Depuis la classe de Première, tu décris la lumière comme une onde électromagnétique : elle se diffracte, elle interfère, elle se polarise. Ce modèle explique à merveille sa propagation et ses couleurs. Et pourtant, au tout début du XXe siècle, une expérience toute simple — éclairer une plaque de métal et regarder si des électrons en sortent — met ce modèle en échec total. Pour comprendre ce qui se passe, il faut admettre que la lumière transporte son énergie par petits paquets indivisibles, les photons. C'est cette révolution, la physique quantique, que tu abordes dans ce dernier grand chapitre de ta Terminale.
Tu la côtoies chaque jour sans le savoir. Les panneaux solaires qui se multiplient au Sahel convertissent la lumière en électricité grâce à un effet photoélectrique. Les lampes à vapeur de sodium qui éclairent d'une lumière orangée les avenues de Dakar, ou les lampes à mercure plus blanches, n'émettent pas n'importe quelle couleur : elles obéissent à la structure interne, quantifiée, de leurs atomes. Un laser de lecteur de code-barres, un bistouri chirurgical, une liaison internet par fibre optique reposent sur le même principe. Et lorsqu'un astrophysicien affirme qu'une étoile, à des années-lumière, contient de l'hydrogène, c'est en lisant dans sa lumière la signature de ces mêmes niveaux d'énergie.
Ce qui change par rapport à tout ce que tu as étudié jusqu'ici : l'énergie n'est plus une grandeur continue, réglable à volonté. À l'échelle de l'atome, elle est quantifiée — elle ne peut prendre que certaines valeurs précises, comme les marches d'un escalier plutôt que la pente d'une rampe. Tu vas apprendre à exploiter la relation , à lire et interpréter un diagramme de niveaux d'énergie, et à expliquer pourquoi chaque élément chimique signe son passage par un spectre de raies qui lui est propre.
Comme toujours, rien ne tombera du ciel : chaque formule sera établie, chaque résultat numérique vérifié avec les unités du Système international. C'est un chapitre dense, très présent au baccalauréat — accroche-toi, il en vaut la peine.
1Effet photoélectrique
1.1 Découverte et description du phénomène
En 1887, l'Allemand Heinrich Hertz teste ses montages produisant des ondes électromagnétiques lorsqu'il remarque, presque par accident, qu'un éclairage ultraviolet facilite le déclenchement d'une étincelle entre deux électrodes. Ce phénomène est étudié plus systématiquement par Philipp Lenard à partir de 1899 : on l'appelle effet photoélectrique.
L'effet photoélectrique est l'émission d'électrons par un matériau — le plus souvent un métal — lorsqu'il est éclairé par une radiation électromagnétique de fréquence suffisamment élevée. Les électrons arrachés sont des photoélectrons.
Le montage d'étude comporte une cellule photoémissive : une ampoule sous vide poussé contenant deux électrodes, la cathode (le métal étudié, éclairé) et l'anode, reliées à un générateur de tension réglable et à un ampèremètre qui mesure le courant photoélectrique .
1.2 Trois résultats que le modèle ondulatoire ne peut pas expliquer
Dans le modèle ondulatoire, la lumière transporte une énergie répartie continûment sur le front d'onde ; plus l'intensité est grande, plus l'énergie apportée à chaque électron devrait être grande, quelle que soit la couleur. Or l'expérience livre trois résultats que ce modèle ne peut absolument pas expliquer.
- Existence d'un seuil de fréquence : pour un métal donné, aucun électron n'est émis si la fréquence de la lumière incidente est inférieure à une valeur seuil , caractéristique du métal — et cela quelle que soit l'intensité lumineuse, même énorme.
- Instantanéité : dès que , l'émission des photoélectrons commence sans délai mesurable, même avec une lumière extrêmement faible.
- Énergie cinétique indépendante de l'intensité : l'énergie cinétique maximale des photoélectrons ne dépend que de la fréquence , jamais de l'intensité lumineuse. Augmenter l'intensité augmente uniquement le nombre d'électrons arrachés par seconde, donc le courant , pas leur vitesse.
