Mouvement d'une particule chargée dans un champ magnétique
Étudier la force de Lorentz et ses applications.
PhysiqueTerminaleChapitre 5 / 11⏱ 10 h
Ce que tu sauras faire à la fin
Calculer le rayon de la trajectoire d'une particule
Étudier un sélecteur de vitesse
Expliquer le fonctionnement d'un cyclotron
Depuis le chapitre sur le mouvement dans un champ de pesanteur, tu sais qu’un projectile lancé dans le champ de pesanteur g décrit une parabole : la force qui le gouverne, le poids, est constante, en direction comme en intensité. Ici, tout change : la force que tu vas étudier — la force magnétique — dépend de la vitesse elle-même, et sa direction tourne à chaque instant avec la trajectoire. C’est elle qui guide les électrons dans un vieux tube cathodique, qui courbe les protons dans les cyclotrons des hôpitaux pour produire les traceurs utilisés en imagerie médicale, qui sépare les isotopes dans un spectrographe de masse, et qui dessine les aurores polaires en canalisant les particules du vent solaire vers les pôles.
Ce chapitre répond à une question simple en apparence : que devient le mouvement d’une particule chargée lorsqu’elle pénètre dans une région où règne un champ magnétique B uniforme ? Tu verras que la réponse est remarquablement élégante — un cercle, parcouru à vitesse constante — et que cette élégance mathématique est directement exploitée dans des dispositifs bien réels : le sélecteur de vitesse, le cyclotron, le spectrographe de masse, le filtre de Wien.
C’est l’un des chapitres les plus classiques du baccalauréat scientifique : la combinaison d’un peu de géométrie, du théorème de l’énergie cinétique et de la relation fondamentale de la dynamique y est systématiquement interrogée, souvent à travers l’un de ces quatre dispositifs. Les mêmes quatre ou cinq formules reviennent sans cesse — autant les maîtriser à fond dès maintenant.
Ce qui change vraiment par rapport à tes chapitres précédents de mécanique, c’est le calcul de la force elle-même : v et B se combinent par un produit vectoriel, et sa direction s’obtient par une règle gestuelle, la règle des trois doigts. Prends le temps de bien l’installer dans ta main dès la première section : tout le reste du chapitre en découle.
1Force de Lorentz
Définition
Une particule ponctuelle de charge q (en coulombs, C), animée d’une vitesse v, qui se déplace dans une région où règne un champ magnétique uniforme B (en teslas, T), subit une force magnétique (composante magnétique de la force de Lorentz) :
F=qv∧B
Dans une région où règnent à la fois un champ électrique E et un champ magnétique B, la force de Lorentz complète est F=q(E+v∧B) : le terme électrique qE réapparaîtra aux sections 4 et 7. Dans tout le reste de ce chapitre, sauf mention contraire, on considère une région où seul le champ magnétique est présent.
1.1 Direction et sens : la règle des trois doigts
Méthode — trouver le sens de F avec la main droite
On dispose trois doigts de la main droite perpendiculaires entre eux (comme les trois arêtes d’un coin de pièce) :
le pouce dans le sens de v ;
l’index dans le sens de B ;
le majeur indique alors le sens de F — à condition que q>0.
Si la charge est négative (électron, ion négatif), on applique la règle puis on inverse le résultat : F pointe dans le sens opposé à celui indiqué par le majeur.
Figure 1 — Les trois vecteurs v, B et F sont mutuellement perpendiculaires. Pour une charge négative, on garde la même main mais on inverse le vecteur obtenu pour F.
1.2 Norme et cas particuliers
Propriété
En notant α=(v,B) l’angle géométrique entre v et B, la norme de la force magnétique vaut :
F=∣q∣vBsinα
si v∥B (α=0 ou π) : sinα=0, donc F=0 — aucune déviation ;
si v⊥B (α=2π) : sinα=1, donc F=∣q∣vB est maximale.
Exemple — calcul d’une force magnétique
Un électron (q=−e, avec e=1,6×10−19C) traverse une région où B=0,05T, avec une vitesse v=2,0×106m⋅s−1 faisant un angle α avec B. Seule la norme dépend de α ; le signe de q n’intervient que dans le sens.
α=90° : F=evB=1,6×10−19×2,0×106×0,05v⊥B, cas maximal
=1,6×10−14N
α=30° : F=evBsin30°
=8,0×10−15Nexactement la moitié, car sin30°=0,5
α=0° : F=0Nv∥B, pas de force
1.3 Le travail de la force magnétique est nul
Théorème
Quel que soit le mouvement d’une particule chargée dans un champ magnétique, la force magnétique F=qv∧Bne travaille jamais : W(F)=0 le long de tout trajet. En conséquence, si le poids et les autres forces sont négligeables (ou ne travaillent pas), la force magnétique est la seule force qui travaille et le mouvement de la particule est uniforme : sa vitesse garde une norme constante.
Démonstration
Pendant une durée élémentaire dt, le déplacement de la particule est vdt. Le travail élémentaire de la force magnétique s’écrit donc δW=F⋅vdt.
δW=(qv∧B)⋅vdt
le vecteur v∧B est orthogonal à vpropriété du produit vectoriel : u∧w est toujours ⊥ à u
⇒(v∧B)⋅v=0 à chaque instant
⇒δW=0 à chaque instant
⇒W(F)=∫δW=0sur tout trajet, aussi long soit-il
Si, de plus, le poids et les forces de contact sont négligeables ou ne travaillent pas, le théorème de l’énergie cinétique appliqué entre deux instants donne ΔEc=W(F)=0, donc Ec=21mv2 est constante, donc v=∥v∥ est constante. C.Q.F.D.
