Maîtriser les titrages acido-basiques et leur exploitation.
ChimieTerminaleChapitre 3 / 11⏱ 11 h
Ce que tu sauras faire à la fin
Exploiter complètement une courbe de dosage
Déterminer un pKa par la demi-équivalence
Calculer une concentration inconnue
Regarde l'étiquette d'une bouteille de vinaigre : elle affiche souvent « 6° » ou « 8° ». Comment le fabricant connaît-il, au dixième de gramme près, la quantité exacte d'acide acétique dissous dans son vinaigre, sans jamais l'avoir pesée directement ? Comment un laboratoire vérifie-t-il qu'un comprimé de vitamine C contient bien les 500mg annoncés, ou qu'un lait n'a pas commencé à tourner ? La réponse tient dans une technique d'une élégance redoutable : le dosage (ou titrage) acido-basique.
Jusqu'ici, tu savais calculer le pH d'une seule solution acide ou basique, à l'équilibre, une fois pour toutes. Ce chapitre change de point de vue : on fait réagir deux solutions l'une avec l'autre, goutte à goutte, et on suit le pH du mélange en fonction du volume versé, pH=f(V). Cette courbe, en apparence banale, contient toute l'information : elle permet de retrouver une concentration inconnue avec une précision remarquable, sans jamais peser la substance dosée.
Tu découvriras trois façons de « voir » le même événement chimique — le pH-mètre, l'œil (grâce à un indicateur coloré) et le conductimètre — et tu apprendras à lire une courbe expérimentale comme un texte : chaque inflexion, chaque palier y raconte une histoire de couples acide-base. C'est aussi l'un des grands classiques du baccalauréat, à l'écrit comme au laboratoire (le fameux TP noté « dosage »), et une compétence directement transférable à ton futur métier — pharmacie, agroalimentaire, contrôle de qualité, environnement.
1Réaction de dosage : conditions
Un dosage repose toujours sur une réaction chimique entre deux couples acide-base. Avant de titrer quoi que ce soit, il faut donc s'assurer que cette réaction est utilisable : rapide, unique et surtout totale.
1.1 Réaction entre deux couples acide-base
Définition
Soit un couple acide1/base1 (constante d'acidité Ka1, pKa1) et un couple acide2/base2 (Ka2, pKa2). La réaction acido-basique entre l'acide du couple 1 et la base du couple 2 s'écrit :
acide1+base2⇌base1+acide2
C'est un simple transfert de protonH+ de l'acide 1 vers la base 2.
Théorème — constante de la réaction
La constante d'équilibre de cette réaction vaut :
K=Ka2Ka1=10pKa2−pKa1
Si K>104 (soit pKa2−pKa1>4), la réaction est considérée comme totale : elle peut servir de support à un dosage.
Démonstration
Les deux couples obéissent chacun à leur constante d'acidité :
Ka1=[acide1][base1][H3O+]définition du couple 1
⇒[acide1][base1]=[H3O+]Ka1
Ka2=[acide2][base2][H3O+]définition du couple 2
⇒[base2][acide2]=Ka2[H3O+]
K=[acide1][base2][base1][acide2]=[acide1][base1]×[base2][acide2]quotient de réaction à l'équilibre
=[H3O+]Ka1×Ka2[H3O+]
=Ka2Ka1[H3O+] se simplifie : K ne dépend que des deux couples
Le passage en puissances de dix redonne K=10pKa2−pKa1. C.Q.F.D.
Exemple A — une réaction totale
On mélange l'acide méthanoïque HCOOH/HCOO− (pKa1=3,8) et l'ammoniac NH4+/NH3 (pKa2=9,2).
HCOOH+NH3⇌HCOO−+NH4+
K=109,2−3,8=105,4
≈2,5×105100,4≈2,51
K≈2,5×105>104 : la réaction est totale, utilisable pour un dosage.
Exemple B — une réaction non totale
On mélange à présent l'acide éthanoïque CH3COOH/CH3COO− (pKa1=4,8) et l'ion méthanoate HCOO− (base du couple précédent, pKa2=3,8).
CH3COOH+HCOO−⇌CH3COO−+HCOOH
K=103,8−4,8=10−1=0,1
K=0,1<104 : la réaction n'est pas totale (les deux acides sont de force trop voisine, ΔpKa trop faible). Elle est inutilisable pour un dosage — c'est pourquoi on choisit toujours un couple très éloigné en pKa de celui qu'on veut doser.
1.2 Réaction prépondérante
Quand plusieurs couples acide-base coexistent dans un même bécher, plusieurs réactions sont a priori possibles. La réaction prépondérante est celle de plus grande constante K : elle correspond à la réaction entre l'acide le plus fort et la base la plus forte présentes (le plus petit pKa contre le plus grand). C'est toujours elle qui impose l'état final du système.
Attention
Ne confonds pas « couple 1 » et « couple 2 » dans la formule de K : c'est toujours pKa(couple de la base qui reˊagit)−pKa(couple de l’acide qui reˊagit). Inverser les deux revient à calculer 1/K, et à conclure « non totale » là où la réaction l'est réellement.
1.3 Principe d'un dosage acido-basique
Définition
Doser (ou titrer) une espèce X en solution, c'est déterminer sa concentration inconnue en la faisant réagir, de façon totale et quantitative, avec une solution titrante de concentration connue avec précision. Le volume de titrant versé est mesuré à chaque instant.
On distingue toujours la solution titrée (celle qu'on cherche à doser, de concentration Ca et de volume Va, placée dans le bécher) et la solution titrante (de concentration Cb connue, placée dans la burette et versée progressivement).
