Depuis le début de l'année, tu étudies le champ magnétique et la force de Laplace dans des situations statiques ou en régime permanent : un courant constant crée un champ, un champ constant exerce une force sur un courant porteur de courant. Ce chapitre change de point de vue et pose la question inverse, résolument dynamique : que se passe-t-il quand le champ magnétique varie au voisinage d'un circuit ? La réponse, découverte par Michael Faraday en 1831, est saisissante : un courant apparaît sans aucun générateur. C'est l'induction électromagnétique.
Tu côtoies ce phénomène chaque jour sans toujours le savoir. La dynamo d'un vélo, les plaques de cuisson à induction, le chargeur sans fil d'un téléphone, la carte de paiement sans contact, le transformateur gris fixé en haut d'un poteau électrique : tous fonctionnent sur ce principe. À plus grande échelle, c'est l'induction qui, dans chaque alternateur du barrage de Manantali ou de la centrale thermique de Ndjamena, transforme l'énergie mécanique d'une turbine en énergie électrique — la quasi-totalité de la production mondiale d'électricité repose sur ce chapitre.
Sur le plan mathématique, ce chapitre marque un cap : pour la première fois en physique, une grandeur mesurable au voltmètre s'obtient comme la dérivée par rapport au temps d'une autre grandeur, le flux magnétique. Tu vas aussi résoudre ta première véritable équation différentielle de physique, celle du circuit , et retrouver l'exponentielle du cours de mathématiques comme une réalité chronométrable à l'oscilloscope.
Le plan suit une logique serrée : nous définirons le flux magnétique (§1), outil indispensable, puis la loi de Lenz qui fixe le sens du courant induit (§2), la loi de Faraday qui en donne la valeur (§3), le phénomène d'auto-induction propre à une bobine (§4) et l'énergie qu'elle emmagasine (§5), avant de conclure sur deux applications industrielles majeures : l'alternateur et le transformateur (§6). Tu termineras par une série d'exercices corrigés, du plus direct au plus proche du baccalauréat.
1Flux magnétique
Avant de comprendre comment naît un courant induit, il faut disposer d'un outil pour mesurer « la quantité de champ magnétique qui traverse un circuit ». C'est le rôle du flux magnétique.
1.1 Circuit orienté et vecteur normal
Un circuit filiforme (une spire) délimite une surface. Pour définir le flux qui la traverse, il faut d'abord orienter ce circuit, c'est-à-dire choisir arbitrairement un sens de parcours positif.
Orienter un circuit, c'est choisir un sens de parcours positif le long du fil. Ce choix détermine, par la règle de la main droite (les quatre doigts suivent le sens positif choisi, le pouce indique la direction), un unique vecteur normal unitaire , perpendiculaire au plan de la spire.
Le vecteur surface associé à une spire d'aire (en ) est alors .
Le choix du sens positif — et donc de — est arbitraire : rien dans la physique ne l'impose. Mais une fois fixé, il doit rester le même tout au long d'un exercice : c'est lui qui donne un sens aux signes de , de et de .
1.2 Expression du flux magnétique
Le flux magnétique à travers une spire orientée, plongée dans un champ supposé uniforme sur sa surface, est le produit scalaire de par le vecteur surface :
où est l'angle entre et le vecteur normal . Le flux se mesure en weber, symbole : .
- ( et parallèles et de même sens) : le flux est maximal, .
- ( contenu dans le plan de la spire) : le flux est nul, .
- : le flux est minimal, .
Pour une bobine de spires identiques et jointives, chaque spire est traversée par le même flux élémentaire : le flux total embrassé par la bobine est fois plus grand :
Une spire carrée de côté est placée dans un champ uniforme , sa normale faisant un angle avec . Calculons .
- côté converti en mètres
Une bobine plate de spires, de section , a son axe aligné avec un champ (donc ).
1.3 Mise en évidence expérimentale de l'induction
En 1831, Faraday relie une bobine à un galvanomètre — un appareil qui détecte le moindre courant — et approche un aimant droit. Trois observations, en apparence anodines, vont fonder toute l'électrotechnique moderne.