Piège classique du bac : ne confonds jamais intensité lumineuse (nombre de photons reçus par seconde) et fréquence (énergie de chaque photon). Une lumière rouge très intense — beaucoup de photons peu énergétiques — peut n'arracher aucun électron à un métal dont le seuil se situe dans le bleu, alors qu'une lumière bleue très faible — peu de photons, mais assez énergétiques chacun — en arrachera instantanément.
Heinrich Hertz, en 1887, cherche seulement à vérifier expérimentalement les ondes électromagnétiques prévues par Maxwell. Il remarque qu'un éclairage ultraviolet de ses électrodes facilite le passage de l'étincelle — mais ne poursuit pas cette piste. C'est Philipp Lenard, entre 1899 et 1902, qui isole soigneusement le phénomène et établit ses trois lois expérimentales, sans parvenir à les expliquer avec la théorie ondulatoire classique. Lenard reçoit le prix Nobel de physique en 1905 pour ces travaux — la même année où un obscur employé de bureau des brevets, à Berne, publie l'explication qui manquait.
Une plaque de zinc, de fréquence seuil , est éclairée successivement par une lampe UV () puis par une lampe verte très puissante ().
- seuil franchi
- effet photoélectrique observé, quelle que soit la puissance de la lampe UV
- seuil non atteint
- aucun électron arraché, même en augmentant fortement la puissance de la lampe verte
On double l'intensité lumineuse d'une lampe violette qui provoque déjà l'effet photoélectrique sur une cellule au césium. Que deviennent le courant et l'énergie cinétique maximale des photoélectrons ?
Doubler l'intensité double le nombre de photons reçus par seconde, donc double le nombre d'électrons arrachés par seconde : le courant double, . La fréquence de la lumière, elle, n'a pas changé : reste strictement inchangée.
Comment expliquer un seuil aussi net, une réponse aussi instantanée ? La solution ne viendra pas d'un perfectionnement du modèle ondulatoire, mais de son abandon partiel — et elle vient, contre toute attente, d'un tout autre problème de physique.
2Photon et relation
2.1 L'hypothèse des quanta (Planck, 1900)
Les trois résultats du paragraphe précédent restent incompréhensibles tant que l'on s'obstine à voir la lumière comme une onde continue. La clé vient, en réalité, d'un problème tout différent : celui du rayonnement émis par un corps chauffé (le corps noir). Pour en rendre compte, Max Planck est contraint, en décembre 1900, de supposer que les échanges d'énergie entre matière et rayonnement ne se font pas continûment, mais par paquets, des quanta d'énergie , où est une nouvelle constante fondamentale.
Max Planck qualifiera lui-même, bien plus tard, son hypothèse des quanta d'« acte de désespoir » : professeur rigoureusement classique, il ne cherchait au départ qu'une formule ajustant les données expérimentales du rayonnement du corps noir, sans croire à une signification physique réelle pour ce grain d'énergie . Présentée le 14 décembre 1900 devant la Société allemande de physique à Berlin, cette date est aujourd'hui considérée comme celle de la naissance de la physique quantique. Planck reçoit le prix Nobel de physique en 1918.
C'est Albert Einstein qui, en 1905, franchit le pas que Planck refusait de franchir : il propose que la lumière elle-même, et pas seulement les échanges d'énergie, est constituée de grains bien réels — les photons. Cette hypothèse audacieuse explique d'un seul coup les trois lois de l'effet photoélectrique.
2.2 Le photon d'Einstein : énergie et quantité de mouvement
Le photon est le grain, ou quantum, d'énergie lumineuse : le plus petit « paquet » d'énergie que peut transporter une radiation électromagnétique de fréquence donnée. Un faisceau lumineux est un flux de photons.
Pour une radiation de fréquence et de longueur d'onde dans le vide (), un photon transporte :
avec (constante de Planck) et . L'énergie s'exprime en joules ; à l'échelle atomique on utilise plutôt l'électron-volt : .
