Verse de l'acide chlorhydrique sur un morceau de craie : ça pétille aussitôt, la réaction est terminée en quelques secondes. Laisse un clou en fer dehors, sous la pluie : il faudra des mois, parfois des années, pour qu'il soit entièrement rouillé. Dans les deux cas la transformation chimique est totale — les réactifs finissent par disparaître complètement — mais à des vitesses radicalement différentes. Jusqu'ici, en construisant un tableau d'avancement, tu as appris à prévoir où s'arrête une transformation. Ce chapitre répond à une tout autre question : à quelle vitesse l'état final est-il atteint ?
C'est l'objet de la cinétique chimique. Elle est partout dans ton quotidien, bien au-delà du laboratoire : la date de péremption d'un médicament ou d'un yaourt, la nécessité de conserver la viande au réfrigérateur, le temps de cuisson d'un plat à la cocotte-minute, le déclenchement en quelques millisecondes d'un airbag, ou encore le pot catalytique qui dépollue les gaz d'échappement d'une voiture : tout cela relève de la vitesse des réactions chimiques, et des moyens de l'augmenter ou de la diminuer.
Au baccalauréat, ce chapitre donne lieu à des exercices très reconnaissables : on te fournit une courbe expérimentale — un avancement , une concentration , une absorbance — et on te demande d'en extraire des informations physiques précises par une lecture graphique rigoureuse : une vitesse à un instant donné, un temps de demi-réaction, l'effet d'un paramètre expérimental. La difficulté n'est presque jamais dans le calcul : elle est dans la rigueur de la lecture graphique et dans les unités. C'est précisément ce que ce chapitre va t'entraîner à maîtriser.
Tu vas donc apprendre à définir proprement une vitesse de réaction, à la déterminer à partir d'une courbe, à repérer un temps de demi-réaction, à décrire quatre méthodes expérimentales de suivi d'une transformation, puis à expliquer — à l'échelle microscopique des chocs entre molécules — pourquoi la concentration, la température ou un catalyseur changent cette vitesse. Comme toujours : on pose les définitions au propre, on rédige chaque calcul étape par étape, et on n'oublie jamais une unité.
1Vitesse de formation et de disparition
1.1 Transformations lentes et rapides
Toutes les transformations chimiques n'évoluent pas au même rythme. On qualifie une transformation de rapide lorsqu'elle semble terminée dès que les réactifs sont mis en contact — en général moins d'une seconde à l'échelle d'une observation à l'œil nu : précipitation des ions argent et chlorure , combustion, réaction entre les ions et . À l'inverse, une transformation lente se déroule sur une durée observable — de quelques secondes à plusieurs années : rouille d'une carrosserie, fermentation, ou la réaction entre les ions peroxodisulfate et iodure qui servira de fil rouge à ce chapitre.
Le déclenchement d'un airbag repose sur la décomposition explosive de l'azoture de sodium, déclenchée électriquement :
Le diazote libéré gonfle le coussin en moins de — environ vingt fois plus vite qu'un clignement de paupière. C'est l'exact opposé de la rouille : même type de transformation (une réaction totale), des vitesses aux antipodes.
Entre ces deux extrêmes, la cinétique chimique étudie précisément l'évolution temporelle d'une transformation, c'est-à-dire sa vitesse.
1.2 Rappel : avancement et tableau d'avancement
Reprenons l'outil vu en classe de Première. Pour une réaction d'équation , on définit l'avancement (en ) par le tableau d'avancement :
| Équation | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| État initial | |||||
| À l'instant |
Jusqu'ici, tu as traité comme une simple variable, sans te soucier de la durée nécessaire pour l'atteindre. Toute la nouveauté de ce chapitre tient en une phrase : l'avancement est en réalité une fonction du temps, notée , qui croît de à jusqu'à sa valeur finale (l'avancement maximal , si la réaction est totale).
1.3 Vitesse volumique de réaction
Pour une transformation d'avancement se déroulant dans un volume supposé constant, on appelle vitesse volumique de la réaction à l'instant la grandeur :
Elle s'exprime en lorsque est en , en et en — les unités du Système international.