- Aimant immobile à proximité de la bobine : le galvanomètre reste à zéro, aucun courant, quelle que soit l'intensité de .
- Aimant en mouvement (on l'approche ou on l'éloigne) : le galvanomètre dévie, un courant apparaît, sans aucun générateur dans le circuit de la bobine.
- Plus le mouvement est rapide, plus la déviation observée est grande.
Le point commun de ces observations : un courant n'apparaît que lorsque le flux à travers la bobine varie — que la variation vienne d'un déplacement de l'aimant, d'une rotation, ou, on le verra, d'un courant variable dans un circuit voisin. Un flux constant, même énorme, n'induit jamais de courant. Ce phénomène s'appelle l'induction électromagnétique : un circuit, dit induit, voit apparaître un courant induit sous l'effet de la variation du flux créé par un inducteur (aimant ou autre circuit).
Le 29 août 1831, dans son laboratoire de la Royal Institution à Londres, Michael Faraday enroule deux bobines de fil isolé sur un même anneau de fer doux. En fermant le circuit de la première bobine, reliée à une pile, il observe une brève déviation de l'aiguille du galvanomètre connecté à la seconde — puis plus rien, alors que le courant continue de circuler dans la première. En ouvrant le circuit, une nouvelle déviation apparaît, en sens inverse. Faraday venait de mettre en évidence l'induction : ce n'est pas le courant qui compte, mais sa variation. La même année, l'Américain Joseph Henry observe indépendamment le même phénomène ; son nom sera donné plus tard à l'unité d'inductance, le henry (§4).
Une erreur fréquente au baccalauréat consiste à annoncer un courant induit dès qu'il y a un champ magnétique « fort » ou un aimant « proche ». Relis la définition : c'est la variation du flux, , qui compte — pas la valeur du flux, ni celle de . Un champ intense mais constant, en régime permanent, n'induit rien.
2Loi de Lenz
La loi de Lenz répond à une question précise : quand un courant est induit, dans quel sens circule-t-il ? La réponse tient en une phrase, mais sa portée est immense — elle garantit, comme tu vas le voir, la conservation de l'énergie.
2.1 Énoncé de la loi
Le sens du courant induit est tel que, par les effets qu'il produit (champ magnétique induit, force de Laplace subie…), il s'oppose à la cause qui lui a donné naissance, c'est-à-dire à la variation de flux qui l'a créé.
Autrement dit, le circuit induit « résiste » à ce qu'on lui impose. Si l'on approche un aimant, le courant induit s'organise pour repousser cet aimant ; si on l'éloigne, il s'organise pour le retenir. Le système induit ne fait jamais le jeu de la cause qui le perturbe : il la freine.
- Choisir un sens positif arbitraire pour la spire, en déduire par la règle de la main droite.
- Déterminer si le flux augmente ou diminue au cours du mouvement étudié.
- En déduire le sens du champ induit : il doit s'opposer à la variation, donc être opposé à si augmente, et de même sens que si diminue. La règle de la main droite appliquée à donne alors le sens réel du courant.
Un aimant droit s'approche d'une bobine, pôle nord en avant.
- le pôle nord se rapproche de la bobinele flux à travers la bobine augmente
- le courant induit crée un champ opposé à pour s'opposer à l'augmentation de
- la face de la bobine tournée vers l'aimant devient un pôle nordrègle de la main droite appliquée à
La bobine repousse l'aimant qui approche (deux pôles nord se repoussent) : le système s'oppose bien à la cause, le rapprochement.
Le même aimant, pôle nord toujours face à la bobine, s'éloigne cette fois.
- le pôle nord s'éloigne de la bobinele flux diminue
- le courant induit crée un champ de même sens que pour s'opposer à la diminution de
- la face de la bobine tournée vers l'aimant devient un pôle sud
La bobine attire l'aimant qui s'éloigne (un pôle nord et un pôle sud s'attirent) : elle s'oppose encore à la cause, qui était l'éloignement.