En combinant , et la conversion en eV : . Si est exprimée en nanomètres :
C'est le calcul le plus fréquent de ce chapitre : entraîne-toi à le refaire de tête.
Un pointeur laser vert émet à . Calculer l'énergie puis la quantité de mouvement d'un photon émis.
- astuce
- soit
Comparer l'énergie d'un photon X () à celle d'un photon de lumière rouge ().
- un photon X est des milliers de fois plus énergétique
2.3 Généralisation : la dualité onde-corpuscule (de Broglie, 1924)
Selon Louis de Broglie (1924), toute particule de matière de masse animée d'une vitesse est associée à une onde de matière de longueur d'onde :
C'est l'exacte généralisation, à toute particule, de la relation du photon.
Cette hypothèse, d'abord purement théorique, est confirmée expérimentalement en 1927 par Clinton Davisson et Lester Germer : un faisceau d'électrons envoyé sur un cristal de nickel produit des figures de diffraction, exactement comme une onde lumineuse sur un réseau. Cette propriété ondulatoire des électrons est exploitée dans le microscope électronique : leur longueur d'onde, bien plus petite que celle de la lumière visible, offre un pouvoir de résolution considérablement amélioré.
Dans un microscope électronique, des électrons initialement immobiles sont accélérés par une tension . Calculer leur longueur d'onde de de Broglie (, ).
- énergie cinétique acquise dans le champ accélérateur
Cette longueur d'onde est environ fois plus petite que celle de la lumière visible () : voilà pourquoi un microscope électronique distingue des détails invisibles en optique classique.
La relation permet de classer tout le spectre électromagnétique par énergie de photon croissante :
| Domaine | Longueur d'onde | Énergie d'un photon |
|---|---|---|
| Ondes radio | ||
| Micro-ondes | ||
| Infrarouge | ||
| Visible | ||
| Ultraviolet | ||
| Rayons X | ||
| Rayons |
Photon et onde de matière en poche, tu es prêt à revenir à l'effet photoélectrique pour l'expliquer entièrement, chiffres à l'appui.
3Travail d'extraction et seuil
3.1 L'interprétation d'Einstein
Einstein postule qu'un photon cède toute son énergie à un unique électron — jamais une fraction. Une partie sert à l'arracher du métal ; le reste devient son énergie cinétique.
Le travail d'extraction d'un métal est l'énergie minimale pour arracher un électron sans lui laisser de vitesse ; il dépend uniquement du métal.
On applique la conservation de l'énergie à l'électron le plus faiblement lié — celui qui donnera les photoélectrons les plus rapides.
- énergie reçue un photon, un électron : postulat d'Einstein
- cette énergie se répartit en (extraction) et (énergie cinétique restante)
Cette égalité retrouve aussitôt les trois lois du paragraphe 1.2 : seuil (il faut ), instantanéité (un seul choc photon-électron), et indépendante de l'intensité, puisqu'elle ne dépend que de . C.Q.F.D.
3.2 Fréquence seuil et potentiel d'arrêt
Le seuil correspond à :
Pour , la relation d'Einstein donnerait : impossible, donc aucune émission.
Travail d'extraction du césium : . Calculer et .
- jaune-orangé : sensible à presque tout le visible
On ne mesure pas directement, mais le potentiel d'arrêt : la tension de freinage annulant le courant . Il vérifie , soit :
Piège : en électron-volts donne en volts de même valeur numérique — définition de l'eV. Ne recopie pas cette égalité si est en joules !
Tracer en fonction de donne une droite — la droite d'Einstein — de pente et d'ordonnée à l'origine : un formidable moyen de mesurer expérimentalement.
Sur la figure 2, un point donne et . Retrouver puis .
- relation d'Einstein réarrangée
- conforme à la valeur du césium
- même valeur numérique qu'en eV
3.3 L'expérience de Millikan
Robert Millikan juge d'abord « téméraire » l'hypothèse du photon. Entre 1914 et 1916, il construit un dispositif d'une précision inédite pour la mettre en défaut — et obtient le résultat inverse : sa droite est parfaitement linéaire, de pente conforme à celle de Planck à près. Einstein reçoit le Nobel 1921 « pour ses travaux sur l'effet photoélectrique » — pas la relativité ! Millikan reçoit le sien en 1923.
