Depuis la 6ème, tu résous des petits problèmes en devinant, en tâtonnant, ou en remontant les calculs à l’envers. Cette méthode marche pour les problèmes simples, mais elle devient vite fatigante — et parfois impossible — dès que les nombres se compliquent ou que plusieurs opérations s’enchaînent. Ce chapitre t’apporte un outil bien plus puissant : l’équation.
Une équation, c’est une machine à trouver un nombre caché. Tu la rencontres partout : quand un commerçant de Dakar calcule combien de sacs de riz il peut acheter avec un budget donné, quand on cherche l’âge d’une personne à partir d’un indice, ou quand on partage une somme d’argent entre plusieurs personnes selon une règle précise. Dans tous ces cas, on nomme le nombre cherché , on traduit l’énoncé par une égalité, puis on résout.
Ce qui change par rapport aux années précédentes : tu ne vas plus deviner, tu vas calculer. Deux règles de transformation, toujours les mêmes, te permettront de trouver la valeur de à coup sûr, quelle que soit la complexité de l’équation — avec des parenthèses, des fractions, ou une inconnue des deux côtés du signe . C’est un outil que tu retrouveras dans toutes tes années de mathématiques, jusqu’au lycée et au-delà.
Dans ce chapitre, tu vas apprendre à reconnaître une équation et sa solution, à manier les deux règles qui permettent de « déplacer » les termes en toute sécurité, à résoudre méthodiquement des équations de plus en plus riches, puis à mettre un problème en équation — c’est-à-dire à traduire une situation concrète en langage mathématique. Prêt ? On commence.
1Notion d’équation et de solution
Une équation est une égalité contenant une lettre, appelée l’inconnue, qui représente un nombre à déterminer. Dans une équation d’inconnue , l’expression à gauche du signe s’appelle le premier membre, celle de droite le second membre.
Une solution de l’équation est une valeur de pour laquelle l’égalité est vraie. Résoudre une équation, c’est trouver toutes ses solutions.
Par exemple, dans l’équation , le premier membre est et le second membre est . Ici, une seule valeur de rend l’égalité vraie : c’est , car . On dit que est la solution de cette équation. Dans ce chapitre, on étudie des équations dites du premier degré : l’inconnue n’y apparaît qu’à la puissance (jamais de , jamais de sous une racine). Sauf cas particulier, une telle équation possède exactement une solution.
1.1 Tester si un nombre est solution
Pour savoir si un nombre est solution d’une équation, on le substitue à dans chaque membre séparément (chaque occurrence de ), on calcule les deux résultats, puis on les compare. S’ils sont égaux, le nombre est solution ; sinon, il ne l’est pas.
- on remplace par dans chaque membre
- premier membre :
- second membre :
- les deux membres sont égaux, donc est solution de l’équationl’égalité est vraie pour
- on remplace par
- premier membre :
- second membre :
- , donc n’est pas solution de l’équation
Remplace toutes les occurrences de , même si la lettre apparaît plusieurs fois dans un membre. Et surtout, ne confonds pas vérifier qu’un nombre proposé est solution (en le testant) avec résoudre l’équation, c’est-à-dire trouver la solution sans la connaître à l’avance : c’est l’objet de toute la suite de ce chapitre.
1.2 Repérer la solution sur une droite graduée
La solution d’une équation du premier degré est un nombre unique : on peut donc la placer, comme n’importe quel nombre, sur une droite graduée. C’est une bonne habitude à prendre : une fois l’équation résolue, situer la solution te permet de vérifier qu’elle est cohérente avec l’énoncé (par exemple, une longueur ou un prix doit être positif).
Vers l’an , le savant al-Khwarizmi travaille à la Maison de la Sagesse de Bagdad. Il écrit un traité au titre étonnant : Kitāb al-jabr wa’l-muqābala, « le livre de la réunion et de la compensation ». Le mot « al-jabr » désigne l’opération qui consiste à déplacer un terme retranché d’un membre à l’autre pour reconstituer une quantité entière — exactement la règle que tu vas apprendre dans la section suivante.
Ce mot arabe a traversé les siècles pour donner en français « algèbre » ; le nom même d’al-Khwarizmi, déformé par les traducteurs latins, a donné le mot « algorithme ». Résoudre une équation, c’est donc littéralement pratiquer un art vieux de douze siècles.
