{}^{210}_{84}\text{Po} \rightarrow {}^{A}_{Z}\text{Y} + {}^{4}_{2}\text{He}
  2. A=210−4=206A = 210-4 = 206 ; Z=84−2=82Z = 84-2=82Z=82Z=82 : le plomb (Pb)
  3. ⇒\Rightarrow84210Po→82206Pb+24He{}^{210}_{84}\text{Po} \rightarrow {}^{206}_{82}\text{Pb} + {}^{4}_{2}\text{He}
4

L'iode 53131I{}^{131}_{53}\text{I} est un émetteur β−\beta^{-}. Écris l'équation de sa désintégration.

Voir le corrigé détaillé
  1. 53131I→ZAY+−10e+ν‾e{}^{131}_{53}\text{I} \rightarrow {}^{A}_{Z}\text{Y} + {}^{0}_{-1}\text{e} + \overline{\nu}_e
  2. A=131A=131 ; Z=53+1=54Z=53+1=54Z=54Z=54 : le xénon (Xe)
  3. ⇒\Rightarrow53131I→54131Xe+−10e+ν‾e{}^{131}_{53}\text{I} \rightarrow {}^{131}_{54}\text{Xe} + {}^{0}_{-1}\text{e} + \overline{\nu}_e
5

L'iode 131 a une demi-vie t1/2=8,02t_{1/2}=8{,}02 jours. 1) Calcule sa constante radioactive λ\lambda, en j−1\text{j}^{-1} puis en s−1\text{s}^{-1}. 2) Un échantillon contient N=3,0×1015N=3{,}0\times10^{15} noyaux d'iode 131 : calcule son activité AA.

Voir le corrigé détaillé
  1. λ=ln⁡2t1/2=0,6938,02\lambda = \dfrac{\ln 2}{t_{1/2}} = \dfrac{0{,}693}{8{,}02}
  2. ≈\approx0,0864 j−10{,}0864\ \text{j}^{-1}
  3. avec 11 j =86 400=86\,400 s
  4. ≈\approx1,00×10−6 s−11{,}00\times10^{-6}\ \text{s}^{-1}
  5. A=λN=1,00×10−6×3,0×1015A = \lambda N = 1{,}00\times10^{-6} \times 3{,}0\times10^{15}
  6. ==3,0×109 Bq3{,}0\times10^{9}\ \text{Bq}
Niveau 2 — Approfondissement
6

Le sodium 1122Na{}^{22}_{11}\text{Na} est un émetteur β+\beta^{+}. 1) Écris l'équation de sa désintégration. 2) L'isotope stable du sodium est 1123Na{}^{23}_{11}\text{Na} (N=12N=12). En comparant le nombre de neutrons de 1122Na{}^{22}_{11}\text{Na} à celui de l'isotope stable, explique qualitativement pourquoi 1122Na{}^{22}_{11}\text{Na} est émetteur β+\beta^{+}.

Voir le corrigé détaillé
  1. 1122Na→ZAY++10e+νe{}^{22}_{11}\text{Na} \rightarrow {}^{A}_{Z}\text{Y} + {}^{0}_{+1}\text{e} + \nu_e
  2. A=22A=22 ; Z=11−1=10Z=11-1=10Z=10Z=10 : le néon (Ne)
  3. ⇒\Rightarrow1122Na→1022Ne++10e+νe{}^{22}_{11}\text{Na} \rightarrow {}^{22}_{10}\text{Ne} + {}^{0}_{+1}\text{e} + \nu_e

2. Le sodium 22 possède N=22−11=11N=22-11=11 neutrons, soit un neutron de moins que l'isotope stable 1123Na{}^{23}_{11}\text{Na} (N=12N=12). À ZZ fixé, un déficit de neutrons correspond à un excès relatif de protons : le noyau se rapproche de la vallée de stabilité en convertissant un proton en neutron, ce qui est précisément la radioactivité β+\beta^{+}.

