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Courant continu et courant alternatif

Distinguer les deux types de courant et lire un oscillogramme.

Physique 3ème Chapitre 7 / 9 ⏱ 7 h

Ce que tu sauras faire à la fin

  • Lire période et amplitude sur un oscillogramme
  • Calculer une fréquence et une valeur efficace
  • Décrire la chaîne de production-transport de l'électricité

Quand tu allumes une lampe torche, tu utilises une pile : le courant y circule toujours dans le même sens, c’est du courant continu. Quand tu branches un ventilateur sur une prise, la tension change de signe cent fois par seconde : c’est du courant alternatif. Ces deux courants n’ont ni les mêmes sources, ni les mêmes propriétés, ni les mêmes usages. Dans ce chapitre, on apprend à les reconnaître sur un écran d’oscilloscope, à mesurer leurs grandeurs caractéristiques, et à comprendre pourquoi c’est l’alternatif qui voyage sur des centaines de kilomètres jusqu’à ta maison.

1Rappel : le courant continu

Définition

Un courant est continu lorsqu’il circule toujours dans le même sens et que son intensité ne varie pas au cours du temps. On le note souvent par le symbole DC\mathrm{DC} (direct current) ou par le signe \equiv.

Le courant est un déplacement de porteurs de charge. Dans un fil métallique, ce sont les électrons libres, qui portent une charge négative, et qui se déplacent donc de la borne - vers la borne ++ du générateur, à l’extérieur de celui-ci.

Le sens conventionnel : Par convention, adoptée bien avant la découverte de l’électron, le courant sort de la borne ++ du générateur et revient par la borne - à l’extérieur du générateur. Le sens conventionnel est donc l’inverse du déplacement réel des électrons. C’est ce sens conventionnel que l’on flèche sur tous les schémas.
+pile (générateur)lampeinterrupteur ferméIsens conventionnel du courantdéplacement réel des électrons
Figure 1 — Circuit à courant continu. La flèche bleue donne le sens conventionnel du courant II ; la flèche verte rappelle que les électrons, eux, vont dans l’autre sens.

Dans un tel circuit, on mesure deux grandeurs : l’intensité II avec un ampèremètre branché en série, et la tension UU avec un voltmètre branché en dérivation. Avec une pile neuve, les deux aiguilles restent immobiles : les valeurs sont constantes.

Si l’on relie cette pile à un oscilloscope, appareil qui dessine la tension en fonction du temps, on obtient un tracé très simple : une droite horizontale.

123456-11234560t (ms)u (V)u = 4,5 V à chaque instanttension continue : le tracé est une droite horizontale
Figure 2 — Oscillogramme d’une pile plate de 4,5 V4{,}5\ \mathrm{V} : la tension garde la même valeur à chaque instant, le tracé est une droite parallèle à l’axe des temps.

2La tension alternative et l’alternateur

Définition

Une tension est alternative lorsqu’elle change périodiquement de signe : elle est tantôt positive, tantôt négative. Elle est alternative sinusoïdale lorsque son oscillogramme a la forme d’une sinusoïde.

Le courant correspondant change alors lui aussi de sens : c’est le courant alternatif, noté AC\mathrm{AC} (alternating current) ou \sim.

2.1  Le principe de l’alternateur

Un alternateur transforme de l’énergie mécanique en énergie électrique. Il est constitué d’un aimant que l’on fait tourner (le rotor) devant une bobine de fil de cuivre fixe (le stator). Lorsque l’aimant tourne, le champ magnétique qui traverse la bobine change sans arrêt : une tension apparaît aux bornes de la bobine.

À chaque demi-tour de l’aimant, c’est le pôle Nord puis le pôle Sud qui passe devant la bobine : la tension change de signe. Voilà pourquoi la tension produite est alternative — c’est la rotation elle-même qui impose l’alternance.

L’énergie mécanique fait tourner l’aimant : une tension alternative apparaîtmanivelleSNaimant (rotor)rotationbobine (stator)lampeu(t) alternative
Figure 3 — Principe de l’alternateur : la rotation de l’aimant devant la bobine fait naître une tension alternative u(t)u(t).

La dynamo d’un vélo, le petit alternateur d’une voiture, le groupe électrogène d’une boutique et l’immense alternateur d’un barrage fonctionnent tous sur ce même principe. Seule change l’énergie qui fait tourner le rotor : les jambes du cycliste, le moteur, la chute d’eau ou la vapeur.

Exemple — activité expérimentale — reconnaître les deux courants

Matériel

  • un oscilloscope (ou une interface d’acquisition reliée à un ordinateur) ;
  • une pile plate de 4,5 V4{,}5\ \mathrm{V} ;
  • un alternateur de bicyclette (dynamo) monté sur son support, ou un petit alternateur à manivelle ;
  • une lampe 6 V6\ \mathrm{V} avec sa douille, des fils de connexion.

Protocole

  1. Régler la sensibilité verticale sur 2 V/div2\ \mathrm{V/div} et la base de temps sur 5 ms/div5\ \mathrm{ms/div}.
  2. Brancher la pile aux bornes de l’oscilloscope. Observer et dessiner le tracé.
  3. Remplacer la pile par l’alternateur. Faire tourner lentement, puis de plus en plus vite.
  4. Brancher la lampe en dérivation et observer son éclat pendant que l’on accélère.

Observations

  • Avec la pile : le tracé est une droite horizontale située au-dessus de l’axe des temps.
  • Avec l’alternateur : le tracé est une sinusoïde, alternativement au-dessus et en dessous de l’axe.
  • Plus on tourne vite, plus la sinusoïde se resserre et plus elle est haute.
  • La lampe brille de plus en plus fort quand la rotation s’accélère.

Interprétation

La pile délivre une tension continue : elle a toujours la même borne ++. L’alternateur, lui, délivre une tension alternative, car l’aimant présente alternativement ses deux pôles à la bobine. Tourner plus vite, c’est faire plus de tours par seconde : la fréquence augmente (la sinusoïde se resserre) et la tension maximale augmente aussi (la sinusoïde monte plus haut).

12345678-6-5-4-3-2-11234560t (ms)u (V)U max = 5 V– U max = – 5 Vune période T = 4 ms
Figure 4 — Oscillogramme d’une tension alternative sinusoïdale. On y repère la tension maximale UmaxU_{max} et la période TT, durée d’un motif complet.