Méthode — le matériel d'un dosage pH-métrique
Pipette jaugée (+ propipette) : prélève Va avec précision, à un seul trait de jauge.
Burette graduée (25 ou 50mL) : délivre la solution titrante par petites quantités, robinet fermé entre deux ajouts.
pH-mètre étalonné (avec des solutions tampons de pH connu) et son électrode combinée, plongée dans le bécher.
Agitateur magnétique + barreau aimanté : homogénéise le mélange en continu, sans jamais toucher l'électrode.
Figure 1 — Montage d'un dosage pH-métrique : la solution à doser (volume Va) est agitée en continu dans le bécher, tandis que la solution titrante est versée depuis la burette ; l'électrode combinée, reliée au pH-mètre, mesure le pH après chaque ajout.
Chimie & Co — De l'alcalimètre au pH-mètre
La burette n'est pas un instrument moderne : dès 1791, le chimiste rouennais François Descroizilles met au point l'« alcalimètre », un tube gradué destiné à contrôler la teneur en chlore actif de l'eau de Javel, alors fabriquée industriellement. Dans les années 1820, Joseph Louis Gay-Lussac systématise ces méthodes « volumétriques » pour l'essai de l'argent ; en 1855, l'Allemand Karl Friedrich Mohr ajoute le robinet à la burette, lui donnant sa forme quasi définitive.
Le pH-mètre, lui, est bien plus récent. Le chimiste danois Søren Sørensen invente la notion de pH en 1909 ; la même année, Fritz Haber et Zygmunt Klemensiewicz construisent la première électrode de verre exploitable. Il faudra attendre 1934-1935 et l'ingénieur américain Arnold Beckman — sollicité par un producteur de citrons pour mesurer rapidement l'acidité de ses jus — pour voir naître le premier pH-mètre portable et commercialisé.
2Équivalence
2.1 Définition et relation à l'équivalence
Définition
L'équivalence d'un dosage est l'instant où les réactifs (titré et titrant) ont été mélangés dans les proportions stœchiométriques exactes de l'équation de la réaction : aucun des deux n'est plus en excès. Le volume de titrant versé à cet instant est noté Veˊq (ou VE).
Propriété — relation à l'équivalence
Pour un dosage acide-base 1:1 (un acide de concentration Ca, volume Va, dosé par une base de concentration Cb) :
CaVa=CbVeˊq
Démonstration — tableau d'avancement
On note AH l'acide dosé et HO− la base titrante, de réaction support AH+HO−⇌A−+H2O (totale). Après un volume V de base versé, n(HO− introduit)=CbV.
État
Avancement
n(AH)
n(HO−)
n(A−)
Initial
x=0
CaVa
CbV
0
En cours
x
CaVa−x
CbV−x
x
À l'équivalence
xeˊq
CaVa−xeˊq
CbVeˊq−xeˊq
xeˊq
Par définition de l'équivalence, les deux réactifs sont épuisés simultanément : les deux quantités restantes sont nulles au même instant.
CaVa−xeˊq=0plus d'acide en excès
⇒xeˊq=CaVa
CbVeˊq−xeˊq=0plus de base en excès
⇒xeˊq=CbVeˊq
⇒CaVa=CbVeˊqles deux expressions de xeˊq sont égales
C.Q.F.D. Pour un acide ou une base polyacide/polybase, il suffit de compter les protons échangés : la relation générale s'écrit n1CaVa=n2CbVeˊq, avec n1, n2 les nombres de protons échangés par chaque espèce.
Exemple — retrouver une concentration
On dose Va=10,0mL d'un acide de concentration Ca inconnue par une solution d'hydroxyde de sodium à Cb=0,050mol⋅L−1. L'équivalence est repérée pour Veˊq=16,4mL.
CaVa=CbVeˊq
⇒Ca=VaCbVeˊq
=10,00,050×16,4
=0,082mol⋅L−1
Exemple — prévoir un volume à l'équivalence
On dose Va=20,0mL d'acide chlorhydrique à Ca=0,10mol⋅L−1 par de la soude à Cb=0,10mol⋅L−1.
Veˊq=CbCaVa
=0,100,10×20,0
=20,0mL
Cette valeur Veˊq=20,0mL servira de fil rouge pour les courbes de la section 3.
2.2 Repérer expérimentalement l'équivalence
On ne « voit » jamais directement l'équivalence : il faut la construire à partir d'une grandeur mesurable qui varie brusquement à proximité de Veˊq. Trois méthodes, développées dans les sections suivantes, sont au programme :
le suivi pH-métrique : méthode des tangentes ou de la dérivée sur la courbe pH=f(V) (sections 3 à 5) ;
le suivi colorimétrique : un indicateur coloré change de teinte au voisinage de l'équivalence (section 6) ;
le suivi conductimétrique : rupture de pente d'une courbe σ=f(V) (section 7).
Attention
« Équivalence » et « neutralité » (pH=7) sont deux notions différentes ! L'équivalence est définie par la stœchiométrie de la réaction ; elle ne tombe à pH=7 que dans le cas particulier d'un acide fort dosé par une base forte (section 3). Tu verras dès la section 4 des équivalences à pH>7, et plus loin des équivalences à pH<7.
3Dosage acide fort / base forte
3.1 Réaction support et allure de la courbe
On dose Va=20,0mL d'acide chlorhydrique (H3O++Cl−) de concentration Ca=0,10mol⋅L−1 par de la soude (Na++HO−) de concentration Cb=0,10mol⋅L−1. Cl− et Na+ sont spectateurs ; la réaction support est celle des couples de l'eau elle-même (pKa(H3O+/H2O)=0 et pKa(H2O/HO−)=14) :
H3O++HO−→2H2O
K=1014−0=1014≫104
Réaction totale : Veˊq=20,0mL (calculé en section 2).