2Mouvement circulaire uniforme
Place-toi maintenant dans le cas le plus important du chapitre : une particule de masse m et de charge q pénètre dans une région de champ B uniforme et permanent, avec une vitesse initiale v0perpendiculaire à B. On néglige le poids devant la force magnétique — un rapport de l’ordre de 1013 à 1014 pour un électron ou un proton dans un champ usuel, comme tu le vérifieras en exercice — et l’on reste dans le domaine non relativiste (v≪c), seul domaine étudié en Terminale.
2.1 Mise en équation
Relation fondamentale de la dynamique
La seule force appliquée étant la force magnétique, la deuxième loi de Newton (RFD) dans le référentiel terrestre supposé galiléen s’écrit :
ma=qv∧B
2.2 Démonstration : trajectoire plane et circulaire uniforme
Démonstration
Étape 1 — le mouvement reste dans un plan. Étudions la quantité v⋅B au cours du temps (B est constant).
dtd(v⋅B)=a⋅B
=mq(v∧B)⋅B
=0v∧B est orthogonal à B
⇒v⋅B est constant, égal à sa valeur initiale v0⋅B=0car v0⊥B par hypothèse
Donc v(t)⊥B à chaque instant : la vitesse reste dans le plan P, perpendiculaire à B, passant par le point d’entrée. La trajectoire est donc plane.
Étape 2 — le mouvement est circulaire uniforme. D’après la section 1, la force magnétique ne travaille pas et le poids est négligé : la vitesse garde une norme constante, v=v0. Dans le plan P, utilisons le repère de Frenet (M,uT,uN), avec v=vuT. L’accélération s’y décompose en :
a=dtdvuT+Rv2uN=Rv2uN
puisque dtdv=0 (vitesse uniforme). L’accélération est donc purement centripète. Or la RFD impose ma=qv∧B, un vecteur de norme constante ∣q∣vB (car v⊥B) et toujours perpendiculaire à v, donc porté par uN. En identifiant les normes :
mRv2=∣q∣vB
⇒R=∣q∣Bmvconstante, car m,v,q,B sont constants
Le rayon de courbure R est constant et la vitesse v est constante : la trajectoire est un cercle de rayon R, parcouru à vitesse constante. C’est un mouvement circulaire uniforme. C.Q.F.D.
Attention
« Uniforme » signifie que la norme de la vitesse est constante — pas que le mouvement est rectiligne ! Ici, la direction de v change à chaque instant (c’est même tout l’intérêt : la particule tourne), donc le mouvement est accéléré au sens vectoriel (a=0), bien qu’il soit uniforme au sens scalaire (dtdv=0). Ne confonds jamais mouvement uniforme et mouvement rectiligne uniforme (MRU).
2.3 Sens de rotation : rôle du signe de la charge
La relation ma=qv∧B montre que la force — donc le centre du cercle — change de côté selon le signe de q. À vitesse initiale et champ B identiques, une particule positive et une particule négative tournent en sens opposés.
Figure 2 — Même vitesse initiale v, même champ B sortant du plan (⊙) : une charge positive tourne dans le sens horaire, une charge négative dans le sens antihoraire. Dans les deux cas, F pointe vers le centre.
Exemple — rayon et période d’un proton
Un proton (mp=1,67×10−27kg, q=+e) entre perpendiculairement à un champ B=0,20T avec v=1,0×106m⋅s−1.
R=eBmpv=1,6×10−19×0,201,67×10−27×1,0×106
=5,2×10−2m=5,2cm
T=eB2πmp=1,6×10−19×0,202π×1,67×10−27
=3,3×10−7s
Le proton décrit donc un cercle de 5,2cm de rayon en 0,33μs.
2.4 Cas général : mouvement hélicoïdal
Propriété
Si v0 n’est pas perpendiculaire à B, on le décompose en une composante v// parallèle à B et une composante v⊥ perpendiculaire. Comme v∧B n’a jamais de composante parallèle à B, la force magnétique n’agit que sur v⊥ :
le long de B : aucune force, donc mouvement rectiligne uniforme à la vitesse v// constante ;
dans le plan perpendiculaire à B : mouvement circulaire uniforme de rayon R=∣q∣Bmv⊥, de période T=∣q∣B2πm (section 3).
La combinaison des deux est une hélice de rayon R, enroulée autour de la direction de B, de pasp=v//T (avancée le long de B pendant une période).
Figure 3 — Décomposition v0=v//+v⊥ : avancée rectiligne uniforme le long de B, rotation circulaire uniforme autour de B. Traits pleins : portion visible de l’hélice ; traits pointillés : portion arrière.
Exemple — une particule du vent solaire près d’un pôle magnétique
Près d’un pôle magnétique terrestre, où B≈5,0×10−5T, un proton du vent solaire arrive avec v0=4,0×105m⋅s−1, incliné de β=60° par rapport aux lignes de champ.
v//=v0cosβ=4,0×105×cos60°=2,0×105m⋅s−1
v⊥=v0sinβ=4,0×105×sin60°≈3,5×105m⋅s−1
R=eBmpv⊥≈72m
T=eB2πmp≈1,3×10−3s
⇒pas p=v//T≈262m
La particule s’enroule donc en hélice le long des lignes de champ, en progressant vers le pôle : c’est exactement le mécanisme qui, en excitant les atomes de la haute atmosphère, produit les aurores polaires. Dans une chambre à bulles, ce sont des hélices analogues — de rayon décroissant à mesure que la particule perd de l’énergie — qui rendent visibles les trajectoires des particules issues des collisions.