Sur un graphique, est souvent en et en : la pente lue sur la courbe est alors en , pas en . L'un des pièges les plus fréquents au bac est d'oublier de convertir — , — avant de diviser par . Prends l'habitude de convertir dès la première ligne du calcul.
Sur la courbe , la vitesse à l'instant est, au facteur près, le coefficient directeur de la tangente à la courbe au point d'abscisse . On trace cette tangente le plus précisément possible, on lit les coordonnées de deux points bien séparés de la droite, on calcule sa pente, puis on divise par .
On étudie, en solution aqueuse acidifiée, la réaction entre les ions peroxodisulfate et les ions iodure (en excès), dans un volume :
La tangente à l'origine (figure 1, en bleu) passe par les points et .
- coefficient directeur de la tangente en
- conversion , puis division par en L
Douze minutes plus tard, la tangente en (en vert) est beaucoup moins pentue : un calcul identique donne , soit exactement quatre fois moins que . C'est un résultat général : à mesure que les réactifs sont consommés, la vitesse de la réaction diminue — elle est presque toujours maximale au tout début de la transformation.
1.4 Vitesses de formation et de disparition d'une espèce
Pour la réaction , on définit la vitesse de disparition d'un réactif et la vitesse de formation d'un produit par et . Elles sont reliées à la vitesse volumique de la réaction par les coefficients stœchiométriques :
D'après le tableau d'avancement, , avec et constants. En dérivant par rapport au temps :
- par définition de
Le même raisonnement, appliqué à , donne . C.Q.F.D.
« La » vitesse de la réaction n'a de sens que rapportée à (ce qui revient à l'espèce de coefficient stœchiométrique ). Parler de « la vitesse » sans préciser l'espèce, dès qu'un coefficient diffère de , est une confusion fréquente : et ne sont pas égales pour la réaction étudiée ici.
Pour : , , , . Avec trouvé plus haut :
Les ions iodure disparaissent deux fois plus vite que ne se forme le diiode : c'est exactement ce qu'impose la stœchiométrie de l'équation.
La cinétique chimique naît véritablement en 1850, quand le physicien allemand Ludwig Wilhelmy étudie l'inversion du sucre (l'hydrolyse du saccharose en glucose et fructose) en milieu acide. En suivant, minute après minute, la rotation de la lumière polarisée par la solution — le saccharose et ses produits ne dévient pas la lumière de la même façon —, il établit la première loi de vitesse jamais formulée mathématiquement : la vitesse de disparition du saccharose y est, à chaque instant, proportionnelle à la quantité de saccharose restante. C'est la première fois qu'une vitesse de réaction est reliée à une concentration par une équation.
2Suivi temporel d'une transformation
Pour tracer une courbe ou , il faut une méthode expérimentale permettant de mesurer, à intervalles de temps rapprochés, une grandeur physique liée à l'avancement. On distingue les suivis discontinus — par dosage, la réaction est interrompue à chaque mesure — des suivis continus — conductimétrie, pression, spectrophotométrie —, qui enregistrent la grandeur physique sans jamais arrêter la transformation.
2.1 Suivi par dosage : prélèvement et trempe
À intervalles de temps réguliers, on prélève un petit volume du mélange réactionnel, puis on bloque quasi instantanément la transformation dans ce prélèvement — le plus souvent par une trempe : une immersion brutale dans un bain de glace, qui abaisse fortement la température (voir 4.2 : la température, facteur cinétique). On dose alors, sans urgence, l'espèce voulue dans chaque prélèvement refroidi : chaque dosage donne un point de la courbe.