7

Un échantillon de phosphore 32 (t1/2=14,3t_{1/2}=14{,}3 jours, émetteur β−\beta^{-}) a une masse initiale m0=80 μgm_0=80\ \mu\text{g}. 1) Calcule la masse restante après t=50t=50 jours. 2) Au bout de combien de temps ne reste-t-il que 5,0 μg5{,}0\ \mu\text{g} ?

Voir le corrigé détaillé

1.

  1. λ=ln⁡214,3≈0,0485 j−1\lambda = \dfrac{\ln 2}{14{,}3} \approx 0{,}0485\ \text{j}^{-1}
  2. m(50)=m0 e−λt=80×e−0,0485×50m(50) = m_0\, \mathrm{e}^{-\lambda t} = 80 \times \mathrm{e}^{-0{,}0485\times50}
  3. ≈\approx7,1 μg7{,}1\ \mu\text{g}

2.

  1. m0 e−λt=5,0⇒e−λt=5,080=116m_0\, \mathrm{e}^{-\lambda t} = 5{,}0 \Rightarrow \mathrm{e}^{-\lambda t} = \dfrac{5{,}0}{80} = \dfrac{1}{16}
  2. 116=(12)4\dfrac{1}{16} = \left(\dfrac{1}{2}\right)^{4}quatre demi-vies
  3. ⇒\Rightarrowt=4 t1/2=4×14,3t = 4\,t_{1/2} = 4 \times 14{,}3
  4. ==57,257{,}2 jours
8

Une source radioactive a une activité A1=8,0×106 BqA_1=8{,}0\times10^{6}\ \text{Bq} à un instant pris comme origine, puis A2=5,0×106 BqA_2=5{,}0\times10^{6}\ \text{Bq} exactement 6,06{,}0 heures plus tard. Détermine λ\lambda puis t1/2t_{1/2} de cette source.

Voir le corrigé détaillé

L'activité suit la même loi que NN : A(t)=A1 e−λtA(t) = A_1\, \mathrm{e}^{-\lambda t}, donc A2=A1 e−λΔtA_2 = A_1\, \mathrm{e}^{-\lambda \Delta t}.

  1. A1A2=eλΔt\dfrac{A_1}{A_2} = \mathrm{e}^{\lambda \Delta t}
  2. ⇒\Rightarrowλ=1Δtln⁡ ⁣(A1A2)=16,0ln⁡ ⁣(8,05,0)\lambda = \dfrac{1}{\Delta t}\ln\!\left(\dfrac{A_1}{A_2}\right) = \dfrac{1}{6{,}0}\ln\!\left(\dfrac{8{,}0}{5{,}0}\right)
  3. ≈\approx0,078 h−10{,}078\ \text{h}^{-1}
  4. t1/2=ln⁡2λ≈0,6930,078t_{1/2} = \dfrac{\ln 2}{\lambda} \approx \dfrac{0{,}693}{0{,}078}
  5. ≈\approx8,88{,}8 hordre de grandeur du technétium 99m (6,016{,}01 h)
9

La famille radioactive de l'uranium 238 aboutit au plomb 206 stable, après nαn_\alpha désintégrations α\alpha et nβn_\beta désintégrations β−\beta^{-}. Détermine nαn_\alpha et nβn_\beta.

Voir le corrigé détaillé

Chaque α\alpha diminue AA de 44 et ZZ de 22 ; chaque β−\beta^{-} laisse AA inchangé et augmente ZZ de 11.

  1. conservation de AA : 238=206+4 nα238 = 206 + 4\,n_\alpha
  2. ⇒\Rightarrownα=324=8n_\alpha = \dfrac{32}{4} = 8
  3. conservation de ZZ : 92=82+2 nα−nβ92 = 82 + 2\,n_\alpha - n_\beta
  4. ⇒\Rightarrownβ=2×8−(92−82)=16−10n_\beta = 2\times8 - (92-82) = 16-10
  5. ==66

La famille de l'uranium 238 comporte donc 8 désintégrations α\alpha et 6 désintégrations β−\beta^{-}, confirmant la propriété de la section 3.

Niveau 3 — Type bac
10

Une source de cobalt 60 utilisée en radiothérapie a une activité initiale A0=2,00×1014 BqA_0=2{,}00\times10^{14}\ \text{Bq} et une demi-vie t1/2=5,27t_{1/2}=5{,}27 ans.