Figure 2 — Dosage pH-métrique de 20,0mL de HCl à 0,10mol⋅L−1 par NaOH à 0,10mol⋅L−1. Méthode des tangentes : deux tangentes parallèles encadrant le saut de pH, la droite équidistante coupe la courbe à l'équivalence (Veˊq=20,0mL;pH=7,0).
Propriété — les trois zones de la courbe
Avant l'équivalence (Vb<Veˊq) : H3O+ est en excès, [H3O+]=Va+VbCaVa−CbVb — le pH croît lentement.
À l'équivalence : pH=7,0 (à 25∘C) et la courbe traverse un saut de pH quasi vertical.
Après l'équivalence (Vb>Veˊq) : HO− est en excès, [HO−]=Va+VbCbVb−CaVa — le pH croît de nouveau lentement.
Démonstration — pourquoi pH =7 à l'équivalence
À l'équivalence, tout H3O+ initial a réagi avec exactement la quantité de HO− introduite : le mélange ne contient plus, en dehors de l'eau, que les ions spectateurs Na+ et Cl−, issus d'un acide fort et d'une base forte, donc indifférents vis-à-vis de l'eau (ils ne la protonent ni ne la déprotonent). Le pH de la solution n'est alors imposé que par l'autoprotolyse de l'eau seule, 2H2O⇌H3O++HO−, pour laquelle [H3O+]=[HO−]=Ke=10−7mol⋅L−1 à 25∘C. D'où pH=7,0. C.Q.F.D.
Trois outils permettent de lire Veˊq sur cette courbe : la méthode des tangentes (Figure 2, détaillée en section 5), la méthode de la dérivéedpH/dV (le saut de pH devient un pic très marqué, section 5), et un indicateur coloré dont la zone de virage encadre pH=7,0 — le bleu de bromothymol (BBT), développé en section 6.
4Dosage acide faible / base forte
4.1 Réaction support et allure de la courbe
On dose maintenant Va=20,0mL d'acide éthanoïque CH3COOH (pKa=4,8) à Ca=0,10mol⋅L−1 par la même soude Cb=0,10mol⋅L−1.
CH3COOH+HO−→CH3COO−+H2O
K=1014−4,8=109,2≫104
Réaction totale, même relation à l'équivalence : CaVa=CbVeˊq donne encore Veˊq=20,0mL (la stœchiométrie ne dépend pas de la force de l'acide).
Figure 3 — Dosage pH-métrique de 20,0mL de CH3COOH à 0,10mol⋅L−1 par NaOH à 0,10mol⋅L−1 : demi-équivalence (Veˊq/2=10,0mL;pH=pKa=4,8), équivalence (20,0mL;8,75), et zones de virage du BBT et de la phénolphtaléine.
Propriété — allure caractéristique
Comparée au dosage fort/fort, la courbe présente : une montée initiale rapide (l'acide faible se dissocie peu), puis un palier quasi plat autour de la demi-équivalence — la zone tampon, où pH≈pKa±1 et où le mélange résiste aux ajouts —, un saut de pH moins ample qu'en fort/fort, et un pH >7 à l'équivalence.
4.2 Zone tampon et pH à la demi-équivalence
Théorème
À la demi-équivalence (Vb=Veˊq/2), le pH du mélange est égal au pKa du couple de l'acide dosé :
pH(2Veˊq)=pKa
Démonstration
La relation de Henderson-Hasselbalch découle directement de Ka :
Ka=[HA][A−][H3O+]
⇒[H3O+]=Ka×[A−][HA]
⇒pH=pKa+log[HA][A−]on prend −log des deux membres
Au volume Vb=Veˊq/2, le tableau d'avancement (section 2) donne n(HO− introduit)=CbVeˊq/2=CaVa/2 : exactement la moitié de l'acide initial a été transformée en base conjuguée.
n(A−)=CaVa/2quantité transformée
n(HA restant)=CaVa−CaVa/2=CaVa/2
⇒n(A−)=n(HA)mêmes quantités, même volume
⇒[A−]=[HA]
⇒pH=pKa+log(1)=pKa
C.Q.F.D. C'est la méthode la plus fiable pour déterminer expérimentalement un pKa : on lit Veˊq, on prend son milieu, on relève le pH correspondant sur la courbe.
Exemple — lecture graphique
Sur la Figure 3, Veˊq=20,0mL, donc la demi-équivalence est à Vb=10,0mL. On lit pH=4,8 : on retrouve exactement pKa(CH3COOH/CH3COO−)=4,8.
4.3 pH à l'équivalence : hydrolyse de la base conjuguée
À l'équivalence, tout CH3COOH a été transformé en CH3COO− : la solution est celle d'une base faible (l'ion éthanoate) diluée dans un volume Va+Veˊq.
Exemple — calculer le pH à l'équivalence
C=Va+VeˊqCaVa=40,00,10×20,0=5,0×10−2mol⋅L−1
Kb=KaKe=104,8−14=10−9,2
[HO−]≈KbCapproximation usuelle, base faible peu dissociée
=10−9,2×5,0×10−2
≈5,6×10−6mol⋅L−1
⇒pOH≈5,25
⇒pH=14−5,25=8,75
Attention
À l'équivalence d'un dosage faible/forte, pH=7 ! C'est un piège classique du bac : dès qu'un des deux réactifs est faible, sa base (ou son acide) conjuguée subsiste en solution à l'équivalence et impose un pH >7 (base faible restante) ou <7 (acide faible restant).