Dans la réaction peroxodisulfate/iodure, chaque prélèvement de diiode formé est dosé par une solution de thiosulfate de sodium, selon la réaction (rapide et totale) :
reconnaissable, en présence d'empois d'amidon, par la décoloration bleu-nuit incolore à l'équivalence. Pour un prélèvement où , dosé par une solution de thiosulfate à :
- à l'équivalence,
2.2 Suivi par conductimétrie
La conductimétrie mesure la conductivité d'une solution, liée à la concentration de chaque ion par la loi de Kohlrausch (rappel de Première) :
où les sont les conductivités molaires ioniques. Ce suivi convient à toute réaction où la quantité totale d'ions en solution varie — c'est un suivi continu : la sonde reste plongée dans le mélange, qui n'est ni prélevé ni interrompu.
En solution aqueuse, le 2-chloro-2-méthylpropane , non ionique, réagit lentement avec l'eau :
Le mélange initial, quasiment sans ions, voit apparaître des ions et : la conductivité , nulle (ou presque) à , croît jusqu'à un palier atteint quand tout le réactif organique est consommé. Cette croissance, proportionnelle à en solution diluée, permet de suivre la réaction sans jamais l'interrompre.
2.3 Suivi par mesure de pression
Lorsqu'une réaction produit ou consomme un gaz dans une enceinte fermée, de volume gazeux et de température constants, la pression totale varie. Pour un gaz supposé parfait, produit en quantité :
Un capteur de pression relié à une interface d'acquisition enregistre en continu ; on en déduit , donc , par la stœchiométrie de l'équation.
Ne confonds pas le volume de la phase gazeuse (au-dessus du liquide, utilisé dans la loi des gaz parfaits) et le volume de la solution (utilisé dans ) : ce sont deux volumes différents, à ne jamais additionner ni confondre.
La décomposition, catalysée, de l'eau oxygénée dégage du dioxygène :
Dans un ballon fermé de volume gazeux , à , la pression a augmenté de . Avec :
soit , le dioxygène ayant un coefficient stœchiométrique égal à dans l'équation ci-dessus.
2.4 Suivi par spectrophotométrie : loi de Beer-Lambert
Pour une espèce colorée, en solution diluée, traversée par une lumière monochromatique, l'absorbance (sans unité) est proportionnelle à la concentration de l'espèce :
où est le coefficient d'absorption molaire de l'espèce à la longueur d'onde choisie (en ) et la largeur de la cuve (en ). est mesurée par un spectrophotomètre, en continu.
Le diiode formé lors de la réaction colore la solution : sa formation peut donc être suivie par spectrophotométrie. Avec et une cuve de largeur , une absorbance mesurée correspond à :
Cette réaction, catalysée par les ions , est étudiée en détail section 5 (catalyse homogène) ; sa courbe complète est exploitée section 6.
3Temps de demi-réaction
Comparer directement deux courbes de vitesse est malaisé : la vitesse varie sans cesse, et il faudrait comparer une infinité de tangentes. On préfère un indicateur unique, une durée caractéristique de la transformation : le temps de demi-réaction.
3.1 Définition
Le temps de demi-réaction est la durée au bout de laquelle l'avancement atteint la moitié de sa valeur finale :
Sur une courbe de concentration d'un réactif (décroissante), il est tentant de chercher où vaut . Ce n'est correct que si le réactif est totalement consommé (). Dans le cas général :
3.2 Détermination graphique de
- repérer la valeur finale (palier, asymptote horizontale de la courbe) ;
- placer sur l'axe des ordonnées, puis tracer l'horizontale jusqu'à la courbe ;
- du point d'intersection, tracer la verticale jusqu'à l'axe des abscisses : on lit .
La courbe de la figure 4 tend vers un palier . La demi-valeur est atteinte, par lecture graphique, pour , ce que confirme le tableau de mesures :
| (min) | |||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| (mL) |
3.3 Intérêt et limites de
permet de comparer rapidement deux cinétiques sans tracer ni comparer de tangentes : plus est court, plus la transformation est rapide. C'est aussi un moyen pratique de savoir quand une transformation, dont l'avancement final n'est atteint que de façon asymptotique, peut être considérée comme achevée : au bout de , l'avancement dépasse toujours de .