3Rayon de la trajectoire
3.1 Expression et propriétés du rayon
Propriété
Pour une particule de masse m et de charge q entrant perpendiculairement à un champ B uniforme avec une vitesse v, le rayon de la trajectoire circulaire (établi section 2) vaut :
R=∣q∣Bmv
Raugmente avec m et v, et diminue quand ∣q∣ ou B augmentent : une particule plus rapide, plus lourde, moins chargée ou moins freinée par le champ décrit un cercle plus grand.
C’est ce fil rouge que nous allons suivre dans les trois sous-parties suivantes : un électron, accéléré sous une tension U, entre dans un champ B=1,2×10−3T.
Exemple — d’une tension accélératrice au rayon
L’électron est d’abord accéléré depuis le repos par une tension U=300V. Le théorème de l’énergie cinétique donne eU=21mev2, d’où v=me2eU.
v=9,1×10−312×1,6×10−19×300
≈1,03×107m⋅s−1
R=eBmev=1,6×10−19×1,2×10−39,1×10−31×1,03×107
≈4,9×10−2m=4,9cm
3.2 Période et fréquence : la pulsation cyclotron
Démonstration — indépendance de la période par rapport à la vitesse
La particule parcourt la circonférence 2πR à la vitesse constante v : sa période est T=v2πR.
T=v2πR=v2π×∣q∣Bmv
=∣q∣B2πm
Le facteur v se simplifie entièrement : T ne dépend pas de v, seulement de m, q et B. On appelle T la période cyclotron, fc=T1=2πm∣q∣B la fréquence cyclotron, et ωc=2πfc=m∣q∣B la pulsation cyclotron.
Attention
Un piège classique : on pourrait croire qu’une particule plus rapide met plus de temps à faire un tour, puisqu’elle parcourt un cercle plus grand. C’est faux : R et v augmentent proportionnellement, si bien que le rapport v2πR, c’est-à-dire T, reste inchangé. Deux particules identiques, à des vitesses différentes, effectuent un tour complet dans le même temps — c’est précisément le principe qui rend le cyclotron possible (section 5).
Exemple — vérifier l’indépendance de T
Reprenons l’électron précédent (B=1,2×10−3T), mais accéléré cette fois sous U′=1200V=4U.
v′=me2eU′=4×v=2v≈2,05×107m⋅s−1
R′=eBmev′=2R≈9,7cmle rayon double avec la vitesse
T′=eB2πme=T≈2,98×10−8sla période, elle, n’a pas changé
Le rayon a doublé, la période est restée rigoureusement identique : 29,8ns dans les deux cas.
3.3 Déviation d’un faisceau de particules chargées
Méthode — angle de déviation à la traversée d’un champ localisé
Une particule pénètre horizontalement dans une région de largeur ℓ où règne B, avec un rayon de courbure R. Notons O le centre du cercle décrit ; le rayon (OA) au point d’entrée A est perpendiculaire à v0. Comme la vitesse tourne exactement du même angle que le rayon (OM) pendant le mouvement circulaire, l’angle de déviation θ entre v0 et la vitesse de sortie est égal à l’angle au centre balayé. Le triangle rectangle formé par O, le point de sortie S, et le pied de la perpendiculaire abaissée de S sur (OA), a pour hypoténuse R et pour côté opposé à θ l’avancée horizontale ℓ :
sinθ=Rℓ
Après la sortie, la trajectoire redevient rectiligne (uniforme) : si un écran est placé à la distance D de la sortie du champ, la déflexion verticale sur l’écran vaut y=Dtanθ.
Figure 4 — La particule entre horizontalement, décrit un arc de cercle sur la largeur ℓ du champ, puis repart en ligne droite avec une déviation angulaire θ telle que sinθ=ℓ/R, jusqu’à l’écran.
Exemple — déviation de l’électron du fil rouge
Avec R=4,9cm (exemple précédent), l’électron traverse une région de champ de largeur ℓ=3,0cm, puis atteint un écran situé à D=25cm de la sortie du champ.
sinθ=Rℓ=4,93,0≈0,616
⇒θ≈38,0°
y=Dtanθ≈25×tan38,0°
≈19,6cm
4Sélecteur de vitesse
4.1 Principe : deux champs croisés
Définition
Un sélecteur de vitesse superpose, dans une même région, un champ électrique uniforme E (créé par deux plaques planes parallèles portées à une tension U) et un champ magnétique uniforme B, tous deux perpendiculaires à la vitesse v des particules incidentes et perpendiculaires entre eux, et orientés de sorte que la force électrique qE et la force magnétique qv∧B soient opposées. La force de Lorentz totale s’écrit alors F=q(E+v∧B).
4.2 Condition de non-déviation
Démonstration
Une particule traverse le dispositif sans déviation si et seulement si la force résultante est nulle, c’est-à-dire si les deux forces se compensent exactement en norme (leurs directions étant déjà opposées par construction) :
qE=qvBégalité des normes, v⊥B
⇒v=BE
Seules les particules animées de cette vitesse précise traversent en ligne droite, quelle que soit leur masse ou leur charge q (le facteur q se simplifie). Une particule plus rapide subit une force magnétique dominante et dévie du côté de Fmag ; une particule plus lente dévie du côté opposé, sous l’effet dominant de Feˊlec. Un diaphragme percé d’une fente fine, placé en sortie, arrête toutes les particules déviées et ne laisse passer que celles de vitesse v=E/B.
Figure 5 — Pour v=E/B, la force électrique et la force magnétique s’équilibrent : trajectoire rectiligne (trait plein). Toute autre vitesse (traits pointillés) dévie et se trouve arrêtée par le diaphragme.
