Mouvement d'une particule chargée dans un champ électrique
Étudier l'accélération et la déviation des particules chargées.
PhysiqueTerminaleChapitre 4 / 11⏱ 10 h
Ce que tu sauras faire à la fin
Calculer la vitesse acquise sous une tension accélératrice
Déterminer une déviation
Expliquer le principe de l'oscilloscope
As-tu déjà réglé un oscilloscope en séance de travaux pratiques, ou observé le point lumineux balayer l’écran d’une vieille télévision à tube cathodique ? Dans les deux cas, le principe est le même : des électrons, accélérés puis déviés par des champs électriques, viennent frapper un écran fluorescent. C’est exactement ce que tu vas apprendre à calculer dans ce chapitre — et c’est aussi, à bien plus grande échelle, ce qui se passe dans les accélérateurs de particules utilisés en recherche (CERN) ou en médecine (radiothérapie).
Le chapitre précédent t’a appris à décrire un champ électrique uniforme entre deux plaques planes et parallèles, ainsi que la force F=qE qu’il exerce sur une charge. Ici, cette force ne reste plus un simple vecteur sur un schéma statique : elle met en mouvement une particule chargée (électron, proton, ion), et tu vas retrouver les outils de la mécanique — relation fondamentale de la dynamique, théorème de l’énergie cinétique, équations horaires — appliqués cette fois à une force électrique plutôt qu’au poids.
Tu connais déjà la trajectoire parabolique d’un projectile lancé dans le champ de pesanteur. Une particule chargée qui pénètre perpendiculairement dans un champ électrique uniforme suit exactement le même type de trajectoire, et pour la même raison mathématique : une vitesse constante dans une direction, une accélération constante dans l’autre. Ce parallélisme rend ce chapitre à la fois nouveau et déjà familier.
À la fin de ce chapitre, tu sauras calculer la vitesse qu’acquiert une particule sous une tension accélératrice, déterminer sa déviation dans un champ transversal, et expliquer le principe de fonctionnement d’un oscilloscope — trois compétences directement exigibles au baccalauréat.
1Force électrique dans un champ uniforme
Reprenons les bases posées au chapitre précédent : tout ce chapitre en découle.
1.1 Champ électrique uniforme entre deux plaques
Rappel — champ électrique uniforme
Entre deux plaques planes et parallèles, distantes de d, portées aux potentiels V1 et V2 et soumises à la tension U=V1−V2, règne un champ électrique uniformeE : même direction, même sens et même valeur en tout point de l’espace entre les plaques.
E=dU
avec E en volts par mètre (V⋅m−1), U en volts (V) et d en mètres (m). Le vecteur E est perpendiculaire aux plaques, dirigé de la plaque au potentiel le plus élevé vers celle au potentiel le plus bas.
Le champ électrique se représente par des lignes de champ parallèles, équidistantes, dirigées de la plaque + vers la plaque − (figure 1).
1.2 Force électrique et signe de la charge
Propriété
Une particule de charge q (positive ou négative), placée dans un champ électrique uniforme E, subit une force électrique :
F=qE
F est colinéaire à E : de même sens si q>0, de sens opposé si q<0. Sa valeur est F=∣q∣E, en newtons (N).
Ce simple changement de signe a une conséquence directe : deux particules de charges opposées, placées au même endroit du champ, partent dans des directions opposées (figure 1). C’est ce mécanisme, répété des milliers de fois par seconde, qui dévie le faisceau d’un oscilloscope ou trie les ions d’un spectrographe de masse.
Figure 1 — Entre deux plaques portées à des potentiels différents, le champ E va de la plaque + vers la plaque − ; la force F=qE a le sens de E si q>0, le sens opposé si q<0.
Exemple — force sur un électron
Un électron (charge q=−e, avec e=1,60×10−19C) est placé dans un champ E=2,5×104V⋅m−1.
F=∣q∣E
=1,60×10−19×2,5×104avec ∣q∣=e pour un électron
=4,0×10−15Nforce dirigée à l’opposé de E, car q<0
1.3 Le poids est-il négligeable ?
Une particule chargée est aussi soumise à son poids P=mg. Comparons les deux forces pour l’électron précédent, de masse me=9,11×10−31kg.
P=meg
=9,11×10−31×9,8
=8,93×10−30N
PF=8,93×10−304,0×10−15
≈4,5×1014la force électrique l’emporte sur le poids par un facteur énorme
Attention
Dans tout ce chapitre, sauf mention contraire, le poids d’une particule chargée (électron, proton, ion) est négligé devant la force électrique : le calcul ci-dessus est représentatif de ce qui se passe dans un tube à vide soumis à un champ usuel. Ce n’est plus vrai pour une particule beaucoup plus massive, comme une gouttelette d’huile ne portant que quelques charges élémentaires : voir l’expérience de Millikan ci-dessous.
Physique & Co — La goutte d’huile de Millikan
Entre 1909 et 1913, le physicien américain Robert Millikan pulvérise de fines gouttelettes d’huile entre deux plaques horizontales. Certaines, chargées par frottement, peuvent être immobilisées en ajustant la tension U entre les plaques : le poids, vers le bas, est alors exactement compensé par la force électrique, vers le haut.
En mesurant U pour des centaines de gouttelettes, Millikan constate que la charge q de chacune est toujours un multiple entier d’une même valeur : q=ne, avec n∈Z et e≈1,60×10−19C. Il vient de mettre en évidence la quantification de la charge électrique et de mesurer la charge élémentaire avec une précision remarquable pour l’époque. Ce résultat lui vaut le prix Nobel de physique en 1923.