  1. Écris l'équation de désintégration du cobalt 60, sachant qu'elle produit un noyau de nickel dans un état excité.
  2. Calcule l'activité de la source après 33 années d'utilisation.
  3. La source doit être remplacée lorsque son activité descend au quart de sa valeur initiale. Au bout de combien d'années cela se produit-il ?
Voir le corrigé détaillé

1.

2760Co→2860Ni∗+−10e+ν‾epuis2860Ni∗→2860Ni+γ{}^{60}_{27}\text{Co} \rightarrow {}^{60}_{28}\text{Ni}^{*} + {}^{0}_{-1}\text{e} + \overline{\nu}_e \qquad \text{puis} \qquad {}^{60}_{28}\text{Ni}^{*} \rightarrow {}^{60}_{28}\text{Ni} + \gamma

2.

  1. λ=ln⁡25,27≈0,132 an−1\lambda = \dfrac{\ln 2}{5{,}27} \approx 0{,}132\ \text{an}^{-1}
  2. A(3)=A0 e−λt=2,00×1014×e−0,132×3A(3) = A_0\, \mathrm{e}^{-\lambda t} = 2{,}00\times10^{14} \times \mathrm{e}^{-0{,}132\times3}
  3. ≈\approx1,35×1014 Bq1{,}35\times10^{14}\ \text{Bq}

3. L'activité est réduite au quart après deux demi-vies successives (1/4=(1/2)21/4=(1/2)^2) :

  1. t=2 t1/2=2×5,27t = 2\,t_{1/2} = 2\times5{,}27
  2. ==10,510{,}5 ans
11

Restitution organisée de connaissances.

  1. En partant de l'hypothèse dN=−λN dt\mathrm{d}N=-\lambda N\,\mathrm{d}t, démontre que N(t)=N0 e−λtN(t)=N_0\,\mathrm{e}^{-\lambda t}.
  2. Le radon 222, gaz radioactif d'origine naturelle, a pour demi-vie t1/2=3,8t_{1/2}=3{,}8 jours. Calcule le temps nécessaire pour que 90 %90\ \% d'un échantillon de radon 222 se soit désintégré.
Voir le corrigé détaillé

1. Démonstration identique à celle de la section 5.2 (séparation des variables, puis intégration entre 00 et tt) :

  1. dN=−λN dt⇒dNN=−λ dt\mathrm{d}N = -\lambda N\,\mathrm{d}t \Rightarrow \dfrac{\mathrm{d}N}{N}=-\lambda\,\mathrm{d}t
  2. ∫N0N(t)dN′N′=∫0t−λ dt′\displaystyle\int_{N_0}^{N(t)}\dfrac{\mathrm{d}N'}{N'} = \int_0^t -\lambda\,\mathrm{d}t'
  3. ⇒\Rightarrowln⁡N(t)−ln⁡N0=−λt\ln N(t)-\ln N_0 = -\lambda t
  4. ⇒\RightarrowN(t)=N0 e−λtN(t)=N_0\,\mathrm{e}^{-\lambda t}

2. « 90 %90\ \% désintégrés » signifie qu'il reste 10 %10\ \%, soit N/N0=0,10N/N_0=0{,}10.

  1. e−λt=0,10⇒λt=ln⁡10\mathrm{e}^{-\lambda t} = 0{,}10 \Rightarrow \lambda t = \ln 10
  2. ⇒\Rightarrowt=ln⁡10ln⁡2 t1/2≈3,32 t1/2t = \dfrac{\ln 10}{\ln 2}\,t_{1/2} \approx 3{,}32\,t_{1/2}indépendant de l'isotope choisi
  3. t≈3,32×3,8t \approx 3{,}32 \times 3{,}8
  4. ≈\approx12,612{,}6 jours
12

Le tableau suivant donne l'activité AA d'un échantillon d'iode 131 mesurée à intervalles réguliers.

tt (j)0044881212161620202424
AA (×106 Bq\times10^{6}\ \text{Bq})10,010{,}07,087{,}085,015{,}013,543{,}542,512{,}511,781{,}781,261{,}26
  1. Calcule ln⁡(A/A0)\ln(A/A_0) pour t=0t=0 et t=24t=24 j.
  2. Les points sont représentés figure 6 : détermine graphiquement le coefficient directeur de la droite, puis λ\lambda et t1/2t_{1/2}.
  3. Compare t1/2t_{1/2} à la valeur de référence de l'iode 131 (8,028{,}02 j).
Voir le corrigé détaillé

1.

