Depuis la 5ᵉ, tu manipules des expressions avec des lettres : , le périmètre d’un rectangle, ou encore une aire . Ces lettres représentent des nombres inconnus ou variables, et tu sais déjà calculer leur valeur une fois qu’on te la donne. Ce chapitre va plus loin : il t’apprend à transformer une expression littérale sans changer sa valeur, pour la rendre plus simple à calculer ou pour révéler une propriété cachée.
Deux gestes, inverses l’un de l’autre, sont au cœur du chapitre. Développer, c’est transformer un produit en somme : devient . Factoriser, c’est l’inverse : transformer une somme en produit. Tu verras que ces deux gestes reposent sur une seule et même propriété, la distributivité, que l’on peut littéralement voir en dessinant des aires de rectangles.
Ces techniques ne sont pas un simple exercice de style : elles servent à calculer plus vite, à écrire l’aire d’un terrain composé de plusieurs parcelles, ou à prouver qu’un programme de calcul donne toujours le même résultat, quel que soit le nombre choisi au départ. Elles sont aussi la porte d’entrée vers les équations, que tu étudieras juste après ce chapitre.
1Réduction d’une expression
Avant de transformer une expression, il faut savoir la simplifier. C’est l’objet de cette première section : repérer ce qui peut être regroupé, et écrire l’expression sous sa forme la plus courte.
1.1 Vocabulaire du calcul littéral
Une expression littérale est une expression contenant au moins une lettre, qui représente un nombre. Elle est composée de termes, séparés par les signes ou . Un terme est soit un nombre seul (un terme constant), soit un produit d’un nombre — le coefficient — et d’une ou plusieurs lettres — la partie littérale.
Par exemple, dans l’expression , il y a trois termes : (coefficient , partie littérale ), (coefficient , partie littérale ) et (terme constant).
1.2 Termes semblables et réduction
Deux termes sont dits semblables quand ils ont exactement la même partie littérale. Réduire une expression, c’est regrouper ses termes semblables pour l’écrire avec le moins de termes possible.
Pour réduire une somme de termes semblables, on additionne (ou on soustrait) leurs coefficients ; la partie littérale, elle, ne change pas.
Réduis .
- on regroupe les termes semblables
Réduis .
et n’ont pas la même partie littérale : ce ne sont jamais des termes semblables. ne se réduit pas en ni en rien d’autre : cette expression est déjà réduite.
1.3 Supprimer des parenthèses
Une parenthèse précédée du signe se supprime sans rien changer. Une parenthèse précédée du signe se supprime en changeant le signe de chaque terme qu’elle contient.
Réduis .
- le signe change les deux termes ; le signe ne change rien
Piège classique : écrire . C’est faux ! Le signe devant la parenthèse change tous les signes à l’intérieur, y compris celui du terme constant : .
1) Supprime les parenthèses en appliquant la règle des signes. 2) Repère les termes semblables (même partie littérale). 3) Additionne leurs coefficients. 4) Écris le résultat, en général du plus haut degré au plus bas.
C’est le mathématicien et philosophe français René Descartes qui, dans son ouvrage La Géométrie publié en 1637, généralise l’usage des dernières lettres de l’alphabet — , , — pour désigner les inconnues, et des premières — , , — pour les quantités connues. Cette convention, purement pratique au départ, s’est imposée dans le monde entier et n’a plus jamais changé depuis presque quatre siècles.
2Distributivité simple
Développer une expression, c’est la transformer d’un produit en une somme. L’outil de base pour développer s’appelle la distributivité : c’est elle qui explique comment un facteur se répartit sur chaque terme d’une parenthèse.
2.1 La propriété de distributivité simple
Pour tous nombres , et :
Considère un rectangle de largeur et de longueur . Son aire se calcule de deux façons différentes, qui doivent donner le même nombre.
D’une part, comme un seul rectangle de largeur et de longueur : son aire vaut .
D’autre part, on peut partager ce même rectangle en deux rectangles plus petits, de largeur et de longueurs respectives et : leur aire totale vaut .
Ces deux calculs mesurent la même surface, donc . C.Q.F.D.
2.2 Développer une expression
On multiplie par chaque terme entre parenthèses, en appliquant soigneusement la règle des signes (, , ).
Développe .
Développe .
Calcule mentalement en utilisant la distributivité.
Le signe devant une parenthèse se distribue à chaque terme. n’est pas égal à : le second terme change lui aussi de signe, ce qui donne .
Vers l’an , à Bagdad, le savant Al-Khwârizmî écrit un traité intitulé Kitâb al-jabr wa al-muqâbala. Le mot « al-jabr », qui signifie à peu près « réunion des morceaux », désigne la technique consistant à transformer une expression pour la simplifier — exactement ce que tu fais dans ce chapitre ! C’est de ce mot arabe que vient notre mot français « algèbre ». Al-Khwârizmî a lui-même donné son nom à un autre mot que tu connais bien : « algorithme ».