On verra section 4 (figure 5) que le temps de demi-réaction d'une même réaction vaut à , contre seulement à . Sans tracer aucune tangente, cette seule comparaison suffit à conclure : la réaction est fois plus rapide à .
4Facteurs cinétiques : concentration, température, catalyseur
De nombreux paramètres expérimentaux modifient la vitesse d'une réaction sans changer son état final . Les identifier — et savoir dans quel sens ils agissent — est l'un des objectifs centraux de ce chapitre.
4.1 Interprétation microscopique : les chocs efficaces
À l'échelle microscopique, une réaction a lieu lorsque des entités réactives (molécules, ions) entrent en collision. Un choc ne conduit à une transformation que s'il est efficace : les entités doivent se rencontrer avec une orientation favorable et une énergie cinétique suffisante pour franchir la barrière d'énergie de la réaction (l'énergie d'activation , voir figure 7). Plus les chocs efficaces sont fréquents par unité de temps, plus la réaction est rapide.
Cette unique idée explique, à elle seule, l'effet de la concentration et celui de la température.
4.2 Influence de la concentration des réactifs
Plus les concentrations des réactifs sont élevées, plus les entités réactives sont nombreuses par unité de volume : les chocs — donc les chocs efficaces — sont plus fréquents. La vitesse de la réaction augmente avec les concentrations des réactifs, à tout instant .
Sur la figure 6, la tangente à l'origine de la courbe passe par ; celle de passe par .
En doublant la concentration initiale du réactif limitant, la vitesse initiale a été multipliée par quatre dans cet exemple — la relation entre vitesse et concentration n'est donc pas toujours une simple proportionnalité, mais le sens de variation, lui, est général : qui dit concentration plus grande dit réaction plus rapide.
4.3 Influence de la température
Élever la température augmente l'agitation thermique des entités : les chocs sont plus fréquents, mais surtout la proportion de chocs suffisamment énergétiques pour franchir augmente très fortement — c'est cet effet qui domine. La vitesse d'une réaction augmente avec la température. Réciproquement, abaisser fortement la température (une trempe, 2.1) ralentit la réaction au point de la considérer comme quasiment stoppée à l'échelle de temps d'un dosage.
Dès 1884, le chimiste néerlandais Jacobus van 't Hoff — premier lauréat du prix Nobel de chimie en 1901 — remarque empiriquement qu'une hausse de multiplie souvent la vitesse d'une réaction par un facteur compris entre et , sans savoir encore pourquoi. Il faut attendre 1889 pour que le Suédois Svante Arrhenius, en s'appuyant sur la théorie des chocs, propose une loi reliant précisément la vitesse à la température et à l'énergie d'activation — donnant enfin un fondement théorique à la règle empirique de van 't Hoff.
Ralentir : le réfrigérateur. Conserver un aliment au froid ralentit les réactions (souvent enzymatiques) de dégradation qui le font pourrir : à , ces réactions sont plusieurs dizaines de fois plus lentes qu'à , température fréquente à Ndjamena — d'où l'intérêt d'une chaîne du froid ininterrompue.
Accélérer : la cocotte-minute. À Dakar, cuire du niébé (haricots) à la cocotte-minute permet à la vapeur, qui ne peut s'échapper, de porter la pression — et donc la température d'ébullition de l'eau — bien au-delà de (jusqu'à – sous une surpression de ). Cette élévation de température accélère considérablement les réactions de cuisson, divisant le temps de cuisson par à .
4.4 Le catalyseur, un facteur cinétique à part
Un catalyseur est une espèce chimique qui augmente la vitesse d'une réaction sans figurer dans l'équation-bilan et sans être consommée : on la retrouve intacte, en quantité inchangée, à la fin de la transformation. Contrairement aux trois facteurs précédents, un catalyseur est spécifique : il n'accélère en général qu'un type de réaction bien précis. La section 5 lui est entièrement consacrée.
4.5 Autres facteurs : état de surface et lumière
- concentration des réactifs (4.2) ;
- température (4.3) ;
- catalyseur (4.4, section 5) ;
- état de surface d'un réactif solide ;
- lumière, pour les réactions photochimiques.
