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Corps gras, savons et détergents

Étudier la saponification et l'action nettoyante.

Chimie Terminale Chapitre 10 / 11 ⏱ 8 h

Ce que tu sauras faire à la fin

  • Écrire l'équation de saponification
  • Expliquer l'action d'un savon
  • Décrire un protocole de fabrication de savon

Ce matin, tu t'es lavé les mains avec un savon, ou peut-être avec un liquide vaisselle. Ce geste, répété des milliers de fois dans une vie, repose sur une transformation chimique précise : la saponification. Elle est connue depuis l'Antiquité — les potiers sumériens en décrivaient déjà le principe il y a près de cinq mille ans — mais il a fallu attendre le début du XIXe siècle pour qu'un chimiste français en comprenne enfin le mécanisme exact, à l'échelle moléculaire.

Ce chapitre prolonge directement ce que tu sais des acides carboxyliques et de leurs dérivés : les corps gras sont des esters, et la saponification en est l'hydrolyse basique. Mais c'est la première fois que tu appliques cette chimie à de vraies molécules « grandes » (une masse molaire proche de 900 g/mol), et que tu relies une transformation microscopique à un comportement macroscopique aussi concret que le pouvoir nettoyant d'une mousse de savon. C'est un thème classique du baccalauréat : équation de réaction avec formules semi-développées, calculs de masses et de rendement, protocole expérimental (reflux, relargage), puis explication moléculaire de l'action détergente.

Tu verras aussi que cette chimie est profondément ancrée dans le quotidien de la région : l'huile d'arachide du Sénégal, l'huile de palme, le beurre de karité du Mali ou du Tchad ne sont pas de simples ingrédients de cuisine — ce sont des triglycérides dont la composition explique, formule en main, pourquoi l'un est liquide et l'autre solide, et comment des coopératives artisanales les transforment en savon depuis des générations.

1Corps gras : triesters du glycérol

1.1  Lipides et triglycérides

Définition

Un corps gras (ou lipide au sens restreint utilisé ici) est un triglycéride : un triester du glycérol (propane-1,2,3-triol) par trois molécules d'acide gras. Le glycérol porte trois fonctions alcool ; chacune est estérifiée par un acide gras, avec départ d'une molécule d'eau :

CH2OH–CHOH–CH2OH  +  3 R–COOH  ⟶  CH2(OCOR1)–CH(OCOR2)–CH2(OCOR3)  +  3 H2O\text{CH}_2\text{OH–CHOH–CH}_2\text{OH} \;+\; 3\,\text{R–COOH} \;\longrightarrow\; \text{CH}_2(\text{OCOR}_1)\text{–CH}(\text{OCOR}_2)\text{–CH}_2(\text{OCOR}_3) \;+\; 3\,\text{H}_2\text{O}

Les trois acides gras R1COOH\text{R}_1\text{COOH}, R2COOH\text{R}_2\text{COOH}, R3COOH\text{R}_3\text{COOH} peuvent être identiques (triglycéride simple) ou différents (triglycéride mixte, le cas le plus fréquent dans la nature).

Le glycérol, de formule brute C3H8O3\text{C}_3\text{H}_8\text{O}_3 et de masse molaire M=92 g⋅mol−1M = 92\ \text{g·mol}^{-1}, est une petite molécule très soluble dans l'eau : ses trois groupes OH\text{OH} forment de nombreuses liaisons hydrogène avec les molécules d'eau. C'est un point que tu dois garder en tête : dans les calculs de rendement, le glycérol reste toujours en solution aqueuse, séparé du savon.

1.2  Les acides gras : saturés ou insaturés

Un acide gras est un acide carboxylique à longue chaîne carbonée, généralement non ramifiée et comportant un nombre pair de carbones. Sa formule générale est :

CnH2n−2kO2\text{C}_n\text{H}_{2n-2k}\text{O}_2

où nn est le nombre d'atomes de carbone et kk le nombre de doubles liaisons C=C\text{C=C} (k=0k=0 pour un acide saturé). Quatre acides gras sont à connaître par cœur :

Acide grasFormulennkkM (g⋅mol−1)M\ (\text{g·mol}^{-1})Nature
palmitiqueCH3–(CH2)14–COOH\text{CH}_3\text{–(CH}_2)_{14}\text{–COOH}160256saturé (C16:0)
stéariqueCH3–(CH2)16–COOH\text{CH}_3\text{–(CH}_2)_{16}\text{–COOH}180284saturé (C18:0)
oléiqueCH3–(CH2)7–CH=CH–(CH2)7–COOH\text{CH}_3\text{–(CH}_2)_7\text{–CH=CH–(CH}_2)_7\text{–COOH}181282mono-insaturé (C18:1)
linoléiqueCH3–(CH2)4–(CH=CH–CH2)2–(CH2)5–COOH\text{CH}_3\text{–(CH}_2)_4\text{–(CH=CH–CH}_2)_2\text{–(CH}_2)_5\text{–COOH}182280di-insaturé (C18:2)
Attention

Un acide gras (RCOOH\text{RCOOH}, petite molécule libre) n'est pas la même chose qu'un corps gras (le triglycéride, molécule bien plus grosse dans laquelle trois acides gras sont liés au glycérol par une fonction ester). Beaucoup de copies de bac confondent les deux : l'huile que tu utilises en cuisine est un triglycéride, pas un acide gras libre.

1.3  Formule d'un triglycéride : exemple

Propriété — masse molaire d'un triglycéride simple

Pour un triglycéride simple (les trois acides gras identiques, de masse molaire MaM_a), la masse molaire du triglycéride vaut :

M=3Ma+M(glyceˊrol)−3M(H2O)=3Ma+38M = 3M_a + M(\text{glycérol}) - 3M(\text{H}_2\text{O}) = 3M_a + 38

(on retranche trois molécules d'eau, une par estérification, à la somme des masses molaires des quatre réactifs).

Un triglycéride mixte (triester du glycérol) C1 C2 C3 glycérol –O–CO– CH3 acide palmitique (C16, saturé) –O–CO– C=C (cis) CH3 acide oléique (C18:1, une liaison C=C) –O–CO– CH3 acide stéarique (C18, saturé)
Figure 1 — Formule semi-développée d'un triglycéride mixte : deux chaînes saturées (droites) et une chaîne portant une double liaison C=C\text{C=C} cis, qui « coude » la chaîne (en rouge).
Exemple — masse molaire de la trioléine

La trioléine est le triglycéride simple formé à partir de trois acides oléiques (Ma=282 g⋅mol−1M_a = 282\ \text{g·mol}^{-1}). Sa formule brute est C57H104O6\text{C}_{57}\text{H}_{104}\text{O}_6.

  1. M(trioleˊine)=3×282+38M(\text{trioléine}) = 3 \times 282 + 38
  2. ==846+38846 + 38
  3. ==884 g⋅mol−1884\ \text{g·mol}^{-1}cohérent avec 57×12+104+6×16=88457\times12+104+6\times16=884

1.4  Huile ou beurre : le rôle de l'insaturation

Propriété

Plus les chaînes d'acides gras d'un corps gras sont insaturées, plus sa température de fusion est basse. Une double liaison C=C\text{C=C} de configuration cis introduit un coude dans la chaîne (figure 1) : les molécules s'empilent moins bien, les interactions de Van der Waals entre chaînes voisines sont plus faibles, et le solide fond à plus basse température.

C'est exactement la différence entre une huile (liquide à température ambiante, riche en acides gras insaturés — oléique, linoléique) et une graisse ou un beurre (solide ou pâteux, riche en acides gras saturés — palmitique, stéarique). L'huile d'arachide (Sénégal) et l'huile de sésame, très insaturées, restent liquides ; le beurre de karité et l'huile de palme, plus saturés, sont solides ou pâteux à température ambiante.

Définition — indice d'iode

L'indice d'iode IVIV d'un corps gras est la masse (en grammes) de diiode I2\text{I}_2 qui s'additionne sur les doubles liaisons C=C\text{C=C} de 100 g100\ \text{g} de ce corps gras. Il mesure directement son degré d'insaturation : plus IVIV est élevé, plus le corps gras est insaturé.

IV=k×M(I2)×100M(acide gras)avec M(I2)=254 g⋅mol−1IV = \dfrac{k \times M(\text{I}_2) \times 100}{M(\text{acide gras})}\qquad \text{avec } M(\text{I}_2) = 254\ \text{g·mol}^{-1}

Exemple — comparer deux huiles par leur indice d'iode
  1. acide oléique (k=1k=1) : IV=1×254×100282IV = \dfrac{1 \times 254 \times 100}{282}
  2. ≈\approx90,1 g I2/100g90{,}1\ \text{g}\ \text{I}_2/100\text{g}
  3. acide linoléique (k=2k=2) : IV=2×254×100280IV = \dfrac{2 \times 254 \times 100}{280}
  4. ≈\approx181,4 g I2/100g181{,}4\ \text{g}\ \text{I}_2/100\text{g}deux fois plus de doubles liaisons

Une huile riche en acide linoléique (huile de sésame) a donc un indice d'iode bien plus élevé qu'une huile riche en acide oléique : elle est plus insaturée, plus liquide, mais aussi plus sensible au rancissement.

Deux transformations industrielles ou domestiques exploitent ces doubles liaisons. L'hydrogénation catalytique (dihydrogène, catalyseur au nickel) additionne H2\text{H}_2 sur les C=C\text{C=C} d'une huile végétale liquide pour la solidifier partiellement : c'est ainsi qu'on fabrique la margarine à partir d'huiles insaturées. Le rancissement, à l'inverse, est une oxydation lente des doubles liaisons par le dioxygène de l'air (accélérée par la lumière et la chaleur), qui produit des composés à l'odeur désagréable caractéristique du corps gras « rance » : plus l'indice d'iode est élevé, plus le corps gras rancit vite, ce qui explique pourquoi le beurre de karité (peu insaturé) se conserve bien plus longtemps qu'une huile d'arachide fraîchement pressée.