3Lire un oscillogramme

3.1  L’oscilloscope et ses deux réglages

L’écran d’un oscilloscope est quadrillé : il comporte en général 1010 carreaux horizontalement et 88 verticalement. Un carreau s’appelle une division (abrégée « div »). Deux boutons donnent la valeur d’une division :

  • la sensibilité verticale, en volts par division (V/div\mathrm{V/div}) : elle indique la tension représentée par un carreau en hauteur ;
  • la base de temps, en secondes par division (ms/div\mathrm{ms/div} le plus souvent) : elle indique la durée représentée par un carreau en largeur.
Attention

Sans connaître ces deux réglages, un oscillogramme ne veut rien dire : la même courbe à l’écran peut représenter 6 V6\ \mathrm{V} ou 600 V600\ \mathrm{V}. Note toujours les deux valeurs avant de faire un calcul.

U max : 3 divT : 4 divRéglagessensibilité verticale2 V par divisionbase de temps5 ms par division1 division = 1 carreau
Figure 5 — Écran d’oscilloscope. La hauteur du sommet au-dessus de l’axe donne UmaxU_{max} en divisions ; la largeur d’un motif complet donne TT en divisions.
Méthode — lire UmaxU_{max} et TT sur un écran
  1. Compter le nombre de divisions en hauteur entre l’axe horizontal et le sommet de la courbe : c’est nvn_v.
  2. Multiplier nvn_v par la sensibilité verticale : on obtient UmaxU_{max}.
  3. Compter le nombre de divisions en largeur occupées par un motif complet (par exemple d’un sommet au sommet suivant) : c’est nhn_h.
  4. Multiplier nhn_h par la base de temps : on obtient la période TT.
Exemple — exploitation de l’écran ci-dessus

Réglages : sensibilité verticale 2 V/div2\ \mathrm{V/div}, base de temps 5 ms/div5\ \mathrm{ms/div}. On lit nv=3n_v = 3 divisions et nh=4n_h = 4 divisions.

Tension maximale :

  1. Umax=nv×sensibiliteˊ verticaleU_{max} = n_v \times \text{sensibilité verticale}formule littérale
  2. ==3×23 \times 2on remplace par les valeurs lues
  3. ==6 V6\ \mathrm{V}

Période :

  1. T=nh×base de tempsT = n_h \times \text{base de temps}formule littérale
  2. ==4×54 \times 5on remplace par les valeurs lues
  3. ==20 ms20\ \mathrm{ms}
  4. ==0,020 s0{,}020\ \mathrm{s}conversion en secondes

4Période, fréquence et tension efficace

4.1  Période et fréquence

Définition

La période TT est la durée d’un motif complet de l’oscillogramme. Elle s’exprime en secondes (s\mathrm{s}).

La fréquence ff est le nombre de motifs complets par seconde. Elle s’exprime en hertz (Hz\mathrm{Hz}).

Propriété

La fréquence est l’inverse de la période :

f=1TetT=1ff = \dfrac{1}{T} \qquad \text{et} \qquad T = \dfrac{1}{f}

avec TT en secondes et ff en hertz.

Exemple — de la période à la fréquence

On a lu T=20 msT = 20\ \mathrm{ms} sur l’écran. Calculons la fréquence.

  1. T=20 msT = 20\ \mathrm{ms}
  2. ==0,020 s0{,}020\ \mathrm{s}la formule exige des secondes
  3. f=1Tf = \dfrac{1}{T}formule littérale
  4. ==10,020\dfrac{1}{0{,}020}on remplace TT par sa valeur
  5. ==50 Hz50\ \mathrm{Hz}
Attention

Avant tout calcul de fréquence, convertis la période en secondes. Retiens : 1 ms=0,001 s1\ \mathrm{ms} = 0{,}001\ \mathrm{s}, donc 20 ms=0,020 s20\ \mathrm{ms} = 0{,}020\ \mathrm{s}. Oublier cette conversion est l’erreur la plus fréquente de tout le chapitre.

50 Hz ou 60 Hz ? : En Afrique et en Europe, le réseau électrique est distribué à 50 Hz50\ \mathrm{Hz} : la tension effectue 5050 motifs complets par seconde, soit une période de 20 ms20\ \mathrm{ms}. En Amérique du Nord, le réseau fonctionne à 60 Hz60\ \mathrm{Hz}, soit une période d’environ 16,7 ms16{,}7\ \mathrm{ms}. Un appareil conçu pour l’un ne fonctionne pas toujours correctement sur l’autre.

4.2  Tension maximale et tension efficace

La tension du secteur change de valeur des milliers de fois par minute : quelle valeur unique inscrire alors sur la plaque d’un appareil ? On utilise la tension efficace, celle qui produit le même effet de chauffage qu’une tension continue de même valeur.

Définition

La tension efficace UeffU_{eff} d’une tension alternative sinusoïdale est liée à sa tension maximale UmaxU_{max} par :

Ueff=Umax2U_{eff} = \dfrac{U_{max}}{\sqrt{2}}

C’est la valeur qu’indique un voltmètre en position alternative, et c’est elle qui est écrite sur les appareils.

On retient 21,414\sqrt{2} \approx 1{,}414. La relation s’écrit aussi dans l’autre sens :

Umax=Ueff×2U_{max} = U_{eff} \times \sqrt{2}

Exemple — la tension du secteur

Le secteur délivre une tension efficace Ueff=230 VU_{eff} = 230\ \mathrm{V}. Quelle est sa tension maximale ?

  1. Umax=Ueff×2U_{max} = U_{eff} \times \sqrt{2}formule littérale
  2. ==230×1,414230 \times 1{,}414on remplace UeffU_{eff} par sa valeur
  3. \approx325 V325\ \mathrm{V}

La tension atteint donc réellement 325 V325\ \mathrm{V} à chaque sommet, bien plus que les 230 V230\ \mathrm{V} affichés.

Exemple — dans l’autre sens

Un oscilloscope affiche Umax=6 VU_{max} = 6\ \mathrm{V} pour la sortie d’un générateur. Quelle valeur lira-t-on au voltmètre ?