4.4 Dosage d'une base faible par un acide fort
Le cas symétrique — doser l'ammoniac NH3 (pKa(NH4+/NH3)=9,2) par de l'acide chlorhydrique — se traite exactement de la même façon, en échangeant les rôles :
NH3+H3O+→NH4++H2O
K=109,2−0=109,2≫104réaction totale
Exemple — 20,0mL de NH3 à 0,10mol⋅L−1 dosés par HCl à 0,10mol⋅L−1
Par symétrie avec la section 4.2 et 4.3 : à la demi-équivalence (V=10,0mL), pH=pKa=9,2. À l'équivalence (V=20,0mL), la solution contient l'acide faible conjugué NH4+ (C=5,0×10−2mol⋅L−1) :
[H3O+]≈KaC=10−9,2×5,0×10−2
≈5,6×10−6mol⋅L−1
⇒pH≈5,25<7
La courbe est ici décroissante (le pH part d'une valeur haute et diminue), avec un saut vers un pH d'équivalence acide — cohérent avec un acide faible (NH4+) restant seul en solution. Cette courbe sera comparée aux deux précédentes en Figure 6 (section 7).
5Exploitation de la courbe et détermination du pKa
5.1 Méthode des tangentes
Méthode — tracer la méthode des tangentes
Repérer sur la courbe les deux zones à peu près rectilignes qui encadrent le saut de pH.
Tracer les deux tangentes à la courbe en deux points de ces zones : elles sont pratiquement parallèles (la courbe possède, en très bonne approximation, un centre de symétrie au point équivalent).
Tracer la droite équidistante des deux tangentes, parallèle à elles.
Son intersection avec la courbe donne le point équivalent : abscisse Veˊq, ordonnée pHeˊq.
Cette construction, appliquée en Figure 2, donne Veˊq=20,0mL : elle ne nécessite aucun calcul, seulement une règle — c'est pourquoi elle reste la méthode de référence en travaux pratiques, même à l'ère du tableur.
Chimie & Co — Arrhenius, Brønsted et Lowry
La chimie des couples acide-base que tu utilises dans ce chapitre est plus jeune qu'il n'y paraît. En 1884, le Suédois Svante Arrhenius soutient une thèse de doctorat, d'abord jugée médiocre par son jury, où il propose que les sels se dissocient en ions dans l'eau — travaux qui lui vaudront le prix Nobel de chimie 1903. Sa définition de l'acide (libère H+) et de la base (libère HO−) reste toutefois limitée à l'eau.
C'est en 1923 que le Danois Johannes Brønsted et l'Anglais Thomas Lowry, indépendamment et la même année, formulent la définition que tu utilises : un acide donne un proton H+, une base le capte. C'est cette définition « en couple », valable dans n'importe quel solvant, qui fonde toute la théorie des dosages acido-basiques.
5.2 Méthode de la dérivée
Méthode — la courbe dérivée
On calcule, entre deux mesures successives (Vi,pHi) et (Vi+1,pHi+1), le taux de variation ΔVΔpH=Vi+1−VipHi+1−pHi, qu'on porte en fonction de V (au point milieu 2Vi+Vi+1). Le maximum de cette courbe dérivée correspond exactement au point d'inflexion de pH=f(V), donc à l'équivalence.
Figure 4 — Courbe dérivée dpH/dV=f(V) du dosage de la Figure 2 (pas de 0,25mL au voisinage du saut). Le pic, très étroit, culmine exactement à Veˊq=20,0mL.
Attention
Plus le pas ΔV choisi est petit, plus le pic de la dérivée est étroit et haut (au voisinage immédiat de l'équivalence, le pH varie extrêmement vite). Cela ne change rien à l'abscisse du maximum, qui reste Veˊq : seule l'échelle verticale du graphique en dépend.
5.3 Déterminer un pKa et une concentration inconnue
Exemple — synthèse complète
Un TP donne, pour le dosage d'un volume Va=20,0mL d'un acide faible AH par une soude à Cb=5,0×10−2mol⋅L−1 : Veˊq=24,0mL (méthode des tangentes) et pH=4,2 pour V=12,0mL (demi-équivalence).
Ca=VaCbVeˊq=20,05,0×10−2×24,0
=6,0×10−2mol⋅L−1
Veˊq/2=12,0mLcorrespond bien au volume donné
⇒pKa=pH(Veˊq/2)=4,2
On identifie ainsi l'acide inconnu : pKa=4,2 correspond à l'acide benzoïque C6H5COOH.
Exemple — lire l'équivalence sur la dérivée
Sur la Figure 4, le maximum de dpH/dV est atteint pour V≈20,0mL : on retrouve exactement la valeur obtenue par la méthode des tangentes (Figure 2). Les deux méthodes sont équivalentes ; la dérivée est plus facile à automatiser sur tableur, les tangentes plus rapides « à la main ».
6Indicateurs colorés
6.1 Définition et zone de virage
Définition
Un indicateur coloré acido-basique est lui-même un couple acide-base faible, noté HInd/Ind−, dont les deux formes ont des teintes différentes. Sa zone de virage, en pratique [pKInd−1;pKInd+1], est l'intervalle de pH où les deux teintes se mélangent visiblement à l'œil.
6.2 Choisir l'indicateur adapté
Indicateur
Zone de virage
Teinte acide → basique
Hélianthine
3,1 – 4,4
rouge → jaune
Rouge de méthyle
4,4 – 6,2
rouge → jaune
BBT
6,0 – 7,6
jaune → bleu
Phénolphtaléine
8,0 – 10,0
incolore → rose
Méthode — choisir un indicateur
Il faut et il suffit que la zone de virage de l'indicateur contienne le pHeˊq du dosage : le virage se produit alors dans le saut de pH, quasiment au même volume que l'équivalence exacte.