Exemple — équilibre d’une gouttelette
Une gouttelette d’huile sphérique, de rayon r=1,0μm et de masse volumique ρ=860kg⋅m−3, porte n=2 charges élémentaires négatives. Elle est immobile entre deux plaques horizontales distantes de d=1,6cm, la plaque du haut étant au potentiel le plus élevé. Quelle tension U règne entre les plaques ?
La gouttelette est immobile : son poids et la force électrique se compensent exactement.
m=ρ×34πr3
=860×34π×(1,0×10−6)3
=3,60×10−15kg
P=mg
=3,60×10−15×9,8
=3,53×10−14N
à l’équilibre : neE=Pforce électrique (vers le haut) = poids (vers le bas), en valeur
⇒E=neP
=2×1,60×10−193,53×10−14
=1,10×105V⋅m−1
U=Ed
=1,10×105×1,6×10−2
≈1765Vsoit environ 1,8kV
2Accélération d’une particule
Que se passe-t-il quand une particule chargée pénètre dans le champ en se déplaçant le long d’une ligne de champ, c’est-à-dire parallèlement à E ? C’est le principe de tous les accélérateurs de particules : deux grilles trouées, une tension entre elles, et la particule traverse en ligne droite en gagnant de la vitesse.
2.1 Particule entrant parallèlement au champ
Considérons une particule de charge q et de masse m, qui pénètre en A dans le champ uniforme E avec une vitesse vA parallèle à E (figure 2). Le poids est négligé (§1.3) : la seule force appliquée est F=qE, constante.
Démonstration — mouvement rectiligne uniformément varié
On choisit un axe (Ox) parallèle à E, orienté dans le sens du mouvement, d’origine O confondue avec A à l’instant t=0.
2e loi de Newton : ma=F=qEpoids négligé, seule force appliquée
⇒a=mqEvaleur algébrique constante : le mouvement est rectiligne
par intégration de a : v(t)=vA+at
par intégration de v : x(t)=vAt+21at2
Le mouvement est rectiligne uniformément accéléré si a et vA sont de même signe (la particule est poussée dans le sens où elle avance), uniformément retardé dans le cas contraire.
Pour un électron partant sans vitesse initiale d’une cathode et attiré vers une anode positive, la force est dans le sens du mouvement : le mouvement est accéléré.
Figure 2 — Entre deux grilles, une particule initialement immobile est uniformément accélérée : les positions successives à intervalles de temps égaux suivent la loi des espaces (rapports 1:3:5:7), et la vitesse (flèches vertes) croît linéairement.
Exemple — électron entre deux grilles
Un électron part sans vitesse d’une grille C et atteint une grille A distante de d=4,0cm, sous une tension accélératrice UA=200V. Calcule son accélération, la durée de la traversée et sa vitesse en A.
a=medeUA
=9,11×10−31×4,0×10−21,60×10−19×200
=8,78×1014m⋅s−2
d=21at2départ sans vitesse initiale
⇒t=a2d
=8,78×10142×4,0×10−2
=9,5×10−9ssoit 9,5 ns : une échelle de temps extrêmement courte
v=at
=8,78×1014×9,5×10−9
≈8,4×106m⋅s−1soit environ 3% de la vitesse de la lumière
2.2 Accélérateurs linéaires
En pratique, une seule paire de grilles ne donne qu’une vitesse modeste. Un accélérateur linéaire (linac) enchaîne plusieurs tubes séparés par des intervalles où règne un champ électrique alterné, synchronisé pour que la particule soit toujours accélérée lorsqu’elle traverse un intervalle : chaque étage ajoute de l’énergie cinétique. C’est ce principe, à très grande échelle, qui est mis en œuvre dans les accélérateurs de recherche et dans certains appareils de radiothérapie.
2.3 L’électron-volt
Définition
L’électron-volt (symbole eV) est l’énergie cinétique gagnée par une particule portant la charge élémentaire e, accélérée par une tension de 1V.
1eV=e×1V=1,60×10−19J
Cette unité, bien plus commode que le joule à l’échelle d’une particule, est systématiquement utilisée en physique des particules et en physique nucléaire (faisceaux de keV, MeV, GeV…). Pour revenir au joule, il suffit de multiplier le nombre d’électron-volts par 1,60×10−19.
Exemple — conversions
un électron accéléré sous UA=1000V gagne Ec=eUA=1000eV
=1,60×10−16J
un photon d’énergie 8,0×10−18J vaut, en eV :
=1,60×10−198,0×10−18
=50eV
3Théorème de l’énergie cinétique et tension accélératrice
La section précédente a donné la vitesse finale en passant par l’accélération puis le temps de parcours. Il existe une voie plus directe, fondée sur l’énergie, qui donne le même résultat sans jamais calculer a ni t.
3.1 Travail de la force électrique entre deux points
Démonstration — travail de la force électrique
Une particule de charge q se déplace d’un point A vers un point B, dans un champ uniforme E. Notons dAB le déplacement algébrique, compté dans le sens de E, entre les projetés de A et B.
WA→B(F)=qE×dABF=qE est constante : son travail ne dépend que du déplacement le long de E
VA−VB=E×dABdans un champ uniforme, le potentiel décroît dans le sens de E
⇒WA→B(F)=q(VA−VB)
=qUAB
Résultat valable, plus généralement, pour tout champ électrostatique : le travail de la force électrique ne dépend pas du chemin suivi.
Théorème de l’énergie cinétique
Dans un référentiel galiléen, la variation d’énergie cinétique d’un système entre deux instants est égale à la somme des travaux des forces qui s’exercent sur lui :
Ec,B−Ec,A=∑WA→B(Fi)
3.2 Vitesse acquise sous une tension accélératrice
Appliquons ce théorème à une particule de charge q et de masse m qui part du repos en A et atteint B après avoir traversé la tension accélératrice UA=∣VA−VB∣, orientée pour accélérer effectivement la particule.