2.2 Loi de Lenz et conservation de l'énergie
La loi de Lenz n'est pas un décret arbitraire de la nature : c'est une conséquence directe du principe de conservation de l'énergie.
Imagine, par l'absurde, que le courant induit attire l'aimant qui approche au lieu de le repousser. L'aimant accélérerait alors spontanément vers la bobine ; le flux augmenterait encore plus vite ; le courant induit deviendrait plus grand ; la force d'attraction, plus grande encore… L'aimant gagnerait indéfiniment de l'énergie cinétique et le circuit dissiperait de l'énergie électrique par effet Joule, le tout sans aucun apport extérieur : on créerait de l'énergie à partir de rien, ce qui est impossible. Le courant induit doit donc s'opposer au mouvement : c'est celui qui approche l'aimant qui doit fournir un travail mécanique contre la force de répulsion, travail qui se retrouve ensuite dissipé en chaleur dans le circuit. La loi de Lenz est le prix que la nature fait payer pour respecter la conservation de l'énergie. C.Q.F.D.
Ne confonds pas la loi de Lenz, qui donne le sens du courant induit, avec la loi de Faraday (§3), qui donne sa valeur. De nombreuses copies de baccalauréat posent un signe « moins » mécaniquement, sans avoir d'abord raisonné physiquement sur le sens de variation du flux : commence toujours par un raisonnement qualitatif à la Lenz, la loi de Faraday te donnera ensuite l'expression algébrique cohérente avec ce raisonnement.
3Loi de Faraday et f.é.m. induite
La loi de Lenz donne le sens du courant induit ; elle ne dit rien de sa valeur. C'est la loi de Faraday, quantitative, qui complète le tableau.
3.1 Énoncé de la loi de Faraday
Un circuit orienté (§1), traversé par un flux qui varie au cours du temps, est le siège d'une f.é.m. induite donnée par :
avec en volts (V), en webers (Wb) et en secondes (s). Cette f.é.m. joue, dans le circuit induit, le rôle d'un générateur : associée à la résistance du circuit, elle impose un courant induit algébrique , compté dans le sens positif choisi.
Le signe « − » n'est pas un détail : c'est lui qui restitue automatiquement la loi de Lenz une fois les conventions posées. Vérifions-le sur l'exemple le plus riche du programme, celui de la tige sur rails.
3.2 La tige sur rails : démonstration de
Deux rails conducteurs, horizontaux et parallèles, distants de , sont reliés à une extrémité par un résistor . Une tige conductrice, perpendiculaire aux rails, glisse sans frottement à la vitesse ; l'ensemble baigne dans un champ uniforme, perpendiculaire au plan des rails.
On oriente le circuit de sorte que soit dans le sens de (). On repère la tige par son abscisse , comptée à partir du résistor : la surface balayée par le circuit, de largeur , a pour aire .
- , vitesse algébrique de la tige
d'où la relation à retenir :
Le courant induit qui circule dans la tige, plongée dans , y subit une force de Laplace , de norme . Un raisonnement à la Lenz (ou le calcul direct à partir du signe de ) montre que cette force est toujours opposée à : c'est une force de freinage, jamais d'entraînement.
Rails espacés de , champ , tige tirée à vitesse constante , résistance totale du circuit .
3.3 Bilan énergétique du freinage électromagnétique
Pour maintenir la tige à vitesse constante, un opérateur extérieur doit exercer une force opposée à la force de Laplace : . Sa puissance mécanique fournie vaut :
Cette puissance mécanique est intégralement convertie en puissance électrique , elle-même dissipée par effet Joule dans le résistor, . Vérifions le bilan sur l'exemple précédent :
- bilan vérifié :
Aucune perte, aucune création : toute l'énergie mécanique fournie par l'opérateur devient chaleur dans le circuit. C'est le principe de tout freinage électromagnétique.