Exemple — trois dosages, trois indicateurs
HCl / NaOH, pHeˊq=7,0
→ BBT (zone 6,0–7,6, contient 7,0)
CH3COOH / NaOH, pHeˊq=8,75
→ phénolphtaléine (zone 8,0–10,0)
NH3 / HCl, pHeˊq=5,25
→ rouge de méthyle (zone 4,4–6,2)
Remarque : ni l'hélianthine ni le BBT ne conviennent au dosage de NH3 — c'est le rouge de méthyle, intermédiaire, qui encadre 5,25.
6.3 Dosage colorimétrique
On ajoute quelques gouttes d'indicateur à la solution à doser, puis on verse le titrant jusqu'au changement de teinte persistant (au moins 15 secondes) : ce volume est une bonne estimation de Veˊq, sans pH-mètre ni tracé de courbe. Le dosage colorimétrique de l'acidité d'un jus de bissap ou d'un détartrant ménager, par exemple, se pratique ainsi couramment sur le terrain, où un pH-mètre n'est pas toujours disponible.
Attention
Utiliser du BBT pour titrer CH3COOH par NaOH est une erreur classique : sa zone (6,0–7,6) ne contient pas pHeˊq=8,75, le virage aurait lieu avant l'équivalence réelle, faussant le résultat par défaut.
Chimie & Co — Des fleurs de Boyle aux indicateurs de synthèse
Le physicien et chimiste irlandais Robert Boyle remarque, dès 1664, que le sirop de violette et le tournesol (« litmus ») changent de couleur au contact des acides et des bases : il en fait le premier usage systématique comme réactif de reconnaissance, dans son ouvrage Experiments and Considerations Touching Colours.
Il faudra attendre 1871 pour que le chimiste allemand Adolf von Baeyer — plus tard célèbre pour la synthèse de l'indigo — synthétise la phénolphtaléine, aujourd'hui l'un des indicateurs les plus utilisés en dosage acido-basique.
7Dosage conductimétrique
7.1 Principe : conductivité molaire ionique
Définition — loi de Kohlrausch
La conductivité σ d'une solution ionique diluée est la somme des contributions de chaque ion i :
σ=i∑λi∘[Xi]
où λi∘ est la conductivité molaire ionique limite de l'ion i (en S⋅m2⋅mol−1) et [Xi] sa concentration (en mol⋅m−3).
Ion
H3O+
HO−
Na+
Cl−
NH4+
CH3COO−
λ∘ (mS⋅m2⋅mol−1)
35,0
19,9
5,01
7,63
7,34
4,09
Les ions H3O+ et HO− conduisent nettement mieux que les autres (mécanisme de Grotthuss, transfert de proton de molécule d'eau en molécule d'eau) : leur disparition ou leur apparition pilote l'allure de la courbe.
7.2 Allure des droites et rupture de pente
On dose Va=20,0mL de HCl à Ca=1,0×10−2mol⋅L−1 (choisi dilué) par NaOH à Cb=0,10mol⋅L−1 (choisi 10 fois plus concentré). Le volume versé restant petit devant Va, on néglige la variation de volume total.
Exemple — calculer σ en deux points
en Vb=0 : σ=λH3O+∘Ca+λCl−∘Ca
=(35,0+7,63)×1,0×10−2
=426,3mS⋅m−1
en Vb=Veˊq=2,0mL : ne restent que Na+ et Cl−, []=5,0×10−3mol⋅L−1
=(5,01+7,63)×5,0×10−3×1000dilution par 2 depuis le début du dosage… calcul direct :
=126,4mS⋅m−1
La conductivité chute avant l'équivalence (le très conducteur H3O+ est remplacé par le médiocre Na+), puis remonte après (apparition de HO−, lui aussi très conducteur, en plus de Na+ qui continue de s'accumuler).
Figure 5 — Dosage conductimétrique : deux segments de droite de pentes différentes, dont la rupture de pente donne Veˊq=2,0mL, en accord avec CaVa=CbVeˊq.
7.3 Comparaison des méthodes ; incertitudes et compte-rendu
Exemple — retrouver Veˊq par le calcul
Les deux portions de droite de la Figure 5 ont pour équations σ1=426,3−149,95Vb (avant éq.) et σ2=−122,7+124,55Vb (après éq., Vb en mL, σ en mS/m). À l'intersection, les deux droites donnent la même conductivité :
426,3−149,95Vb=−122,7+124,55Vb
⇒426,3+122,7=(124,55+149,95)Vb
⇒549,0=274,5Vb
⇒Vb=2,0mL
Résultat identique à la lecture graphique : les deux droites se coupent exactement à Veˊq.
Figure 6 — Les trois dosages étudiés, mêmes concentrations et volumes : le fort/fort (bleu) et le faible/forte (vert) montent, le base faible/acide fort (rouge) descend. Les trois courbes partagent le même Veˊq=20,0mL (ligne pointillée), mais des pHeˊq très différents.
Méthode — rédiger un compte-rendu de dosage
Objectif : quelle concentration cherche-t-on, avec quelle méthode ?
Protocole : matériel, volumes prélevés, schéma du montage (Figure 1).
Résultats : tableau de mesures, courbe tracée avec soin (axes, unités, échelle).
Exploitation : méthode utilisée pour Veˊq, calcul de la concentration.
Incertitude : CaΔCa≈CbΔCb+VeˊqΔVeˊq+VaΔVa — chaque terme provient de la précision de la verrerie (burette : ±0,05 à ±0,1mL ; pipette jaugée : ±0,02aˋ0,06mL selon la classe).
Conclusion : résultat Ca=(…±…)mol⋅L−1, et sa cohérence avec la valeur attendue.