Exemple — vitesse sélectionnée et ions rejetés
Un sélecteur utilise E=2,0×104V⋅m−1 et B=0,10T.
v=BE=0,102,0×104
=2,0×105m⋅s−1
Un ion légèrement trop rapide, v′=2,5×105m⋅s−1, subit une force résultante non nulle :
Fnet=q(v′B−E)=1,6×10−19×(2,5×105×0,10−2,0×104)
=8,0×10−16N
Cette force, bien que faible, suffit à dévier progressivement l’ion sur la longueur du dispositif, jusqu’à ce qu’il heurte le bord de la fente : il est rejeté.
4.3 Rôle et utilité
Le sélecteur de vitesse fournit, en sortie, un faisceau monocinétique (toutes les particules à la même vitesse v=E/B), quelle que soit la dispersion des vitesses en entrée. Il est presque toujours placé en amont d’un autre dispositif — cyclotron, spectrographe de masse — pour en améliorer la précision. Sous son nom complet de filtre de Wien, ce montage fera l’objet d’une étude détaillée à la section 7.
Physique & Co — La découverte de l’électron
En 1897, au Cavendish Laboratory de Cambridge, le physicien britannique Joseph John Thomson étudie les rayons cathodiques à l’aide d’un tube à vide muni de plaques (champ E) et de bobines (champ B) : exactement le principe du sélecteur de vitesse. En équilibrant les deux déviations, il mesure la vitesse des rayons cathodiques, puis, en coupant l’un des deux champs, leur rapport charge/masse e/m. Il montre ainsi que ces rayons sont composés de particules bien plus légères que le plus léger des atomes : il vient de découvrir l’électron, premier constituant subatomique jamais identifié. Cette découverte lui vaudra le prix Nobel de physique en 1906.
5Cyclotron
5.1 Description et principe de fonctionnement
Définition
Un cyclotron est formé de deux électrodes creuses en forme de D (les « dees »), placées face à face avec un léger espace (le gap) entre elles, le tout plongé dans un champ magnétique B uniforme et intense, perpendiculaire au plan des dees. À l’intérieur de chaque dee, le champ électrique est nul (effet de cage) : la particule y décrit un demi-cercle à vitesse constante. Une tension alternative U(t), appliquée entre les deux dees, règne uniquement dans le gap : à chaque traversée, elle accélère la particule, qui repart avec une vitesse plus grande — donc un rayon plus grand (section 3.1).
5.2 Synchronisme : la condition de résonance
Démonstration — pourquoi une fréquence fixe suffit
Dans un dee, la particule parcourt un demi-cercle en une durée 2T=∣q∣Bπm, indépendante de la vitesse (section 3.2) — donc la même à chaque passage, alors même que le rayon grandit à chaque tour. Pour que la tension accélère la particule à chaque traversée du gap (et ne la freine jamais), il suffit qu’elle change de signe à chaque demi-tour, c’est-à-dire qu’elle soit périodique de période T.
condition de synchronisme : fU=fc
⇒fU=2πm∣q∣Bfréquence fixe, indépendante du rayon atteint
C’est là toute l’ingéniosité du cyclotron : une tension alternative de fréquence constante suffit à accélérer la particule tour après tour, sans jamais avoir besoin d’être réajustée, alors même que sa vitesse et son rayon ne cessent de croître.
5.3 Vitesse et énergie cinétique maximales
Propriété
La particule est extraite lorsqu’elle atteint le rayon maximal Rmax, fixé par la taille des dees. D’après R=∣q∣Bmv :
vmax=m∣q∣BRmaxEc,max=21mvmax2=2mq2B2Rmax2
Exemple — cyclotron à protons
Un cyclotron accélère des protons dans un champ B=0,80T, avec un rayon maximal Rmax=0,60m.
fc=2πmpeB=2π×1,67×10−271,6×10−19×0,80
≈1,22×107Hz=12,2MHz
vmax=mpeBRmax=1,67×10−271,6×10−19×0,80×0,60
≈4,6×107m⋅s−1
Ec,max=21mpvmax2≈1,77×10−12J
≈11,0MeV1MeV=1,6×10−13J
Figure 6 — À chaque traversée du gap, la tension alternative accélère la particule : le rayon croît (∝k après k traversées), mais la durée de chaque demi-tour reste T/2.
Les cyclotrons médicaux, aujourd’hui installés dans de nombreux hôpitaux, accélèrent des protons pour produire les radioisotopes utilisés en imagerie (scintigraphie, TEP) ; les plus puissants servent à la protonthérapie, un traitement ciblé de certains cancers.
Physique & Co — Ernest Lawrence et le premier cyclotron
En 1930, à l’université de Californie à Berkeley, le physicien américain Ernest Orlando Lawrence conçoit le premier cyclotron : un appareil qui tient dans la paume de la main, d’à peine quelques centimètres de diamètre. Avec son étudiant M. Stanley Livingston, il le fait fonctionner dès 1931 et accélère des protons à plus de 1MeV l’année suivante. Le principe se révèle si puissant que les cyclotrons grandissent rapidement, jusqu’à plusieurs mètres de diamètre, ouvrant la voie à la physique nucléaire expérimentale moderne. Lawrence reçoit le prix Nobel de physique en 1939 pour cette invention.
6Spectrographe de masse
6.1 Les trois étapes du spectrographe
Définition
Un spectrographe de masse mesure la masse d’ions en trois étapes successives :
Ionisation : une chambre d’ionisation arrache un ou plusieurs électrons aux atomes, produisant des ions de charge q, pratiquement immobiles ;
Accélération : une tension U accélère les ions depuis le repos ; le théorème de l’énergie cinétique donne qU=21mv2 ;
Déviation : les ions pénètrent dans un champ B uniforme, décrivent un demi-cercle de rayon R=∣q∣Bmv, et viennent frapper une plaque détectrice (autrefois photographique).