3.4 Courants de Foucault
La tige sur rails est un circuit filiforme fermé. Mais le même principe s'applique dans la masse d'un conducteur massif — un disque de cuivre, une plaque d'aluminium, le noyau de fer d'une bobine — dès que le flux magnétique à travers une portion de ce volume varie : des courants induits s'y organisent en boucles fermées, à l'intérieur même du métal.
Les courants de Foucault sont des courants induits qui circulent en boucles fermées à l'intérieur d'un conducteur massif soumis à un flux magnétique variable (déplacement dans un champ non uniforme, ou champ variable dans le temps).
Comme tout courant induit, ils obéissent à la loi de Lenz et dissipent de l'énergie par effet Joule dans le métal. Deux conséquences, l'une gênante, l'autre exploitée :
- Freinage électromagnétique : un disque métallique en rotation entre les pôles d'un aimant est freiné par les courants de Foucault qu'il développe (freins à courants de Foucault de poids lourds et de wagons, amortissement de balances de précision).
- Chauffage par induction : une plaque de cuisson « à induction » crée, sous la casserole, un champ magnétique variable à haute fréquence ; les courants de Foucault induits dans le fond métallique de la casserole y dissipent une puissance Joule importante, qui chauffe directement le récipient — la plaque elle-même reste froide au toucher.
Dans un transformateur (§6) ou le noyau d'un électroaimant, les courants de Foucault sont indésirables : ils dissipent de l'énergie sans utilité et échauffent le noyau. On les limite en remplaçant le noyau massif par un empilement de tôles minces isolées entre elles (noyau « feuilleté ») : cela allonge le trajet possible des courants de Foucault et augmente fortement leur résistance, donc réduit les pertes.
En 1855, le physicien français Léon Foucault — déjà célèbre pour son pendule démontrant la rotation de la Terre — fait tourner un disque de cuivre entre les pôles d'un puissant électroaimant. Il constate que le disque s'échauffe et que sa rotation est freinée, sans aucun contact mécanique. Sa communication à l'Académie des sciences décrit pour la première fois ce que l'on appellera bientôt les « courants de Foucault ».
4Auto-induction et inductance
Jusqu'ici, le flux inducteur provenait d'un aimant ou d'un circuit extérieur. Mais une bobine parcourue par un courant crée elle-même un champ magnétique, donc un flux, à travers elle-même. Si varie, ce flux propre varie aussi, et la bobine induit un courant sur elle-même : c'est l'auto-induction.
4.1 Flux propre et inductance d'une bobine
Le flux propre créé par une bobine à travers elle-même est proportionnel au courant qui la parcourt :
Le coefficient , toujours positif, est l'inductance propre de la bobine. Il ne dépend que de sa géométrie (nombre de spires, dimensions, noyau éventuel) et se mesure en henry, symbole : .
Pour un solénoïde de longueur , de section , comportant spires jointives et sans noyau de fer :
avec la perméabilité magnétique du vide. croît comme le carré du nombre de spires : doubler quadruple .
Solénoïde de spires, longueur , section .
4.2 F.é.m. auto-induite et tension aux bornes d'une bobine
La loi de Faraday s'applique au flux propre exactement comme à tout autre flux :
- constante, indépendante du temps
Une bobine réelle possède aussi une résistance (celle du fil qui la constitue). En convention récepteur, la tension à ses bornes cumule chute ohmique et opposition à la variation de :
Ne confonds pas les deux écritures : est la f.é.m. induite (convention générateur), tandis que est la tension à ses bornes en convention récepteur — les deux sont reliées par . Vérifie toujours quelle convention l'énoncé utilise avant d'écrire une loi des mailles.
4.3 Établissement du courant dans un circuit RL
Considérons un générateur de f.é.m. , un interrupteur , un résistor et une bobine , tous en série (figure 4). On note la résistance totale du circuit (résistor et résistance interne de la bobine confondues).
À l'instant , on ferme . La loi d'additivité des tensions, sur cette maille unique, donne :
On pose et on réécrit l'équation sous forme canonique.