Chimie & Co — Chevreul et la naissance de la chimie des corps gras

Avant le XIXe siècle, on savait faire du savon, mais personne ne savait vraiment ce qu'était une graisse. C'est le chimiste français Michel-Eugène Chevreul (1786-1889) qui perce le mystère : dans ses Recherches chimiques sur les corps gras d'origine animale, publiées en 1823, il montre que les graisses et les huiles sont des combinaisons d'un alcool — qu'il identifie et nomme « glycérine » (le glycérol) — et d'acides particuliers, qu'il appelle « acides gras ». Il isole et caractérise notamment les acides stéarique et margarique.

Cette découverte a des conséquences industrielles immédiates : en comprenant que la saponification libère du glycérol, on peut désormais le récupérer et le valoriser séparément, et fabriquer des bougies de bien meilleure qualité (la « stéarine ») que les anciennes chandelles de suif. Chevreul, mort à 102 ans, est resté toute sa vie directeur du Muséum national d'histoire naturelle de Paris.

2Saponification

2.1  La réaction de saponification

Définition

La saponification est l'hydrolyse basique d'un triglycéride par une solution concentrée d'hydroxyde de sodium (Na++HO−\text{Na}^+ + \text{HO}^-) ou d'hydroxyde de potassium (K++HO−\text{K}^+ + \text{HO}^-). Elle produit du glycérol et des ions carboxylate — le savon.

C'est la réaction inverse de l'estérification qui a formé le triglycéride (§1.1), mais menée dans des conditions radicalement différentes : en milieu basique fort, et non plus acide.

Propriété — équation générale

CH2(OCOR1)–CH(OCOR2)–CH2(OCOR3)  +  3 Na++3 HO−  ⟶  CH2OH–CHOH–CH2OH  +  R1COO−Na++R2COO−Na++R3COO−Na+\text{CH}_2(\text{OCOR}_1)\text{–CH}(\text{OCOR}_2)\text{–CH}_2(\text{OCOR}_3) \;+\; 3\,\text{Na}^+ + 3\,\text{HO}^- \;\longrightarrow\; \text{CH}_2\text{OH–CHOH–CH}_2\text{OH} \;+\; \text{R}_1\text{COO}^-\text{Na}^+ + \text{R}_2\text{COO}^-\text{Na}^+ + \text{R}_3\text{COO}^-\text{Na}^+

Avec la potasse (K++HO−\text{K}^+ + \text{HO}^-), on obtient de la même façon des carboxylates de potassium RCOO−K+\text{RCOO}^-\text{K}^+. On parle de savon dur (sodium) ou de savon mou (potassium) — voir §3.2.

Attention — ne confonds pas avec l'hydrolyse acide

L'hydrolyse acide d'un ester (vue précédemment) est lente et limitée : elle atteint un état d'équilibre, avec coexistence de l'ester, de l'acide et de l'alcool. La saponification, elle, est lente mais totale : l'ion hydroxyde attaque le carbone du groupe ester, et le produit obtenu — l'ion carboxylate RCOO−\text{RCOO}^-, stabilisé par délocalisation de charge — ne peut pas redonner l'ester en retour. C'est une réaction quantitative, ce qui justifie tous les calculs de rendement du programme.

2.2  Une réaction lente : chauffage à reflux

À température ambiante, la saponification est beaucoup trop lente pour un usage pratique. On l'accélère par un chauffage prolongé, ce qui pose un problème : à l'ébullition, les réactifs volatils (eau, parfois éthanol ajouté comme solvant) s'échapperaient sous forme de vapeur. On utilise donc un montage à reflux : un réfrigérant vertical, placé au-dessus du ballon, condense en permanence les vapeurs et les renvoie dans le mélange réactionnel. On peut ainsi chauffer longtemps, à ébullition, sans perte de matière.

Schéma de la réaction de saponification triglycéride (huile, graisse) + 3 NaOH Δ , reflux (lente, totale) glycérol + 3 R–COO⁻Na⁺ le savon
Figure 2 — Schéma réactionnel de la saponification : un triglycéride et la soude, à chaud et à reflux, donnent le glycérol et le savon.

2.3  Isoler le savon : le relargage

À la fin de la réaction, le ballon contient un mélange homogène : savon, glycérol, eau, et soude en excès éventuel. Pour isoler le savon, on verse ce mélange dans une solution saturée de chlorure de sodium — c'est le relargage.

Démonstration — pourquoi le relargage fonctionne

Le savon solide est en équilibre de dissolution avec ses ions en solution :

RCOONa (s)⇌RCOO−(aq)+Na+(aq)\text{RCOONa (s)} \rightleftharpoons \text{RCOO}^-\text{(aq)} + \text{Na}^+\text{(aq)}

Ajouter du chlorure de sodium solide à saturation augmente fortement la concentration en ions Na+\text{Na}^+ déjà présents dans cet équilibre. D'après la loi de modération (Le Chatelier), l'équilibre est déplacé dans le sens qui consomme cet excès de Na+\text{Na}^+ : le sens 11, c'est-à-dire la précipitation du savon. C'est un effet d'ion commun : le savon devient beaucoup moins soluble.

Le glycérol, lui, n'est pas un électrolyte : il reste en solution quelle que soit la concentration en sel. Le relargage sépare donc physiquement le savon (qui remonte à la surface sous forme de pâte solide, moins dense que la solution) du glycérol resté dissous dans la phase aqueuse saline.

Montage à reflux Relargage huile +NaOH (aq) chauffe-ballon ouvert à l'air libre eau (entrée) eau (sortie) puis + NaCl saturé (relargage) savon (solide) solution aqueuse : glycérol + NaCl + eau
Figure 3 — À gauche, le montage à reflux (l'eau de refroidissement entre par le bas du réfrigérant, à contre-courant) ; à droite, après relargage : le savon précipité surnage au-dessus de la solution aqueuse contenant le glycérol.
Exemple — équation et bilan de matière (tristéarine)

On saponifie m=890 gm = 890\ \text{g} de tristéarine (M=890 g⋅mol−1M = 890\ \text{g·mol}^{-1}) par un excès de soude.

CH2(OCOC17H35)–CH(OCOC17H35)–CH2(OCOC17H35)+3 NaOH⟶CH2OH–CHOH–CH2OH+3 C17H35COONa\text{CH}_2(\text{OCOC}_{17}\text{H}_{35})\text{–CH}(\text{OCOC}_{17}\text{H}_{35})\text{–CH}_2(\text{OCOC}_{17}\text{H}_{35}) + 3\,\text{NaOH} \longrightarrow \text{CH}_2\text{OH–CHOH–CH}_2\text{OH} + 3\,\text{C}_{17}\text{H}_{35}\text{COONa}

  1. n(huile)=890890=1,00 moln(\text{huile}) = \dfrac{890}{890} = 1{,}00\ \text{mol}
  2. n(NaOH)=3n(huile)=3,00 moln(\text{NaOH}) = 3n(\text{huile}) = 3{,}00\ \text{mol}stœchiométrie 1:3
  3. ⇒\Rightarrowm(NaOH)=3,00×40=120 gm(\text{NaOH}) = 3{,}00 \times 40 = 120\ \text{g}
  4. n(savon)=3n(huile)=3,00 moln(\text{savon}) = 3n(\text{huile}) = 3{,}00\ \text{mol}
  5. ⇒\Rightarrowm(savon)=3,00×306=918 gm(\text{savon}) = 3{,}00 \times 306 = 918\ \text{g}stéarate de sodium, M=306 g⋅mol−1M=306\ \text{g·mol}^{-1}
  6. m(glyceˊrol)=1,00×92=92 gm(\text{glycérol}) = 1{,}00 \times 92 = 92\ \text{g}

Vérification par conservation de la masse : 890+120=1 010 g890+120 = 1\,010\ \text{g} en entrée, et 918+92=1 010 g918+92=1\,010\ \text{g} en sortie. Le bilan est cohérent.

2.4  Indice de saponification et calculs de rendement

Méthode — calculer une masse de savon

Méthode 1 (stœchiométrique) : calcule n(huile)=m(huile)M(huile)n(\text{huile}) = \dfrac{m(\text{huile})}{M(\text{huile})}, puis n(savon)=3 n(huile)n(\text{savon}) = 3\,n(\text{huile}), puis m(savon)=n(savon)×M(savon)m(\text{savon}) = n(\text{savon}) \times M(\text{savon}). Il faut alors connaître M(savon)M(\text{savon}).

Méthode 2 (conservation de la masse) : si l'on ne connaît que M(huile)M(\text{huile}) (valeur moyenne), on écrit directement m(savon)=m(huile)+m(NaOH)−m(glyceˊrol)m(\text{savon}) = m(\text{huile}) + m(\text{NaOH}) - m(\text{glycérol}), sans avoir besoin de M(savon)M(\text{savon}).

Définition — indice de saponification

L'indice de saponification ISIS d'un corps gras est la masse (en milligrammes) d'hydroxyde de potassium nécessaire pour saponifier un gramme de ce corps gras. Par convention, on l'exprime toujours avec KOH\text{KOH}, même si la saponification industrielle utilise NaOH\text{NaOH}.