6.2 Relation entre le rayon et la masse
Démonstration
En combinant les deux étapes, on élimine la vitesse v, inconnue et non mesurée :
v=m2qUaccélération, théorème de l’énergie cinétique
R=qBmv=qBmm2qU
=B1q2mU
⇒m=2UqB2R2
En mesurant la position R de l’impact (à q, U, B connus et fixés), on remonte à la massem de l’ion — c’est tout le principe de la spectrographie de masse. À q, U, B identiques, deux masses différentes donnent deux rayons différents, dans le rapport R2R1=m2m1.
6.3 Séparation des isotopes : écart entre les impacts
Méthode — écart entre deux impacts
Deux isotopes, de masses m1<m2, même charge q, accélérés par la même tension U et déviés par le même champ B, entrent tous deux au même point avec une vitesse horizontale. Chacun décrit un demi-cercle et retombe sur la plaque, sur la même verticale d’entrée, à une distance 2R de son point d’entrée (diamètre du demi-cercle). L’écart entre les deux impacts vaut donc :
d=2(R2−R1)
Figure 7 — Rapport des rayons exagéré pour la lisibilité. À q, U, B fixés, l’isotope le plus lourd (m2) décrit le plus grand rayon et frappe plus loin.
Exemple — séparer le néon 20 et le néon 22
Des ions Ne+ (q=e) sont accélérés sous U=2000V puis déviés par B=0,20T. On compare le néon 20 (m1=20u) et le néon 22 (m2=22u), avec u=1,66×10−27kg.
En 1919, au Cavendish Laboratory, le chimiste et physicien britannique Francis William Aston, élève de Thomson, construit le premier véritable spectrographe de masse. Il l’utilise pour prouver l’existence des isotopes des éléments non radioactifs — jusque-là, on pensait chaque élément chimique associé à une masse atomique unique. Aston identifiera plus de 200 isotopes naturels et énoncera la « règle du nombre entier » sur les masses atomiques. Il reçoit le prix Nobel de chimie en 1922. Une variante à foyer, due à l’Américain Arthur Dempster (1918), reste à la base des spectromètres de masse modernes utilisés, entre autres, pour l’analyse isotopique en géologie et en archéologie.
7Filtre de Wien
7.1 Reprise du principe : champs E et B croisés
Le filtre de Wien, du nom du physicien allemand Wilhelm Wien qui le décrit dès 1898, est la version complète et instrumentée du sélecteur de vitesse de la section 4 : deux fentes fines (entrée et sortie) encadrent la région où E et B sont croisés, ne laissant passer en ligne droite que les particules de vitesse v=BE.
Figure 8 — Seules les particules de vitesse v=E/B franchissent les deux fentes ; les autres (traits pointillés) sont interceptées par la fente de sortie.
7.2 Intérêt : améliorer la résolution
Après une simple accélération (section 6), deux ions de même masse peuvent ressortir avec des vitesses légèrement différentes si leur énergie initiale (thermique, résiduelle) n’était pas rigoureusement nulle : la relation R=qBmv traduit alors cette petite dispersion de v en une dispersion de R, qui brouille la mesure. En imposant une vitesse rigoureusement unique v=E/B à l’entrée de la zone de déviation, le filtre de Wien élimine cette dispersion et affine la résolution du spectrographe — c’est pourquoi il est souvent placé juste avant la zone de déviation, après l’accélération.
Exemple — du filtre au spectrographe
Un filtre de Wien utilise E=5,0×104V⋅m−1 et B=0,25T. Les ions filtrés (par exemple Na+, m=23u) entrent ensuite dans la zone de déviation, où règne B′=0,30T.
v=BE=0,255,0×104
=2,0×105m⋅s−1
R=eB′mv=1,6×10−19×0,3023×1,66×10−27×2,0×105
≈0,1591m≈15,9cm
Fiche mémo
F=qv∧B ; norme ∣q∣vBsinα ; direction par la règle des 3 doigts (main droite : pouce v, index B, majeur F, pour q>0 — inverser si q<0).
v∥B⇒F=0 ; v⊥B⇒F maximale.
La force magnétique ne travaille jamais (F⊥v) : si elle est la seule force, ∥v∥ = constante.
v0⊥B, B uniforme ⇒ trajectoire plane et circulaire uniforme, R=∣q∣Bmv.
Période T=∣q∣B2πm : indépendante de v. Fréquence cyclotron fc=2πm∣q∣B, pulsation ωc=m∣q∣B.
v0 oblique ⇒ trajectoire hélicoïdale (rotation + translation uniforme le long de B), pas p=v//T.
Déviation sur une largeur ℓ : sinθ=ℓ/R ; déflexion sur un écran à D : y=Dtanθ.
Sélecteur de vitesse / filtre de Wien : E et B croisés, seule v=E/B traverse sans déviation.
Spectrographe de masse : m=2UqB2R2 ; écart entre deux impacts d=2(R2−R1).
8Exercices corrigés
Niveau 1 — Application directe
1
Un proton (q=+e) puis un électron (q=−e) se déplacent à v=3,0×105m⋅s−1, perpendiculairement à un champ B=0,4T. Indique le sens de la force subie par chacun, puis calcule leur norme commune.
Voir le corrigé détaillé
Pour le proton (q>0), on applique directement la règle des trois doigts : pouce selon v, index selon B, le majeur donne F. Pour l’électron (q<0), même main, mais on inverse le résultat obtenu.
F=evBsin90°=1,6×10−19×3,0×105×0,4
=1,92×10−14N
Les deux forces ont la même norme 1,92×10−14N, mais des sens opposés.
2
Un proton entre perpendiculairement dans un champ B=0,25T avec v=5,0×105m⋅s−1. Calcule le rayon de sa trajectoire.