- solution particulière constante : régime permanent,
- solution de l'équation homogène : solution générale de
- solution générale :
- or le courant dans une bobine ne subit jamais de discontinuité
d'où l'expression du courant d'établissement :
L'intensité qui traverse une bobine ne peut jamais subir de discontinuité (un saut brutal exigerait une puissance infinie). C'est cette continuité, , qui fixe la constante d'intégration à chaque commutation.
Vérification des unités : . est homogène à un temps : c'est l'échelle caractéristique à laquelle le régime permanent s'installe.
Deux méthodes équivalentes pour lire sur la courbe :
- la tangente à l'origine coupe l'asymptote exactement à l'instant ;
- à l'instant , le courant a déjà atteint de sa valeur finale .
Circuit RL avec , , .
4.4 Rupture du courant ; étincelle de rupture
Le régime permanent atteint, on ouvre à un nouvel instant pris comme origine, en court-circuitant simultanément la bobine sur (pour éviter toute étincelle, voir plus bas). L'équation devient homogène :
- solution :
- or continuité : même valeur qu'à la fin du régime établi
d'où :
La même constante de temps gouverne la décroissance : à , il reste du courant initial.
Que se passe-t-il si l'on ouvre franchement l'interrupteur, sans chemin de secours pour le courant ? La résistance du circuit devient quasi infinie (l'air entre les contacts). Or la bobine s'oppose à toute variation brutale du courant : elle impose un très grand en valeur absolue, donc, via , une surtension considérable aux bornes de l'interrupteur. Cette tension peut atteindre plusieurs centaines, voire milliers de volts : elle ionise l'air entre les contacts et produit une étincelle de rupture, parfois un arc destructeur. C'est pourquoi les circuits à bobine (relais, moteurs) sont souvent équipés d'un dispositif offrant au courant un chemin de décharge lorsque l'interrupteur s'ouvre.
Joseph Henry (1797-1878), professeur à l'Albany Academy puis premier secrétaire de la Smithsonian Institution, observe dès 1832 qu'en ouvrant le circuit d'un puissant électroaimant, une étincelle spectaculaire jaillit à l'interrupteur — bien plus intense que ce que la pile seule pourrait produire. Il vient de mettre en évidence, indépendamment de Faraday, le phénomène d'auto-induction. L'unité d'inductance porte aujourd'hui son nom.
Ne confonds pas les deux régimes : à l'établissement, part de et croît vers ; à la rupture, part de et décroît vers . Dans les deux cas, est la même grandeur : elle ne dépend que du circuit, jamais du régime étudié.
5Énergie emmagasinée dans une bobine
Pendant l'établissement du courant (§4.3), le générateur fournit de l'énergie électrique. Une partie est dissipée par effet Joule dans la résistance — définitivement perdue sous forme de chaleur — mais une autre partie est stockée par la bobine elle-même, sous forme d'énergie magnétique. Cette énergie est récupérable : c'est elle qui, à la rupture, alimente encore brièvement le circuit — et produit, si l'ouverture est brutale, l'étincelle du §4.4.
5.1 Expression de l'énergie magnétique
Multiplions par la relation (tension aux bornes de la bobine, convention récepteur) :
- puissance électrique reçue par la bobine
- constant
Le premier terme est la puissance dissipée par effet Joule ; le second est la puissance stockée sous forme magnétique. En intégrant depuis un courant nul, l'énergie emmagasinée quand le courant vaut est :
en joules (J), en henrys (H), en ampères (A). Vérification des unités : .
5.2 Où va l'énergie ?
À l'établissement, l'énergie fournie par le générateur se répartit entre dissipation Joule (définitive) et stockage magnétique (récupérable). À la rupture, sans générateur, c'est l'énergie stockée qui, seule, entretient un instant le courant : elle se dissipe intégralement en chaleur dans au fil de la décroissance — ou, si le circuit s'ouvre brutalement sans chemin de secours, en partie dans l'étincelle elle-même.
Reprenons le circuit RL du §4 : , .
Une valeur modeste, mais c'est elle qui, libérée en quelques microsecondes lors d'une ouverture brutale, donne à l'étincelle de rupture sa puissance instantanée impressionnante.