Fiche mémo
Réaction entre deux couples : K=10pKa2−pKa1 ; totale si K>104.
Équivalence (dosage 1:1) : CaVa=CbVeˊq, démontré par le tableau d'avancement.
Acide fort / base forte : pHeˊq=7,0 ; avant éq. [H3O+]=Va+VbCaVa−CbVb ; indicateur : BBT.
Acide faible / base forte : pH(Veˊq/2)=pKa (zone tampon) ; pHeˊq>7 (hydrolyse de A−) ; indicateur : phénolphtaléine.
Base faible / acide fort : symétrique, pHeˊq<7 ; indicateur adapté à pHeˊq (ex. rouge de méthyle).
Méthode des tangentes : deux tangentes parallèles, droite équidistante → Veˊq.
Méthode de la dérivée : maximum de dpH/dV → Veˊq.
Indicateur coloré valable : sa zone de virage (pKInd±1) doit contenir pHeˊq.
Conductimétrie : σ=∑iλi∘[Xi] ; deux droites, rupture de pente à Veˊq.
On mélange l'acide éthanoïque CH3COOH/CH3COO− (pKa=4,8) et l'ammoniac NH4+/NH3 (pKa=9,2). Écris l'équation de la réaction, calcule K et conclus.
Voir le corrigé détaillé
CH3COOH+NH3⇌CH3COO−+NH4+
K=109,2−4,8=104,4
≈2,5×104100,4≈2,51
K>104 : réaction totale (de justesse), utilisable pour un dosage.
2
On dose Va=15,0mL d'un acide de concentration Ca inconnue par de la soude à Cb=0,20mol⋅L−1. L'équivalence est repérée à Veˊq=9,0mL. Calcule Ca.
Voir le corrigé détaillé
Ca=VaCbVeˊq
=15,00,20×9,0
=0,12mol⋅L−1
3
On dose Va=20,0mL de HCl à Ca=0,10mol⋅L−1 par NaOH à Cb=0,10mol⋅L−1 (Veˊq=20,0mL). Calcule le pH pour Vb=15,0mL puis pour Vb=25,0mL.
Voir le corrigé détaillé
Avant l'équivalence :
[H3O+]=35,00,10×20,0−0,10×15,0
=1,43×10−2mol⋅L−1
⇒pH≈1,8
Après l'équivalence :
[HO−]=45,00,10×25,0−0,10×20,0
=1,11×10−2mol⋅L−1
⇒pOH≈1,95
⇒pH=14−1,95≈12,0
4
Un dosage acide faible/base forte a pour demi-équivalence pH=9,2. Parmi les couples HCOOH/HCOO− (pKa=3,8), CH3COOH/CH3COO− (4,8) et NH4+/NH3 (9,2), lequel est dosé ?
Voir le corrigé détaillé
À la demi-équivalence, pH=pKa de l'espèce dosée. Ici pH=9,2=pKa(NH4+/NH3) : c'est l'ammoniac NH3 qui est dosé (par un acide fort).
5
Trois dosages ont pour pHeˊq respectifs 7,0, 8,75 et 5,25. Associe à chacun l'indicateur adapté parmi hélianthine (3,1–4,4), rouge de méthyle (4,4–6,2), BBT (6,0–7,6) et phénolphtaléine (8,0–10,0).
On mélange HCOOH/HCOO− (pKa=3,8), CH3COOH/CH3COO− (4,8) et de l'ammoniac NH3 (base du couple 9,2). Quelle est la réaction prépondérante ?
Voir le corrigé détaillé
K1(HCOOH+NH3)=109,2−3,8=105,4
K2(CH3COOH+NH3)=109,2−4,8=104,4
K1>K2 : la réaction prépondérante est celle entre l'acide le plus fort (HCOOH, le plus petit pKa) et NH3 : HCOOH+NH3→HCOO−+NH4+.
Niveau 3 — Type bac
10
Démontre que le pH à la demi-équivalence d'un dosage acide faible/base forte est égal au pKa du couple dosé.
Application : un dosage a pour Veˊq=14,0mL ; on lit pH=3,4 pour V=7,0mL. Identifie le pKa de l'acide.
Voir le corrigé détaillé
1. Voir la démonstration complète en section 4.2 (relation de Henderson-Hasselbalch pH=pKa+log[HA][A−], puis égalité des quantités de A− et de HA à Veˊq/2 via le tableau d'avancement).
2.V=7,0mL=Veˊq/2 : donc pKa=pH=3,4 (acide proche du HCOOH, pKa=3,8, mais distinct).
11
On dose Va=10,0mL d'un acide faible AH de concentration Ca inconnue par NaOH à Cb=0,050mol⋅L−1. Mesures :
V (mL)
0
8
14
18
19
20
21
22
28
38
pH
2,41
3,63
4,17
4,76
5,08
8,16
11,21
11,49
12,02
12,27
Écris l'équation de la réaction de dosage (formule générale AH+HO−).
Détermine Veˊq (méthode des tangentes, à partir de l'allure du tableau).
Calcule Ca.
Estime le pKa de l'acide et propose une identification.
Propose un indicateur coloré adapté.
Voir le corrigé détaillé
1.AH+HO−→A−+H2O, totale si pKa de AH est assez inférieur à 14.
2. Le saut de pH a lieu entre V=19 (pH=5,08) et V=21 (pH=11,21) : les tangentes aux paliers, avant 18 et après 22mL, se coupent avec la courbe en Veˊq=20,0mL (confirmé par le saut le plus marqué, centré en 20).