Voir le corrigé détaillé
R=eBmpv=1,6×10−19×0,251,67×10−27×5,0×105
≈2,1×10−2m=2,1cm
3
Un électron évolue dans un champ B=8,0×10−4T. Calcule sa période et sa fréquence cyclotron. Que deviennent-elles si sa vitesse triple ?
Voir le corrigé détaillé
T=eB2πme=1,6×10−19×8,0×10−42π×9,1×10−31
≈4,47×10−8s=44,7ns
fc=T1≈2,24×107Hz=22,4MHz
T et fc ne dépendent pas de v : si la vitesse triple, elles restent inchangées. Seul le rayon triple (de 0,71cm à 2,13cm pour v passant de 1,0×106 à 3,0×106m⋅s−1).
4
Un sélecteur de vitesse utilise E=3,0×104V⋅m−1 et B=0,15T. Quelle est la vitesse des particules qui le traversent sans dévier ?
Voir le corrigé détaillé
v=BE=0,153,0×104
=2,0×105m⋅s−1
5
Un proton se déplace à v=4,0×105m⋅s−1 dans un champ B=0,30T. Calcule la norme de la force magnétique pour α=0°, α=45° et α=90° entre v et B.
Voir le corrigé détaillé
α=0° : F=evBsin0°=0N
α=45° : F=evBsin45°≈1,6×10−19×4,0×105×0,30×0,707
≈1,36×10−14N
α=90° : F=evB≈1,92×10−14N
Niveau 2 — Approfondissement
6
Un proton, initialement au repos, est accéléré par une tension U=500V, puis pénètre perpendiculairement dans un champ B=0,30T. Calcule sa vitesse puis le rayon de sa trajectoire.
Un électron, accéléré depuis le repos sous U=400V, pénètre dans une région de champ B=6,0×10−4T, large de ℓ=4,0cm.
Calcule sa vitesse v, puis le rayon R de sa trajectoire.
Calcule l’angle de déviation θ, puis la déflexion y sur un écran placé à D=30cm de la sortie du champ.
Voir le corrigé détaillé
v=me2eU≈1,186×107m⋅s−1
R=eBmev≈0,1124m=11,24cm
sinθ=Rℓ=11,244,0≈0,356
⇒θ≈20,8°
y=Dtanθ≈30×tan20,8°
≈11,4cm
8
Dans un cyclotron, des protons gagnent eU à chaque traversée du gap, avec U=200V et B=0,50T. On souhaite atteindre Ec,max=2,0MeV.
Calcule le nombre n de traversées du gap nécessaires.
Calcule vmax et le rayon final Rmax.
En déduire la durée totale passée dans le cyclotron.
Voir le corrigé détaillé
Chaque traversée apporte l’énergie eU ; après n traversées, Ec,max=neU.
n=eUEc,max=1,6×10−19×2002,0×1,6×10−13
=10000nombre entier de traversées
vmax=mp2Ec,max≈1,96×107m⋅s−1
Rmax=eBmpvmax≈0,409m=40,9cm
T=eB2πmp≈1,31×10−7s
durée totale ≈n×2T=10000×21,31×10−7
≈6,6×10−4s≈0,66ms
Dix mille traversées du gap suffisent donc à porter les protons à 2,0MeV, en moins d’une milliseconde.
9
Dans un spectrographe, un ion monochargé (q=e) est accéléré sous U=1000V puis dévié par B=0,40T. Il frappe la plaque à R=5,6cm de l’entrée. Identifie l’isotope, sachant que u=1,66×10−27kg.
Voir le corrigé détaillé
m=2UqB2R2=2×10001,6×10−19×0,402×0,0562
≈4,01×10−26kg
um≈1,66×10−274,01×10−26
≈24
On trouve m≈24u : il s’agit de l’isotope magnésium 24 (24Mg), le plus abondant du magnésium naturel.
Niveau 3 — Type bac
10
Électron dans un champ magnétique uniforme. Un électron pénètre perpendiculairement dans un champ B=2,0×10−3T avec v0=6,0×106m⋅s−1. On prendra g=9,8m⋅s−2.
Compare la force magnétique au poids de l’électron ; justifie qu’on néglige ce dernier.
Établis la nature du mouvement, puis calcule le rayon R de la trajectoire.
Calcule la période T et la fréquence f associées.
Le champ B est sortant du plan de la figure : précise le sens de rotation de l’électron.
Voir le corrigé détaillé
1. Comparons les deux forces à l’instant initial (v0⊥B) :
FB=ev0B=1,6×10−19×6,0×106×2,0×10−3≈1,92×10−15N
P=meg=9,1×10−31×9,8≈8,9×10−30N
PFB≈2,2×1014
Le poids est environ 2×1014 fois plus faible que la force magnétique : il est totalement négligeable.
2. Le poids étant négligé, la seule force appliquée est la force magnétique, perpendiculaire à v et de norme constante (v constante, section 1) : le mouvement est circulaire uniforme (démonstration section 2.2).
R=eBmev0=1,6×10−19×2,0×10−39,1×10−31×6,0×106
≈1,71×10−2m=1,71cm
3.
T=eB2πme≈1,79×10−8s=17,9ns
f=T1≈5,60×107Hz=56,0MHz
4. L’électron porte une charge négative : d’après la section 2.3 (figure 2), avec B sortant du plan, une charge négative tourne dans le sens antihoraire.
11
Spectrographe de masse — séparation du chlore 35 et du chlore 37. Des ions Cl+ (q=e) sont accélérés sous U=3000V puis déviés par B=0,45T. On donne m(35Cl)=35u et m(37Cl)=37u, avec u=1,66×10−27kg.
Exprime littéralement la vitesse v en sortie d’accélération, puis le rayon R en fonction de m, U, q, B.