3.4 Applications : cellules photoémissive et photovoltaïque
La cellule photoémissive de la figure 1 a longtemps servi de capteur avant d'être supplantée par les semi-conducteurs. La cellule photovoltaïque exploite un effet photoélectrique « interne » dans un semi-conducteur comme le silicium : un photon y arrache un électron sans qu'il quitte le matériau, créant un courant — principe des panneaux solaires du Sahel. Le silicium a une énergie de seuil :
- tout le visible solaire, et une partie de l'IR proche, produit donc du courant
4Niveaux d'énergie de l'atome
4.1 Quantification de l'énergie de l'atome
À l'échelle macroscopique, l'énergie d'un système lié peut prendre n'importe quelle valeur. Il n'en va pas de même pour l'atome : la spectroscopie y révèle un ensemble discret de valeurs.
L'énergie d'un atome est quantifiée : elle ne prend qu'un ensemble discret de valeurs , les niveaux d'énergie, repérés par l'entier (nombre quantique principal). est l'état fondamental ; les (), des états excités. Par convention, l'électron infiniment éloigné et immobile a une énergie nulle : tout niveau lié est donc négatif — l'électron est lié ; plus est grand, moins il l'est.
4.2 L'atome d'hydrogène : la formule de Bohr
Pour l'atome d'hydrogène (établie section 6) :
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | ||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| (eV) |
L'énergie d'ionisation depuis est l'énergie minimale pour amener l'électron jusqu'à :
Depuis le fondamental, ; depuis , seulement : un atome déjà excité s'ionise plus facilement.
4.3 Transitions : absorption et émission d'un photon
Un atome change de niveau en échangeant un photon d'énergie : il monte en absorbant, descend en émettant.
Piège fréquent : en absorption, = arrivée moins départ, toujours positif. En émission, prends .
a) Un atome d'hydrogène en absorbe un photon et passe en .
- visible, bleu-violet
b) Un atome excité en se désexcite vers l'état fondamental.
- UV : raie de la série de Lyman
4.4 Diagramme des niveaux et des séries de transitions
Les transitions aboutissant à un même niveau bas forment une série, du nom de son découvreur : Lyman (, UV), Balmer (, en partie visible), Paschen (, IR).
5Spectres d'émission et d'absorption
5.1 Spectres de raies : origine et définitions
Un spectre d'émission est l'ensemble des radiations émises par une source ; un spectre d'absorption, celles absorbées par une substance traversée de lumière blanche. Des radiations en nombre discret forment un spectre de raies, propre à chaque élément.
5.2 Démonstration de la formule de Balmer-Rydberg
Soit une transition avec : le photon échangé vérifie .
Ce facteur, indépendant de et , est la constante de Rydberg :
- très bon accord avec la valeur mesurée
D'où la formule de Balmer-Rydberg :
C.Q.F.D. L'écart avec la valeur mesurée vient des arrondis sur , , . En pratique, on repart directement de eV puis .
5.3 Les séries spectrales de l'hydrogène
| Série | Transition | Domaine | ||
|---|---|---|---|---|
| Lyman | 1 | UV | ||
| Balmer | 2 | rouge | ||
| Balmer | 2 | bleu-vert | ||
| Balmer | 2 | bleu | ||
| Balmer | 2 | violet | ||
| Paschen | 3 | IR |
a) de Balmer () :
- rouge, proche de la valeur tabulée
b) première raie de Lyman () :
- UV lointain, absorbé par l'atmosphère
5.4 Applications : analyse spectrale des étoiles et lampes spectrales
Le même principe permet l'analyse spectrale des étoiles : le cœur chaud d'une étoile émet un spectre continu, qui traverse ensuite les couches plus froides de son atmosphère. Ces atomes y absorbent exactement les longueurs d'onde qu'ils seraient capables d'émettre, creusant des raies sombres dans le spectre continu. En comparant leur position à celles de l'hydrogène connues en laboratoire, les astrophysiciens déterminent la composition d'astres situés à des années-lumière.