  1. t=0t=0 : ln⁡(A/A0)=ln⁡(10,0/10,0)=0\ln(A/A_0) = \ln(10{,}0/10{,}0) = 0
  2. t=24t=24 : ln⁡(A/A0)=ln⁡(1,26/10,0)=ln⁡(0,126)\ln(A/A_0) = \ln(1{,}26/10{,}0) = \ln(0{,}126)
  3. ≈\approx−2,07-2{,}07
ln(A/A₀) en fonction de t — iode 131 04812162024t (j) 0−2,07
Figure 6 — Points expérimentaux ln⁡(A/A0)\ln(A/A_0) en fonction de tt pour l'iode 131 : leur alignement confirme la loi de décroissance exponentielle.

2. En lisant les coordonnées des deux points extrêmes du graphique :

  1. pente =−2,07−024−0= \dfrac{-2{,}07-0}{24-0}
  2. ≈\approx−0,0863 j−1-0{,}0863\ \text{j}^{-1}
  3. λ≈0,0863 j−1\lambda \approx 0{,}0863\ \text{j}^{-1}pente =−λ=-\lambda
  4. t1/2=ln⁡2λ≈0,6930,0863t_{1/2} = \dfrac{\ln 2}{\lambda} \approx \dfrac{0{,}693}{0{,}0863}
  5. ≈\approx8,038{,}03 j

3. La valeur trouvée graphiquement (8,038{,}03 j) est cohérente, à l'incertitude de lecture près, avec la valeur de référence 8,028{,}02 j : la méthode semi-logarithmique est validée.

Niveau 4 — Problèmes de vie courante
13

Datation d'un site archéologique au Tchad. Lors d'une campagne de fouilles menée près d'Abéché, dans la région de l'Ennedi, une équipe d'archéologues met au jour, dans une sépulture néolithique proche d'un site orné de peintures rupestres, un fragment d'os. Le collagène qui y est extrait présente une activité massique A=0,092 Bq⋅g−1A=0{,}092\ \text{Bq}\cdot\text{g}^{-1} de carbone. L'activité massique de référence du carbone 14 dans la matière vivante actuelle est A0=0,23 Bq⋅g−1A_0=0{,}23\ \text{Bq}\cdot\text{g}^{-1}, et t1/2=5 730t_{1/2}=5\,730 ans.

  1. Calcule l'âge de l'ossement.
  2. Ce résultat est-il compatible avec une occupation durant la période néolithique saharienne (période humide du Sahara, entre environ 9 5009\,500 et 4 0004\,000 ans avant le présent) ?
  3. Explique pourquoi cette méthode ne permettrait pas de dater directement le fossile de Toumaï (≈7\approx 7 millions d'années), découvert dans le désert du Djourab, également au Tchad.
Voir le corrigé détaillé

1.

  1. A0A=0,230,092=2,50\dfrac{A_0}{A} = \dfrac{0{,}23}{0{,}092} = 2{,}50
  2. t=t1/2ln⁡2ln⁡ ⁣(A0A)=5 7300,693×ln⁡(2,50)t = \dfrac{t_{1/2}}{\ln 2}\ln\!\left(\dfrac{A_0}{A}\right) = \dfrac{5\,730}{0{,}693}\times\ln(2{,}50)
  3. ≈\approx8 267×0,9168\,267 \times 0{,}916
  4. ≈\approx7,57×1037{,}57\times10^{3} anssoit environ 7 5707\,570 ans

2. Un âge d'environ 7 5707\,570 ans s'inscrit bien dans la période néolithique saharienne humide (9 5009\,500 à 4 0004\,000 ans avant le présent), durant laquelle le massif de l'Ennedi était occupé par des populations de chasseurs-pasteurs — cohérent avec la présence de peintures rupestres et de sépultures dans cette région.