  1. Ueff=Umax2U_{eff} = \dfrac{U_{max}}{\sqrt{2}}formule littérale
  2. ==61,414\dfrac{6}{1{,}414}on remplace UmaxU_{max} par sa valeur
  3. \approx4,2 V4{,}2\ \mathrm{V}
GrandeurSymboleUnité (symbole)Comment la mesurer
Tension efficaceUeffU_{eff}volt (V\mathrm{V})voltmètre en dérivation, position \sim
Tension maximaleUmaxU_{max}volt (V\mathrm{V})lecture sur l’oscillogramme
Intensité efficaceIeffI_{eff}ampère (A\mathrm{A})ampèremètre en série, position \sim
PériodeTTseconde (s\mathrm{s})lecture sur l’oscillogramme
Fréquenceffhertz (Hz\mathrm{Hz})fréquencemètre, ou calcul f=1Tf = \dfrac{1}{T}
Sensibilité verticalevolt par division (V/div\mathrm{V/div})bouton de l’oscilloscope
Base de tempsmilliseconde par division (ms/div\mathrm{ms/div})bouton de l’oscilloscope
PuissancePPwatt (W\mathrm{W})wattmètre, ou calcul P=U×IP = U \times I
Attention — sécurité électrique

La tension du secteur (230 V230\ \mathrm{V} efficaces, 325 V325\ \mathrm{V} au maximum) est mortelle. Un courant de seulement 30 mA30\ \mathrm{mA} traversant la poitrine pendant quelques secondes peut arrêter le cœur.

  • Ne branche jamais un oscilloscope ou un montage d’élève directement sur une prise du secteur : au laboratoire, on travaille avec des générateurs basse tension (6 V6\ \mathrm{V} ou 12 V12\ \mathrm{V}).
  • Ne touche jamais un appareil électrique avec les mains mouillées ou les pieds dans l’eau.
  • Coupe le disjoncteur avant toute intervention sur une installation.
  • Fais remplacer immédiatement une prise fendue ou un fil dénudé.

5Comparer le continu et l’alternatif

CritèreCourant continuCourant alternatif sinusoïdal
Sens du couranttoujours le mêmechange périodiquement de sens
Oscillogrammedroite horizontalesinusoïde symétrique par rapport à l’axe des temps
Valeur de la tensionconstante : UUvariable : UmaxU_{max} et Ueff=Umax2U_{eff} = \dfrac{U_{max}}{\sqrt{2}}
Grandeurs propresaucune périodepériode TT, fréquence f=1Tf = \dfrac{1}{T}
Sources usuellespile, accumulateur, panneau solairealternateur, secteur, groupe électrogène
Symbole sur les appareils\equiv ou DC\mathrm{DC}\sim ou AC\mathrm{AC}
Transport sur de longues distancesdifficile : on ne sait pas changer facilement la tensionfacile grâce au transformateur
Exemples d’usagetéléphone, lampe torche, calculatriceéclairage domestique, ventilateur, réfrigérateur
Les deux cohabitent : Ton téléphone fonctionne en continu, mais tu le recharges sur le secteur, en alternatif : le petit bloc du chargeur contient un redresseur qui transforme l’alternatif en continu. À l’inverse, un onduleur transforme le continu d’une batterie ou d’un panneau solaire en alternatif utilisable par un réfrigérateur.

6Le transport de l’électricité et le transformateur

Une centrale est rarement construite là où l’on consomme : il faut donc transporter l’énergie électrique sur des dizaines, parfois des centaines de kilomètres. Or les câbles ont une résistance RR, et tout courant qui les traverse les échauffe : c’est l’effet Joule. La puissance perdue vaut Pperdue=R×I2P_{perdue} = R \times I^{2}.

Cette puissance perdue dépend du carré de l’intensité : diviser l’intensité par 1010 divise les pertes par 100100. Comme la puissance transportée vaut P=U×IP = U \times I, on peut garder la même puissance en augmentant fortement la tension pour diminuer d’autant l’intensité. C’est exactement ce que fait le transformateur.

Définition

Un transformateur est un appareil qui modifie la valeur d’une tension alternative sans changer sa fréquence. Il est élévateur s’il augmente la tension, abaisseur s’il la diminue.

Attention

Un transformateur ne fonctionne qu’en alternatif. C’est là toute la supériorité pratique du courant alternatif : sans lui, le transport de l’électricité à longue distance serait ruineux.

Centrale électriquel’alternateur produitune tension alternativeTransformateurélévateur20 kV → 400 kVLigne à trèshaute tension400 000 V400 000 V : l’intensité est faible,donc les pertes en ligne aussiTransformateurabaisseur400 kV → 20 kVPoste de quartierabaisseur20 kV → 230 VMaison, école,atelier230 V – 50 HzLe transformateur ne change ni la nature ni la fréquence de la tension :elle reste alternative sinusoïdale à 50 Hz d’un bout à l’autre du réseau.
Figure 6 — Du barrage à la maison : on élève la tension pour le transport, on l’abaisse à l’arrivée. La fréquence, elle, reste égale à 50 Hz50\ \mathrm{Hz} tout au long du parcours.
Exemple — pourquoi élever la tension ?

On veut transporter une puissance P=2,0 MWP = 2{,}0\ \mathrm{MW}, soit 2,0×106 W2{,}0 \times 10^{6}\ \mathrm{W}, dans une ligne de résistance R=12 ΩR = 12\ \Omega.

Premier cas : sous 20000 V20\,000\ \mathrm{V}.

  1. I=PUI = \dfrac{P}{U}formule littérale
  2. ==2,0×10620000\dfrac{2{,}0 \times 10^{6}}{20\,000}on remplace
  3. ==100 A100\ \mathrm{A}
  4. Pperdue=R×I2P_{perdue} = R \times I^{2}formule littérale
  5. ==12×100212 \times 100^{2}on remplace
  6. ==120000 W120\,000\ \mathrm{W}

On perd 120 kW120\ \mathrm{kW} sur 2000 kW2\,000\ \mathrm{kW}, soit 6 %6\ \%.

Second cas : sous 400 V400\ \mathrm{V} seulement.

  1. I=PUI = \dfrac{P}{U}formule littérale
  2. ==2,0×106400\dfrac{2{,}0 \times 10^{6}}{400}on remplace
  3. ==5000 A5\,000\ \mathrm{A}
  4. Pperdue=R×I2P_{perdue} = R \times I^{2}formule littérale
  5. ==12×5000212 \times 5\,000^{2}on remplace
  6. ==3,0×108 W3{,}0 \times 10^{8}\ \mathrm{W}

On perdrait 300 MW300\ \mathrm{MW} pour en transporter 2 MW2\ \mathrm{MW} : c’est évidemment impossible. Les câbles fondraient avant. Élever la tension n’est donc pas un luxe, c’est une nécessité.