Démonstration — relation entre ISIS et la masse molaire

Soit un corps gras assimilé à un triglycéride simple de masse molaire MM. Pour m=1 gm=1\ \text{g} de corps gras :

  1. n(triglyceˊride)=1M moln(\text{triglycéride}) = \dfrac{1}{M}\ \text{mol}
  2. n(KOH)=3M moln(\text{KOH}) = \dfrac{3}{M}\ \text{mol}stœchiométrie 1:3
  3. ⇒\Rightarrowm(KOH)=3×56,1M g=168 300M mgm(\text{KOH}) = \dfrac{3 \times 56{,}1}{M}\ \text{g} = \dfrac{168\,300}{M}\ \text{mg}M(KOH)=56,1 g⋅mol−1M(\text{KOH})=56{,}1\ \text{g·mol}^{-1} ; conversion en mg

D'où la relation, dans les deux sens :

IS=168 300MetM=168 300ISIS = \dfrac{168\,300}{M} \qquad \text{et} \qquad M = \dfrac{168\,300}{IS}

Exemple — indice de saponification de la tristéarine
  1. IS=168 300890IS = \dfrac{168\,300}{890}
  2. ≈\approx189,1 mg de KOH par gramme de corps gras189{,}1\ \text{mg de KOH par gramme de corps gras}

Cette valeur, mesurable en laboratoire par un dosage (voir l'exercice 16), permet en retour de remonter à la masse molaire moyenne d'un corps gras dont on ignore la composition exacte — un outil précieux pour contrôler la qualité d'une huile ou d'un savon.

Enfin, le rendement d'une fabrication compare la masse de savon réellement obtenue à la masse théorique attendue :

η=mreˊellemtheˊorique×100\eta = \dfrac{m_{\text{réelle}}}{m_{\text{théorique}}} \times 100

Un rendement inférieur à 100 %100\,\% est normal : il traduit les pertes de matière lors du relargage, de la filtration, du moulage et du séchage — jamais une remise en cause du caractère total de la réaction elle-même.

3Savon : structure et propriétés

3.1  L'ion carboxylate : une espèce amphiphile

Définition

Le savon est constitué d'ions carboxylate à longue chaîne, R–COO−\text{R–COO}^-. Cet ion est dit amphiphile (ou tensioactif) : il possède deux parties aux propriétés opposées.

  • la tête hydrophile –COO−\text{–COO}^- : chargée, elle forme des interactions fortes (ion-dipôle, liaisons hydrogène) avec l'eau — elle est soluble dans l'eau ;
  • la queue hydrophobe (ou lipophile) R–\text{R–} : une longue chaîne carbonée apolaire, qui ne s'entoure pas d'eau mais se mélange bien aux corps gras — elle est soluble dans l'huile.
L'ion carboxylate : une molécule amphiphile COO⁻ tête hydrophile (Na⁺ ou K⁺ dissocié) queue hydrophobe (lipophile) chaîne carbonée R : —(CH₂)ₙ—CH3 soluble dans l'eau soluble dans les graisses
Figure 4 — L'ion carboxylate est amphiphile : une tête hydrophile chargée, une longue queue hydrocarbonée hydrophobe.
Exemple — l'ion oléate

Sur l'ion oléate C17H33COO−\text{C}_{17}\text{H}_{33}\text{COO}^- : le groupe –COO−\text{–COO}^- est la tête hydrophile, la chaîne C17H33–\text{C}_{17}\text{H}_{33}\text{–} (18 carbones au total, une insaturation) est la queue hydrophobe.

Parce qu'il est amphiphile, cet ion n'est à l'aise ni dans l'eau pure (sa queue « gêne ») ni dans l'huile pure (sa tête « gêne ») : il se place spontanément aux interfaces eau/air ou eau/huile, ou s'auto-assemble en micelles dans l'eau au-delà d'une certaine concentration, la concentration micellaire critique (§4.1).

3.2  Savons durs et savons mous

Propriété

Le contre-ion du carboxylate détermine la texture du savon : le savon dur, solide et compact, est un carboxylate de sodium ; le savon mou, plus onctueux et plus soluble, est un carboxylate de potassium (l'ion K+\text{K}^+, plus gros, gêne davantage l'empilement cristallin des chaînes carbonées).

Exemple — oléate de potassium
  1. M(C17H33COOK)=M(acide oleˊique)−1+39M(\text{C}_{17}\text{H}_{33}\text{COOK}) = M(\text{acide oléique}) - 1 + 39
  2. ==282−1+39282 - 1 + 39
  3. ==320 g⋅mol−1320\ \text{g·mol}^{-1}

C'est un carboxylate de potassium : un savon mou, comme le savon noir traditionnel (§7.3).

3.3  Tension superficielle, mouillage, mousse

Définition

La tension superficielle de l'eau résulte des liaisons hydrogène entre molécules d'eau en surface. Un savon dissous, en s'adsorbant à la surface de l'eau (têtes dans l'eau, queues vers l'air), diminue cette tension superficielle : l'eau savonneuse mouille mieux les tissus et les surfaces — elle pénètre entre les fibres, ce que l'eau pure, trop « tendue », fait mal. Cette même adsorption aux interfaces air/eau stabilise de fines pellicules liquides autour de bulles d'air : c'est la mousse.

Pouvoir mouillant et pouvoir moussant ne sont pas la cause de l'action détergente, mais ils l'accompagnent et permettent de la constater à l'œil nu : c'est pourquoi une eau qui ne mousse pas avec un savon signale, comme tu le verras au §5, un problème plus profond.

4Action détergente et micelles

4.1  Formation des micelles

Définition

Une micelle est un agrégat sphérique de plusieurs milliers d'ions carboxylate, organisés autour d'une gouttelette de graisse : les queues hydrophobes pointent vers l'intérieur, dissoutes dans la graisse, tandis que les têtes hydrophiles pointent vers l'extérieur, au contact de l'eau. La micelle, globalement chargée négativement en surface, reste ainsi stable et dispersée dans l'eau : c'est une émulsion.

Une micelle autour d'une goutte de graisse eau graisse tête hydrophile(vers l'eau) queue hydrophobe(dans la graisse)
Figure 5 — Coupe d'une micelle : les queues hydrophobes des ions carboxylate se dissolvent dans la graisse, les têtes hydrophiles restent au contact de l'eau.

4.2  Émulsion des graisses

Une graisse pure est insoluble dans l'eau : livrée à elle-même, elle formerait une phase séparée (comme l'huile flottant sur l'eau d'une vinaigrette non agitée). En s'intercalant à la surface des gouttelettes de graisse, les ions carboxylate abaissent la tension interfaciale eau/graisse et empêchent les gouttelettes de coalescer (fusionner) entre elles : la graisse reste dispersée en une multitude de micelles microscopiques, en suspension stable dans l'eau. C'est une émulsion — le savon ne dissout pas la graisse au sens chimique du terme, il la disperse physiquement.

Attention

Erreur fréquente : le savon ne « dissout » pas la graisse comme le ferait un solvant organique. La graisse n'est jamais scindée en petites molécules solubles ; elle reste intacte, mais fragmentée en gouttelettes microscopiques emprisonnées dans des micelles, elles-mêmes solubles grâce à leurs têtes hydrophiles en surface. C'est une dispersion (émulsion), pas une dissolution.

4.3  Le mécanisme complet : éliminer une tache

Éliminer une tache de graisse : le mécanisme en 4 étapes 1. Tache de graisse sur le tissu 2. Les queues pénètrent la graisse agitation 3. L'agitation décolle la tache 4. Micelle dispersée : tissu propre
Figure 6 — Les quatre étapes du nettoyage : mouillage et adsorption, pénétration des queues dans la graisse, décollement mécanique, dispersion en micelles qui empêchent la tache de se redéposer.
Méthode — décrire le mécanisme d'un lavage

1. Le savon dissous abaisse la tension superficielle : l'eau savonneuse mouille le tissu et s'infiltre jusqu'à la tache. 2. Les queues hydrophobes des ions carboxylate pénètrent dans la graisse (elles y sont plus stables que dans l'eau), têtes restées à l'extérieur. 3. L'action mécanique (brossage, essorage, agitation du tambour) fournit l'énergie qui arrache la tache, désormais entourée de tensioactif, de la fibre textile. 4. La goutte de graisse, encapsulée dans une micelle chargée en surface, reste dispersée dans l'eau de lavage : les micelles se repoussent électriquement, ce qui empêche la graisse de se redéposer sur le tissu propre. Le rinçage évacue alors l'ensemble.

Exemple — une tache d'huile de palme sur un boubou

Aïcha renverse de l'huile de palme sur un tissu. À l'eau seule, la tache reste intacte (étape 1 : la graisse est insoluble et l'eau, tendue en surface, ne pénètre pas le tissu). Avec de l'eau savonneuse, les ions carboxylate insèrent leurs queues dans l'huile (étape 2) ; en frottant le tissu (étape 3), la tache se détache en formant une multitude de micelles microscopiques (étape 4), qui restent en suspension et partent au rinçage : le boubou est propre.

5Eaux dures et limites

5.1  Origine de la dureté de l'eau

Définition

Une eau dure contient une concentration élevée d'ions calcium Ca2+\text{Ca}^{2+} et magnésium Mg2+\text{Mg}^{2+} dissous, provenant de la dissolution des roches calcaires ou dolomitiques traversées par l'eau (nappes souterraines, puits). Une eau douce (eau de pluie, eaux de surface sur sol granitique) en contient très peu.

On mesure la dureté en degré français °f°f : 1 °f1\,°f correspond à une concentration de 1,0×10−4 mol⋅L−11{,}0\times10^{-4}\ \text{mol·L}^{-1} de « calcium équivalent » (somme des ions Ca2+\text{Ca}^{2+} et Mg2+\text{Mg}^{2+}).

Duretédoucemoyennement dureduretrès dure
°f°f<15< 151515 à 30303030 à 4040>40> 40

5.2  Précipitation des savons calciques et magnésiens

Propriété

En eau dure, les ions carboxylate réagissent avec Ca2+\text{Ca}^{2+} et Mg2+\text{Mg}^{2+} pour former un précipité insoluble, la chaux de savon :

2 R–COO−  (aq)+Ca2+(aq)⟶(R–COO)2Ca↓2\,\text{R–COO}^-\;(aq) + \text{Ca}^{2+}(aq) \longrightarrow (\text{R–COO})_2\text{Ca}\downarrow

Ce précipité, sans aucun pouvoir détergent, forme les dépôts collants sur le linge ou l'auréole grisâtre autour d'une baignoire. Tant que les ions Ca2+\text{Ca}^{2+} et Mg2+\text{Mg}^{2+} n'ont pas été entièrement précipités, aucune mousse durable n'apparaît : le savon versé en premier est « gaspillé ».