Propriété — vitesse acquise
Ec,B−Ec,A=WA→B(F)seule force : poids négligé (§1.3)
21mvB2−21mvA2=qUAB
si la particule part du repos (vA=0) : 21mvB2=∣q∣UAUA>0 par convention, orientée dans le sens accélérateur
⇒vB=m2∣q∣UA
Exemple — retrouver le résultat de la dynamique
Reprenons l’électron de §2.1 (UA=200V, d=4,0cm) et calculons sa vitesse finale uniquement par le théorème de l’énergie cinétique, sans passer par a ni t.
v=me2eUA
=9,11×10−312×1,60×10−19×200
=8,4×106m⋅s−1exactement la valeur trouvée en §2.1 par la cinématique
Les deux méthodes — dynamique (§2.1) et énergétique (ici) — sont rigoureusement équivalentes ; la seconde est souvent plus rapide, car elle évite le calcul de l’accélération et du temps quand seule la vitesse finale importe.
Attention — limite du modèle classique
La formule vB=2∣q∣UA/m suppose une mécanique classique (newtonienne). Elle cesse d’être valable quand vB devient une fraction importante de la vitesse de la lumière c=3,00×108m⋅s−1 : il faut alors la relativité restreinte, hors programme de Terminale.
Exemple — un électron très rapide
Un électron accéléré sous UA=30000V (tube à rayons X) atteindrait, en mécanique classique :
v=me2eUA
=9,11×10−312×1,60×10−19×3,0×104
=1,03×108m⋅s−1
≈0,34cun tiers de la vitesse de la lumière : la correction relativiste n’est plus négligeable
Dans la suite du chapitre, les tensions utilisées resteront assez faibles pour que l’approximation classique reste excellente.
4Déviation dans un condensateur
Que se passe-t-il si, au lieu d’entrer parallèlement au champ, la particule pénètre perpendiculairement à E, entre les plaques d’un condensateur plan ? C’est le cœur de ce chapitre : la particule est déviée, et cette déviation est à la base du fonctionnement de l’oscilloscope, du tube de télévision et de l’imprimante à jet d’encre.
4.1 Mise en situation et notations
Deux plaques planes, horizontales, de longueur l, distantes de d, sont soumises à la tension de déviation UD ; le champ entre les plaques vaut E=UD/d. Une particule de charge q et de masse m pénètre en O, à mi-distance des deux plaques, avec une vitesse v0 parallèle aux plaques (perpendiculaire à E).
On choisit le repère (O,,) : Ox selon v0, Oy selon E (figure 3). À t=0 : x(0)=0, y(0)=0, vx(0)=v0, vy(0)=0.
Figure 3 — Trajectoire d’une particule déviée : parabole entre les plaques (longueur l, distance d), puis droite jusqu’à l’écran (distance D au milieu des plaques). Le prolongement en pointillés de la trajectoire de sortie recoupe l’axe exactement au milieu des plaques (règle du foyer) : déviation totale Y.
4.2 Équations horaires du mouvement
Démonstration — équations horaires
Le poids est négligé (§1.3) ; la seule force est F=qE, portée par Oy, de valeur algébrique qE.
2e loi de Newton : ma=F=qE
⇒ax=0 et ay=mqEprojection sur Ox et Oy
par intégration : vx(t)=v0 et vy(t)=mqEtconditions initiales vx(0)=v0, vy(0)=0
par intégration : x(t)=v0t et y(t)=2mqEt2conditions initiales x(0)=y(0)=0
4.3 Équation de la trajectoire : une parabole
Propriété — trajectoire parabolique
de x=v0t, on tire t=v0x
en reportant dans y(t) : y=2mqE(v0x)2
=2mv02qEx2
y=2mv02qEx2
C’est l’équation d’une parabole passant par O, tangente en O à (Ox). Elle s’ouvre vers les y>0 si q>0 (particule attirée vers la plaque du côté +y), vers les y<0 si q<0.
4.4 Sortie des plaques : déviation, angle, condition de non-collision
La particule sort des plaques en x=l, si elle n’a pas heurté une plaque avant.
Propriété — à la sortie des plaques
déviation : y1=2mv02qEl2
vitesse transversale : vy1=mv0qEl
angle de déviation : tanα=mv02qEltanα=vy1/v0
En comparant y1 et tanα, une relation remarquable apparaît : y1=2ltanα. C’est la règle du foyer, utilisée au paragraphe suivant.
Figure 4 — Diagramme des vitesses à la sortie des plaques : la vitesse v0 (horizontale, inchangée) et la composante acquise vy1 (verticale) s’additionnent pour donner la vitesse de sortie v1, inclinée de l’angle α.
Exemple — sortie des plaques (oscilloscope filé)
Un électron, accéléré sous UA=250V, pénètre dans des plaques de longueur l=4,0cm, distantes de d=2,0cm, soumises à UD=80V. Calcule v0, y1 et tanα.
v0=me2eUA
=9,11×10−312×1,60×10−19×250
=9,37×106m⋅s−1
y1=2mev02eEl2expression générale, §4.4, avec E=UD/d
=4dUAUDl2en remplaçant E=UD/d et mev02=2eUA (§3.2), puis en simplifiant par e
=4×2,0×10−2×25080×(4,0×10−2)2
=6,4×10−3msoit 0,64cm, à comparer à d/2=1,0cm : la particule ressort bien
tanα=l2y1
=4,0×10−22×6,4×10−3
=0,32soit α≈17,7°
Ces formules ne sont valables que si la particule ressort des plaques sans les heurter, c’est-à-dire si ∣y1∣⩽d/2.
condition : ∣y1∣⩽2d
⇒2mv02∣q∣El2⩽2d
⇒UD⩽∣q∣l2mv02d2
or mv02=2∣q∣UAthéorème de l’énergie cinétique, §3.2
⇒UD,max=l22d2UAindépendante de q et de m !