Ca=VaCbVeˊq=10,00,050×20,0
=0,10mol⋅L−1
4.Veˊq/2=10,0mL : par interpolation entre V=8 (3,63) et V=14 (4,17), pH≈3,8, donc pKa≈3,8 : c'est l'acide méthanoïque HCOOH.
5.pHeˊq=8,16 : la phénolphtaléine (8,0–10,0) convient.
12
Le même échantillon de HCl (Va=20,0mL, Ca=1,0×10−2mol⋅L−1) est dosé par NaOH à 0,10mol⋅L−1, une fois par pH-métrie (mesures ci-dessous), une fois par conductimétrie (Figure 5).
V (mL)
0
1,0
1,5
2,0
2,5
3,0
pH
2,00
2,32
2,63
7,00
11,35
11,64
Détermine Veˊq à partir du tableau pH-métrique.
Compare à Veˊq trouvé par conductimétrie (Figure 5).
Dans quel cas préférerait-on la conductimétrie à la colorimétrie ?
Voir le corrigé détaillé
1. Le pH passe de 2,63 à 7,00 puis à 11,35 : le saut est centré en Veˊq=2,0mL (confirmé par pH=7,00 pile à ce volume, cas fort/fort).
2. La Figure 5 donnait Veˊq=2,0mL également : les deux méthodes concordent parfaitement, ce qui valide le protocole.
3. La conductimétrie est préférable pour une solution colorée ou trouble (le virage d'un indicateur y serait invisible) ou très diluée (le saut de pH devient moins net, alors que la rupture de pente conductimétrique reste exploitable).
Niveau 4 — Problèmes de vie courante
13
Le vinaigre de Fatou (Dakar). Fatou dilue 10 fois un vinaigre artisanal (10,0mL de vinaigre complétés à 100,0mL). Elle prélève Va=10,0mL de la solution diluée et la dose par NaOH à Cb=0,10mol⋅L−1 : l'équivalence colorimétrique (phénolphtaléine) est atteinte pour Veˊq=10,0mL.
Calcule la concentration C du vinaigre dilué, puis celle du vinaigre commercial C0.
En déduire le degré du vinaigre (masse d'acide acétique, en grammes, pour 100mL de vinaigre ; masse volumique ≈1g⋅mL−1, M(CH3COOH)=60,0g⋅mol−1).
Voir le corrigé détaillé
C=VaCbVeˊq=10,00,10×10,0=0,10mol⋅L−1
C0=10×C=1,0mol⋅L−1facteur de dilution 10
masse par litre : m=C0×M=1,0×60,0=60,0g⋅L−1
⇒pour 100mL : 6,0g
Le vinaigre de Fatou titre donc à 6°, une valeur tout à fait classique pour un vinaigre de table.
14
Le comprimé d'Ibrahim (Abidjan). Un pharmacien d'Abidjan contrôle un comprimé effervescent étiqueté « 500mg de vitamine C » (C6H8O6, acide monoacide, M=176,0g⋅mol−1). Il dissout le comprimé dans une fiole de 100,0mL, prélève Va=10,0mL, et le dose par NaOH à Cb=2,00×10−2mol⋅L−1 : Veˊq=14,2mL.
Calcule la quantité de vitamine C dans le prélèvement, puis dans le comprimé entier.
Le lait de la laiterie de Bamako. On dose Va=10,0mL de lait par une solution de soude à Cb=1/9mol⋅L−1(≈0,111mol⋅L−1), en présence de phénolphtaléine ; l'équivalence est atteinte pour Veˊq=1,7mL. L'acidité du lait est due à l'acide lactique CH3–CHOH–COOH (M=90,0g⋅mol−1), monoacide. On rappelle que le degré Dornic (∘D) vaut 10 fois le volume Veˊq (en mL) obtenu dans ces conditions précises, et que 1∘D correspond à 0,1g d'acide lactique par litre de lait.
Calcule la concentration massique en acide lactique du lait.
En déduire le degré Dornic. Un lait frais titre en général moins de 18∘D : ce lait est-il frais ?
Voir le corrigé détaillé
n(acide lactique)=CbVeˊq=91×1,7×10−3
=1,89×10−4mol
t=Van×M=10,0×10−31,89×10−4×90,0
=1,70g⋅L−1
2. Degré Dornic =10×Veˊq=10×1,7=17∘D (cohérent : 17×0,1=1,7g⋅L−1). 17∘D<18∘D : le lait est frais.
16
Le Destop d'un droguiste (Ndjamena). Un déboucheur de canalisation, étiqueté « 20% d'hydroxyde de sodium », a pour masse volumique ρ=1,22g⋅mL−1 (M(NaOH)=40,0g⋅mol−1). Par sécurité, on dilue 100 fois 1,00mL de produit dans de l'eau. On prélève Va=10,0mL de la solution diluée et on la dose par HCl à Cb=5,00×10−2mol⋅L−1 : Veˊq=12,2mL.
Calcule la concentration en NaOH de la solution diluée, puis du produit commercial.
Calcule le pourcentage massique de NaOH et compare-le à l'étiquette.
Voir le corrigé détaillé
Cdilueˊ=VaCbVeˊq=10,05,00×10−2×12,2
=6,10×10−2mol⋅L−1
C0=100×Cdilueˊ=6,10mol⋅L−1
cmassique=C0×M=6,10×40,0=244g⋅L−1
w=ρ×1000cmassique=1,22×1000244
=0,200=20,0%
Résultat conforme à l'étiquette. Manipulation à mener avec gants et lunettes : la solution commerciale, à 6,1mol⋅L−1, est fortement corrosive.
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Acides, bases et pH
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Pour une réaction entre l'acide du couple 1 (pKa1) et la base du couple 2 (pKa2), la constante d'équilibre K de la réaction vaut :
Explication :K=Ka2Ka1=10pKa2−pKa1 : c'est toujours le pKa du couple de la base qui réagit, moins celui du couple de l'acide qui réagit.