Plus près de nous, les lampes des avenues de Dakar illustrent la même physique. Les lampes à vapeur de sodium émettent une lumière quasi monochromatique sur le doublet jaune-orangé du sodium (, ). Les lampes à vapeur de mercure émettent plusieurs raies dans le visible (violet , bleu , vert …), d'où une lumière blanc-bleuté différente.
Reste à comprendre d'où sort la formule : c'est l'objet du modèle de Bohr, section suivante.
6Modèle de Bohr
6.1 Une catastrophe classique
En 1911, Rutherford propose un atome « planétaire » : un noyau minuscule, des électrons en orbite. Problème : en électromagnétisme classique, toute charge accélérée rayonne de l'énergie. Un électron en orbite circulaire devrait donc perdre continûment de l'énergie, spiraler vers le noyau et s'y écraser en . Aucun atome ne devrait exister plus d'un clin d'œil.
Travaillant dans le laboratoire de Rutherford à Manchester, le Danois Niels Bohr publie en 1913 un modèle qui tranche avec la physique classique : certaines orbites, dites stationnaires, échappent à la règle du rayonnement. Rien ne le justifie sinon l'accord avec les raies spectrales observées. Onze ans plus tard, en 1924, le Français Louis de Broglie proposera, dans sa thèse, une image qui rend ce postulat intuitif (§6.4). Bohr reçoit le Nobel en 1922, de Broglie en 1929.
6.2 Les postulats de Bohr
1. L'électron décrit une orbite circulaire stationnaire autour du noyau, sans rayonner. 2. Seules sont permises les orbites où le moment cinétique est quantifié :
6.3 Démonstration : calcul de et
L'attraction coulombienne noyau-électron joue le rôle de force centripète :
- Coulomb = centripète
Le postulat de quantification donne . En reportant :
- : rayon de Bohr
L'énergie mécanique vaut ; or d'après la première relation :
Numériquement, avec , , , :
- valeur mesurée :
On retrouve exactement , annoncée section 4. C.Q.F.D.
Calculer et pour l'hydrogène.
- , car et
Comparer à la vitesse de la lumière.
- moins de de : les effets relativistes restent négligeables
6.4 Justification a posteriori : l'onde de de Broglie
Le postulat de quantification paraît arbitraire — jusqu'à ce que de Broglie propose d'associer à l'électron une onde de longueur . Une orbite n'est stable que si cette onde s'y referme sur elle-même sans se détruire par interférence : sa circonférence doit contenir un nombre entier de longueurs d'onde.
- onde stationnaire sur l'orbite
- exactement le postulat de Bohr !
L'électron n'est donc pas une simple bille en orbite : c'est une onde qui doit « boucler » sur elle-même — une image qui rend la quantification presque évidente.
6.5 Limites du modèle
Le modèle de Bohr ne fonctionne rigoureusement que pour l'hydrogène et les ions hydrogénoïdes (un seul électron : , …). Il échoue pour les atomes à plusieurs électrons, en interaction. La mécanique quantique complète, développée par Schrödinger en 1926, prendra le relais.
7Laser
7.1 Émission spontanée et émission stimulée
Un atome excité se désexcite spontanément après une durée de vie moyenne, en émettant un photon de direction et de phase aléatoires : c'est l'émission spontanée. Mais si un photon d'énergie le frappe avant cette désexcitation naturelle, il déclenche l'émission d'un second photon rigoureusement identique au premier — même énergie, même direction, même phase : c'est l'émission stimulée.
Einstein prédit l'émission stimulée dès 1917, par un raisonnement de thermodynamique statistique, sans aucun dispositif en tête. Il faut attendre Theodore Maiman, en 1960, pour construire le premier LASER (Light Amplification by Stimulated Emission of Radiation) : un cristal de rubis émettant à . Charles Townes, Nikolaï Bassov et Alexandre Prokhorov, inventeurs du maser (l'équivalent micro-ondes, 1954), reçoivent le Nobel 1964 pour en avoir posé les bases théoriques.