Attention
Si UD>UD,max, la particule heurte une plaque avantx=l : elle ne ressort pas, et les formules de déviation sur l’écran (§4.5) ne s’appliquent plus. C’est un piège classique du baccalauréat : vérifie toujours cette condition avant de calculer Y.
4.5 Déviation sur un écran : la règle du foyer
Après les plaques, la particule n’est plus soumise à aucune force (poids négligé) : elle poursuit en ligne droite, avec la pente tanα acquise à la sortie, jusqu’à un écran situé à une distance D du milieu des plaques.
Démonstration — la règle du foyer
Prolongeons vers l’arrière la trajectoire rectiligne de sortie (droite pointillée, figure 3) et montrons qu’elle recoupe l’axe (Ox) exactement au milieu des plaques.
la droite de sortie passe par (l;y1) avec la pente tanα ; elle coupe (Ox) en x0=l−tanαy1
or y1=2ltanαrésultat établi en §4.4
⇒x0=l−2l
=2l
Tout se passe donc comme si la déviation démarrait au milieu des plaques. Sur l’écran, à la distance D de ce milieu :
Y=Dtanα=mv02dqUDlD
Propriété — la déviation ne dépend ni de q ni de m
Y=mv02dqUDlD
or mv02=2∣q∣UAthéorème de l’énergie cinétique, §3.2
⇒∣Y∣=2dUAUDlD
Résultat remarquable : la déviation Y ne dépend ni de la charge ni de la masse de la particule — seulement des tensions UA, UD et de la géométrie l, d, D. C’est cette propriété qui rend l’oscilloscope fiable et universel (§5).
Exemple — déviation sur l’écran (suite)
Le même oscilloscope a un écran situé à D=20cm du milieu des plaques. Calcule la déviation Y et vérifie que la particule ne heurte pas une plaque.
UD,max=l22d2UA
=(4,0×10−2)22×(2,0×10−2)2×250
=125VUD=80V<125V : condition vérifiée
Y=2dUAUDlD
=2×2,0×10−2×25080×4,0×10−2×0,20
=6,4×10−2msoit 6,4cm
4.6 Entrée avec un angle quelconque ; application à l’imprimante à jet d’encre
Si la particule entre en O avec une vitesse v0 faisant un angle θ0 avec (Ox), et non plus parallèle aux plaques, la même méthode s’applique : vx(0)=v0cosθ0, vy(0)=v0sinθ0, avec la même accélération ay=qE/m.
Méthode — généraliser à une entrée oblique
On reprend la démonstration de §4.2 en changeant les conditions initiales sur vy, puis on élimine t comme en §4.3. On obtient :
y=xtanθ0+2mv02cos2θ0qEx2
expression qui redonne bien y=2mv02qEx2 quand θ0=0.
Ce cas général est exactement celui de l’imprimante à jet d’encre : contrairement à l’oscilloscope, où UD varie et q est fixe, ici la vitesse v0 de la gouttelette (donnée par l’éjection mécanique) et la tension de déviation UD sont fixes, et c’est la chargeq déposée sur chaque gouttelette qui varie pour piloter sa déviation Y, donc sa position sur le papier.
5Oscilloscope
Tout ce que tu viens d’établir — accélération, déviation, indépendance vis-à-vis de q et m — trouve son application la plus directe dans l’oscilloscope cathodique, l’instrument qui permet de « voir » une tension électrique.
5.1 Constitution et principe
Constitution d’un oscilloscope cathodique
Un tube cathodique comprend, dans une enceinte vide d’air :
un canon à électrons : une cathode chauffée émet des électrons, accélérés vers une anode par la tension UA (quelques centaines de volts à quelques kV) ;
deux paires de plaques de déviation, verticale (Y) et horizontale (X), soumises aux tensions à étudier ;
un écran recouvert d’une substance fluorescente, qui s’illumine au point d’impact du faisceau (le « spot »).
Figure 5 — Montage d’un oscilloscope cathodique : les électrons, accélérés par UA entre la cathode C et l’anode A, sont déviés par la tension UD appliquée aux plaques, puis frappent l’écran fluorescent en un point (le spot) décalé par rapport à sa position sans déviation (ligne pointillée).
5.2 Sensibilité verticale : mesurer une tension
Méthode — mesurer une tension à l’oscilloscope
D’après §4.5, la déviation Y est proportionnelle à la tension appliquée aux plaques verticales UD :
Y=SvUDavecSv=2dUAlD
Sv, la sensibilité verticale de l’appareil (en m/V, ou plus couramment en mm/V ou en V/cm dans l’autre sens), est fixée par la géométrie l, d, D et par le réglage de UA. Pour mesurer une tension inconnue, il suffit de lire la déviation Y sur l’écran gradué, puis de calculer UD=Y/Sv.
Exemple — sensibilité de l’oscilloscope filé
Pour l’oscilloscope des §4.4-4.5 (l=4,0cm, d=2,0cm, D=20cm, UA=250V), calcule Sv, puis la tension UD qui produirait une déviation de 4,0cm.
Sv=2dUAlD
=2×2,0×10−2×2504,0×10−2×0,20
=8,0×10−4m⋅V−1soit 0,80mm/V, ou encore 12,5V/cm
UD=SvY
=8,0×10−44,0×10−2
=50V
5.3 Balayage horizontal : visualiser un signal dans le temps
Pour observer comment une tension varie au cours du temps (un signal sinusoïdal, par exemple), on applique aux plaques horizontales une tension de balayage qui déplace le spot horizontalement à vitesse constante, de la gauche vers la droite, avant de le ramener brutalement au bord gauche (dent de scie). Pendant ce balayage, la tension UD(t) à étudier dévie verticalement le spot : l’écran affiche alors la courbe de UD en fonction du temps.