Exemple — précipitation par le magnésium

Une eau contient [Mg2+]=1,0×10−3 mol⋅L−1\left[\text{Mg}^{2+}\right] = 1{,}0\times10^{-3}\ \text{mol·L}^{-1}. Masse de stéarate de magnésium formée par litre ?

  1. M((C17H35COO)2Mg)=2×283+24M\left((\text{C}_{17}\text{H}_{35}\text{COO})_2\text{Mg}\right) = 2\times283+24
  2. ==590 g⋅mol−1590\ \text{g·mol}^{-1}
  3. n(preˊcipiteˊ)=n(Mg2+)=1,0×10−3 moln(\text{précipité}) = n(\text{Mg}^{2+}) = 1{,}0\times10^{-3}\ \text{mol}stœchiométrie 1:1 en Mg2+\text{Mg}^{2+}
  4. ⇒\Rightarrowm=1,0×10−3×590≈0,59 g par litrem = 1{,}0\times10^{-3} \times 590 \approx 0{,}59\ \text{g par litre}

5.3  Eau acide, eau salée

En milieu acide, l'ion carboxylate — base faible — est reprotoné :

R–COO−(aq)+H3O+(aq)⟶R–COOH(aq/s)+H2O\text{R–COO}^-(aq) + \text{H}_3\text{O}^+(aq) \longrightarrow \text{R–COOH}(aq/s) + \text{H}_2\text{O}

L'acide gras R–COOH\text{R–COOH} obtenu, à très longue chaîne, est quasi insoluble dans l'eau : il forme lui aussi un dépôt inefficace. C'est pourquoi le savon perd son pouvoir nettoyant dans une eau trop acide (eau de pluie très chargée en CO2\text{CO}_2 dissous, certaines eaux de rivière).

Exemple — retour à l'acide gras
  1. n(steˊarate de sodium)=0,50306n(\text{stéarate de sodium}) = \dfrac{0{,}50}{306}
  2. ≈\approx1,63×10−3 mol1{,}63\times10^{-3}\ \text{mol}
  3. ⇒\Rightarrowm(acide steˊarique)=1,63×10−3×284≈0,46 gm(\text{acide stéarique}) = 1{,}63\times10^{-3} \times 284 \approx 0{,}46\ \text{g}

Enfin, en eau très salée (eau saumâtre, littoral), c'est le principe même du relargage (§2.3) qui joue contre le savon : l'excès d'ions Na+\text{Na}^+ déjà présent dans l'eau salée fait précipiter une partie du savon par effet d'ion commun, avant même qu'il n'ait eu le temps d'agir. Retiens que trois types d'eau limitent l'efficacité du savon — dure, acide, salée — et qu'ils s'expliquent tous par un déplacement d'équilibre de solubilité.

6Détergents de synthèse

6.1  Structure des détergents synthétiques

Définition

Un détergent de synthèse est un tensioactif amphiphile, comme le savon, mais dont la tête hydrophile n'est pas un groupe carboxylate. Trois familles industrielles principales :

  • alkylbenzènesulfonates (anioniques) : CnH2n+1–C6H4–SO3−Na+\text{C}_n\text{H}_{2n+1}\text{–C}_6\text{H}_4\text{–SO}_3^-\text{Na}^+ ;
  • sulfates d'alkyle (anioniques) : CnH2n+1–O–SO3−Na+\text{C}_n\text{H}_{2n+1}\text{–O–SO}_3^-\text{Na}^+ ;
  • agents non ioniques : CnH2n+1–O–(CH2CH2O)m–H\text{C}_n\text{H}_{2n+1}\text{–O–(CH}_2\text{CH}_2\text{O)}_m\text{–H}, sans charge, hydrophiles grâce aux liaisons hydrogène de la chaîne polyéther.
SAVON(carboxylate) COO⁻ + Ca²⁺ précipité (chaux) ✗ inefficace en eau dure DÉTERGENT(alkylbenzènesulfonate) SO3⁻ + Ca²⁺ reste soluble ✓ efficace en eau dure
Figure 7 — Face aux ions Ca2+\text{Ca}^{2+} de l'eau dure : le savon précipite (chaux de savon), le sulfonate de calcium correspondant reste dissous.
Exemple — masse molaire d'un LAS

Dodécylbenzènesulfonate de sodium C12H25–C6H4–SO3−Na+\text{C}_{12}\text{H}_{25}\text{–C}_6\text{H}_4\text{–SO}_3^-\text{Na}^+ : M=12×12+25+6×12+4+32+3×16+23=348 g⋅mol−1M = 12\times12+25 + 6\times12+4 + 32+3\times16+23 = 348\ \text{g·mol}^{-1}. Une masse de 0,10 mol0{,}10\ \text{mol} pèse donc 0,10×348=34,8 g0{,}10\times348 = 34{,}8\ \text{g}.

6.2  Avantages : eau dure et eau acide

Propriété

Les sels de calcium et de magnésium des sulfonates et sulfates d'alkyle, contrairement aux carboxylates, restent solubles dans l'eau : un détergent de synthèse ne précipite pas en eau dure, et reste pleinement efficace. De plus, le groupe –SO3−\text{–SO}_3^-, base très faible, reste ionisé même en milieu acide (contrairement au carboxylate, reprotoné en RCOOH\text{RCOOH}) : un détergent de synthèse fonctionne aussi en eau acide.

Exemple — pourquoi le détergent « tient » en eau dure

Dans une eau à 40 °f40\,°f, un savon perd une grande partie de son efficacité (§5.2) : une masse importante précipite avant de mousser. Un détergent de synthèse équivalent, lui, reste intégralement actif dès le premier gramme dissous — aucune fraction n'est « consommée » par les ions Ca2+\text{Ca}^{2+}/Mg2+\text{Mg}^{2+}, ce qui explique son usage privilégié dans les lave-linge modernes, où l'eau du réseau est rarement parfaitement douce.

6.3  Biodégradabilité et eutrophisation

Attention — vocabulaire

Ne confonds pas les mots : au sens strict du programme, le savon désigne un carboxylate obtenu par saponification d'un corps gras, tandis que détergent (ou détergent « de synthèse ») désigne un tensioactif obtenu par synthèse chimique, à tête sulfonate, sulfate ou non ionique. Le savon est lui aussi, au sens large, un agent « détergent » (qui nettoie) — mais dans ce chapitre, les deux mots désignent deux familles chimiques distinctes.

La biodégradabilité d'un détergent dépend fortement de la forme de sa chaîne carbonée : une chaîne linéaire est dégradée par les bactéries (par β\beta-oxydation successive, depuis l'extrémité de la chaîne — le même mécanisme qui dégrade naturellement les acides gras) ; une chaîne ramifiée y résiste beaucoup plus longtemps.

Chimie & Co — Des rivières qui moussent

Dans les années 1950, l'industrie diffuse massivement des détergents à chaîne ramifiée (ABS). Bon marché et actifs même en eau dure, ils envahissent les foyers — mais résistent aux stations d'épuration. Au tournant des années 1960, plusieurs rivières d'Europe et d'Amérique du Nord se couvrent d'épais tapis de mousse, parfois sur des kilomètres à chaque chute d'eau. En 1961, l'Allemagne adopte la première loi mondiale imposant un taux minimal de biodégradabilité pour les tensioactifs de lessive ; l'industrie leur substitue alors des chaînes linéaires (LAS), biodégradables, encore utilisées aujourd'hui.

Les phosphates, longtemps ajoutés comme adjuvants (§6.4), posent un problème distinct : rejetés dans les rivières et les lacs, ils agissent comme un engrais et provoquent une prolifération explosive d'algues, l'eutrophisation ; leur décomposition consomme ensuite tout le dioxygène dissous, asphyxiant la faune aquatique. En Afrique, le lac Tchad — dont la superficie a diminué de plus de 90 %90\,\% depuis les années 1960, sous l'effet conjugué du changement climatique et des prélèvements pour l'irrigation — illustre la fragilité des grands lacs peu profonds du Sahel : les eaux usées chargées en phosphates (détergents domestiques, engrais agricoles) y ajoutent une pression supplémentaire sur la qualité de l'eau, en particulier près des rives densément peuplées.

6.4  Lessives et adjuvants

Une lessive moderne n'est presque jamais un tensioactif pur : elle contient des adjuvants. Les zéolithes (aluminosilicates), qui ont largement remplacé les phosphates, adoucissent l'eau par échange d'ions (elles captent Ca2+\text{Ca}^{2+}/Mg2+\text{Mg}^{2+} et libèrent Na+\text{Na}^+) sans risque d'eutrophisation. Des enzymes (protéases, lipases, amylases) digèrent spécifiquement les taches protéiques, grasses ou amylacées, même à basse température. Des azurants optiques, enfin, absorbent l'ultraviolet et le réémettent en bleu, compensant le léger jaunissement du linge blanc.

7Fabrication locale

7.1  Protocole général de fabrication

Méthode — fabriquer un savon

1. Fusion : faire fondre le corps gras (huile ou beurre). 2. Saponification : ajouter progressivement, en agitant à chaud (à reflux au laboratoire, pour éviter toute perte), la solution concentrée de soude ou de potasse ; poursuivre jusqu'à obtenir un mélange homogène et épais (la « trace »). 3. Relargage : verser dans une solution saturée de chlorure de sodium pour précipiter le savon (procédé « à chaud ») — à l'échelle artisanale, on laisse parfois simplement le mélange durcir par refroidissement, sans relargage séparé (procédé « à froid »). 4. Moulage : couler ou presser la pâte de savon dans des moules. 5. Séchage (cure) : laisser sécher plusieurs semaines à l'air libre ; la réaction résiduelle s'achève, l'eau s'évapore, le savon durcit et devient moins irritant pour la peau.