2Règles de transformation
Résoudre une équation, c’est chercher ce nombre unique. Mais comment le trouver sans deviner ? Il existe deux règles, aussi simples que puissantes, qui transforment une équation en une équation plus simple sans changer sa solution. Elles reposent sur une image que tu connais bien : la balance à deux plateaux, en équilibre tant que les deux membres restent égaux.
2.1 Ajouter ou retirer le même nombre
On ne change pas les solutions d’une équation en ajoutant ou en retirant le même nombre aux deux membres.
Soit une égalité vraie, et un nombre quelconque. Ajouter à deux nombres égaux donne deux résultats égaux : c’est une propriété de base de l’addition, donc . Réciproquement, si , il suffit d’ajouter aux deux membres pour retrouver . Les deux équations ont donc exactement les mêmes solutions. C.Q.F.D.
- on ajoute 5 aux deux membres
Vérification : , c’est exact.
2.2 Multiplier ou diviser par un même nombre non nul
On ne change pas les solutions d’une équation en multipliant ou en divisant les deux membres par un même nombre non nul.
La règle exige : on ne divise jamais par . Pense aussi à diviser chaque terme du membre, pas seulement un seul : diviser par donne , et surtout pas .
- on divise les deux membres par 4
Vérification : , c’est exact.
Ces deux règles suffisent, à elles seules, à résoudre n’importe quelle équation du premier degré. Voyons maintenant comment les enchaîner pour résoudre une équation complète, avec des des deux côtés du signe .
3Résolution de
Une équation comme comporte des termes en des deux côtés du signe . Pour la résoudre, on applique nos deux règles dans un ordre précis, jusqu’à isoler tout seul dans un membre.
- On regroupe les termes en dans un même membre, en en retirant un des deux côtés (règle n°1).
- On regroupe les nombres seuls dans l’autre membre (règle n°1).
- On réduit chaque membre.
- On divise par le coefficient de pour l’isoler (règle n°2).
- On vérifie la solution dans l’équation de départ.
- on retire aux deux membres
- on retire aux deux membres
- on divise les deux membres par
Vérification dans l’équation de départ : et . Les deux membres sont égaux : est bien la solution.
3.1 Cas particuliers : pas de solution, ou une infinité
En regroupant les termes en , il arrive qu’ils s’annulent tous. Deux cas se présentent alors :
- l’égalité restante est fausse (comme ) : l’équation n’a aucune solution ;
- l’égalité restante est toujours vraie (comme ) : tout nombre est solution.
- on retire aux deux membres
- égalité fausse : aucune valeur de n’est solution
Diophante d’Alexandrie, mathématicien grec du IIIe siècle, est resté célèbre pour son Arithmétique, l’un des premiers traités à manipuler des inconnues. La légende raconte que son épitaphe était elle-même une équation : « Sa jeunesse dura le sixième de sa vie ; après un douzième de plus, il eut de la barbe ; après un septième de plus, il se maria ; cinq ans après, son fils naquit, qui vécut la moitié de la vie de son père, et mourut quatre ans avant lui. »
En notant l’âge de Diophante à sa mort, cette phrase se traduit par une équation du premier degré dont la résolution donne ans — exactement la méthode que tu maîtrises maintenant !
4Équations avec parenthèses et fractions
Certaines équations cachent leur véritable forme derrière des parenthèses ou des fractions. Avant d’appliquer les règles de transformation, il faut d’abord les faire disparaître, en respectant deux techniques précises.
4.1 Développer les parenthèses
On commence toujours par développer chaque parenthèse, grâce à la distributivité . L’équation obtenue se résout alors comme en section 3.
Un signe « moins » devant une parenthèse change le signe de chaque terme à l’intérieur : , et surtout pas .
- on développe les deux parenthèses
- on réduit
- on retire aux deux membres
- on retire aux deux membres
Vérification : et . C’est cohérent.
4.2 Équations avec fractions
On multiplie tous les termes des deux membres — y compris ceux qui n’ont pas de dénominateur — par un multiple commun des dénominateurs (le PPCM, si possible). Chaque fraction se simplifie alors en un terme sans dénominateur.
- on multiplie tous les termes par 6, le PPCM de 3 et 2
- on simplifie chaque terme
- on retire aux deux membres
Vérification : et . C’est cohérent, donc .