Math & Co — Edison, Tesla et la « guerre des courants »

Dans les années 1880, deux visions s’affrontent aux États-Unis. Thomas Edison, inventeur de la lampe à incandescence commerciale, a bâti son réseau new-yorkais sur le courant continu. Mais le continu ne se transporte pas : il faut une centrale tous les deux kilomètres environ.

Nikola Tesla, ingénieur né en Croatie et arrivé aux États-Unis en 1884, travaille d’abord quelques mois pour Edison, puis le quitte. Il dépose des brevets sur un système complet de courant alternatif polyphasé, que rachète l’industriel George Westinghouse. Une campagne de dénigrement très dure oppose alors les deux camps : c’est ce qu’on a appelé la guerre des courants.

L’alternatif l’emporte pour une raison technique simple : le transformateur. En 1893, l’Exposition universelle de Chicago est éclairée par le système alternatif de Westinghouse ; en 1895, la centrale hydroélectrique des chutes du Niagara est équipée en alternatif. Aujourd’hui, la quasi-totalité des réseaux du monde est alternative — et l’unité de champ magnétique porte le nom de tesla.

Fiche mémo

  • Continu : sens et intensité constants, oscillogramme = droite horizontale.
  • Alternatif sinusoïdal : la tension change périodiquement de signe, oscillogramme = sinusoïde.
  • Un alternateur convertit l’énergie mécanique en énergie électrique : un aimant tourne devant une bobine.
  • Sur l’oscilloscope : Umax=nv×U_{max} = n_v \times sensibilité verticale, et T=nh×T = n_h \times base de temps.
  • Fréquence : f=1Tf = \dfrac{1}{T}, avec TT en secondes et ff en Hz\mathrm{Hz}.
  • Réseau : 50 Hz50\ \mathrm{Hz} en Afrique et en Europe, 60 Hz60\ \mathrm{Hz} en Amérique du Nord.
  • Tension efficace : Ueff=Umax2U_{eff} = \dfrac{U_{max}}{\sqrt{2}} ; secteur : 230 V230\ \mathrm{V} efficaces, 325 V325\ \mathrm{V} maximaux.
  • Pertes en ligne : Pperdue=R×I2P_{perdue} = R \times I^{2} — on élève la tension pour abaisser l’intensité.
  • Le transformateur ne fonctionne qu’en alternatif et ne change pas la fréquence.
  • Sécurité : jamais de manipulation d’élève sur le secteur.
Niveau 1 — Application directe
1

Pour chacune de ces sources, indique si la tension délivrée est continue ou alternative, et justifie en une phrase :

  1. la pile plate d’une lampe torche ;
  2. la prise murale d’une salle de classe ;
  3. la dynamo d’un vélo en mouvement ;
  4. la batterie d’un téléphone portable.
Voir le corrigé détaillé
  • 1. Tension continue : une pile possède une borne ++ et une borne - fixes, le courant circule toujours dans le même sens.
  • 2. Tension alternative : la prise est reliée au réseau, alimenté par des alternateurs à 50 Hz50\ \mathrm{Hz}.
  • 3. Tension alternative : la dynamo est un alternateur, un aimant y tourne devant une bobine.
  • 4. Tension continue : une batterie est un accumulateur, elle a elle aussi deux bornes fixes.
2

La période d’une tension alternative vaut T=20 msT = 20\ \mathrm{ms}. Calcule sa fréquence. Réciproquement, calcule la période d’une tension de fréquence f=60 Hzf = 60\ \mathrm{Hz}.

Voir le corrigé détaillé

Première question.

  1. T=20 msT = 20\ \mathrm{ms}
  2. ==0,020 s0{,}020\ \mathrm{s}conversion indispensable
  3. f=1Tf = \dfrac{1}{T}formule littérale
  4. ==10,020\dfrac{1}{0{,}020}on remplace
  5. ==50 Hz50\ \mathrm{Hz}

Seconde question.

  1. T=1fT = \dfrac{1}{f}formule littérale
  2. ==160\dfrac{1}{60}on remplace
  3. \approx0,0167 s0{,}0167\ \mathrm{s}
  4. \approx16,7 ms16{,}7\ \mathrm{ms}conversion en millisecondes
3

Le secteur africain délivre Ueff=230 VU_{eff} = 230\ \mathrm{V} : calcule UmaxU_{max}. Le secteur nord-américain a une tension maximale Umax=170 VU_{max} = 170\ \mathrm{V} : calcule UeffU_{eff}. On prendra 21,414\sqrt{2} \approx 1{,}414.

Voir le corrigé détaillé

Secteur africain.

  1. Umax=Ueff×2U_{max} = U_{eff} \times \sqrt{2}formule littérale
  2. ==230×1,414230 \times 1{,}414on remplace
  3. \approx325 V325\ \mathrm{V}

Secteur nord-américain.

  1. Ueff=Umax2U_{eff} = \dfrac{U_{max}}{\sqrt{2}}formule littérale
  2. ==1701,414\dfrac{170}{1{,}414}on remplace
  3. \approx120 V120\ \mathrm{V}
4

Sur un oscillogramme, la courbe monte à 44 divisions au-dessus de l’axe des temps, et un motif complet occupe 55 divisions en largeur. Les réglages sont : sensibilité verticale 1,5 V/div1{,}5\ \mathrm{V/div}, base de temps 2 ms/div2\ \mathrm{ms/div}. Détermine UmaxU_{max}, TT puis ff.

Voir le corrigé détaillé
  1. Umax=nv×sensibiliteˊ verticaleU_{max} = n_v \times \text{sensibilité verticale}formule littérale
  2. ==4×1,54 \times 1{,}5on remplace
  3. ==6,0 V6{,}0\ \mathrm{V}
  1. T=nh×base de tempsT = n_h \times \text{base de temps}formule littérale
  2. ==5×25 \times 2on remplace
  3. ==10 ms10\ \mathrm{ms}
  4. ==0,010 s0{,}010\ \mathrm{s}conversion
  1. f=1Tf = \dfrac{1}{T}formule littérale
  2. ==10,010\dfrac{1}{0{,}010}on remplace
  3. ==100 Hz100\ \mathrm{Hz}
5

Vrai ou faux ? Justifie chaque réponse.