7.2  Savon de Marseille et savon industriel

Le procédé industriel reprend ces étapes à grande échelle, dans d'immenses chaudrons (« empâtage », cuisson, lavages successifs à l'eau salée, « liquidation », moulage).

Chimie & Co — L'édit de Colbert et le savon de Marseille (1688)

En octobre 1688, sur ordre de Colbert, ministre de Louis XIV, un édit royal réglemente strictement la fabrication du « véritable savon de Marseille » : cuisson exclusivement à l'huile d'olive, sans graisse animale ni autre huile, sous peine de destruction du produit non conforme. Cette exigence de pureté, à une époque où la fraude sur les corps gras était courante, a forgé la réputation du savon marseillais dans toute l'Europe. Aujourd'hui, l'appellation repose sur une règle héritée de cette tradition : au moins 72 %72\,\% de corps gras (huiles végétales), sans colorant ni parfum de synthèse pour le savon dit « traditionnel ».

7.3  Savon noir traditionnel

Le savon noir, préparé traditionnellement en Afrique de l'Ouest, illustre une chimie purement locale : on obtient la base par lixiviation des cendres de bois (on fait percoler de l'eau à travers les cendres), qui donne une lessive alcaline riche en carbonate et hydroxyde de potassium. Mélangée à chaud à de l'huile de palme ou du beurre de karité, cette potasse végétale sature progressivement les triglycérides : le savon obtenu, un carboxylate de potassium, est un savon mou (§3.2), pâteux, brun-noir, traditionnellement utilisé pour le corps comme pour le linge.

7.4  Savon au beurre de karité

Dans les coopératives féminines de Bamako ou de Ndjamena, le beurre de karité fondu est saponifié à chaud par une solution de soude, parfois complétée d'un peu d'huile végétale (arachide, coco) pour ajuster la dureté du savon final, puis parfumé et moulé en savonnettes.

Exemple — quantités pour un lot de savon au karité

Pour obtenir environ 1,00 kg1{,}00\ \text{kg} de savon (masse molaire moyenne 302 g⋅mol−1302\ \text{g·mol}^{-1}) à partir de beurre de karité (M=880 g⋅mol−1M=880\ \text{g·mol}^{-1}) et d'une solution de soude à c=8,0 mol⋅L−1c=8{,}0\ \text{mol·L}^{-1} :

  1. n(savon)=1 000302≈3,31 moln(\text{savon}) = \dfrac{1\,000}{302} \approx 3{,}31\ \text{mol}
  2. n(kariteˊ)=n(savon)3≈1,10 moln(\text{karité}) = \dfrac{n(\text{savon})}{3} \approx 1{,}10\ \text{mol}
  3. ⇒\Rightarrowm(kariteˊ)≈1,10×880≈971 gm(\text{karité}) \approx 1{,}10 \times 880 \approx 971\ \text{g}
  4. n(NaOH)=3×1,10≈3,31 moln(\text{NaOH}) = 3 \times 1{,}10 \approx 3{,}31\ \text{mol}
  5. ⇒\RightarrowV=3,318,0≈0,414 L=414 mLV = \dfrac{3{,}31}{8{,}0} \approx 0{,}414\ \text{L} = 414\ \text{mL}
Exemple — rendement d'un lot
  1. η=mreˊellemtheˊorique×100\eta = \dfrac{m_{\text{réelle}}}{m_{\text{théorique}}} \times 100
  2. η=860950×100\eta = \dfrac{860}{950} \times 100
  3. ≈\approx90,5 %90{,}5\,\%pertes lors du moulage, du séchage, de la filtration

Fiche mémo

  • Triglycéride = triester du glycérol (C3H8O3\text{C}_3\text{H}_8\text{O}_3, M=92M=92) + 3 acides gras ; Msimple=3Ma+38M_{\text{simple}} = 3M_a+38.
  • Acides gras usuels : palmitique C16 (M=256M=256), stéarique C18 (M=284M=284), oléique C18:1 (M=282M=282), linoléique C18:2 (M=280M=280).
  • Insaturation ⇒\Rightarrow point de fusion bas (huile liquide) ; indice d'iode IV=k×254×100MIV=\dfrac{k\times254\times100}{M} mesure l'insaturation.
  • Saponification : triglycéride + 3 NaOH+\ 3\,\text{NaOH}(ou KOH) ⟶\longrightarrow glycérol + 3 RCOONa+\ 3\,\text{RCOONa}(ou RCOOK) ; réaction lente, TOTALE, à reflux.
  • Relargage : ajout de NaCl saturé ⇒\Rightarrow précipitation du savon par effet d'ion commun ; le glycérol reste dissous.
  • Indice de saponification IS=168 300MIS = \dfrac{168\,300}{M} (mg de KOH par g de corps gras).
  • Rendement η=mreˊellemtheˊorique×100\eta = \dfrac{m_{\text{réelle}}}{m_{\text{théorique}}}\times100.
  • Ion carboxylate RCOO−\text{RCOO}^- : amphiphile — tête hydrophile, queue hydrophobe.
  • Micelle : queues dans la graisse, têtes vers l'eau ; émulsionne les graisses, empêche leur redépôt.
  • Eau dure : 2 RCOO−+Ca2+→(RCOO)2Ca↓2\,\text{RCOO}^- + \text{Ca}^{2+} \to (\text{RCOO})_2\text{Ca}\downarrow (précipité, savon gaspillé). Idem en eau acide (RCOOH insoluble) et en eau très salée.
  • Détergents de synthèse : sulfonates/sulfates d'alkyle R–SO3−Na+\text{R–SO}_3^-\text{Na}^+ ou R–OSO3−Na+\text{R–OSO}_3^-\text{Na}^+ ; sels de Ca/Mg solubles ⇒\Rightarrow efficaces en eau dure et en milieu acide.
  • Limites des détergents : biodégradabilité (chaîne linéaire > ramifiée) ; phosphates ⇒\Rightarrow eutrophisation, remplacés par les zéolithes.
  • Fabrication : fusion →\to saponification à chaud →\to relargage →\to moulage →\to séchage (cure). Savon dur (Na) ou mou (K, savon noir).

8Exercices corrigés

Niveau 1 — Application directe
1

Écris la formule brute et calcule la masse molaire de la tripalmitine, triglycéride simple formé de glycérol et de trois acides palmitiques (Ma=256 g⋅mol−1M_a=256\ \text{g·mol}^{-1}).

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Formule brute : C51H98O6\text{C}_{51}\text{H}_{98}\text{O}_6.

  1. M=3×256+38M = 3\times256+38
  2. ==768+38768+38
  3. ==806 g⋅mol−1806\ \text{g·mol}^{-1}
2

Écris l'équation de saponification de la tristéarine par la potasse (K++HO−\text{K}^+ + \text{HO}^-).

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CH2(OCOC17H35)–CH(OCOC17H35)–CH2(OCOC17H35)+3 KOH⟶CH2OH–CHOH–CH2OH+3 C17H35COOK\text{CH}_2(\text{OCOC}_{17}\text{H}_{35})\text{–CH}(\text{OCOC}_{17}\text{H}_{35})\text{–CH}_2(\text{OCOC}_{17}\text{H}_{35}) + 3\,\text{KOH} \longrightarrow \text{CH}_2\text{OH–CHOH–CH}_2\text{OH} + 3\,\text{C}_{17}\text{H}_{35}\text{COOK}

Le produit C17H35COOK\text{C}_{17}\text{H}_{35}\text{COOK} est un carboxylate de potassium : un savon mou.

3

Calcule la masse molaire du stéarate de sodium C17H35COONa\text{C}_{17}\text{H}_{35}\text{COONa}.

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  1. M=M(acide steˊarique)−1+23M = M(\text{acide stéarique}) - 1 + 23
  2. ==284−1+23284-1+23
  3. ==306 g⋅mol−1306\ \text{g·mol}^{-1}
4

Sur la formule de l'ion oléate C17H33COO−\text{C}_{17}\text{H}_{33}\text{COO}^-, identifie la partie hydrophile et la partie hydrophobe. Est-il plus soluble dans l'eau ou dans l'huile ?

Voir le corrigé détaillé

Le groupe –COO−\text{–COO}^- est la tête hydrophile (chargée, forme des liaisons avec l'eau) ; la chaîne C17H33–\text{C}_{17}\text{H}_{33}\text{–} est la queue hydrophobe (apolaire). L'ion est amphiphile : ni pleinement soluble dans l'eau pure, ni dans l'huile pure — c'est justement ce qui lui permet de se placer aux interfaces et de former des micelles.

5

Parmi (a) C15H31COONa\text{C}_{15}\text{H}_{31}\text{COONa} et (b) C15H31COOK\text{C}_{15}\text{H}_{31}\text{COOK}, lequel est un savon dur, lequel est un savon mou ?

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(a) est un carboxylate de sodium : savon dur. (b) est un carboxylate de potassium : savon mou.

6

Une eau contient [Ca2+]=2,5×10−3 mol⋅L−1\left[\text{Ca}^{2+}\right] = 2{,}5\times10^{-3}\ \text{mol·L}^{-1} (on néglige Mg2+\text{Mg}^{2+}). Sachant que 1 °f↔1,0×10−4 mol⋅L−11\,°f \leftrightarrow 1{,}0\times10^{-4}\ \text{mol·L}^{-1}, calcule sa dureté en °f°f et classe cette eau.

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  1. dureté =2,5×10−31,0×10−4= \dfrac{2{,}5\times10^{-3}}{1{,}0\times10^{-4}}
  2. ==25 °f25\,°f

15<25<3015 < 25 < 30 : cette eau est moyennement dure.