3. Au-delà d'environ 50 00050\,000 ans, il ne reste plus assez de carbone 14 dans un échantillon pour que son activité soit mesurable : la méthode devient inexploitable. Or Toumaï, âgé d'environ 77 millions d'années, a un âge 140140 fois supérieur à cette limite (7×106/5×104=1407\times10^{6}/5\times10^{4}=140) — la quantité de carbone 14 restante y est depuis longtemps nulle en pratique. Sa datation repose sur d'autres méthodes radiométriques, adaptées aux temps géologiques (potassium-argon, par exemple, sur des niveaux volcaniques associés).

14

Le détecteur de fumée d'Ibrahim (Bamako). Ibrahim installe dans son salon, à Bamako, un détecteur de fumée ionique contenant une source scellée d'américium 241 (t1/2=432,2t_{1/2}=432{,}2 ans, masse molaire M≈241 g⋅mol−1M\approx241\ \text{g}\cdot\text{mol}^{-1}), de masse m0=0,29 μgm_0=0{,}29\ \mu\text{g}.

  1. Calcule le nombre N0N_0 de noyaux d'américium 241 initialement présents dans la source.
  2. Calcule l'activité initiale A0A_0 de la source, en becquerels.
  3. Après 1515 ans d'utilisation, l'activité de la source a-t-elle significativement diminué ? Justifie sans calcul complexe.
Voir le corrigé détaillé

1.

  1. n=m0M=0,29×10−6241n = \dfrac{m_0}{M} = \dfrac{0{,}29\times10^{-6}}{241}
  2. N0=n NA=0,29×10−6241×6,02×1023N_0 = n\,N_A = \dfrac{0{,}29\times10^{-6}}{241}\times 6{,}02\times10^{23}
  3. ≈\approx7,2×10147{,}2\times10^{14} noyaux

2.

  1. λ=ln⁡2432,2×3,156×107\lambda = \dfrac{\ln 2}{432{,}2 \times 3{,}156\times10^{7}}
  2. ≈\approx5,08×10−11 s−15{,}08\times10^{-11}\ \text{s}^{-1}
  3. A0=λN0≈5,08×10−11×7,2×1014A_0 = \lambda N_0 \approx 5{,}08\times10^{-11}\times7{,}2\times10^{14}
  4. ≈\approx3,7×104 Bq3{,}7\times10^{4}\ \text{Bq}soit environ 3737 kBq

3. Non : 1515 ans représentent moins de 4 %4\ \% de la demi-vie (432,2432{,}2 ans). L'activité de la source reste donc quasiment constante sur toute la durée de vie pratique du détecteur — s'il doit être changé après une dizaine d'années, ce n'est pas parce que sa source radioactive « s'épuise », mais pour des raisons mécaniques ou d'encrassement par la poussière.

15

Scintigraphie et radioprotection (Dakar). Un patient reçoit, dans un service de médecine nucléaire à Dakar, une injection de technétium 99m (t1/2=6,01t_{1/2}=6{,}01 h) d'activité initiale A0=800 MBqA_0=800\ \text{MBq}, pour une scintigraphie osseuse. Les recommandations de radioprotection imposent d'éviter tout contact prolongé avec un nourrisson tant que l'activité résiduelle dans l'organisme dépasse un seuil simplifié de 50 MBq50\ \text{MBq}.

  1. Au bout de combien de temps le patient peut-il, selon ce critère, reprendre un contact prolongé avec son nourrisson ?
  2. En réalité, ce délai est encore plus court : pourquoi ?
Voir le corrigé détaillé

1.

  1. A0Aseuil=80050=16=24\dfrac{A_0}{A_{\text{seuil}}} = \dfrac{800}{50} = 16 = 2^{4}exactement quatre demi-vies
  2. ⇒\Rightarrowt=4 t1/2=4×6,01t = 4\,t_{1/2} = 4\times6{,}01
  3. ==24,024{,}0 hsoit environ une journée

2. Ce calcul ne tient compte que de la décroissance physique du technétium 99m. En réalité, l'organisme élimine aussi une partie du traceur par voie urinaire : cette élimination biologique s'ajoute à la décroissance physique, ce qui raccourcit encore le délai réel (on parle de période effective, toujours inférieure à la période physique seule).