  1. Dans un alternateur, c’est la bobine qui tourne autour de l’aimant immobile.
  2. Plus l’aimant d’un alternateur tourne vite, plus la fréquence de la tension produite est grande.
  3. Un alternateur crée de l’énergie électrique à partir de rien.
  4. Un transformateur fonctionne aussi bien en continu qu’en alternatif.
Voir le corrigé détaillé
  • 1. Faux (dans le modèle étudié). C’est l’aimant qui tourne — c’est le rotor — devant la bobine fixe, le stator. Certains alternateurs réels font l’inverse, mais le principe physique reste le même : un mouvement relatif entre l’aimant et la bobine.
  • 2. Vrai. Un tour d’aimant correspond à un motif complet : plus il y a de tours par seconde, plus il y a de motifs par seconde, donc plus ff est grande.
  • 3. Faux. Un alternateur convertit de l’énergie mécanique en énergie électrique. Il faut fournir un travail pour le faire tourner : c’est d’ailleurs pour cela qu’une dynamo « freine » le vélo.
  • 4. Faux. Le transformateur ne fonctionne qu’en alternatif : c’est la variation de la tension qui permet le transfert d’une bobine à l’autre.
6

La plaque signalétique d’un ventilateur porte l’inscription : « 230 V 50 Hz230\ \mathrm{V} \sim\ 50\ \mathrm{Hz}45 W45\ \mathrm{W} ». Explique ce que signifie chacune des quatre indications.

Voir le corrigé détaillé
  • 230 V230\ \mathrm{V} : la tension efficace d’alimentation, celle qu’indique un voltmètre. La tension maximale, elle, atteint 325 V325\ \mathrm{V}.
  • \sim : le symbole du courant alternatif. L’appareil doit être branché sur le secteur, pas sur une pile.
  • 50 Hz50\ \mathrm{Hz} : la fréquence du réseau, c’est-à-dire 5050 motifs complets par seconde, soit une période T=20 msT = 20\ \mathrm{ms}.
  • 45 W45\ \mathrm{W} : la puissance électrique consommée, c’est-à-dire l’énergie convertie chaque seconde.
7

Complète le tableau suivant. Détaille chaque calcul.

Période TTFréquence ff
10 ms10\ \mathrm{ms}?
?25 Hz25\ \mathrm{Hz}
0,5 s0{,}5\ \mathrm{s}?
Voir le corrigé détaillé

Première ligne.

  1. T=10 ms=0,010 sT = 10\ \mathrm{ms} = 0{,}010\ \mathrm{s}conversion
  2. f=1Tf = \dfrac{1}{T}
  3. ==10,010\dfrac{1}{0{,}010}
  4. ==100 Hz100\ \mathrm{Hz}

Deuxième ligne.

  1. T=1fT = \dfrac{1}{f}
  2. ==125\dfrac{1}{25}
  3. ==0,04 s0{,}04\ \mathrm{s}
  4. ==40 ms40\ \mathrm{ms}

Troisième ligne.

  1. f=1Tf = \dfrac{1}{T}
  2. ==10,5\dfrac{1}{0{,}5}
  3. ==2 Hz2\ \mathrm{Hz}
Niveau 2 — Approfondissement
8

Un oscilloscope est réglé sur 2,5 V/div2{,}5\ \mathrm{V/div} et 4 ms/div4\ \mathrm{ms/div}. On observe une sinusoïde dont les sommets atteignent 2,42{,}4 divisions et dont un motif complet occupe 55 divisions. Détermine UmaxU_{max}, TT, ff, puis UeffU_{eff}. À quel réseau cette tension pourrait-elle appartenir ?

Voir le corrigé détaillé
  1. Umax=nv×sensibiliteˊ verticaleU_{max} = n_v \times \text{sensibilité verticale}
  2. ==2,4×2,52{,}4 \times 2{,}5
  3. ==6,0 V6{,}0\ \mathrm{V}
  1. T=nh×base de tempsT = n_h \times \text{base de temps}
  2. ==5×45 \times 4
  3. ==20 ms20\ \mathrm{ms}
  4. ==0,020 s0{,}020\ \mathrm{s}
  1. f=1Tf = \dfrac{1}{T}
  2. ==10,020\dfrac{1}{0{,}020}
  3. ==50 Hz50\ \mathrm{Hz}
  1. Ueff=Umax2U_{eff} = \dfrac{U_{max}}{\sqrt{2}}
  2. ==6,01,414\dfrac{6{,}0}{1{,}414}
  3. \approx4,2 V4{,}2\ \mathrm{V}

La fréquence de 50 Hz50\ \mathrm{Hz} est celle du réseau africain et européen. La tension, elle, est bien trop faible : il s’agit sans doute de la sortie basse tension d’un transformateur d’atelier, alimenté par le secteur.

9

Un générateur basse fréquence (GBF) est réglé sur f=250 Hzf = 250\ \mathrm{Hz}. On l’observe à l’oscilloscope avec une base de temps de 1 ms/div1\ \mathrm{ms/div}. Combien de divisions occupe une période ? Combien de périodes complètes voit-on sur les 1010 divisions de l’écran ?

Voir le corrigé détaillé
  1. T=1fT = \dfrac{1}{f}
  2. ==1250\dfrac{1}{250}
  3. ==0,004 s0{,}004\ \mathrm{s}
  4. ==4 ms4\ \mathrm{ms}

Une division vaut 1 ms1\ \mathrm{ms}, donc une période occupe 44 divisions.

  1. n=largeur de l’eˊcranlargeur d’une peˊrioden = \dfrac{\text{largeur de l’écran}}{\text{largeur d’une période}}
  2. ==104\dfrac{10}{4}
  3. ==2,52{,}5

On voit donc deux périodes et demie sur l’écran : un réglage confortable pour la lecture.

10

Compare le réseau africain (50 Hz50\ \mathrm{Hz}) et le réseau nord-américain (60 Hz60\ \mathrm{Hz}). Pour chacun : calcule la période, puis le nombre de fois où la tension s’annule en une seconde.

Voir le corrigé détaillé

Réseau à 50 Hz50\ \mathrm{Hz}.

  1. T=1fT = \dfrac{1}{f}
  2. ==150\dfrac{1}{50}
  3. ==0,020 s0{,}020\ \mathrm{s}

Réseau à 60 Hz60\ \mathrm{Hz}.