Niveau 2 — Approfondissement
7

On saponifie m=442 gm=442\ \text{g} d'huile assimilée à de la trioléine (M=884 g⋅mol−1M=884\ \text{g·mol}^{-1}) par un excès de soude. Calcule la masse théorique de savon (oléate de sodium, M=304 g⋅mol−1M=304\ \text{g·mol}^{-1}) et la masse de soude consommée. Si l'on ne récupère en pratique que 410 g410\ \text{g} de savon, quel est le rendement ?

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  1. n(huile)=442884=0,500 moln(\text{huile}) = \dfrac{442}{884} = 0{,}500\ \text{mol}
  2. n(NaOH)=3×0,500=1,50 moln(\text{NaOH}) = 3\times0{,}500 = 1{,}50\ \text{mol}
  3. ⇒\Rightarrowm(NaOH)=1,50×40=60,0 gm(\text{NaOH}) = 1{,}50\times40 = 60{,}0\ \text{g}
  4. n(savon)=3×0,500=1,50 moln(\text{savon}) = 3\times0{,}500 = 1{,}50\ \text{mol}
  5. ⇒\Rightarrowmtheˊo=1,50×304=456 gm_{\text{théo}} = 1{,}50\times304 = 456\ \text{g}
  6. η=410456×100\eta = \dfrac{410}{456}\times100
  7. ≈\approx89,9 %89{,}9\,\%
8

Calcule l'indice de saponification de la tripalmitine (M=806 g⋅mol−1M=806\ \text{g·mol}^{-1}). Un corps gras inconnu a un indice de saponification de 195 mg/g195\ \text{mg/g} : détermine sa masse molaire moyenne et propose un corps gras usuel cohérent.

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  1. IS(tripalmitine)=168 300806IS(\text{tripalmitine}) = \dfrac{168\,300}{806}
  2. ≈\approx208,8 mg/g208{,}8\ \text{mg/g}
  3. M=168 300195M = \dfrac{168\,300}{195}
  4. ≈\approx863 g⋅mol−1863\ \text{g·mol}^{-1}

Cette valeur est cohérente avec une huile d'arachide (indice de saponification usuel ≈190\approx 190 à 196 mg/g196\ \text{mg/g}), riche en acides gras en C18 majoritairement insaturés.

9

Une eau contient [Ca2+]=2,0×10−3 mol⋅L−1\left[\text{Ca}^{2+}\right] = 2{,}0\times10^{-3}\ \text{mol·L}^{-1}. On y dissout du stéarate de sodium (M=306 g⋅mol−1M=306\ \text{g·mol}^{-1}). Calcule, par litre, la masse de stéarate de calcium précipité et la masse de savon ainsi rendue inutile.

Voir le corrigé détaillé

2 C17H35COO−+Ca2+→(C17H35COO)2Ca↓2\,\text{C}_{17}\text{H}_{35}\text{COO}^- + \text{Ca}^{2+} \to (\text{C}_{17}\text{H}_{35}\text{COO})_2\text{Ca}\downarrow

  1. M(preˊcipiteˊ)=2×283+40=606 g⋅mol−1M(\text{précipité}) = 2\times283+40 = 606\ \text{g·mol}^{-1}
  2. n(preˊcipiteˊ)=n(Ca2+)=2,0×10−3 moln(\text{précipité}) = n(\text{Ca}^{2+}) = 2{,}0\times10^{-3}\ \text{mol}
  3. ⇒\Rightarrowm(preˊcipiteˊ)=2,0×10−3×606≈1,21 g/Lm(\text{précipité}) = 2{,}0\times10^{-3}\times606 \approx 1{,}21\ \text{g/L}
  4. n(savon consommeˊ)=2 n(Ca2+)=4,0×10−3 moln(\text{savon consommé}) = 2\,n(\text{Ca}^{2+}) = 4{,}0\times10^{-3}\ \text{mol}
  5. ⇒\Rightarrowm(savon consommeˊ)=4,0×10−3×306≈1,22 g/Lm(\text{savon consommé}) = 4{,}0\times10^{-3}\times306 \approx 1{,}22\ \text{g/L}
10

Sur la même eau qu'à l'exercice 9, on utilise cette fois un détergent de synthèse (dodécylbenzènesulfonate de sodium, M=348 g⋅mol−1M=348\ \text{g·mol}^{-1}) à la place du savon. Écris l'équation de sa mise en présence de Ca2+\text{Ca}^{2+}, sachant que le sulfonate de calcium correspondant est soluble. Quelle masse de tensioactif est perdue par litre ? Compare à l'exercice 9.

Voir le corrigé détaillé

2 C12H25C6H4SO3−(aq)+Ca2+(aq)⟶(C12H25C6H4SO3)2Ca (aq)2\,\text{C}_{12}\text{H}_{25}\text{C}_6\text{H}_4\text{SO}_3^-(aq) + \text{Ca}^{2+}(aq) \longrightarrow \left(\text{C}_{12}\text{H}_{25}\text{C}_6\text{H}_4\text{SO}_3\right)_2\text{Ca}\,(aq)

Le produit reste dissous (aq) : il n'y a pas de précipitation. La masse de tensioactif perdue est donc 0 g/L0\ \text{g/L}, contre 1,22 g/L1{,}22\ \text{g/L} pour le savon (exercice 9) : le détergent de synthèse reste intégralement disponible pour nettoyer dans cette eau dure.

Niveau 3 — Type bac
11

On saponifie une masse m=200 gm=200\ \text{g} d'huile de palme, assimilée à un triglycéride de masse molaire moyenne M=850 g⋅mol−1M=850\ \text{g·mol}^{-1}, par une solution de soude de concentration c=5,0 mol⋅L−1c=5{,}0\ \text{mol·L}^{-1}.

  1. Écris l'équation générale de la réaction (les acides gras seront notés RiCOOH\text{R}_i\text{COOH}).
  2. Calcule la quantité de matière d'huile engagée.
  3. En déduire le volume VV de solution de soude nécessaire pour saponifier exactement cette huile.
  4. Calcule la masse théorique de savon obtenue, en assimilant celui-ci à un carboxylate de sodium de masse molaire moyenne 306 g⋅mol−1306\ \text{g·mol}^{-1}.
  5. On recueille en réalité 205 g205\ \text{g} de savon après relargage et séchage. Calcule le rendement et propose une explication à la perte de matière.
Voir le corrigé détaillé

1.

CH2(OCOR1)–CH(OCOR2)–CH2(OCOR3)+3 NaOH⟶CH2OH–CHOH–CH2OH+R1COONa+R2COONa+R3COONa\text{CH}_2(\text{OCOR}_1)\text{–CH}(\text{OCOR}_2)\text{–CH}_2(\text{OCOR}_3) + 3\,\text{NaOH} \longrightarrow \text{CH}_2\text{OH–CHOH–CH}_2\text{OH} + \text{R}_1\text{COONa}+\text{R}_2\text{COONa}+\text{R}_3\text{COONa}

2.

  1. n(huile)=200850n(\text{huile}) = \dfrac{200}{850}
  2. ≈\approx0,235 mol0{,}235\ \text{mol}

3.

  1. n(NaOH)=3×0,235≈0,706 moln(\text{NaOH}) = 3\times0{,}235 \approx 0{,}706\ \text{mol}
  2. V=n(NaOH)c=0,7065,0V = \dfrac{n(\text{NaOH})}{c} = \dfrac{0{,}706}{5{,}0}
  3. ≈\approx0,141 L=141 mL0{,}141\ \text{L} = 141\ \text{mL}

4.

  1. n(savon)=3×0,235≈0,706 moln(\text{savon}) = 3\times0{,}235 \approx 0{,}706\ \text{mol}
  2. ⇒\Rightarrowmtheˊo=0,706×306≈216 gm_{\text{théo}} = 0{,}706\times306 \approx 216\ \text{g}

5.

  1. η=205216×100\eta = \dfrac{205}{216}\times100
  2. ≈\approx94,9 %94{,}9\,\%

La réaction elle-même est totale ; la perte de 5,1 %5{,}1\,\% provient des étapes physiques ultérieures : savon partiellement dissous dans les eaux de lavage du relargage, pertes lors de la filtration et du transfert, eau résiduelle emprisonnée dans la pâte.

12

Le tableau ci-dessous donne l'indice d'iode IVIV et l'indice de saponification ISIS de trois corps gras :

huile d'arachidehuile de palmebeurre de karité
IV (g I2/100g)IV\ (\text{g}\ \text{I}_2/100\text{g})925260
IS (mg/g)IS\ (\text{mg/g})192199182
  1. Classe ces trois corps gras par insaturation croissante. Lequel est liquide à température ambiante ? Justifie.
  2. À partir de l'indice de saponification de l'huile de palme, calcule sa masse molaire moyenne MM.
  3. Calcule, par conservation de la masse, la masse théorique de savon obtenue en saponifiant 1,00 kg1{,}00\ \text{kg} de cette huile de palme par de la soude.
Voir le corrigé détaillé

1. L'indice d'iode croît avec l'insaturation : palme (52) << karité (60) << arachide (92). L'huile d'arachide, la plus insaturée, a la température de fusion la plus basse : elle est liquide à température ambiante, contrairement au beurre de karité et à l'huile de palme, plus saturés et solides ou pâteux.

2.

  1. M=168 300199M = \dfrac{168\,300}{199}
  2. ≈\approx846 g⋅mol−1846\ \text{g·mol}^{-1}

3.

  1. n(huile)=1 000846≈1,182 moln(\text{huile}) = \dfrac{1\,000}{846} \approx 1{,}182\ \text{mol}
  2. m(NaOH)=3×1,182×40≈141,9 gm(\text{NaOH}) = 3\times1{,}182\times40 \approx 141{,}9\ \text{g}
  3. m(glyceˊrol)=1,182×92≈108,8 gm(\text{glycérol}) = 1{,}182\times92 \approx 108{,}8\ \text{g}
  4. ⇒\Rightarrowm(savon)=1 000+141,9−108,8m(\text{savon}) = 1\,000+141{,}9-108{,}8
  5. ≈\approx1 033 g1\,033\ \text{g}conservation de la masse : pas besoin de connaître M(savon)M(\text{savon})
13

Une famille de Bamako utilise, pour la lessive, V=10 LV=10\ \text{L} d'eau de puits de dureté 45 °f45\,°f, avec du savon assimilé à de l'oléate de sodium (M=304 g⋅mol−1M=304\ \text{g·mol}^{-1}).