3Double distributivité
Que se passe-t-il quand les deux facteurs d’un produit sont des sommes, comme dans ? On applique la distributivité deux fois de suite : c’est la double distributivité.
3.1 La formule du double produit
Pour tous nombres , , et :
On pose , un nombre comme un autre. La distributivité simple, appliquée à , donne :
- distributivité simple sur
- on remplace par
- distributivité simple, deux fois de plus
On retrouve bien les quatre produits de la formule. On peut aussi le voir directement sur une aire (Figure 2).
3.2 Développer un produit de deux sommes
Chaque terme du premier facteur multiplie chaque terme du second : cela fait toujours quatre produits à calculer, puis on réduit en regroupant les termes semblables.
Développe et réduis .
Développe et réduis .
Développe et réduis .
L’erreur la plus fréquente est d’oublier un produit parmi les quatre — le plus souvent un des deux « produits croisés ». Coche mentalement les quatre multiplications avant de réduire. Attention aussi au signe : , pas .
4Facteur commun et factorisation
Factoriser, c’est l’opération inverse de développer : transformer une somme en un produit. On l’utilise dès qu’un même facteur se répète dans tous les termes d’une expression.
4.1 Reconnaître un facteur commun
Dans une somme de termes, un facteur commun est un facteur qui apparaît dans chacun des termes. Factoriser une expression, c’est l’écrire sous la forme d’un produit, en « sortant » ce facteur commun.
Pour tous nombres , et :
C’est exactement la propriété de distributivité, lue « à l’envers ».
Factorise .
- on écrit
- est le facteur commun
Factorise , puis vérifie.
- divise et
- vérification : on redéveloppe, on retrouve
4.2 Facteur commun qui est une expression
Le facteur commun n’est pas toujours un simple nombre : ce peut être toute une expression entre parenthèses, à condition qu’elle soit rigoureusement identique dans les deux termes.
Factorise .
- est le facteur commun aux deux termes
Factorise .
- signifie
Une factorisation n’est complète que si le résultat est vraiment un produit (rien à additionner ou soustraire entre les grandes parenthèses). Vérifie toujours en redéveloppant : tu dois retomber sur l’expression de départ.
Bien avant que les lettres , , n’existent, les mathématiciens grecs démontraient déjà des identités comme — mais avec des figures, pas des symboles. Dans le Livre II de ses Éléments, écrit vers , Euclide énonce et prouve ainsi des dizaines de propriétés à l’aide de rectangles et de carrés découpés. Cette « algèbre géométrique » a dominé les mathématiques pendant près de deux mille ans, avant l’arrivée de l’écriture symbolique moderne.
5Tester et prouver une égalité
Une expression littérale contient une lettre : on obtient une égalité numérique vraie ou fausse dès qu’on la remplace par un nombre. Mais attention : vérifier une égalité pour un seul nombre et la prouver pour tous les nombres sont deux choses très différentes.
5.1 Tester une égalité pour une valeur
Tester une égalité pour une valeur, c’est remplacer la lettre par ce nombre et calculer séparément chaque membre (chaque côté du signe ), pour voir si l’on obtient le même résultat.
Manon affirme que pour tout nombre . Teste cette égalité pour .
- membre de gauche :
- membre de droite :
L’égalité est fausse pour : elle est donc fausse en général. En développant correctement avec la double distributivité, : Manon a simplement oublié les deux termes .
Un test réussi pour une seule valeur ne prouve jamais qu’une égalité est vraie pour toutes les valeurs — il faudrait la tester pour l’infinité des nombres possibles ! En revanche, un seul test qui échoue suffit à prouver qu’elle est fausse : c’est ce qu’on appelle un contre-exemple.
5.2 Prouver une égalité pour tout nombre
Pour prouver qu’une égalité littérale est vraie pour tout nombre, on développe puis on réduit séparément chaque membre. Si les deux expressions réduites obtenues sont identiques, alors l’égalité est vraie quel que soit le nombre choisi.
1) On note le nombre choisi au départ. 2) On traduit chaque étape du programme en une expression littérale. 3) On développe et on réduit cette expression. 4) On conclut : le résultat final ne dépend que de , sous une forme simple.
Programme : « Choisis un nombre . Ajoute . Multiplie le résultat par . Soustrais . » Prouve que le résultat est toujours égal à .
- résultat
- on développe
Quel que soit le nombre choisi au départ, le résultat de ce programme est toujours le triple de (Figure 4).
Prouve que la somme de trois entiers consécutifs est toujours un multiple de .
Si est le premier entier, les trois entiers consécutifs sont , et .
- on factorise par
s’écrit comme fois un entier : est donc bien un multiple de , quel que soit l’entier choisi au départ.
Fiche mémo
- Termes semblables : même partie littérale seulement ; on additionne les coefficients. et ne sont jamais semblables.