La base de temps, réglable, fixe la durée balayée par une division horizontale de l’écran (en s/div, ms/div, μs/div…) : elle joue, pour l’axe horizontal, le même rôle que Sv pour l’axe vertical.
5.4 Autres tubes cathodiques : le téléviseur
Le tube cathodique de télévision (aujourd’hui remplacé par les écrans plats) reprend le canon à électrons et l’écran fluorescent de l’oscilloscope. Il s’en distingue cependant sur un point : la déviation y est le plus souvent magnétique (bobines de déviation autour du col du tube) et non électrostatique, car elle permet d’obtenir de plus grands angles de déviation dans un tube compact. Le principe d’accélération — une tension anodique de plusieurs dizaines de kilovolts — reste, lui, purement électrique, exactement comme dans ce chapitre.
6Spectrographe de masse
Peut-on utiliser un champ électrique pour identifier la masse d’une particule, ou séparer deux isotopes d’un même élément (même charge, masses légèrement différentes) ? C’est le rôle du spectrographe de masse.
6.1 Principe : une vitesse qui dépend de la masse
Un ion de charge q et de masse m, produit dans une source puis accéléré depuis le repos sous une tension UA (§3.2), acquiert la vitesse :
v0=m2qUA
À charge q et tension UA identiques, deux ions de masses différentes acquièrent des vitesses différentes : le plus léger est le plus rapide. C’est cette différence que le spectrographe exploite.
Physique & Co — La découverte des isotopes
En 1913, Joseph John Thomson dévie un faisceau d’ions néon par des champs électrique et magnétique combinés et obtient, sur une plaque photographique, non pas une seule tache mais deux : le néon existe sous deux formes de masses voisines (identifiées depuis comme le néon 20 et le néon 22). C’est la première mise en évidence expérimentale d’isotopes pour un élément stable.
Son étudiant Francis William Aston perfectionne le dispositif et construit, dès 1919, un véritable spectrographe de masse, avec lequel il identifie la plupart des isotopes naturels connus. Il reçoit le prix Nobel de chimie en 1922.
6.2 Séparation par temps de vol (méthode électrostatique)
Après l’accélération, les ions pénètrent dans un long tube de vol, de longueur L, sans champ électrique : ils s’y déplacent à vitesse constante v0 jusqu’à un détecteur.
Démonstration — relation masse/temps de vol
mouvement rectiligne uniforme dans le tube : t=v0L
v0=m2qUA§6.1
⇒t=L2qUAm
⇒m=L22qUAt2
Deux isotopes de même charge q mais de masses m1<m2 sortent de l’accélérateur avec des vitesses différentes et atteignent le détecteur à des instants différents, t1<t2 : ils sont séparés dans le temps, sans qu’aucun champ magnétique ne soit nécessaire. C’est le principe du spectromètre de masse à temps de vol (TOF-MS), une méthode purement électrostatique très employée en analyse chimique.
Figure 6 — Séparation par temps de vol : deux isotopes de charge identique, accélérés sous la même tension, arrivent au détecteur à des instants différents — le plus léger, plus rapide, arrive le premier. Exemple du néon 20 et du néon 22.
Exemple — séparer le néon 20 du néon 22
Des ions Ne+ (charge q=e) sont accélérés sous UA=500V, puis parcourent un tube de vol de longueur L=1,0m. Compare les temps de vol du 20Ne+ (m1=20u) et du 22Ne+ (m2=22u), avec u=1,66×10−27kg.
t=L2eUAm
t1=1,02×1,60×10−19×50020×1,66×10−27
=1,44×10−5ssoit 14,4μs
t2=1,02×1,60×10−19×50022×1,66×10−27
=1,51×10−5ssoit 15,1μs
Δt=t2−t1
≈0,70μsun écart bien mesurable, qui permet de distinguer les deux isotopes
6.3 Pourquoi un accélérateur suivi d’un déflecteur ne sépare pas les masses
Exemple — l’oscilloscope « ne voit pas » la masse
Reprends la formule ∣Y∣=2dUAUDlD établie en §4.5 : elle ne contient ni q ni m. Un électron et un proton, accélérés sous la même tension UA puis déviés par la même tension UD dans le même dispositif (l,d,D), produisent donc exactement la même déviation Y — malgré un rapport de masse d’environ 1836 entre les deux particules.
Attention — ne pas confondre les deux méthodes
Un accélérateur suivi d’un déflecteur électrique (§4-5) mesure une tension, indépendamment de la particule utilisée : c’est précisément ce qui est recherché pour l’oscilloscope. Pour séparer des masses (spectrographe), il faut exploiter une grandeur qui dépend de m après une accélération à q et UA fixés — comme le temps de vol (§6.2) — ou bien dévier les ions dans un champ magnétique (rayon de courbure r=mv/(qB)), que tu étudieras au chapitre suivant.
Fiche mémo
Champ uniforme entre plaques : E=dU ; force sur une charge : F=qE, même sens que E si q>0, opposé si q<0.
Poids toujours négligé devant la force électrique pour une particule chargée (électron, ion), sauf cas particulier (gouttelette de Millikan).
Entrée parallèle au champ : mouvement rectiligne uniformément varié, a=mqE.
Théorème de l’énergie cinétique, départ du repos : 21mv2=∣q∣UA⇒v=m2∣q∣UA.
Électron-volt : 1eV=1,60×10−19J.
Entrée perpendiculaire au champ (plaques de longueur l, distance d) : trajectoire parabolique y=2mv02qEx2.
À la sortie des plaques : y1=2mv02qEl2 ; tanα=mv02qEl ; règle du foyer : y1=2ltanα.
Condition de non-collision : ∣y1∣⩽2d, soit UD⩽UD,max=l22d2UA.