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📝 QCM de fin de leçon — 20 questions

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Dans la notation ZAX^A_Z\text{X} d'un noyau, les lettres AA et ZZ représentent respectivement :

Explication : Dans ZAX^A_Z\text{X}, AA (en haut) est le nombre total de nucléons, ZZ (en bas) le nombre de protons. C'est l'erreur la plus fréquente du chapitre — piège à éviter absolument.

Deux noyaux sont des isotopes s'ils ont :

Explication : Des isotopes partagent le même ZZ, donc le même élément chimique, mais diffèrent par leur nombre de neutrons NN, donc par leur nombre de masse AA. Exemple : 612C^{12}_{6}\text{C}, 613C^{13}_{6}\text{C}, 614C^{14}_{6}\text{C}.

À l'intérieur d'un noyau, la cohésion résulte de la compétition entre :

Explication : L'interaction forte, à très courte portée, doit compenser la répulsion coulombienne entre protons ; c'est pourquoi un noyau lourd a besoin de proportionnellement plus de neutrons que de protons.

Tout noyau de numéro atomique ZZ supérieur à environ 8282 (plus lourd que le plomb) :

Explication : Au-delà de Z≈82Z\approx82, aucun équilibre (N,Z)(N,Z) ne suffit plus à assurer la cohésion du noyau via l'interaction forte : le noyau évacue de la matière par paquets de quatre nucléons (radioactivité α\alpha).

La radioactivité, phénomène par lequel un noyau instable se transforme spontanément, est :

Explication : Ce sont les trois caractéristiques essentielles de la radioactivité : impossible de prévoir quand un noyau donné se désintègre, et impossible d'influer sur le phénomène par un moyen extérieur.

L'équation générale d'une désintégration α\alpha s'écrit :

Explication : Le noyau instable émet un noyau d'hélium 24He^4_2\text{He} (particule α\alpha) : le nombre de masse diminue de 44, le numéro atomique de 22.

L'équation générale d'une désintégration β−\beta^{-} s'écrit :

Explication : Un neutron se transforme en proton, avec émission d'un électron −10e^0_{-1}\text{e} et d'un antineutrino : AA est inchangé, ZZ augmente d'une unité.

La radioactivité β+\beta^{+} correspond à :

Explication : Elle concerne les noyaux à excès de protons : un proton devient un neutron, avec émission d'un positon +10e^0_{+1}\text{e} (antiparticule de l'électron) et d'un neutrino.

Lors d'une émission γ\gamma, le noyau excité ZAY∗^A_Z\text{Y}^{*} :

Explication : ZAY∗→ZAY+γ^A_Z\text{Y}^{*} \to {}^A_Z\text{Y} + \gamma : le noyau se désexcite sans changer de nature, en libérant l'excédent d'énergie sous forme d'un photon γ\gamma.

Au cours de toute réaction nucléaire spontanée, les lois de conservation de Soddy imposent la conservation :

Explication : AA (nombre total de nucléons) et ZZ (charge électrique totale) se conservent séparément de chaque côté de l'équation de désintégration : c'est ce qui permet de trouver le noyau fils.

Le radium 88226Ra^{226}_{88}\text{Ra} est un émetteur α\alpha. Le noyau fils obtenu est :

Explication : 226=A+4⇒A=222226=A+4 \Rightarrow A=222 ; 88=Z+2⇒Z=8688=Z+2 \Rightarrow Z=86, soit le radon (Rn) : 88226Ra→86222Rn+24He^{226}_{88}\text{Ra} \to {}^{222}_{86}\text{Rn} + {}^4_2\text{He}.