- Parenthèses : ; (tous les signes changent).
- Distributivité simple : ; .
- Double distributivité : — quatre produits, puis on réduit.
- Factoriser : , la distributivité lue à l’envers.
- Le facteur commun peut être une expression entre parenthèses : .
- Vérifier une factorisation : on redéveloppe, on doit retomber sur l’expression de départ.
- Tester une valeur : prouve que l’égalité est fausse si le test échoue ; ne prouve jamais qu’elle est vraie.
- Prouver une égalité : développer et réduire séparément chaque membre, comparer les résultats.
- Programme de calcul : traduire chaque étape avec , développer, réduire, conclure sur le résultat général.
6Exercices corrigés
Réduis chaque expression : a) ; b) ; c) ; d) .
Voir le corrigé détaillé
- a)
- b)
- c)
- d)
Développe (distributivité simple) : a) ; b) ; c) .
Voir le corrigé détaillé
- a)
- b)
- c)
Développe et réduis (double distributivité) : a) ; b) .
Voir le corrigé détaillé
- a)
- b)
Factorise en repérant le facteur commun : a) ; b) .
Voir le corrigé détaillé
- a)
- b)
Soit . Réduis , puis calcule sa valeur pour .
Voir le corrigé détaillé
- pour :
Développe et réduis .
Voir le corrigé détaillé
Factorise : a) ; b) .
Voir le corrigé détaillé
- a)
- b)
Un élève affirme que pour tout . Teste cette égalité pour et conclus.
Voir le corrigé détaillé
- membre de gauche :
- membre de droite :
L’égalité est fausse. L’élève a oublié de distribuer le sur le second terme : la bonne formule est .
Programme : « Choisis un nombre . Soustrais . Multiplie par . Ajoute . » Prouve que le résultat est toujours égal à .
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- résultat
Quel que soit le nombre choisi, le résultat vaut toujours , soit fois le nombre de départ.
Calcule astucieusement, en factorisant : a) ; b) .
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- a)
- b)
Une terrasse rectangulaire a pour largeur mètres et pour longueur mètres. On y retire une allée rectangulaire de largeur m, sur toute la largeur de la terrasse (voir Figure 5).
- Exprime l’aire totale de la terrasse (avant retrait) en fonction de .
- L’aire de l’allée retirée vaut . Exprime l’aire restante , réduis-la, puis factorise-la.
- Calcule l’aire restante pour m.
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1. L’aire totale est le produit largeur longueur.
- aire totale
2. On retranche l’aire de l’allée.
- est le facteur commun
3. Pour :
- m²
Soit un entier et .
- Développe chaque produit puis réduis .
- Factorise en repérant directement le facteur commun , sans tout développer.
- Déduis-en que est un multiple de , quel que soit l’entier , puis calcule pour .
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1.
2. est un facteur commun aux deux produits.
- cohérent avec trouvé au 1.
3. s’écrit comme fois un entier : est donc un multiple de pour tout entier . Pour : .
Programme : « Choisis un nombre . Ajoute . Élève le résultat au carré. Soustrais le carré du nombre de départ. »
- Teste ce programme pour , étape par étape.
- Prouve, à l’aide du calcul littéral, que le résultat est toujours égal à .
- Utilise cette forme factorisée pour retrouver rapidement le résultat pour .
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1. Pour : on ajoute , on obtient , on élève au carré : ; on soustrait : .
2.
- résultat
Vérification pour : . Cohérent avec le test.
3. Pour :
- résultat
Au grand marché de Bamako. Fatou achète, pour son restaurant, sacs de riz à F CFA le sac et sacs de mil à F CFA le sac.
- Écris le coût total sous la forme d’une somme de deux produits.
- Factorise cette expression et calcule le coût total.
- Si elle achetait sacs de chaque, exprime le coût total en fonction de , puis calcule .
Voir le corrigé détaillé
1. Coût .
2.
- Coût
- F CFA
3.
- F CFA
Le terrain de M. Adoum (Ndjamena). M. Adoum possède, à Ndjamena, un terrain rectangulaire de largeur mètres et de longueur mètres. Il veut l’entourer entièrement d’une clôture.
- Exprime le périmètre en fonction de (utilise ), développe et réduis.
- Calcule pour m.
- La clôture coûte F CFA le mètre. Calcule le coût total.
Voir le corrigé détaillé
1.
2.
- m
3.
- coût
- F CFA
La couturière de Douala. Une couturière achète du tissu wax à F CFA le mètre, au marché de Douala : m pour une robe et m pour un boubou.
- Écris le coût total sous la forme d’une somme de deux produits.
- Factorise et calcule le coût total.
- Une cliente achète mètres puis mètres au même prix. Exprime son coût total factorisé, puis calcule-le pour et .
Voir le corrigé détaillé
1. Coût .
2.
- Coût
- F CFA
3.
- Coût
- pour , : Coût
- F CFA