  1. T=1fT = \dfrac{1}{f}
  2. ==160\dfrac{1}{60}
  3. \approx0,0167 s0{,}0167\ \mathrm{s}

Sur une sinusoïde, la tension s’annule deux fois par période : une fois en descendant, une fois en remontant.

  1. à 50 Hz50\ \mathrm{Hz} : 2×50=1002 \times 50 = 100 annulations par seconde
  2. à 60 Hz60\ \mathrm{Hz} : 2×60=1202 \times 60 = 120 annulations par seconde

C’est pourquoi une lampe à filament alimentée en 50 Hz50\ \mathrm{Hz} « scintille » 100100 fois par seconde — bien trop vite pour l’œil.

11

Dans un alternateur simple, un aimant à deux pôles produit un motif complet de tension à chaque tour. Un groupe électrogène entraîne son alternateur à 30003\,000 tours par minute. Quelle est la fréquence de la tension produite ? À quelle vitesse faudrait-il le faire tourner pour obtenir 60 Hz60\ \mathrm{Hz} ?

Voir le corrigé détaillé

Première question. On convertit d’abord la vitesse en tours par seconde.

  1. n=300060n = \dfrac{3\,000}{60}il y a 6060 secondes dans une minute
  2. ==5050 tours par seconde

Un tour donne un motif : la fréquence vaut donc f=50 Hzf = 50\ \mathrm{Hz}. C’est exactement la vitesse de rotation des alternateurs du réseau africain et européen.

Seconde question.

  1. n=60n = 60 tours par secondepour obtenir 60 Hz60\ \mathrm{Hz}
  2. N=n×60N = n \times 60
  3. ==60×6060 \times 60
  4. ==36003\,600 tours par minute
12

Un composant électronique porte l’indication « tension maximale supportée : 400 V400\ \mathrm{V} ». Peut-on le brancher sur un réseau de 230 V230\ \mathrm{V} efficaces ? Et sur un réseau industriel de 380 V380\ \mathrm{V} efficaces ?

Voir le corrigé détaillé

Attention : la valeur à comparer est la tension maximale, pas la tension efficace.

Réseau à 230 V230\ \mathrm{V} efficaces.

  1. Umax=Ueff×2U_{max} = U_{eff} \times \sqrt{2}
  2. ==230×1,414230 \times 1{,}414
  3. \approx325 V325\ \mathrm{V}

325 V<400 V325\ \mathrm{V} < 400\ \mathrm{V} : le branchement est possible.

Réseau à 380 V380\ \mathrm{V} efficaces.

  1. Umax=Ueff×2U_{max} = U_{eff} \times \sqrt{2}
  2. ==380×1,414380 \times 1{,}414
  3. \approx537 V537\ \mathrm{V}

537 V>400 V537\ \mathrm{V} > 400\ \mathrm{V} : le composant serait détruit. Le branchement est interdit.

13

Une ligne transporte une puissance P=1,2 MWP = 1{,}2\ \mathrm{MW}. Calcule l’intensité du courant si la tension vaut 20000 V20\,000\ \mathrm{V}, puis si elle vaut 400000 V400\,000\ \mathrm{V}. Par combien les pertes par effet Joule sont-elles divisées quand on passe de la première à la seconde ?

Voir le corrigé détaillé

Sous 20000 V20\,000\ \mathrm{V}.

  1. I=PUI = \dfrac{P}{U}
  2. ==1,2×10620000\dfrac{1{,}2 \times 10^{6}}{20\,000}
  3. ==60 A60\ \mathrm{A}

Sous 400000 V400\,000\ \mathrm{V}.

  1. I=PUI = \dfrac{P}{U}
  2. ==1,2×106400000\dfrac{1{,}2 \times 10^{6}}{400\,000}
  3. ==3 A3\ \mathrm{A}

L’intensité est divisée par 2020. Or les pertes valent R×I2R \times I^{2} :

  1. les pertes sont divisées par 20220^{2}
  2. ==400400

Multiplier la tension par 2020 divise donc les pertes par 400400 : voilà tout l’intérêt du transformateur élévateur.

Niveau 3 — Défi
14

Sur un écran de 1010 divisions de large, on compte exactement 2,52{,}5 motifs complets. La base de temps est réglée sur 2 ms/div2\ \mathrm{ms/div}. Détermine la période et la fréquence de la tension observée. Quel réglage de base de temps faudrait-il choisir pour n’en voir qu’un seul motif occupant toute la largeur ?

Voir le corrigé détaillé

La largeur totale de l’écran représente une durée Δt\Delta t :

  1. Δt=10×2\Delta t = 10 \times 2
  2. ==20 ms20\ \mathrm{ms}

Cette durée contient 2,52{,}5 périodes.

  1. T=Δt2,5T = \dfrac{\Delta t}{2{,}5}
  2. ==202,5\dfrac{20}{2{,}5}
  3. ==8 ms8\ \mathrm{ms}
  4. ==0,008 s0{,}008\ \mathrm{s}
  1. f=1Tf = \dfrac{1}{T}
  2. ==10,008\dfrac{1}{0{,}008}
  3. ==125 Hz125\ \mathrm{Hz}

Pour qu’un seul motif remplisse les 1010 divisions, il faut que 1010 divisions représentent 8 ms8\ \mathrm{ms} :

  1. base de temps=810\text{base de temps} = \dfrac{8}{10}
  2. ==0,8 ms/div0{,}8\ \mathrm{ms/div}

On choisirait donc le calibre disponible le plus proche, par exemple 1 ms/div1\ \mathrm{ms/div}.

15

Une lampe à filament est alimentée par le secteur à 50 Hz50\ \mathrm{Hz}. Sa lumière dépend de la valeur absolue de la tension : elle est donc minimale chaque fois que la tension s’annule. Combien de fois par seconde l’éclat de la lampe passe-t-il par un minimum ? Quelle durée sépare deux minima ? Pourquoi l’œil ne voit-il pas ce clignotement ?

Voir le corrigé détaillé

La tension s’annule deux fois par période : une fois en passant du positif au négatif, une fois en revenant.