7.2 Inversion de population et cavité résonante
Pour qu'un photon ait plus de chances de déclencher une émission stimulée que d'être simplement absorbé, il faut que le milieu compte plus d'atomes excités qu'au repos — une inversion de population, obtenue en « pompant » le milieu. Ce milieu est placé dans une cavité résonante : deux miroirs, l'un total, l'autre partiellement réfléchissant, entre lesquels les photons font l'aller-retour en déclenchant une cascade d'émissions stimulées identiques.
Contrairement à une lampe classique, la lumière laser est monochromatique (une seule longueur d'onde), cohérente (photons en phase) et directive (faisceau très peu divergent).
7.3 Applications
Télécommunications par fibre optique, chirurgie de précision (LASIK, bistouri laser), découpe et soudure industrielles, lecteurs de codes-barres et de disques optiques, télémétrie : la cohérence et la directivité du faisceau en font un outil universel dès qu'il faut concentrer de l'énergie lumineuse avec précision.
Un laser He-Ne émet à . Énergie d'un photon ?
Un pointeur laser de puissance émet à . Combien de photons émet-il chaque seconde ?
- un nombre proprement astronomique
Fiche mémo
- Photon : , ; astuce .
- de Broglie (toute particule) : .
- Effet photoélectrique (Einstein) : , seuil .
- Potentiel d'arrêt : (même valeur numérique en eV et en V).
- Niveaux de l'hydrogène : ; ionisation .
- Transition : — absorption : bas haut ; émission : haut bas.
- Balmer-Rydberg : , .
- Séries : Lyman (, UV), Balmer (, visible), Paschen (, IR).
- Bohr : (), .
- Laser : émission stimulée, inversion de population, cavité résonante lumière monochromatique, cohérente, directive.
- Constantes : ; ; .
8Exercices corrigés
Une diode laser émet une lumière violette de longueur d'onde . Calculer l'énergie d'un photon émis, en eV puis en joules.
Voir le corrigé détaillé
- astuce
Le travail d'extraction du zinc vaut . Calculer la fréquence seuil puis la longueur d'onde seuil .
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- ultraviolet : le visible seul ne suffit pas à extraire un électron du zinc
Le tableau du cours (§4.2) s'arrête à . Calculer et , et vérifier qu'ils se rapprochent bien de la limite d'ionisation.
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et : les niveaux se resserrent et tendent bien vers , la limite d'ionisation.
Un atome d'hydrogène, initialement dans l'état , passe au niveau . a) S'agit-il d'une émission ou d'une absorption de photon ? b) Calculer puis . c) Dans quel domaine se situe ce rayonnement ?
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a) augmente : l'atome gagne de l'énergie, c'est une absorption.
c) Cette longueur d'onde est dans l'infrarouge ; en émission , cette raie appartiendrait à la série de Paschen ().
Des électrons, initialement immobiles, sont accélérés sous une tension . Calculer leur longueur d'onde de de Broglie.
Voir le corrigé détaillé
Une cellule photoélectrique au sodium () reçoit une lumière de longueur d'onde . Calculer l'énergie cinétique maximale des électrons émis, leur vitesse maximale , et le potentiel d'arrêt .
Voir le corrigé détaillé
- même valeur numérique en eV et en V
Calculer la longueur d'onde puis la quantité de mouvement du photon émis lors de la transition . À quelle série et quel domaine spectral appartient cette raie ?
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Cette raie appartient à la série de Balmer () ; à , elle se situe à la limite du visible et du proche ultraviolet.
Une raie infrarouge de la série de Paschen () est mesurée à . Déterminer le niveau d'où provient l'électron.
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- entier
Dans l'exemple du §2.3, des électrons accélérés sous ont une longueur d'onde de de Broglie . a) Quelle serait l'énergie d'un photon de cette même longueur d'onde ? b) Comparer à l'énergie cinétique des électrons, et conclure sur ce qui protège l'échantillon observé au microscope électronique.