Une réaction acide-base est considérée comme totale, donc utilisable pour un dosage, lorsque :
Explication : Un critère K>104 (soit pKa2−pKa1>4) garantit que la réaction est quasi complète, condition indispensable pour servir de support à un dosage.
Quand plusieurs couples acide-base coexistent dans un même bécher, la réaction prépondérante est :
Explication : La réaction prépondérante correspond au plus petit pKa contre le plus grand : c'est toujours elle qui impose l'état final du système.
Dans un dosage pH-métrique, la burette graduée sert à :
Explication : La pipette jaugée prélève Va avec précision ; la burette délivre le titrant goutte à goutte ; le pH-mètre mesure ; l'agitateur homogénéise — chaque instrument a un rôle précis.
L'équivalence d'un dosage est l'instant où :
Explication : À l'équivalence, aucun des deux réactifs n'est en excès. C'est une notion stœchiométrique, distincte du pH = 7 (neutralité), qui ne coïncide avec elle que dans un cas particulier (question 19).
On dose Va=12,0mL d'un acide de concentration Ca inconnue par une base à Cb=0,050mol⋅L−1. L'équivalence est repérée pour Veˊq=18,0mL. Quelle est la valeur de Ca ?
Pourquoi le pH à l'équivalence d'un dosage acide fort / base forte vaut-il exactement 7,0 (à 25 °C) ?
Explication :Na+ et Cl−, issus d'un acide fort et d'une base forte, ne modifient pas le pH de l'eau : [H3O+]=[HO−]=10−7mol⋅L−1, d'où pH=7,0.
Avant l'équivalence d'un dosage d'un acide fort (Ca, Va) par une base forte (Cb, volume Vb versé), la concentration en ion oxonium restante s'exprime par :
Explication : Il reste CaVa−CbVb mol d'acide en excès, dilués dans le volume total Va+Vb. L'expression du (c) correspond, elle, à l'excès de HO− après l'équivalence.
Pour un dosage acide faible / base forte, à la demi-équivalence (Vb=Veˊq/2) :
Explication : À la demi-équivalence, [A−]=[HA], donc pH=pKa+log(1)=pKa — la méthode la plus fiable pour déterminer expérimentalement un pKa.
À l'équivalence d'un dosage acide faible / base forte, le pH :
Explication : C'est un piège classique du bac : dès qu'un des deux réactifs est faible, sa base (ou son acide) conjuguée subsiste à l'équivalence et impose un pH =7.
On dose une base faible (l'ammoniac NH3) par un acide fort (HCl). Que peut-on dire du pH à l'équivalence ?
Explication : Cas symétrique du dosage faible/forte : à l'équivalence, seul l'acide faible conjugué NH4+ subsiste, imposant un pH acide (<7).
Dans la méthode des tangentes appliquée à une courbe pH=f(V), l'équivalence est donnée par :
Explication : On trace deux tangentes quasi parallèles de part et d'autre du saut, puis la droite équidistante : son intersection avec la courbe donne (Veˊq,pHeˊq).
Sur la courbe dérivée dpH/dV=f(V) d'un dosage, l'équivalence correspond :
Explication : Le maximum de dpH/dV correspond exactement au point d'inflexion de pH=f(V), donc à l'équivalence — quel que soit le pas ΔV choisi.
Pour qu'un indicateur coloré soit adapté à un dosage donné, il faut que :
Explication : Il faut et il suffit que la zone de virage [pKInd−1;pKInd+1] contienne pHeˊq pour que le virage coïncide avec l'équivalence.
Pourquoi le bleu de bromothymol (BBT, zone 6,0–7,6) est-il un mauvais choix pour doser l'acide éthanoïque par la soude (pHeˊq=8,75) ?
Explication : Il faut ici la phénolphtaléine (8,0–10,0), dont la zone contient bien 8,75.
La conductivité σ d'une solution ionique diluée, selon la loi de Kohlrausch, est :
Explication : Chaque ion contribue à la conductivité totale proportionnellement à sa concentration et à sa conductivité molaire ionique limite λi∘.
Lors du dosage conductimétrique de HCl par NaOH, pourquoi la conductivité chute-t-elle avant l'équivalence ?
Explication :λ∘(H3O+)=35,0 contre λ∘(Na+)=5,01mS⋅m2⋅mol−1 : la substitution de l'un par l'autre fait chuter σ jusqu'à l'équivalence, où HO− apparaît ensuite et la fait remonter.
Deux droites d'un dosage conductimétrique ont pour équations σ1=200−50Vb (avant l'équivalence) et σ2=−40+30Vb (après l'équivalence), Vb en mL. Quel est le volume à l'équivalence Veˊq ?
Explication : À l'intersection : 200−50Vb=−40+30Vb 240=80Vb Vb=3,0mL.
« Équivalence » et « neutralité » (pH=7) sont-elles deux notions identiques ?
Explication : Dès qu'un des deux réactifs est faible, le pH à l'équivalence s'écarte de 7 (supérieur ou inférieur selon les cas) : équivalence et neutralité restent deux notions bien distinctes.
Un dosage acide faible / base forte a pour pH à la demi-équivalence : pH=3,8. Parmi les couples HCOOH/HCOO− (pKa=3,8), CH3COOH/CH3COO− (pKa=4,8) et NH4+/NH3 (pKa=9,2), lequel est dosé ?
Explication : Le pH lu à la demi-équivalence est directement le pKa de l'espèce dosée : 3,8 correspond exactement à l'acide méthanoïque HCOOH.