  1. N=2×fN = 2 \times f
  2. ==2×502 \times 50
  3. ==100100 minima par seconde

La durée séparant deux minima est donc la moitié d’une période :

  1. Δt=T2\Delta t = \dfrac{T}{2}
  2. ==202\dfrac{20}{2}
  3. ==10 ms10\ \mathrm{ms}

Deux raisons expliquent qu’on ne le voie pas. D’abord, l’œil et le cerveau ne distinguent pas deux images séparées de moins de 50 ms50\ \mathrm{ms} environ : à 10 ms10\ \mathrm{ms} d’écart, tout se fond en une sensation continue. Ensuite, le filament, très chaud, n’a pas le temps de refroidir en 10 ms10\ \mathrm{ms} : son inertie thermique lisse la lumière émise.

16

Une ligne de 10 Ω10\ \Omega de résistance doit transporter P=100 MWP = 100\ \mathrm{MW}, soit 1,0×108 W1{,}0 \times 10^{8}\ \mathrm{W}.

  1. Calcule l’intensité et les pertes sous 400000 V400\,000\ \mathrm{V}, puis le pourcentage de puissance perdue.
  2. Montre qu’un transport sous 20000 V20\,000\ \mathrm{V} serait impossible.
  3. Quelle tension minimale faudrait-il pour que les pertes restent inférieures à 1 %1\ \% ?
Voir le corrigé détaillé

1. Sous 400000 V400\,000\ \mathrm{V}.

  1. I=PUI = \dfrac{P}{U}
  2. ==1,0×1084,0×105\dfrac{1{,}0 \times 10^{8}}{4{,}0 \times 10^{5}}
  3. ==250 A250\ \mathrm{A}
  4. Pperdue=R×I2P_{perdue} = R \times I^{2}
  5. ==10×250210 \times 250^{2}
  6. ==625000 W625\,000\ \mathrm{W}
  1. pourcentage=6250001,0×108×100\text{pourcentage} = \dfrac{625\,000}{1{,}0 \times 10^{8}} \times 100
  2. ==0,625 %0{,}625\ \%

2. Sous 20000 V20\,000\ \mathrm{V}.

  1. I=PUI = \dfrac{P}{U}
  2. ==1,0×1082,0×104\dfrac{1{,}0 \times 10^{8}}{2{,}0 \times 10^{4}}
  3. ==5000 A5\,000\ \mathrm{A}
  4. Pperdue=R×I2P_{perdue} = R \times I^{2}
  5. ==10×5000210 \times 5\,000^{2}
  6. ==2,5×108 W2{,}5 \times 10^{8}\ \mathrm{W}

On perdrait 250 MW250\ \mathrm{MW} pour en transporter 100100 : c’est absurde, la ligne ne peut pas dissiper plus que ce qu’elle reçoit. En réalité, les câbles fondraient bien avant. Le transport sous 20000 V20\,000\ \mathrm{V} est donc impossible.

3. Condition sur les pertes. On veut Pperdue<1 %P_{perdue} < 1\ \% de PP, soit moins de 1,0×106 W1{,}0 \times 10^{6}\ \mathrm{W}.

  1. 10×I2<1,0×10610 \times I^{2} < 1{,}0 \times 10^{6}
  2. \RightarrowI2<1,0×105I^{2} < 1{,}0 \times 10^{5}
  3. \RightarrowI<316 AI < 316\ \mathrm{A}racine carrée
  1. U=PIU = \dfrac{P}{I}
  2. ==1,0×108316\dfrac{1{,}0 \times 10^{8}}{316}
  3. \approx3,2×105 V3{,}2 \times 10^{5}\ \mathrm{V}

Il faut donc au moins 320000 V320\,000\ \mathrm{V} environ. On comprend pourquoi les grandes lignes sont exploitées à 400000 V400\,000\ \mathrm{V}.

Niveau 4 — Problèmes de vie courante
17

Le groupe électrogène d’Amina (Ndjamena). Amina tient une boutique d’alimentation au quartier Moursal. Les coupures étant fréquentes, elle achète un groupe électrogène dont la plaque indique : « 230 V 50 Hz230\ \mathrm{V} \sim\ 50\ \mathrm{Hz}3,0 kW3{,}0\ \mathrm{kW} ».

  1. Que signifient le symbole \sim et l’indication 230 V230\ \mathrm{V} ?
  2. Calcule la tension maximale délivrée par ce groupe.
  3. Calcule la période de la tension produite.
  4. Amina branche un oscilloscope réglé sur 100 V/div100\ \mathrm{V/div} et 5 ms/div5\ \mathrm{ms/div}. Combien de divisions atteindront les sommets ? Combien de divisions occupera une période ?
  5. Elle veut alimenter en même temps 33 lampes de 60 W60\ \mathrm{W}, un ventilateur de 75 W75\ \mathrm{W} et un réfrigérateur de 250 W250\ \mathrm{W}. Le groupe suffira-t-il ? Quelle intensité circulera alors ?
Voir le corrigé détaillé

1. Le symbole \sim signifie que la tension délivrée est alternative. L’indication 230 V230\ \mathrm{V} est la tension efficace, c’est-à-dire la valeur que lirait un voltmètre : ce n’est pas la valeur maximale atteinte.

2. Tension maximale :

  1. Umax=Ueff×2U_{max} = U_{eff} \times \sqrt{2}
  2. ==230×1,414230 \times 1{,}414
  3. \approx325 V325\ \mathrm{V}

3. Période :

  1. T=1fT = \dfrac{1}{f}
  2. ==150\dfrac{1}{50}
  3. ==0,020 s0{,}020\ \mathrm{s}
  4. ==20 ms20\ \mathrm{ms}

4. Nombre de divisions en hauteur :

  1. nv=Umaxsensibiliteˊ verticalen_v = \dfrac{U_{max}}{\text{sensibilité verticale}}
  2. ==325100\dfrac{325}{100}
  3. ==3,253{,}25 divisions

Nombre de divisions en largeur :

  1. nh=Tbase de tempsn_h = \dfrac{T}{\text{base de temps}}
  2. ==205\dfrac{20}{5}
  3. ==44 divisions

L’écran ayant 88 divisions en hauteur, la sinusoïde tiendra tout juste : elle occupera 3,253{,}25 divisions au-dessus et 3,253{,}25 en dessous de l’axe.