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a)
- un rayon X
b) Les électrons ont été accélérés sous , donc exactement.
À longueur d'onde égale, le photon est environ 83 fois plus énergétique que l'électron : voilà pourquoi le microscope électronique atteint une très haute résolution sans bombarder l'échantillon de rayons X destructeurs.
On étudie l'effet photoélectrique sur la cathode d'une cellule au métal inconnu. Pour différentes fréquences de la lumière incidente, on mesure le potentiel d'arrêt :
| (Hz) | |||
|---|---|---|---|
| (V) |
- Rappeler la relation entre , , , et .
- Montrer qu'elle permet de déterminer à partir de deux mesures, et calculer sa valeur.
- En déduire le travail d'extraction du métal, puis l'identifier parmi : césium , sodium , zinc .
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1. La relation d'Einstein se réécrit :
C'est une droite en , de pente et d'ordonnée à l'origine .
2. Entre les points extrêmes :
- conforme (écart ) à la valeur du cours
3.
Cette valeur correspond au zinc ().
Un atome d'hydrogène est dans l'état excité .
- Calculer l'énergie qu'il faudrait lui fournir pour l'ioniser depuis cet état.
- Il se désexcite directement vers l'état fondamental en émettant un unique photon. Calculer l'énergie puis la longueur d'onde de ce photon ; préciser le domaine spectral et la série concernée.
- Cette désexcitation peut aussi se dérouler en deux temps, puis . Calculer les longueurs d'onde des deux photons alors émis, et vérifier la cohérence énergétique avec la question 2.
Voir le corrigé détaillé
1. , donc .
2.
- UV lointain, série de Lyman ()
3. : , (raie ). : , (Lyman ).
- exactement de la question 2
L'énergie totale émise ne dépend que des niveaux de départ et d'arrivée, pas du chemin suivi : c'est cohérent, puisque est une fonction d'état.
Restitution organisée de connaissances. On rappelle les deux postulats de Bohr (§6.2).
- En assimilant la trajectoire de l'électron à un cercle de rayon parcouru à la vitesse , écrire la relation traduisant que la force de Coulomb joue le rôle de force centripète.
- À l'aide du second postulat, exprimer en fonction de , , et .
- En combinant les deux relations, montrer que , où est une constante que l'on exprimera en fonction de , , et .
- Exprimer l'énergie mécanique de l'électron, et montrer qu'elle se met sous la forme .
Voir le corrigé détaillé
1.
2. Le postulat de quantification donne :
3. En reportant dans la relation de la question 1 :
- avec , le rayon de Bohr (, cf. §6.3)
4. L'énergie mécanique vaut , avec d'après la question 1 :
- avec , cf. §6.3
Les lampes de Ndjamena. Sur une avenue de Ndjamena, une lampe à vapeur de sodium de puissance lumineuse émet une lumière quasi monochromatique à (cf. §5.4). Combien de photons émet-elle chaque seconde ?
Voir le corrigé détaillé
Le panneau solaire d'Abéché. Au Tchad, Moussa installe un panneau photovoltaïque en silicium (, cf. §3.4) de surface , sous un ensoleillement de .
- La lumière visible ( à ) peut-elle produire du courant dans ce panneau ? Justifier.
- On assimile les photons solaires reçus à des photons de longueur d'onde moyenne . Calculer le nombre de photons reçus chaque seconde par le panneau.
- Si le rendement électrique du panneau est de , calculer la puissance électrique produite.
Voir le corrigé détaillé
1. Entre et , l'énergie d'un photon varie de à : ces deux bornes dépassent , donc oui, toute la lumière visible produit du courant.
2.
3.
Le laser de découpe de Douala. Fatou dirige un petit atelier de découpe laser à Douala. Son laser à émet dans l'infrarouge à , avec une puissance . a) Calculer l'énergie d'un photon émis, en eV. b) Calculer le nombre de photons émis chaque seconde.
Voir le corrigé détaillé
a)
- bien plus faible qu'un photon visible
b)
- malgré leur faible énergie individuelle, un flux gigantesque suffit à découper le métal