Comme , doubler l'intensité quadruple l'énergie stockée, à fixée.
- intensité doublée
Ne confonds pas cette formule avec une autre grandeur au carré : c'est bien le courant , jamais une tension, qui pilote l'énergie magnétique. Oublier le facteur , ou écrire au lieu de , est l'erreur la plus fréquente au baccalauréat.
6Applications : alternateur, transformateur
L'induction n'est pas une curiosité de laboratoire : elle est au cœur des deux dispositifs qui structurent tout réseau électrique, de la centrale de production jusqu'à la prise domestique.
6.1 Principe de l'alternateur
Un alternateur convertit de l'énergie mécanique de rotation en énergie électrique, en exploitant directement la loi de Faraday : on fait tourner une spire, à vitesse angulaire constante , dans un champ magnétique uniforme .
On choisit l'origine des temps à l'instant où le plan de la spire est perpendiculaire à , soit . La rotation à vitesse angulaire constante donne .
d'où, pour une spire :
Pour une bobine de spires identiques, la f.é.m. totale est fois celle d'une spire :
6.2 Tension alternative : période et fréquence
La f.é.m. est sinusoïdale : c'est un courant alternatif. Sa période et sa fréquence sont celles de la rotation. Le réseau électrique de la plupart des pays francophones d'Afrique et d'Europe impose , soit .
Bobine de spires, section , tournant à dans un champ .
soit (en volts, en secondes).
6.3 Production industrielle de l'électricité
Dans une centrale, ce n'est presque jamais une spire qu'on fait tourner « à la main » : c'est un rotor massif (souvent l'inducteur, un électroaimant), entraîné par une turbine, qui tourne devant des bobinages fixes, le stator. Le principe physique — la variation de flux — reste rigoureusement celui démontré ci-dessus ; seule l'échelle change.
- Au barrage hydroélectrique de Manantali, sur le fleuve Bafing (Mali), la chute d'eau entraîne des turbines couplées à des alternateurs : l'énergie potentielle de l'eau retenue devient énergie électrique, distribuée au Mali, au Sénégal et à la Mauritanie via le réseau interconnecté de l'OMVS.
- À la centrale thermique de Ndjamena (Tchad), ce sont des moteurs (diesel ou turbines à gaz) qui entraînent mécaniquement les alternateurs, en brûlant un combustible plutôt qu'en exploitant une chute d'eau : la chaîne énergétique diffère en amont, mais la conversion finale, mécanique vers électrique, est identique.
Une fois produite, l'électricité est transportée sur de longues distances à haute tension (typiquement plusieurs centaines de kilovolts), afin de limiter les pertes par effet Joule en ligne, avant d'être abaissée par des transformateurs successifs jusqu'à la tension domestique (). C'est l'objet du paragraphe suivant.
6.4 Principe du transformateur
Un transformateur comporte deux bobinages, primaire ( spires) et secondaire ( spires), enroulés sur un même noyau de fer feuilleté (§3.4) qui canalise les lignes de champ : au flux de fuite près, négligé ici, le même flux traverse chaque spire des deux bobinages.
La loi de Faraday, appliquée à chaque bobinage (même flux par spire) :
- et tension proportionnelle au nombre de spires, à un signe de convention près
Un transformateur ne fonctionne qu'en régime variable : en continu, et . S'il est idéal (sans pertes), la puissance se conserve, , d'où : ce qu'on gagne en tension, on le perd en courant.
Primaire spires sous , secondaire spires, puissance transmise (transformateur idéal).
Le courant, divisé par , rend le transport sur de longues lignes bien moins dissipatif par effet Joule () : c'est toute la raison d'être du transport à haute tension.
Un transformateur ne « crée » ni tension ni puissance : il échange tension contre courant, à puissance quasi constante. Un rapport élevé n'est pas gratuit — c'est le nombre de spires, donc la quantité de fil bobiné, qui augmente en proportion.
Fiche mémo
- Flux : (spire), (bobine de spires) ; unité le weber (Wb).