Pour un réactif solide, seule la surface en contact avec les autres réactifs réagit : plus cette surface est grande, plus la réaction est rapide, à quantité de matière égale. Du zinc en poudre réagit avec l'acide chlorhydrique bien plus vite que le même zinc en un seul morceau compact — c'est aussi pourquoi les catalyseurs hétérogènes (5.3) sont toujours utilisés sous une forme très divisée. Certaines réactions, enfin, ne sont accélérées — ou même rendues possibles — que sous l'effet de la lumière : on parle de réactions photochimiques. C'est le cas du noircissement du bromure d'argent en photographie argentique, ou de la dégradation de certains médicaments, conservés pour cette raison dans des flacons teintés.
5Catalyse homogène, hétérogène, enzymatique
5.1 Définition générale et profil énergétique
Un catalyseur agit en ouvrant un nouveau chemin réactionnel, le plus souvent en plusieurs étapes faisant intervenir des intermédiaires, dont chaque étape a une énergie d'activation plus faible que celle du chemin direct. Il ne modifie ni l'état initial, ni l'état final, ni l'enthalpie de réaction — seule la vitesse pour atteindre change.
Erreur fréquente : un catalyseur n'augmente pas la quantité de produit obtenue. L'avancement final est rigoureusement le même avec ou sans catalyseur ; seul le temps nécessaire pour l'atteindre — donc — diminue.
5.2 Catalyse homogène
La catalyse est dite homogène lorsque le catalyseur est dans la même phase que les réactifs — le plus souvent, tous en solution aqueuse.
Ajoutés en petite quantité, les ions fer(III) accélèrent nettement cette réaction, normalement lente, en deux étapes qui régénèrent le catalyseur :
- étape 1 :
- étape 2 :
- bilan : les ions et s'éliminent : le catalyseur, consommé à l'étape 1, est régénéré à l'étape 2
5.3 Catalyse hétérogène
La catalyse est dite hétérogène lorsque le catalyseur est dans une phase différente de celle des réactifs — le plus souvent un solide, en contact avec des réactifs liquides ou gazeux. La réaction se déroule à la surface du solide : le catalyseur est donc toujours utilisé très divisé (poudre, grille), afin de maximiser l'aire de contact (voir 4.5).
À la sortie du moteur d'une automobile, les gaz d'échappement traversent un pot catalytique contenant du platine et du rhodium, très divisés sur un support céramique. Le monoxyde de carbone et les hydrocarbures imbrûlés y sont oxydés, tandis que les oxydes d'azote y sont réduits :
Sans catalyseur, ces réactions seraient bien trop lentes, à la température des gaz d'échappement, pour dépolluer efficacement avant le rejet à l'atmosphère.
5.4 Catalyse enzymatique
Les enzymes sont les catalyseurs des organismes vivants. Elles se distinguent des catalyseurs chimiques « classiques » par une efficacité considérable (accélérations d'un facteur à ) et une très grande spécificité : une enzyme donnée n'accélère en général qu'une seule réaction, sur un seul type de molécule (le « substrat »). Elles n'agissent que dans des conditions douces de température et de pH, hors desquelles elles se dénaturent et perdent toute activité.
L'amylase, présente dans la salive et le suc pancréatique, hydrolyse les longues chaînes d'amidon en molécules plus courtes (maltose, puis glucose) — la première étape de la digestion des féculents.