Déviation sur un écran à la distance D du milieu des plaques : Y=Dtanα=2dUAUDlD — indépendante de q et m.
Sensibilité verticale de l’oscilloscope : Sv=UDY=2dUAlD.
Spectrographe à temps de vol : t=L2qUAm, donc m=L22qUAt2 — méthode purement électrostatique, sans aimant.
7Exercices corrigés
Niveau 1 — Application directe
1
Un proton (q=+e, mp=1,67×10−27kg) est placé dans un champ électrique E=1,0×104V⋅m−1. Calcule la force électrique qu’il subit, son poids, et compare les deux.
Voir le corrigé détaillé
F=eE
=1,60×10−19×1,0×104
=1,6×10−15N
P=mpg
=1,67×10−27×9,8
=1,64×10−26N
PF≈9,8×1010le poids est totalement négligeable
2
Une particule α (q=2e, m=4u avec u=1,66×10−27kg), initialement au repos, est accélérée sous une tension UA=2000V. Calcule sa vitesse finale.
Voir le corrigé détaillé
m=4u
=6,64×10−27kg
v0=m2qUA
=6,64×10−272×2×1,60×10−19×2000
=4,39×105m⋅s−1
3
Convertis 5000eV en joules, puis 3,2×10−17J en électron-volts.
Voir le corrigé détaillé
5000eV=5000×1,60×10−19J
=8,0×10−16J
3,2×10−17J→1,60×10−193,2×10−17eV
=200eV
4
Un électron pénètre avec v0=5,0×106m⋅s−1 entre deux plaques de longueur l=3,0cm, distantes de d=1,5cm, soumises à UD=25V. Calcule sa déviation y1 et l’angle α à la sortie.
=5,3×10−3msoit 0,53cm, inférieur à d/2=0,75cm : ça sort
tanα=l2y1
=3,0×10−22×5,3×10−3
=0,35soit α≈19,4°
5
Un oscilloscope a des plaques de longueur l=2,5cm, distantes de d=6,0mm, un écran à D=18cm du milieu des plaques, et une tension accélératrice UA=150V. Calcule la sensibilité verticale Sv, puis la tension UD correspondant à une déviation observée de 7,5mm.
Voir le corrigé détaillé
Sv=2dUAlD
=2×6,0×10−3×1502,5×10−2×0,18
=2,5×10−3m⋅V−1soit 2,5mm/V
UD=SvY
=2,5×10−37,5×10−3
=3,0V
Niveau 2 — Approfondissement
6
Un proton, accéléré sous UA=500V, pénètre dans des plaques de longueur l=5,0cm, distantes de d=1,0cm, soumises à UD=300V. Montre que le proton heurte une plaque avant de ressortir, puis détermine la tension de déviation maximale admissible.
Voir le corrigé détaillé
Calculons la déviation qu’aurait le proton en supposant qu’il traverse toutes les plaques.
E=dUD
=1,0×10−2300
=3,0×104V⋅m−1
y1=4UAEl2forme simplifiée du §4.4 (q se simplifie)
=4×5003,0×104×(5,0×10−2)2
=3,75×10−2msoit 3,75cm, très supérieur à d/2=0,50cm
Le proton heurte donc une plaque avant x=l : cette déviation n’est jamais atteinte en pratique.
UD,max=l22d2UA
=(5,0×10−2)22×(1,0×10−2)2×500
=40Vtrès inférieure aux 300V proposés, ce qui confirme la collision
7
On veut construire un oscilloscope de plaques l=3,0cm, d=8,0mm, écran à D=25cm du milieu des plaques, avec une sensibilité verticale Sv=5,0mm/V. Quelle tension accélératrice UA faut-il utiliser ?
Voir le corrigé détaillé
Sv=2dUAlD
⇒UA=2dSvlD
=2×8,0×10−3×5,0×10−33,0×10−2×0,25
=93,8V
8
Un électron pénètre dans des plaques (l=4,0cm, d=2,0cm, UD=40V) avec une vitesse v0=8,0×106m⋅s−1 faisant un angle θ0=5,0° avec l’axe des plaques, déjà orientée vers la plaque qui l’attire. Calcule sa déviation totale y à la sortie des plaques (§4.6), et vérifie qu’elle ne heurte pas une plaque.
=7,9×10−3msoit 7,9mm, inférieur à d/2=10mm : l’électron ressort bien
9
Des ions chlore Cl+ (q=e) sont accélérés sous UA=1000V, puis parcourent un tube de vol de longueur L=1,5m. Calcule l’écart de temps de vol Δt entre le chlore 35 (m1=35u) et le chlore 37 (m2=37u).
Voir le corrigé détaillé
t=L2eUAm
t1=1,52×1,60×10−19×100035×1,66×10−27
=2,02×10−5ssoit 20,2μs
t2=1,52×1,60×10−19×100037×1,66×10−27
=2,08×10−5ssoit 20,8μs
Δt=t2−t1
≈0,57μs
Niveau 3 — Type bac
10
Un oscilloscope accélère des électrons sous UA=400V. Les plaques de déviation ont une longueur l=5,0cm, sont distantes de d=1,6cm, et l’écran est à D=22cm du milieu des plaques.
Calcule la vitesse v0 des électrons à l’entrée des plaques.
Détermine la tension de déviation maximale UD,max admissible sans collision.
On applique UD=60V. Calcule la déviation y1 à la sortie des plaques, puis la déviation Y sur l’écran.
En déduire la sensibilité verticale Sv de cet oscilloscope, en mm/V.