- Loi de Lenz : le courant induit s'oppose, par ses effets, à la cause qui lui donne naissance.
- Loi de Faraday : .
- Rails de Laplace : ; la force de Laplace subie freine toujours le mouvement.
- Courants de Foucault : induits dans la masse d'un conducteur ; freinage, chauffage par induction, pertes limitées par un noyau feuilleté.
- Auto-induction : , , ; en henry (H).
- Établissement RL : , avec .
- Rupture RL : , ; tangente à l'origine ⟶ asymptote atteinte en .
- Le courant dans une bobine est toujours continu : .
- Énergie magnétique : .
- Alternateur : .
- Transformateur idéal : et ; fonctionne uniquement en régime variable.
7Exercices corrigés
Une spire circulaire de rayon est placée dans un champ magnétique uniforme . Calcule le flux qui la traverse : a) lorsque le plan de la spire est perpendiculaire à ; b) lorsque la normale fait un angle de avec .
Voir le corrigé détaillé
a) le plan est perpendiculaire à donc , soit :
b) avec :
Un aimant droit, pôle sud en avant, s'éloigne d'une bobine reliée à un galvanomètre. Détermine, en justifiant par la loi de Lenz, le sens du champ induit et la polarité que prend la face de la bobine tournée vers l'aimant.
Voir le corrigé détaillé
- le pôle sud s'éloigne de la bobinele flux diminue
- de même sens que pour s'opposer à la diminution de
- la face de la bobine devient un pôle nord
La bobine attire le pôle sud qui s'éloigne : elle s'oppose bien à la cause, conformément à la loi de Lenz.
Le flux à travers une bobine passe de manière régulière de à en . Calcule la valeur moyenne de la f.é.m. induite.
Voir le corrigé détaillé
Rails de Laplace espacés de , champ , tige déplacée à vitesse constante , résistance totale du circuit . Calcule la f.é.m. induite et le courant induit .
Voir le corrigé détaillé
Un circuit RL comporte , , . Calcule la constante de temps et l'intensité finale .
Voir le corrigé détaillé
Une bobine d'inductance est parcourue par un courant . Calcule l'énergie magnétique qu'elle emmagasine.
Voir le corrigé détaillé
Un solénoïde de spires, longueur , section , est parcouru par un courant . Calcule son inductance , puis l'énergie magnétique qu'il stocke.
Voir le corrigé détaillé
Un alternateur comporte une bobine de spires de section , tournant à la fréquence dans un champ . Calcule , , puis la valeur instantanée de à l'instant .
Voir le corrigé détaillé
- valeur remarquable,
Rails distants de dans un champ ; une tige de résistance négligeable coulisse à constante, résistance totale du circuit . Calcule , , la force de freinage , et vérifie le bilan de puissance.
Voir le corrigé détaillé
- bilan vérifié
Dans un circuit RL, , , le régime établi correspond à . À la rupture, calcule le courant à l'instant , ainsi que l'énergie encore stockée dans la bobine à cet instant.
Voir le corrigé détaillé
Deux rails horizontaux, parallèles et distants de , sont reliés par un résistor . Une tige métallique MN, de masse , glisse sans frottement sur les rails ; l'ensemble est plongé dans un champ magnétique uniforme , perpendiculaire au plan des rails. On lance la tige avec une vitesse initiale , puis on la laisse évoluer librement, sans opérateur.
- Établis l'expression littérale de la force de Laplace subie par la tige, en fonction de , , et de sa vitesse .
- En appliquant la deuxième loi de Newton, montre que vérifie , et exprime en fonction de , , , .
- Calcule , puis la vitesse de la tige à .
Voir le corrigé détaillé
1. La tige induit , d'où un courant (en norme), et une force de Laplace de norme :
toujours opposée à (freinage, loi de Lenz).
2. Sur l'axe horizontal, seule cette force agit (poids et réaction normale se compensent) :
d'où , et (par analogie avec le §4.4).
3.