Le lait caillé, consommé dans toute l'Afrique de l'Ouest, résulte de la fermentation lactique : des enzymes bactériennes transforment le lactose du lait en acide lactique, qui fait cailler la caséine :
La bière de mil (dolo, bili-bili), traditionnelle en Afrique de l'Ouest, est obtenue en deux temps : les amylases du mil maltouté hydrolysent d'abord l'amidon en sucres fermentescibles, que des levures transforment ensuite par fermentation alcoolique :
C'est le chimiste suédois Jöns Jacob Berzelius qui, en 1835, forge le mot « catalyse » (du grec katalusis, « dissolution », « rupture ») pour regrouper sous un même concept plusieurs phénomènes jusque-là considérés séparément — l'action de l'acide sulfurique sur l'amidon, celle du platine sur les mélanges gazeux. Il faudra encore soixante ans, et les travaux du chimiste allemand Eduard Buchner en 1897 — qui montre que la fermentation se poursuit même en l'absence de toute cellule vivante, grâce à des extraits de levure — pour comprendre que les catalyseurs biologiques, les enzymes, obéissent aux mêmes lois que les catalyseurs chimiques.
La décomposition de l'eau oxygénée (2.3) a, à température ambiante, un temps de demi-réaction voisin de sans catalyseur. En présence d'une pointe de spatule de dioxyde de manganèse (catalyseur hétérogène), chute à environ — la réaction est vingt-cinq fois plus rapide — alors que le volume final de dioxygène dégagé, , reste rigoureusement inchangé : exactement ce qu'annonçait la propriété de 5.1.
6Exploitation de courbes
Ce chapitre s'achève par la compétence la plus attendue au baccalauréat : lire une courbe expérimentale et en extraire, avec rigueur, toutes les informations cinétiques qu'elle contient. Reprenons, sur un exemple complet, l'ensemble de la méthode.
- identifier la grandeur tracée en ordonnée et sa relation avec (proportionnalité, le plus souvent) ;
- tracer la tangente à l'origine pour obtenir , la vitesse initiale, maximale ;
- tracer une tangente en un instant quelconque, pour mesurer la diminution de la vitesse ;
- repérer le palier ( ou ), puis sa moitié, pour déterminer ;
- convertir systématiquement toutes les unités avant de conclure.
La figure 8 donne l'absorbance , mesurée avec et .
Vitesse initiale. La tangente à l'origine passe par et :
- pente
- a un coefficient stœchiométrique :
Vitesse en . La tangente en ce point (figure 8, vert) est quatre fois moins pentue : .
Temps de demi-réaction. Le palier vaut ; est atteint pour , lu directement sur la figure 8.
Reprenons la figure 6 (deux concentrations initiales). Sans tracer aucune tangente, on peut déjà comparer les deux expériences par leur seule allure : la courbe (rouge) est partout au-dessus de (bleu) et atteint son palier bien plus tôt : l'expérience la plus concentrée est à la fois plus rapide à tout instant et d'avancement final plus élevé. Une lecture graphique qualitative, bien argumentée, est aussi valorisée au bac qu'un calcul.
Fiche mémo
- Vitesse volumique de réaction : , en .
- Graphiquement, est, au facteur près, la pente de la tangente à en .
- ; : ne jamais oublier les coefficients stœchiométriques.
- La vitesse est presque toujours maximale à , puis diminue à mesure que les réactifs sont consommés.
- Temps de demi-réaction : ; si le réactif n'est pas totalement consommé, .
- Quatre suivis expérimentaux : dosage (prélèvement + trempe, discontinu) ; conductimétrie ; pression () ; spectrophotométrie () — ces trois derniers continus.
- Facteurs cinétiques : concentration, température, catalyseur, état de surface, lumière — tous agissent sur la fréquence des chocs efficaces.
- Élever la température augmente surtout la proportion de chocs efficaces (franchissement de ) ; refroidir (trempe) ralentit voire bloque la réaction.
- Un catalyseur accélère la réaction en abaissant (nouveau chemin réactionnel) sans changer ni , ni ; il n'apparaît pas dans l'équation-bilan et n'est pas consommé.
- Catalyse homogène : même phase (ex. ) ; hétérogène : phase différente, solide divisé (ex. platine) ; enzymatique : très efficace et très spécifique (amylase, fermentations).
- Méthode de lecture d'une courbe : tangente à l'origine (), tangente en un point (), palier et sa moitié () — toujours avec les bonnes unités.