Calcule R35 et R37.
Calcule l’écart d entre les deux impacts sur la plaque. Lequel des deux isotopes frappe le plus loin de l’entrée ?
Voir le corrigé détaillé
1. D’après la section 6.2 : v=m2qU et R=B1q2mU.
2.
R35=0,4511,6×10−192×35×1,66×10−27×3000
≈0,1037m=10,37cm
R37≈0,1066m=10,66cm
3.
d=2(R37−R35)≈2×(10,66−10,37)
≈0,58cm
Le chlore 37, plus lourd, décrit le plus grand rayon : c’est lui qui frappe la plaque le plus loin de l’entrée.
Figure 9 — Rapport des rayons exagéré pour la lisibilité. L’écart réel d≈0,58cm reste mesurable sur la plaque détectrice.
12
Cyclotron à protons. Un cyclotron utilise B=0,90T et une tension de gap U=400V. On veut porter les protons à Ec,max=8,0MeV.
Calcule la fréquence fc de la tension alternative à appliquer.
Calcule vmax puis Rmax.
Calcule le nombre n de traversées du gap nécessaires.
Estime la durée totale passée dans le cyclotron.
Voir le corrigé détaillé
fc=2πmpeB=2π×1,67×10−271,6×10−19×0,90
≈1,37×107Hz=13,7MHz
vmax=mp2Ec,max=1,67×10−272×8,0×1,6×10−13
≈3,92×107m⋅s−1
Rmax=eBmpvmax≈0,454m=45,4cm
n=eUEc,max=1,6×10−19×4008,0×1,6×10−13
=20000
durée ≈n×2T, avec T=eB2πmp≈7,29×10−8s
≈7,3×10−4s≈0,73ms
Niveau 4 — Problèmes de vie courante
13
Le cyclotron de l’hôpital. Au centre hospitalier de Yaoundé, un cyclotron médical accélère des protons dans un champ B=0,70T, sur un rayon maximal Rmax=0,35m (on modélise ici uniquement l’accélération ; la réaction nucléaire produisant le radioisotope n’est pas étudiée). Calcule la vitesse et l’énergie cinétique (en MeV) des protons en sortie, ainsi que la fréquence de la tension à appliquer entre les dees.
Voir le corrigé détaillé
vmax=mpeBRmax=1,67×10−271,6×10−19×0,70×0,35
≈2,35×107m⋅s−1
Ec,max=21mpvmax2≈4,60×10−13J
≈2,88MeV
fc=2πmpeB≈1,07×107Hz=10,7MHz
Ce cyclotron compact délivre des protons de 2,9MeV environ, une gamme d’énergie typique des cyclotrons de production de radioisotopes médicaux.
14
Un laboratoire d’analyse à N’Djamena. Pour dater un échantillon archéologique, un laboratoire compare les isotopes 12C et 14C au moyen d’un spectrographe de masse : ions q=e, accélérés sous U=5000V, déviés par B=0,60T. Calcule R12, R14 et l’écart d entre les deux impacts.
Voir le corrigé détaillé
R12=B1e2×12u×U≈5,88×10−2m=5,88cm
R14=B1e2×14u×U≈6,35cm
d=2(R14−R12)≈2×(6,35−5,88)
≈0,94cm
Un écart proche du centimètre, tout à fait mesurable : c’est ce type de dispositif (spectromètre de masse) qui permet, en pratique, de séparer 12C et 14C pour la datation au carbone 14.
15
Un vieil oscilloscope à Dakar. Fatou, technicienne, teste le canon à électrons d’un tube cathodique : les électrons sont accélérés sous U=500V, puis pénètrent dans une région où un aimant crée B=1,0×10−3T sur une largeur ℓ=2,0cm, avant d’atteindre l’écran, situé à D=15cm de la sortie du champ. Calcule la déviation y du spot sur l’écran.
Voir le corrigé détaillé
v=me2eU≈1,33×107m⋅s−1
R=eBmev≈7,54×10−2m=7,54cm
sinθ=Rℓ=7,542,0≈0,265
⇒θ≈15,4°
y=Dtanθ≈15×tan15,4°
≈4,1cm
Figure 10 — Trajectoire de l’électron dans le champ localisé de l’aimant, puis en ligne droite jusqu’à l’écran de l’oscilloscope.
Le spot dévie d’environ 4,1cm sur l’écran : c’est ce déplacement, contrôlé par B (ou par un champ électrique dans les tubes plus anciens), qui permettait de tracer une courbe sur un oscilloscope analogique.
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La force magnétique (composante de la force de Lorentz) s'écrit F=qv∧B. Cette force :
Explication : Par définition du produit vectoriel, v∧B est orthogonal à la fois à v et à B : F l'est donc aussi (au signe de q près, qui ne change que le sens).
En appliquant la règle des trois doigts de la main droite (pouce : v, index : B, majeur : F) à une charge négative, il faut :
Explication : La règle donne directement le sens de F pour q>0. Pour q<0, on applique la même règle géométrique puis on inverse le vecteur obtenu, car F=qv∧B change de sens avec le signe de q.
Un proton (q=+e=1,6×10−19C) se déplace à v=3,0×106m⋅s−1, perpendiculairement à un champ B=0,40T. La force magnétique F=∣q∣vBsinα qu'il subit vaut :
Explication :α=90°, donc sinα=1 : F=∣q∣vB=1,6×10−19×3,0×106×0,40 F=1,92×10−13N.
Lorsqu'une particule chargée se déplace parallèlement à B (α=0), la force magnétique F=∣q∣vBsinα :
Explication :sin0=0, donc F=0 : une particule qui entre exactement parallèlement au champ magnétique n'est pas déviée, quelle que soit l'intensité de B.