On réalise le montage d'établissement du courant dans un dipôle RL, de résistance totale connue . Un système d'acquisition enregistre la courbe de la figure 9.
- Par lecture graphique, détermine l'intensité du régime permanent et la constante de temps (tu expliciteras la méthode utilisée).
- En déduire la f.é.m. du générateur et l'inductance de la bobine.
- Calcule l'énergie maximale emmagasinée par la bobine.
Voir le corrigé détaillé
1. L'asymptote horizontale de la courbe est atteinte pour : . La tangente à l'origine coupe cette asymptote à l'abscisse (méthode du §4.3) : .
2.
3.
Un alternateur de centrale comporte un rotor entraîné à , portant un bobinage de spires de section , dans un champ .
- Calcule la vitesse angulaire (en ), puis la fréquence de la tension produite.
- Calcule l'amplitude de la f.é.m. produite.
- Cette tension alimente le primaire ( spires) d'un transformateur élévateur dont le secondaire comporte spires. Sachant que la tension efficace au primaire est , calcule la tension efficace au secondaire.
Voir le corrigé détaillé
1.
- un tour par période
2.
3.
La descente d'Abéché. Amadou conduit un camion de masse totale sur la longue descente qui mène à Abéché (Tchad), un dénivelé de . Il utilise le ralentisseur à courants de Foucault de son camion (et non les freins à disque) pour maintenir une vitesse constante sur toute la descente.
- Explique, en citant la loi de Lenz, pourquoi le disque métallique du ralentisseur s'échauffe.
- La vitesse restant constante, calcule l'énergie mécanique perdue par le camion sur la descente (on prendra ), intégralement dissipée par les courants de Foucault.
- Cette énergie est évacuée en : calcule la puissance thermique moyenne dissipée par le ralentisseur.
Voir le corrigé détaillé
1. Le disque tourne dans le champ des électro-aimants du ralentisseur : le flux à travers les boucles de courant qui s'y forment varie continûment. Par la loi de Lenz, les courants de Foucault induits s'opposent à cette variation, donc à la rotation du disque ; l'effet Joule qu'ils dissipent dans la résistance du métal prélève de l'énergie cinétique au camion et la transforme en chaleur.
2. Vitesse constante énergie cinétique inchangée : toute l'énergie potentielle de pesanteur perdue est dissipée.
3.
La cuisine de Fatou. À Dakar, Fatou fait chauffer d'eau (masse volumique ) sur une plaque à induction, de à . La plaque, réglée à une puissance utile constante , transfère cette puissance à la casserole par les courants de Foucault induits dans son fond. Capacité thermique massique de l'eau : .
- Explique pourquoi la plaque elle-même reste froide au toucher alors que le fond de la casserole chauffe.
- Calcule l'énergie thermique nécessaire pour chauffer l'eau.
- En l'absence de toute perte, calcule la durée de chauffe.
Voir le corrigé détaillé
1. Les courants de Foucault sont induits directement dans le métal, bon conducteur, du fond de la casserole — pas dans la plaque, en vitrocéramique isolante. C'est donc la casserole, siège de l'effet Joule, qui chauffe ; la plaque ne fait que créer le champ magnétique variable.
2.
3.
De Manantali à Kayes. La centrale hydroélectrique de Manantali fournit une puissance électrique à une ligne de transport de résistance totale . On compare deux cas : transport sous (sortie directe de l'alternateur), ou sous (après un transformateur élévateur).
- Calcule l'intensité du courant transporté dans chacun des deux cas.
- Calcule la puissance perdue par effet Joule dans la ligne dans chacun des deux cas.
- Conclus sur l'intérêt du transformateur élévateur pour le transport de l'énergie électrique.
Voir le corrigé détaillé
1.
2.
3. À , près de de la puissance produite est perdue en ligne ; à , la perte tombe à . En multipliant la tension par , les pertes Joule, proportionnelles à donc à à puissance fixée, sont divisées par . C'est tout l'intérêt du transformateur élévateur : rendre le transport de l'électricité sur de longues distances économiquement viable.