5. Puissance totale demandée :

  1. P=3×60+75+250P = 3 \times 60 + 75 + 250
  2. ==180+75+250180 + 75 + 250
  3. ==505 W505\ \mathrm{W}

505 W505\ \mathrm{W} est bien inférieur à 3000 W3\,000\ \mathrm{W} : le groupe suffit largement. Intensité correspondante :

  1. I=PUI = \dfrac{P}{U}
  2. ==505230\dfrac{505}{230}
  3. \approx2,2 A2{,}2\ \mathrm{A}

Amina devra toutefois se méfier du démarrage du réfrigérateur, qui appelle brièvement une puissance bien supérieure à sa puissance nominale.

18

Le rasoir d’Ousmane (Dakar). Ousmane rentre d’un séjour d’études à Montréal avec un rasoir électrique dont la plaque porte : « 120 V 60 Hz120\ \mathrm{V} \sim\ 60\ \mathrm{Hz} ». À Dakar, le secteur délivre 230 V 50 Hz230\ \mathrm{V} \sim\ 50\ \mathrm{Hz}.

  1. Calcule la période du secteur canadien, puis celle du secteur sénégalais.
  2. Calcule la tension maximale du secteur canadien, puis celle du secteur sénégalais.
  3. Ousmane branche son rasoir directement sur une prise de sa chambre. Que va-t-il se passer ? Justifie par un rapport de tensions.
  4. Il achète un transformateur 230 V120 V230\ \mathrm{V} \to 120\ \mathrm{V}. Ce transformateur corrige-t-il aussi la fréquence ?
Voir le corrigé détaillé

1. Périodes. Secteur canadien :

  1. T=1fT = \dfrac{1}{f}
  2. ==160\dfrac{1}{60}
  3. \approx0,0167 s0{,}0167\ \mathrm{s}
  4. \approx16,7 ms16{,}7\ \mathrm{ms}

Secteur sénégalais :

  1. T=1fT = \dfrac{1}{f}
  2. ==150\dfrac{1}{50}
  3. ==0,020 s0{,}020\ \mathrm{s}
  4. ==20 ms20\ \mathrm{ms}

2. Tensions maximales. Secteur canadien :

  1. Umax=Ueff×2U_{max} = U_{eff} \times \sqrt{2}
  2. ==120×1,414120 \times 1{,}414
  3. \approx170 V170\ \mathrm{V}

Secteur sénégalais :

  1. Umax=Ueff×2U_{max} = U_{eff} \times \sqrt{2}
  2. ==230×1,414230 \times 1{,}414
  3. \approx325 V325\ \mathrm{V}

3. Comparons les deux tensions efficaces :

  1. 230120\dfrac{230}{120}
  2. \approx1,91{,}9

Le rasoir recevrait une tension presque deux fois trop grande. La puissance dissipée dans son moteur serait environ quatre fois trop grande : le bobinage chaufferait très vite et le rasoir serait détruit, avec un risque d’incendie. Ousmane ne doit surtout pas le brancher directement.

4. Non. Un transformateur modifie la valeur d’une tension alternative, mais jamais sa fréquence : le rasoir recevra bien 120 V120\ \mathrm{V}, mais à 50 Hz50\ \mathrm{Hz} au lieu de 60 Hz60\ \mathrm{Hz}. Son petit moteur tournera donc environ 5060\dfrac{50}{60}, soit 83 %83\ \% de sa vitesse prévue. Il fonctionnera, un peu plus lentement et un peu plus chaud.

19

La ligne de Koffi (Côte d’Ivoire). Koffi est technicien à la compagnie d’électricité d’Abidjan. Une petite centrale hydroélectrique produit P=800 kWP = 800\ \mathrm{kW} et doit alimenter un village situé à 25 km25\ \mathrm{km}. La ligne qui les relie a une résistance totale R=15 ΩR = 15\ \Omega.

  1. Calcule l’intensité et les pertes en ligne si l’on transporte directement sous 400 V400\ \mathrm{V}. Conclus.
  2. On installe un transformateur élévateur qui porte la tension à 20000 V20\,000\ \mathrm{V}. Recalcule l’intensité et les pertes, puis exprime-les en pourcentage de la puissance produite.
  3. Par combien les pertes ont-elles été divisées ? Rapproche ce nombre du rapport des tensions.
  4. Pourquoi cette solution serait-elle impossible si la centrale produisait du courant continu ?
Voir le corrigé détaillé

1. Transport direct sous 400 V400\ \mathrm{V}.

  1. I=PUI = \dfrac{P}{U}
  2. ==800000400\dfrac{800\,000}{400}
  3. ==2000 A2\,000\ \mathrm{A}
  4. Pperdue=R×I2P_{perdue} = R \times I^{2}
  5. ==15×2000215 \times 2\,000^{2}
  6. ==6,0×107 W6{,}0 \times 10^{7}\ \mathrm{W}

Il faudrait perdre 60 MW60\ \mathrm{MW} pour en transporter 0,80{,}8 : c’est impossible. Les câbles fondraient immédiatement.

2. Transport sous 20000 V20\,000\ \mathrm{V}.

  1. I=PUI = \dfrac{P}{U}
  2. ==80000020000\dfrac{800\,000}{20\,000}
  3. ==40 A40\ \mathrm{A}
  4. Pperdue=R×I2P_{perdue} = R \times I^{2}
  5. ==15×40215 \times 40^{2}
  6. ==24000 W24\,000\ \mathrm{W}

Soit 24 kW24\ \mathrm{kW} perdus. En pourcentage :

  1. 24000800000×100\dfrac{24\,000}{800\,000} \times 100
  2. ==3 %3\ \%

Trois pour cent de pertes : la ligne est parfaitement exploitable.

3. Rapport des pertes.

  1. 6,0×10724000\dfrac{6{,}0 \times 10^{7}}{24\,000}
  2. ==25002\,500

Les pertes ont été divisées par 25002\,500. Or le rapport des tensions vaut :

  1. 20000400\dfrac{20\,000}{400}
  2. ==5050
  3. 50250^{2}
  4. ==25002\,500

On retrouve bien le carré du rapport des tensions : c’est la conséquence directe de la formule Pperdue=R×I2P_{perdue} = R \times I^{2}.

4. Parce que le transformateur ne fonctionne qu’en alternatif. Il repose sur la variation permanente de la tension d’entrée : avec une tension continue, rien ne varie et aucune tension n’apparaît à la sortie. Sans possibilité d’élever la tension, un réseau continu obligerait à multiplier les petites centrales à proximité des villages — c’est précisément l’argument qui a fait perdre à Edison la « guerre des courants ».

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