Le travail de la force magnétique F=qv∧B, le long de tout trajet parcouru par une particule chargée :
Explication :F est à chaque instant perpendiculaire à v (propriété du produit vectoriel), donc F⋅v=0 à chaque instant : le travail élémentaire, et donc le travail total, sont nuls.
Le poids étant négligé, une particule chargée en mouvement dans un champ magnétique uniforme voit sa vitesse dont la norme :
Explication : La force magnétique ne travaillant jamais, l'énergie cinétique — donc la norme de la vitesse — reste constante, d'après le théorème de l'énergie cinétique. Attention : « uniforme » ne signifie pas « rectiligne » ici, puisque la direction de v tourne continûment.
Pour une particule entrant perpendiculairement à B, le rayon R=∣q∣Bmv de sa trajectoire circulaire augmente lorsque :
Explication :R est proportionnel à v et à m, mais inversement proportionnel à ∣q∣ et à B. Une particule plus rapide (à m, q, B fixés) décrit donc un cercle plus grand.
Un proton (mp=1,67×10−27kg) entre perpendiculairement à un champ B=0,25T avec v=1,0×106m⋅s−1. Le rayon R=eBmpv de sa trajectoire vaut environ :
Dans un champ B, une particule positive et une particule négative, animées de la même vitesse initiale, décrivent des trajectoires circulaires de même rayon mais tournent :
Explication : Le sens de F=qv∧B — donc la position du centre du cercle — dépend directement du signe de q : à vitesse et champ identiques, une charge positive et une charge négative tournent en sens opposés.
Si la vitesse initiale v0 d'une particule n'est pas perpendiculaire à B, la composante v//, parallèle à B, donne lieu à un mouvement :
Explication :v∧B n'a jamais de composante parallèle à B : la force magnétique n'agit que sur v⊥. Le long de B, aucune force ne s'exerce, donc le mouvement y est rectiligne uniforme — d'où la trajectoire hélicoïdale globale.
Une particule décrit une hélice de période T=2,0×10−3s, avec une composante de vitesse parallèle au champ v//=1,5×105m⋅s−1. Le pas de l'hélice p=v//T vaut :
Explication :p=v//×T=1,5×105×2,0×10−3 p=300m : l'avancée le long de B pendant une période de rotation.
La période T=∣q∣B2πm du mouvement circulaire d'une particule chargée dans un champ magnétique :
Explication : Dans T=v2πR, le facteur v se simplifie entièrement une fois R=∣q∣Bmv substitué : T ne dépend que de m, q et B, jamais de la vitesse — c'est le principe du cyclotron.
Si l'on double la vitesse v d'une particule entrant dans un champ B (avec m, q, B fixés), alors :
Explication :R=∣q∣Bmv est proportionnel à v : il double. Mais T=∣q∣B2πm ne dépend pas de v : elle reste rigoureusement identique. C'est un piège classique de croire qu'un plus grand cercle prend plus de temps à parcourir.
Une particule traverse une région de champ magnétique localisé, de largeur ℓ, en décrivant un arc de cercle de rayon R. L'angle de déviation θ à la sortie vérifie :
Explication : Dans le triangle rectangle formé par le centre du cercle, l'entrée et la sortie du champ, l'hypoténuse vaut R et le côté opposé à θ vaut ℓ : sinθ=ℓ/R.
Un électron, de rayon de trajectoire R=5,0cm, traverse une région de champ magnétique de largeur ℓ=3,0cm, puis atteint un écran situé à D=20cm de la sortie du champ. La déviation y=Dtanθ sur l'écran vaut :
Explication :sinθ=Rℓ=5,03,0=0,60 d'où θ≈36,9° et tanθ=0,75 (triangle 3-4-5) y=Dtanθ=20×0,75=15cm.
Dans un sélecteur de vitesse (champs E et B croisés), seules les particules de vitesse v=E/B traversent sans déviation. Ce résultat est remarquable car :
Explication : La condition d'équilibre qE=qvB fait disparaître le facteur q (charge et signe compris) : la vitesse sélectionnée v=E/B est la même pour toute particule chargée, quelles que soient sa masse et sa charge.
Un sélecteur de vitesse utilise E=1,5×104V⋅m−1 et B=0,050T. La vitesse sélectionnée v=E/B vaut :
Explication :v=BE=0,0501,5×104 v=3,0×105m⋅s−1.
Dans un cyclotron, une tension alternative de fréquence fixefc suffit à accélérer la particule à chaque passage dans le gap, alors même que le rayon de sa trajectoire ne cesse de croître, parce que :
Explication : Puisque T=∣q∣B2πm est indépendante de v, la durée d'un demi-tour reste identique à chaque passage : une tension alternative de fréquence fc=∣q∣B/(2πm), fixée une fois pour toutes, reste synchronisée avec la particule.
Dans un spectrographe de masse, la masse m=2UqB2R2 d'un ion se déduit du rayon R de sa trajectoire. À charge q, tension U et champ B fixés, un ion plus lourd décrit :
Explication :R=B1q2mU : R croît avec m. À charge et tensions identiques, l'ion le plus lourd décrit donc le plus grand rayon, et frappe le détecteur le plus loin de l'entrée.
Deux isotopes de masses m1=24u et m2=26u (u=1,66×10−27kg), de même charge q=e, sont accélérés sous U=1500V puis déviés par B=0,15T dans un spectrographe de masse. L'écart entre leurs deux points d'impact, d=2(R2−R1), vaut environ :
Explication :R1=B1e2m1U≈18,2cm et R2=B1e2m2U≈19,0cm d=2(R2−R1)≈2×0,75 d≈1,5cm : un écart bien mesurable, qui permet de séparer les deux isotopes.