  1. Convertis la dureté en concentration molaire de « calcium équivalent » (1 °f↔1,0×10−4 mol⋅L−11\,°f \leftrightarrow 1{,}0\times10^{-4}\ \text{mol·L}^{-1}), puis calcule la quantité de matière correspondante dans les 10 L10\ \text{L}.
  2. Calcule la masse de savon qui précipite inutilement dans cette eau avant tout pouvoir moussant.
  3. Le savon coûte 1 2001\,200 F CFA/kg, un détergent de synthèse équivalent (non consommé par la dureté) coûte 2 5002\,500 F CFA/kg. Pour un lavage nécessitant 50 g50\ \text{g} de tensioactif réellement actif, compare le coût total des deux options dans cette eau, et conclus.
Voir le corrigé détaillé

1.

  1. [Ca2+]eˊq=45×1,0×10−4=4,5×10−3 mol⋅L−1\left[\text{Ca}^{2+}\right]_{\text{éq}} = 45\times1{,}0\times10^{-4} = 4{,}5\times10^{-3}\ \text{mol·L}^{-1}
  2. n(Ca2+)=4,5×10−3×10=4,5×10−2 moln(\text{Ca}^{2+}) = 4{,}5\times10^{-3}\times10 = 4{,}5\times10^{-2}\ \text{mol}

2.

  1. n(savon preˊcipiteˊ)=2×n(Ca2+)=9,0×10−2 moln(\text{savon précipité}) = 2\times n(\text{Ca}^{2+}) = 9{,}0\times10^{-2}\ \text{mol}
  2. ⇒\Rightarrowm(savon preˊcipiteˊ)=9,0×10−2×304m(\text{savon précipité}) = 9{,}0\times10^{-2}\times304
  3. ≈\approx27,4 g27{,}4\ \text{g}

3.

  1. savon : masse totale nécessaire =27,4+50=77,4 g= 27{,}4+50 = 77{,}4\ \text{g}
  2. ⇒\Rightarrowcoût savon =77,4×1,2≈92,8= 77{,}4\times1{,}2 \approx 92{,}8 F CFA
  3. détergent : masse nécessaire =50 g= 50\ \text{g}non consommé par le calcium
  4. ⇒\Rightarrowcoût détergent =50×2,5=125= 50\times2{,}5 = 125 F CFA

Malgré le savon perdu par précipitation, le savon (≈93\approx 93 F CFA) reste ici moins cher que le détergent (125125 F CFA) : l'écart de prix unitaire compense la perte due à la dureté de l'eau. Une conclusion hâtive (« le détergent est toujours plus économique en eau dure ») aurait été fausse : seul le calcul permet de trancher.

Niveau 4 — Problèmes de vie courante
14

Coopérative de Ndjamena. Une coopérative de femmes fabrique du savon au beurre de karité (M=880 g⋅mol−1M=880\ \text{g·mol}^{-1}) à partir de m=6,0 kgm=6{,}0\ \text{kg} de beurre et d'une solution de soude en excès. Le savon obtenu a une masse molaire moyenne de 302 g⋅mol−1302\ \text{g·mol}^{-1}.

  1. Écris l'équation de la réaction (formule générale avec R).
  2. Calcule la quantité de matière de beurre engagée, puis la masse théorique de glycérol co-produite.
  3. Calcule la masse théorique de savon.
  4. Après démoulage et séchage, la coopérative obtient 55 savonnettes de 105 g105\ \text{g}. Calcule le rendement.
  5. Chaque savonnette est vendue 400400 F CFA ; le coût des matières premières (beurre, soude, combustible) s'élève à 18 00018\,000 F CFA. Calcule le bénéfice réalisé.
Voir le corrigé détaillé

1.

CH2(OCOR)–CH(OCOR)–CH2(OCOR)+3 NaOH⟶CH2OH–CHOH–CH2OH+3 RCOONa\text{CH}_2(\text{OCOR})\text{–CH}(\text{OCOR})\text{–CH}_2(\text{OCOR}) + 3\,\text{NaOH} \longrightarrow \text{CH}_2\text{OH–CHOH–CH}_2\text{OH} + 3\,\text{RCOONa}

2.

  1. n(kariteˊ)=6 000880n(\text{karité}) = \dfrac{6\,000}{880}
  2. ≈\approx6,82 mol6{,}82\ \text{mol}
  3. m(glyceˊrol)=6,82×92m(\text{glycérol}) = 6{,}82\times92
  4. ≈\approx627 g627\ \text{g}

3.

  1. n(savon)=3×6,82≈20,45 moln(\text{savon}) = 3\times6{,}82 \approx 20{,}45\ \text{mol}
  2. ⇒\Rightarrowmtheˊo=20,45×302≈6 177 gm_{\text{théo}} = 20{,}45\times302 \approx 6\,177\ \text{g}

4.

  1. mreˊelle=55×105=5 775 gm_{\text{réelle}} = 55\times105 = 5\,775\ \text{g}
  2. η=5 7756 177×100\eta = \dfrac{5\,775}{6\,177}\times100
  3. ≈\approx93,5 %93{,}5\,\%

5.

  1. recette =55×400=22 000= 55\times400 = 22\,000 F CFA
  2. bénéfice =22 000−18 000= 22\,000-18\,000
  3. ==4 0004\,000 F CFA
15

Fatimé, à Abéché. Pour chaque lessive, Fatimé utilise V=20 LV=20\ \text{L} d'eau. En saison sèche, elle puise une eau de dureté 40 °f40\,°f ; en saison des pluies, elle recueille une eau de pluie de dureté 2 °f2\,°f. Elle lave le linge avec un savon assimilé à de l'oléate de sodium (M=304 g⋅mol−1M=304\ \text{g·mol}^{-1}), 44 fois par semaine.

  1. Calcule la masse de savon précipitée inutilement par lessive dans chacune des deux eaux.
  2. En déduire la masse de savon supplémentaire gaspillée, par mois (4 semaines), en saison sèche par rapport à la saison des pluies.
  3. Sachant que le savon coûte 1 2001\,200 F CFA/kg, calcule le surcoût mensuel lié à la dureté de l'eau de puits.
Voir le corrigé détaillé

1.

  1. puits : n(Ca2+)=40×1,0×10−4×20=8,0×10−2 moln(\text{Ca}^{2+}) = 40\times1{,}0\times10^{-4}\times20 = 8{,}0\times10^{-2}\ \text{mol}
  2. mppt,puits=2×8,0×10−2×304≈48,6 gm_{\text{ppt,puits}} = 2\times8{,}0\times10^{-2}\times304 \approx 48{,}6\ \text{g}
  3. pluie : n(Ca2+)=2×1,0×10−4×20=4,0×10−3 moln(\text{Ca}^{2+}) = 2\times1{,}0\times10^{-4}\times20 = 4{,}0\times10^{-3}\ \text{mol}
  4. mppt,pluie=2×4,0×10−3×304≈2,4 gm_{\text{ppt,pluie}} = 2\times4{,}0\times10^{-3}\times304 \approx 2{,}4\ \text{g}

2.

  1. surplus par lessive =48,6−2,4=46,2 g= 48{,}6-2{,}4 = 46{,}2\ \text{g}
  2. 44 lessives/semaine × 4\times\ 4 semaines =16= 16 lessives/mois
  3. ⇒\Rightarrowsurplus mensuel =46,2×16≈739 g= 46{,}2\times16 \approx 739\ \text{g}

3.

  1. surcoût =0,739×1 200= 0{,}739\times1\,200
  2. ≈\approx887887 F CFA par mois

Ce surcoût, purement dû à la dureté de l'eau, justifierait par exemple d'utiliser un détergent de synthèse pendant la saison sèche.

16

Contrôle qualité, Dakar. Un laboratoire vérifie qu'un savon artisanal provient bien d'huile d'arachide pure (masse molaire moyenne attendue ≈870 g⋅mol−1\approx 870\ \text{g·mol}^{-1}, ISIS attendu ≈193 mg/g\approx 193\ \text{mg/g}). On prélève m=2,00 gm=2{,}00\ \text{g} de corps gras extrait du savon, saponifié à chaud par un excès connu de potasse : V1=25,0 mLV_1=25{,}0\ \text{mL} d'une solution de KOH\text{KOH} à c=0,500 mol⋅L−1c=0{,}500\ \text{mol·L}^{-1}. Après saponification complète, l'excès de potasse restant est dosé par une solution d'acide chlorhydrique à c′=0,500 mol⋅L−1c'=0{,}500\ \text{mol·L}^{-1} : il faut verser V2=15,4 mLV_2=15{,}4\ \text{mL} pour atteindre l'équivalence.

  1. Calcule la quantité de matière de KOH\text{KOH} initialement introduite, puis celle restée en excès.
  2. En déduire la quantité, puis la masse, de KOH\text{KOH} qui a réellement réagi avec le corps gras.
  3. Calcule l'indice de saponification mesuré, puis la masse molaire moyenne apparente du corps gras.
  4. Ce savon te semble-t-il conforme à une huile d'arachide pure ? Propose une explication.
Voir le corrigé détaillé

1.

  1. n1(KOH)=c×V1=0,500×25,0×10−3n_1(\text{KOH}) = c\times V_1 = 0{,}500\times25{,}0\times10^{-3}
  2. ==1,25×10−2 mol1{,}25\times10^{-2}\ \text{mol}
  3. n2(KOH exceˋs)=c′×V2=0,500×15,4×10−3n_2(\text{KOH excès}) = c'\times V_2 = 0{,}500\times15{,}4\times10^{-3}
  4. ==7,70×10−3 mol7{,}70\times10^{-3}\ \text{mol}

2.