7Exercices corrigés
Classe chacune des transformations suivantes en « rapide » ou « lente », en justifiant brièvement : a) précipitation du chlorure d'argent par mélange de nitrate d'argent et de chlorure de sodium ; b) dépôt de cuivre métallique sur une lame de zinc plongée dans une solution de sulfate de cuivre ; c) formation de la rouille sur une grille en fer exposée à l'air humide ; d) combustion du butane dans un réchaud.
Voir le corrigé détaillé
a) Rapide : la précipitation entre ions est quasi instantanée. b) Lente : le dépôt de cuivre devient visible en plusieurs minutes. c) Lente : la rouille apparaît en plusieurs semaines, voire plusieurs mois. d) Rapide : la combustion, avec flamme, est quasi instantanée.
La tangente à l'origine d'une courbe ( en mmol, en min) passe par les points et . Le volume réactionnel est . Calcule en .
Voir le corrigé détaillé
- coefficient directeur
Pour la décomposition , la vitesse volumique de la réaction vaut à . Calcule et à cet instant.
Voir le corrigé détaillé
Coefficients : ; .
Une réaction, d'avancement final , donne le tableau ci-dessous. Détermine .
| (min) | ||||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| (mmol) |
Voir le corrigé détaillé
- le tableau donne pour
Pour chacune des modifications suivantes, indique si la vitesse de la réaction augmente, diminue, ou ne change pas, en justifiant par la théorie des chocs : a) on double la concentration d'un réactif ; b) on plonge le bécher dans un bain de glace ; c) on remplace un morceau de zinc massif par la même masse de zinc en poudre ; d) on dilue de moitié le mélange en ajoutant de l'eau pure, sans ajouter de réactif.
Voir le corrigé détaillé
a) Augmente : les entités réactives sont plus nombreuses par unité de volume, les chocs efficaces sont plus fréquents. b) Diminue : l'agitation thermique baisse, donc la proportion de chocs efficaces. c) Augmente : la surface de contact solide/solution est plus grande. d) Diminue : les concentrations sont divisées par deux, les chocs efficaces sont moins fréquents.
L'hydrolyse de (2.2) est suivie par conductimétrie dans un volume . On donne et . À un instant , la conductivité mesurée vaut . Détermine l'avancement à cet instant.
Voir le corrigé détaillé
(ions formés en quantités égales, initialement absents).
On suit par mesure de pression la réaction , dans un ballon fermé de volume gazeux , à (). Le volume de la solution est . À , la pression a augmenté de . Estime en assimilant le taux de variation moyen entre et à la vitesse initiale.
Voir le corrigé détaillé
- coefficient stœchiométrique de égal à
On remarque que (phase gazeuse) et (solution) sont deux volumes différents, tous deux nécessaires ici.
Une réaction, en volume , donne le tableau ci-dessous.
| (min) | ||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| (mmol) |
On donne . Détermine , puis estime à partir des deux premiers points.
Voir le corrigé détaillé
- le tableau donne pour
Estimation de (taux de variation moyen entre et ) :
Une solution étalon à donne, dans une cuve , une absorbance . 1) Calcule . 2) À , on mesure : calcule à cet instant, puis la vitesse moyenne de formation de entre et .
Voir le corrigé détaillé
1)
2)
Cette vitesse moyenne est inférieure à la vitesse initiale : la vitesse instantanée diminue au cours du temps, sa moyenne sur minutes est donc plus faible que sa valeur en .
On mélange, dans un volume total , et .
- Établis le tableau d'avancement de la réaction et détermine le réactif limitant, puis .
- Le suivi donne le tableau ci-dessous. Détermine .
(min) (mmol) - La tangente à l'origine passe par et . Calcule , puis à .
- On refait l'expérience en ajoutant quelques gouttes de solution de . Que peux-tu dire de la nouvelle courbe ? Justifie.
Voir le corrigé détaillé
1. restant : ; restant : .
- est limitant,
2.
- le tableau donne pour
3.