Voir le corrigé détaillé
1. D’après le théorème de l’énergie cinétique (§3.2) :
v0=me2eUA
=9,11×10−312×1,60×10−19×400
=1,19×107m⋅s−1
2. D’après la condition de non-collision (§4.4) :
UD,max=l22d2UA
=(5,0×10−2)22×(1,6×10−2)2×400
=81,9V
3. Comme UD=60V<UD,max=81,9V, les électrons ressortent bien des plaques.
y1=4dUAUDl2
=4×1,6×10−2×40060×(5,0×10−2)2
=5,9×10−3msoit 0,59cm
Y=2dUAUDlD
=2×1,6×10−2×40060×5,0×10−2×0,22
=5,2×10−2msoit 5,2cm
4.
Sv=UDY
=605,2×10−2
=0,86mm/V
11
Dans une expérience de Millikan, une gouttelette d’huile sphérique de rayon r=1,2μm et de masse volumique ρ=860kg⋅m−3 est immobilisée entre deux plaques horizontales distantes de d=1,2cm, sous une tension U=1150V.
Figure 7 — Équilibre d’une gouttelette chargée entre deux plaques horizontales : la force électrique F=∣q∣E, dirigée vers le haut, compense exactement le poids P=mg, dirigé vers le bas.
Calcule la masse m de la gouttelette, puis son poids P.
Calcule le champ électrique E, puis la charge q portée par la gouttelette.
Combien de charges élémentaires n la gouttelette porte-t-elle ? Conclus.
Voir le corrigé détaillé
1.
m=ρ×34πr3
=860×34π×(1,2×10−6)3
=6,22×10−15kg
P=mg
=6,22×10−15×9,8
=6,10×10−14N
2. La gouttelette est immobile : le poids et la force électrique se compensent.
E=dU
=1,2×10−21150
=9,58×104V⋅m−1
qE=P
⇒q=EP
=9,58×1046,10×10−14
=6,37×10−19C
3.
n=eq
=1,60×10−196,37×10−19
=3,98
Aux incertitudes de mesure près, n=3,98≈4 : la gouttelette porte 4 charges élémentaires, ce qui confirme, comme chez Millikan, que la charge électrique est un multiple entier de e.
12
Dans un spectromètre à temps de vol, des ions monochargés (q=e) sont accélérés sous UA=800V, puis parcourent un tube de vol de longueur L=1,2m. Un détecteur mesure un temps de vol t=19,3μs pour un ion inconnu.
Exprime la masse m de l’ion en fonction de q, UA, t, L, puis calcule-la.
Exprime cette masse en unités de masse atomique u=1,66×10−27kg, et propose une identification pour cet ion.
Voir le corrigé détaillé
1. D’après la relation établie en §6.2 :
m=L22eUAt2
=1,222×1,60×10−19×800×(19,3×10−6)2
=6,62×10−26kg
2.
n=um
=1,66×10−276,62×10−26
=39,9≈40
La masse de l’ion correspond à 40 unités de masse atomique : il s’agit très probablement d’un ion argon 40 (40Ar+), souvent utilisé comme gaz de calibration en spectrométrie de masse.
Niveau 4 — Problèmes de vie courante
13
Le technicien de Dakar. Moussa, technicien de maintenance à Dakar, contrôle un signal électrique sur un oscilloscope réglé avec une sensibilité verticale Sv=0,5V/div et une base de temps de 2,0ms/div. Sur l’écran, le signal sinusoïdal occupe 6,0 divisions verticalement (crête à crête), et une période complète occupe 4,0 divisions horizontalement.
Calcule la tension crête à crête Upp, puis l’amplitude Umax du signal.
Calcule la période T, puis la fréquence f du signal.
Voir le corrigé détaillé
1.
Upp=6,0×Sv
=6,0×0,5
=3,0V
Umax=2Upp
=1,5V
2.
T=4,0×2,0ms
=8,0mssoit 8,0×10−3s
f=T1
=8,0×10−31
=125Hz
Moussa lit donc un signal d’amplitude 1,5V et de fréquence 125Hz.
14
L’imprimante de Douala. Dans une usine d’étiquetage à Douala, une imprimante à jet d’encre éjecte des gouttelettes de masse m=1,0×10−11kg à la vitesse v0=15m⋅s−1. Les gouttelettes traversent des plaques de déviation de longueur l=1,0cm, distantes de d=2,0mm, soumises à une tension fixe UD=500V, puis parcourent D=1,5cm jusqu’au papier. Quelle charge q faut-il déposer sur une gouttelette pour obtenir une déviation Y=2,0mm sur le papier ?
Voir le corrigé détaillé
Ici, v0, UD et la géométrie sont fixés : c’est la charge q qui varie (§4.6). On repart de la formule générale Y=mv02qElD, avec E=UD/d.
E=dUD
=2,0×10−3500
=2,5×105V⋅m−1
q=ElDYmv02
=2,5×105×1,0×10−2×1,5×10−22,0×10−3×1,0×10−11×152
=1,2×10−13C
Il faut déposer une charge d’environ 1,2×10−13C sur la gouttelette, soit près de 750000 charges élémentaires — un nombre considérable, cohérent avec la taille macroscopique d’une gouttelette d’encre comparée à un ion.
15
Le laboratoire de Yaoundé. Un laboratoire d’analyse à Yaoundé utilise un spectromètre de masse à temps de vol pour distinguer, dans un échantillon, les ions carbone 12 (m1=12u) des ions carbone 14 (m2=14u), tous deux de charge q=e — une méthode utilisée en datation au carbone 14. Les ions sont accélérés sous UA=2000V et parcourent un tube de vol de longueur L=2,0m. Calcule l’écart de temps de vol Δt entre les deux isotopes.