N’oublie aucun terme lors de la multiplication, même ceux sans fraction (le « » de l’exemple ci-dessus). Un terme oublié change la solution de l’équation.
5Mise en équation d’un problème
Savoir résoudre une équation ne sert à rien si l’on ne sait pas la construire. Cette dernière compétence — la plus délicate, mais aussi la plus utile dans la vraie vie — consiste à traduire un texte en langage mathématique. Elle suit toujours la même méthode, en quatre étapes.
- Choisir l’inconnue : on désigne par la quantité cherchée, en précisant clairement son unité (F CFA, années, mètres…).
- Mettre en équation : on traduit chaque phrase de l’énoncé par une expression algébrique, jusqu’à obtenir une égalité complète.
- Résoudre l’équation obtenue, avec les méthodes des sections précédentes.
- Vérifier et conclure : on vérifie que la solution est cohérente avec l’énoncé, puis on répond par une phrase complète, avec l’unité.
La somme de deux nombres entiers consécutifs vaut . Quels sont ces deux nombres ?
1. Choix de l’inconnue. On note le plus petit des deux nombres ; l’autre s’écrit alors .
2. Mise en équation. Leur somme vaut :
3. Résolution.
- on réduit le premier membre
- on retire aux deux membres
- on divise les deux membres par
4. Vérification, conclusion. et sont bien deux entiers consécutifs, et . Les deux nombres cherchés sont 23 et 24.
Aminata achète des cahiers à F CFA l’un. Elle paie avec un billet de F CFA et le vendeur lui rend F CFA. Combien de cahiers a-t-elle achetés ?
1. Choix de l’inconnue. On note le nombre de cahiers achetés ( est un entier).
2. Mise en équation. Le prix payé plus la monnaie rendue reconstitue le billet donné :
3. Résolution.
- on retire aux deux membres
- on divise les deux membres par
4. Vérification, conclusion. est bien un entier, et . Aminata a acheté 18 cahiers.
La valeur de n’est pas toujours la réponse à la question posée : relis l’énoncé, il demande parfois une autre quantité (un prix total, un âge dans plusieurs années…). Vérifie aussi que ta solution a un sens dans le contexte : un nombre de personnes ou un prix ne peut pas être négatif.
Vers , le scribe égyptien Ahmès recopie un rouleau de problèmes aujourd’hui appelé papyrus Rhind, conservé au British Museum. On y trouve des énoncés comme : « une quantité, à laquelle on ajoute son septième, donne » — exactement le type de problème que tu sais désormais mettre en équation : .
Les scribes égyptiens ne connaissaient pas encore l’écriture algébrique : ils utilisaient la méthode de la fausse position, qui consiste à essayer une valeur simple, puis à corriger le résultat par proportionnalité. Il faudra attendre plusieurs millénaires, et les travaux d’al-Khwarizmi, pour que la méthode que tu utilises aujourd’hui — poser et résoudre directement — remplace ce tâtonnement savant.
Fiche mémo
- Une équation est une égalité avec une inconnue ; une solution rend l’égalité vraie.
- Règle n°1 : on peut ajouter ou retirer le même nombre aux deux membres.
- Règle n°2 : on peut multiplier ou diviser les deux membres par un même nombre .
- Pour : regrouper les d’un côté, les nombres de l’autre, réduire, puis diviser.
- Parenthèses : toujours les développer avant de résoudre ; .
- Fractions : multiplier tous les termes des deux membres par un dénominateur commun.
- Cas particuliers : égalité fausse () → aucune solution ; égalité toujours vraie () → infinité de solutions.
- Mettre en équation, 4 étapes : choisir avec son unité, traduire par une équation, résoudre, vérifier puis conclure par une phrase.
- Toujours vérifier la solution dans l’équation de départ, et dans le contexte du problème.
6Exercices corrigés
Le nombre est-il solution de l’équation ?
Voir le corrigé détaillé
- on remplace par dans chaque membre
- premier membre :
- second membre :
- les deux membres sont égaux, donc est solution
Résous l’équation .
Voir le corrigé détaillé
- on retire 7 aux deux membres
Vérification : . ✓
Résous l’équation .
Voir le corrigé détaillé
- on divise les deux membres par 5
Vérification : . ✓
Résous l’équation .