Le thorium 90234Th^{234}_{90}\text{Th} se transforme en protactinium 91234Pa^{234}_{91}\text{Pa}. Ce type de désintégration est :

Explication : AA reste égal à 234234 (aucun nucléon éjecté, donc pas de radioactivité α\alpha) ; ZZ passe de 9090 à 9191 : un neutron s'est transformé en proton, c'est une désintégration β−\beta^{-}.

Parmi les trois rayonnements radioactifs, lequel est le plus pénétrant, jamais totalement arrêté et nécessitant plusieurs centimètres de plomb pour être atténué ?

Explication : Le rayonnement α\alpha est arrêté par une feuille de papier, le β\beta par quelques mm d'aluminium ; le γ\gamma, constitué de photons très énergétiques, n'est jamais totalement arrêté, même par une forte épaisseur de plomb.

La loi de décroissance radioactive s'écrit, avec N0N_0 le nombre de noyaux à t=0t=0 :

Explication : Cette loi se déduit de l'équation différentielle dN=−λN dt\mathrm{d}N=-\lambda N\,\mathrm{d}t : chaque noyau a, à tout instant, la même probabilité λ dt\lambda\,\mathrm{d}t de se désintégrer.

La constante radioactive λ\lambda d'un nucléide :

Explication : Contrairement à une constante de vitesse en cinétique chimique, λ\lambda est une propriété exclusivement nucléaire : c'est cette universalité qui rend la datation radioactive fiable.

La demi-vie t1/2t_{1/2} d'un nucléide est reliée à la constante radioactive λ\lambda par :

Explication : En posant N(t1/2)=N0/2N(t_{1/2})=N_0/2 dans N(t)=N0e−λtN(t)=N_0\mathrm{e}^{-\lambda t}, on obtient e−λt1/2=1/2\mathrm{e}^{-\lambda t_{1/2}}=1/2, donc t1/2=ln⁡2/λt_{1/2}=\ln2/\lambda.

Un échantillon de phosphore 30 (t1/2=2,5 mint_{1/2}=2{,}5\ \text{min}) a une masse initiale m0=8,0 mgm_0=8{,}0\ \text{mg}. Quelle masse reste-t-il après 7,5 min7{,}5\ \text{min} (soit trois demi-vies) ?

Explication : Après nn demi-vies, il reste m0/2nm_0/2^{n}. Ici n=3n=3 :
m=8,023=8,08m = \dfrac{8{,}0}{2^{3}} = \dfrac{8{,}0}{8}
=1,0 mg= 1{,}0\ \text{mg}.

Après deux demi-vies écoulées, la fraction de noyaux radioactifs encore présents (non désintégrés) est :

Explication : Piège classique : après deux demi-vies, il reste N0/4N_0/4, soit 25 %25\ \% — pas 0 %0\ \%. La décroissance radioactive n'atteint jamais exactement zéro en un temps fini.

L'activité A(t)A(t) d'un échantillon radioactif, exprimée en becquerels, est reliée au nombre de noyaux N(t)N(t) par :

Explication : L'activité est le nombre de désintégrations par seconde : A(t)=∣dN/dt∣=λN(t)A(t)=\left|\mathrm{d}N/\mathrm{d}t\right|=\lambda N(t), en becquerels (1 Bq=11\ \text{Bq}=1 désintégration par seconde).

Dans le massif de l'Ennedi, au Tchad, un fragment de charbon de bois a une activité massique A=0,15 Bq⋅g−1A=0{,}15\ \text{Bq·g}^{-1}, contre A0=0,23 Bq⋅g−1A_0=0{,}23\ \text{Bq·g}^{-1} pour du carbone vivant actuel (t1/2t_{1/2} du carbone 14 =5 730=5\,730 ans). L'âge du fragment vaut environ :

Explication : t=t1/2ln⁡2ln⁡ ⁣(A0A)=5 7300,693ln⁡ ⁣(0,230,15)t = \dfrac{t_{1/2}}{\ln2}\ln\!\left(\dfrac{A_0}{A}\right) = \dfrac{5\,730}{0{,}693}\ln\!\left(\dfrac{0{,}23}{0{,}15}\right)
≈8 267×0,428≈3 500\approx 8\,267 \times 0{,}428 \approx 3\,500 ans.
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