- pente
4. Les ions catalysent cette réaction (5.2) : la nouvelle courbe atteint le même palier (le catalyseur ne change pas l'état final), mais bien plus rapidement : est plus grande et plus petit.
Une réaction a un temps de demi-réaction à (figure 5).
- En admettant la règle empirique selon laquelle une hausse de multiplie la vitesse par un facteur compris entre et (4.3), donne un encadrement de à .
- Explique, à l'échelle microscopique, pourquoi une hausse de température accélère la réaction.
- Une mesure donne . Ce résultat est-il cohérent avec la règle empirique ?
Voir le corrigé détaillé
1. est (à peu près) inversement proportionnel à la vitesse : une multiplication de la vitesse par un facteur divise par .
- facteur
- facteur
2. L'élévation de température augmente l'agitation thermique des entités : les chocs sont plus fréquents et, surtout, une proportion bien plus grande d'entre eux possède l'énergie cinétique suffisante pour franchir l'énergie d'activation — ce sont des chocs efficaces.
3.
- est compris entre et
- résultat cohérent avec la règle empirique
Pour une réaction, on prend l'énergie des réactifs comme référence (). Sans catalyseur, l'énergie d'activation vaut . Avec catalyseur, la réaction passe par un intermédiaire d'énergie : la première étape a une énergie d'activation , la seconde . Les produits ont une énergie de .
- Décris, sans le tracer, comment se positionnent les deux profils énergétiques l'un par rapport à l'autre.
- Calcule de la réaction.
- Compare et à . Conclus.
- Le catalyseur change-t-il ? Justifie.
Voir le corrigé détaillé
1. Les deux profils partent du même niveau (réactifs, ) et arrivent au même niveau (produits, ). Le chemin sans catalyseur ne présente qu'un seul sommet, à ; le chemin catalysé présente deux sommets plus bas ( puis, depuis le creux intermédiaire à , jusqu'à ), donc entièrement sous le premier chemin.
2.
- réaction exothermique
3. et : chacune des deux étapes catalysées est plus facile à franchir que le chemin direct, ce qui rend la réaction catalysée plus rapide.
4. Non : ne dépend que des états initial et final (réactifs, produits), inchangés par le catalyseur. Seul le chemin suivi — donc la vitesse — est modifié.
Conservation à Abéché. À Abéché, en saison chaude, la température ambiante avoisine : un plat de viande y devient impropre à la consommation en jours. On le conserve désormais dans un réfrigérateur à . En admettant qu'une baisse de divise la vitesse des réactions de dégradation par un facteur compris entre et , estime la durée de conservation possible au réfrigérateur.
Voir le corrigé détaillé
- facteur de ralentissement entre et
- durée entre jours et jours
Le plat se conserve donc, très approximativement, entre deux et sept semaines au réfrigérateur — d'où l'intérêt majeur de la chaîne du froid, particulièrement sous climat chaud.
Dolo à Bamako. Pour préparer du dolo (bière de mil), on fait fermenter par des levures de glucose (), issu de l'hydrolyse enzymatique de l'amidon du mil par les amylases du malt. On donne et .
- Écris l'équation de la fermentation alcoolique.
- Calcule la quantité de matière de glucose engagée.
- En déduis le volume de dioxyde de carbone dégagé et la masse d'éthanol formée, en supposant la réaction totale.
Voir le corrigé détaillé
1.
2.
3. Le glucose (coefficient ) est totalement consommé : .
Airbag à Douala. Un airbag automobile contient d'azoture de sodium (), qui se décompose en selon . On donne, dans les conditions du gonflage, .
- Calcule la quantité de matière de décomposée.
- En déduis la quantité de matière, puis le volume, de diazote formé.
- Calcule la quantité moyenne de diazote formée par seconde. Commente, en te référant à 1.1.
Voir le corrigé détaillé
1.
2.
3.
Soit , donc plus de molécules de diazote, formées chaque seconde en moyenne : cette transformation, l'une des plus rapides de ce chapitre (1.1), gonfle intégralement le coussin en moins d'un battement de cil.