Voir le corrigé détaillé
- on ajoute 4 aux deux membres
- on divise les deux membres par 3
Vérification : . ✓
Résous l’équation .
Voir le corrigé détaillé
- on retire aux deux membres
- on retire 3 aux deux membres
Vérification : et . ✓
Résous l’équation .
Voir le corrigé détaillé
- on développe la parenthèse
- on réduit
- on ajoute 1 aux deux membres
- on divise les deux membres par 2
Vérification : . ✓
Résous l’équation .
Voir le corrigé détaillé
- on développe les deux parenthèses
- on retire aux deux membres
- on retire 4 aux deux membres
Vérification : et . ✓
Résous l’équation .
Voir le corrigé détaillé
- on ajoute 2 aux deux membres
- on multiplie les deux membres par 3
Vérification : . ✓
Résous l’équation .
Voir le corrigé détaillé
- on multiplie tous les termes par 6, le PPCM de 2 et 3
- on simplifie chaque terme
- on divise les deux membres par 5
Vérification : . ✓
Résous l’équation .
Voir le corrigé détaillé
- on réduit chaque membre séparément
- on retire aux deux membres
- on retire 4 aux deux membres
Vérification : les deux membres valent pour . ✓
On considère l’équation .
- Montre que cette équation équivaut à .
- Résous cette équation.
- Vérifie ta solution dans l’équation de départ.
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1. On multiplie les deux membres par pour éliminer le dénominateur.
- on multiplie les deux membres par 3
- on développe les deux parenthèses
2.
- on retire et on ajoute 6 aux deux membres
3. Dans l’équation de départ : et . Les deux membres sont égaux : est bien la solution.
On considère l’équation .
- Développe le premier membre.
- Que remarques-tu ? Conclus sur le nombre de solutions.
- Propose un exemple de valeur de et vérifie-le.
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1.
- on développe la parenthèse
2. L’équation devient , c’est-à-dire, en retirant aux deux membres, : une égalité toujours vraie. L’équation admet donc une infinité de solutions : tout nombre convient.
3. Prenons : premier membre , second membre . Les deux membres sont égaux, ce qui confirme que est solution — comme n’importe quel autre nombre.
Un nombre vérifie : le triple de diminué de est égal au double de la somme de et .
- Traduis cet énoncé par une équation.
- Résous cette équation.
- Vérifie ta solution.
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1. Le triple de diminué de s’écrit ; la somme de et s’écrit , et son double . L’équation est :
2.
- on développe la parenthèse
- on retire aux deux membres
- on ajoute 7 aux deux membres
3. Vérification : et . ✓
Le taxi de Fatou (Dakar). À Dakar, un taxi facture F CFA de prise en charge, puis F CFA par kilomètre parcouru. Pour une course, Fatou a payé F CFA. Quelle distance a-t-elle parcourue ?
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1. Inconnue. On note la distance parcourue, en kilomètres.
2. Mise en équation.
3. Résolution.
- on retire 500 aux deux membres
- on divise les deux membres par 150
4. Conclusion. . Fatou a parcouru 18 km.
Le marché d’Abéché. Au marché d’Abéché, un sac de mil coûte F CFA de plus qu’un sac de sorgho. Boukar achète sacs de sorgho et sacs de mil pour un total de F CFA. Quel est le prix d’un sac de sorgho ?
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1. Inconnue. On note le prix, en F CFA, d’un sac de sorgho ; un sac de mil coûte alors .
2. Mise en équation.
3. Résolution.
- on développe la parenthèse
- on réduit
- on retire 5 000 aux deux membres
- on divise les deux membres par 5
4. Conclusion. . Un sac de sorgho coûte 7 500 F CFA (et un sac de mil, F CFA).
Les économies d’Amara (Abidjan). Amara avait économisé une somme d’argent. À Abidjan, il en dépense le tiers pour un titre de transport, puis F CFA pour un repas. Il lui reste alors F CFA. Quelle somme avait-il économisée au départ ?
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1. Inconnue. On note la somme initiale, en F CFA.
2. Mise en équation. Il dépense puis F CFA, et il lui reste F CFA :
3. Résolution.
- on multiplie tous les termes par 3
- on réduit puis on ajoute 12 000 aux deux membres
- on divise les deux membres par 2
4. Conclusion. . Amara avait économisé 15 000 F CFA.