Voir le corrigé détaillé
t=L2eUAm
t1=2,02×1,60×10−19×200012×1,66×10−27
=1,12×10−5ssoit 11,2μs
t2=2,02×1,60×10−19×200014×1,66×10−27
=1,21×10−5ssoit 12,1μs
Δt=t2−t1
≈0,89μsun écart faible mais détectable, exploité pour dater les échantillons archéologiques
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Entre deux plaques distantes de d=5,0cm, soumises à une tension U=1000V, le champ électrique uniforme E=U/d vaut :
Explication :E=dU=5,0×10−21000 E=2,0×104V⋅m−1.
Une particule de charge q>0, placée dans un champ électrique uniforme E, subit une force F=qE :
Explication :F=qE est colinéaire à E, de même sens si q>0. C'est le sens opposé qui vaudrait pour une charge négative.
Un électron (e=1,60×10−19C) est placé dans un champ E=1,0×105V⋅m−1. La valeur de la force électrique F=∣q∣E qu'il subit est :
Pour une particule chargée (électron, proton, ion) évoluant dans un champ électrique usuel, le poids P=mg est :
Explication : Pour un électron, le rapport F/P atteint environ 4,5×1014 : le poids est totalement négligeable. Ce n'est plus vrai pour une gouttelette d'huile beaucoup plus massive, comme dans l'expérience de Millikan.
L'expérience de Millikan (gouttelettes d'huile immobilisées entre deux plaques) a permis de montrer que :
Explication : En mesurant la tension d'équilibre de centaines de gouttelettes, Millikan a montré que q=ne, avec n∈Z : c'est la mise en évidence de la quantification de la charge électrique.
Un électron part sans vitesse d'une cathode et est accéléré vers une anode sous UA=200V, distante de d=4,0cm. Son accélération a=medeUA vaut environ :
L'électron-volt (eV), unité d'énergie utilisée pour les particules, vaut :
Explication : L'électron-volt est l'énergie cinétique gagnée par une charge élémentaire e accélérée sous 1V : 1eV=e×1V=1,60×10−19J. Ne confonds pas avec le coulomb, unité de charge.
Un électron accéléré sous UA=500V gagne une énergie cinétique de 500eV. Exprimée en joules, cette énergie vaut :
Explication :Ec=500×1,60×10−19 Ec=8,0×10−17J.
Une particule de charge q et de masse m, partant du repos et accélérée sous une tension UA, acquiert, d'après le théorème de l'énergie cinétique, une vitesse :
Explication :21mv2=∣q∣UA (théorème de l'énergie cinétique, poids négligé, départ du repos), d'où v=2∣q∣UA/m. Oublier le facteur 2 sous la racine est une erreur fréquente.
Un électron, initialement au repos, est accéléré sous UA=300V. Sa vitesse finale v=2eUA/me vaut environ :
Explication :v=9,11×10−312×1,60×10−19×300 v≈1,03×107m⋅s−1, soit environ 3,4% de la vitesse de la lumière : le modèle classique reste ici valable.
La formule classique vB=2∣q∣UA/m cesse d'être valable lorsque :
Explication : Cette formule relève de la mécanique classique (newtonienne). Quand vB approche c, il faut recourir à la relativité restreinte, hors programme de Terminale — c'est le cas, par exemple, d'un électron accéléré sous plusieurs dizaines de kV.
Une particule entre perpendiculairement à E entre deux plaques ; sa trajectoire suit y=2mv02qEx2. Cette parabole s'ouvre vers les y>0 lorsque :
Explication : Le coefficient 2mv02qE a le signe de q (avec E>0 et m>0) : la parabole s'ouvre vers les y>0 si q>0 (particule attirée du côté +y), vers les y<0 si q<0.
D'après la règle du foyer, la déviation à la sortie des plaques vérifie y1=2ltanα. Pour y1=0,50cm et l=4,0cm, tanα vaut :
Explication :tanα=l2y1=4,02×0,50 tanα=0,25.
Pour qu'une particule ressorte des plaques de déviation sans les heurter, il faut que la déviation y1 à x=l vérifie :
Explication : Les plaques étant distantes de d, la particule (qui entre à mi-distance) ne les heurte pas tant que sa déviation reste inférieure, en valeur absolue, à la demi-distance d/2. Cela impose UD⩽UD,max=l22d2UA.
Le prolongement, vers l'arrière, de la trajectoire rectiligne de sortie des plaques recoupe l'axe (Ox) :
Explication : C'est la règle du foyer, conséquence de y1=2ltanα : tout se passe comme si la déviation démarrait au milieu des plaques, quel que soit le signe de q.
La déviation Y=2dUAUDlD sur l'écran d'un oscilloscope, résultat remarquable :
Explication : En substituant mv02=2∣q∣UA (théorème de l'énergie cinétique), q et m disparaissent totalement de l'expression de Y : c'est ce qui rend l'oscilloscope fiable, quelle que soit la particule utilisée.
Un oscilloscope a pour caractéristiques l=5,0cm, d=2,5cm, D=25cm, UA=200V. Sa sensibilité verticale Sv=2dUAlD vaut :
Un spectrographe de masse sépare deux isotopes (même charge q, même tension accélératrice UA) parce que :
Explication :v0=2qUA/m : à q et UA fixés, un ion plus léger acquiert une vitesse plus grande. C'est cette différence de vitesse (donc de temps de vol) qui permet de séparer les isotopes.
Des ions Na+ (q=e, m=23u avec u=1,66×10−27kg) sont accélérés sous UA=300V, puis parcourent un tube de vol sans champ de longueur L=0,60m. Le temps de vol t=Lm/(2eUA) vaut environ :
Pour séparer deux isotopes de même charge mais de masses différentes, on ne peut PAS utiliser :
Explication : La formule Y=UDlD/(2dUA) ne contient ni q ni m : un déflecteur électrique seul ne peut donc jamais distinguer deux masses différentes. Il faut une grandeur qui dépend de m, comme le temps de vol ou le rayon de courbure dans un champ magnétique.