  1. n(KOH reˊagi)=n1−n2=1,25×10−2−7,70×10−3n(\text{KOH réagi}) = n_1-n_2 = 1{,}25\times10^{-2}-7{,}70\times10^{-3}
  2. ==4,80×10−3 mol4{,}80\times10^{-3}\ \text{mol}
  3. ⇒\Rightarrowm(KOH reˊagi)=4,80×10−3×56,1×1000m(\text{KOH réagi}) = 4{,}80\times10^{-3}\times56{,}1\times1000
  4. ≈\approx269 mg269\ \text{mg}

3.

  1. IS=2692,00IS = \dfrac{269}{2{,}00}
  2. ≈\approx134,6 mg/g134{,}6\ \text{mg/g}
  3. M=168 300134,6M = \dfrac{168\,300}{134{,}6}
  4. ≈\approx1 250 g⋅mol−11\,250\ \text{g·mol}^{-1}

4.

La masse molaire apparente (≈1 250 g⋅mol−1\approx 1\,250\ \text{g·mol}^{-1}) est très supérieure à celle attendue pour l'huile d'arachide (≈870 g⋅mol−1\approx 870\ \text{g·mol}^{-1}), et l'indice de saponification mesuré (134,6 mg/g134{,}6\ \text{mg/g}) est nettement inférieur à la valeur attendue (≈193 mg/g\approx 193\ \text{mg/g}). L'échantillon a donc consommé moins de potasse que ne le ferait un gramme d'huile d'arachide pure : une partie de sa masse n'est probablement pas saponifiable — le savon est vraisemblablement additionné d'une charge non grasse (eau, charge minérale...), et n'est pas conforme à un savon d'huile d'arachide pure.

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Un corps gras (triglycéride) est, par définition :

Explication : Le glycérol porte trois fonctions alcool, chacune estérifiée par un acide gras : c'est un triester, avec départ de trois molécules d'eau.

Le glycérol, de formule C3H8O3\text{C}_3\text{H}_8\text{O}_3, a pour masse molaire :

Explication : M=3×12+8×1+3×16=36+8+48=92 g⋅mol−1M = 3\times12 + 8\times1 + 3\times16 = 36+8+48 = 92\ \text{g·mol}^{-1}.

Dans la formule générale d'un acide gras CnH2n−2kO2\text{C}_n\text{H}_{2n-2k}\text{O}_2, l'entier kk représente :

Explication : k=0k=0 correspond à un acide saturé ; k=1k=1 à une insaturation (comme l'acide oléique), k=2k=2 à deux (acide linoléique).

Parmi ces quatre acides gras, lequel possède deux doubles liaisons C=C\text{C=C} (k=2k=2) ?

Explication : Palmitique et stéarique sont saturés (k=0k=0) ; l'oléique est mono-insaturé (k=1k=1, C18:1) ; le linoléique est di-insaturé (k=2k=2, C18:2).

Quelle est la masse molaire de la tristéarine, triglycéride simple formé à partir de trois acides stéariques (Ma=284 g⋅mol−1M_a = 284\ \text{g·mol}^{-1}) ?

Explication : M=3Ma+38M = 3M_a + 38
=3×284+38= 3\times284+38
=852+38=890 g⋅mol−1= 852+38 = 890\ \text{g·mol}^{-1}.

La saponification d'un triglycéride est :

Explication : C'est la réaction inverse de l'estérification, mais en milieu basique fort : elle libère le glycérol et transforme les chaînes grasses en ions carboxylate RCOO−\text{RCOO}^-, le savon.

On saponifie m=445 gm = 445\ \text{g} de tristéarine (M=890 g⋅mol−1M = 890\ \text{g·mol}^{-1}) par un excès de soude. Le stéarate de sodium formé a pour masse molaire 306 g⋅mol−1306\ \text{g·mol}^{-1}. Quelle masse théorique de savon obtient-on ?

Explication : n(huile)=445890=0,500 moln(\text{huile}) = \dfrac{445}{890} = 0{,}500\ \text{mol}
n(savon)=3×0,500=1,50 moln(\text{savon}) = 3\times0{,}500 = 1{,}50\ \text{mol}
m=1,50×306=459 gm = 1{,}50\times306 = 459\ \text{g}.

L'indice d'iode de l'acide palmitique, acide gras saturé (k=0k=0), vaut :

Explication : IV=k×254×100MIV = \dfrac{k\times254\times100}{M}. Avec k=0k=0 (aucune double liaison), IV=0IV=0 : un corps gras totalement saturé n'additionne pas de diiode.

Un corps gras a une masse molaire moyenne M=850 g⋅mol−1M = 850\ \text{g·mol}^{-1}. Son indice de saponification ISIS vaut environ :

Explication : IS=168 300M=168 300850≈198 mg/gIS = \dfrac{168\,300}{M} = \dfrac{168\,300}{850} \approx 198\ \text{mg/g}.

Lors du relargage, pourquoi l'ajout de chlorure de sodium saturé fait-il précipiter le savon ?

Explication : L'équilibre RCOONa (s)⇌RCOO−(aq)+Na+(aq)\text{RCOONa (s)} \rightleftharpoons \text{RCOO}^-(aq) + \text{Na}^+(aq) est déplacé, selon la loi de modération, vers la précipitation quand on augmente [Na+][\text{Na}^+] : c'est un effet d'ion commun.

Pour un triglycéride simple, la relation entre l'indice de saponification ISIS et la masse molaire MM est :

Explication : Pour 1 g de corps gras, n(KOH)=3M moln(\text{KOH}) = \dfrac{3}{M}\ \text{mol}, soit m(KOH)=3×56,1×1000M=168 300M mgm(\text{KOH}) = \dfrac{3\times56{,}1\times1000}{M} = \dfrac{168\,300}{M}\ \text{mg}.

Contrairement à l'hydrolyse acide d'un ester, qui est lente et limitée (équilibre), la saponification est :

Explication : L'ion hydroxyde transforme l'ester en ion carboxylate, stabilisé par délocalisation de charge, qui ne peut pas redonner l'ester : la réaction est quantitative (totale), même si elle reste lente à froid.

Quand le savon élimine une tache de graisse par lavage, il :

Explication : La graisse n'est jamais scindée en petites molécules solubles : elle reste intacte, fragmentée en gouttelettes microscopiques encapsulées dans des micelles. C'est une dispersion (émulsion), pas une dissolution — l'erreur classique est de parler de « dissolution ».

Une fabrication de savon a une masse théorique de 500 g500\ \text{g} ; on récupère en réalité 460 g460\ \text{g} après séchage. Le rendement de cette fabrication est :

Explication : η=mreˊellemtheˊorique×100=460500×100=92,0 %\eta = \dfrac{m_{\text{réelle}}}{m_{\text{théorique}}}\times100 = \dfrac{460}{500}\times100 = 92{,}0\,\%.

Un carboxylate de potassium RCOOK\text{RCOOK} est appelé :

Explication : Le contre-ion détermine la texture : sodium → savon dur (compact), potassium → savon mou (onctueux), comme le savon noir traditionnel.

En eau dure, quelle équation décrit correctement la formation de la « chaux de savon » à partir d'un ion carboxylate et de l'ion calcium ?

Explication : Il faut deux ions carboxylate pour neutraliser la charge 2+2+ de l'ion calcium : le précipité est (RCOO)2Ca(\text{RCOO})_2\text{Ca}, sans aucun pouvoir détergent.

Les détergents de synthèse (sulfonates ou sulfates d'alkyle) restent efficaces en eau dure car :

Explication : Contrairement aux carboxylates, les sels de calcium/magnésium des sulfonates et sulfates d'alkyle ne précipitent pas : le détergent reste intégralement disponible pour nettoyer, même en eau dure.

L'huile d'arachide, riche en acides gras insaturés, est liquide à température ambiante, alors que le beurre de karité, plus saturé, est solide. Cela s'explique par :

Explication : Une double liaison cis « coude » la chaîne carbonée : les molécules s'empilent moins bien, les interactions de Van der Waals entre chaînes voisines sont plus faibles, et le solide fond à plus basse température.

Dans 5,0 L5{,}0\ \text{L} d'une eau de puits de dureté 30 °f30\,°f (1 °f↔1,0×10−4 mol⋅L−11\,°f \leftrightarrow 1{,}0\times10^{-4}\ \text{mol·L}^{-1}), quelle masse de savon (oléate de sodium, M=304 g⋅mol−1M = 304\ \text{g·mol}^{-1}) précipite inutilement avant l'apparition de la mousse ?

Explication : [Ca2+]=30×1,0×10−4=3,0×10−3 mol⋅L−1[\text{Ca}^{2+}] = 30\times1{,}0\times10^{-4} = 3{,}0\times10^{-3}\ \text{mol·L}^{-1}
n(Ca2+)=3,0×10−3×5,0=1,5×10−2 moln(\text{Ca}^{2+}) = 3{,}0\times10^{-3}\times5{,}0 = 1{,}5\times10^{-2}\ \text{mol}
n(savon preˊcipiteˊ)=2×1,5×10−2=3,0×10−2 moln(\text{savon précipité}) = 2\times1{,}5\times10^{-2} = 3{,}0\times10^{-2}\ \text{mol}
m=3,0×10−2×304≈9,12 gm = 3{,}0\times10^{-2}\times304 \approx 9{,}12\ \text{g}.

Deux corps gras différents ont exactement le même indice de saponification ISIS. Que peut-on en conclure avec certitude ?

Explication : IS=168 300MIS = \dfrac{168\,300}{M} ne dépend que de MM, pas du nombre de doubles liaisons kk : c'est l'indice d'iode IVIV, et non l'indice de saponification, qui renseigne sur l'insaturation. Le piège classique est de confondre ces deux indices.
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