Étudier les systèmes de points et la conservation de la quantité de mouvement.
PhysiquePremièreChapitre 4 / 9⏱ 7 h
Ce que tu sauras faire à la fin
Appliquer la conservation de la quantité de mouvement
Distinguer choc élastique et inélastique
Traiter un problème de propulsion
Un footballeur qui frappe un ballon, une voiture qui percute un obstacle, une pirogue qui accoste doucement contre une autre, une fusée qui décolle : toutes ces situations ont un point commun. Pendant un très court instant, deux objets (ou plus) échangent un mouvement violent, et il est souvent impossible de mesurer précisément les forces mises en jeu. Pourtant, la physique permet de prévoir exactement les vitesses après le choc, sans connaître ces forces en détail. L’outil qui rend ce miracle possible s’appelle la quantité de mouvement.
Jusqu’ici, tu as étudié le mouvement à travers les forces (relation fondamentale F=ma) et à travers l’énergie (travail, énergie cinétique). Ce chapitre ajoute une troisième grandeur, vectorielle elle aussi, mais qui a une propriété remarquable : dans un système isolé, elle se conserve — avant et après un choc, sa valeur ne change pas, même quand l’énergie cinétique, elle, se perd en partie sous forme de chaleur ou de déformation.
Tu rencontreras cette idée partout : dans la sécurité automobile (pourquoi un airbag sauve des vies), au billard, dans le recul d’une arme à feu, et bien sûr dans le principe même qui permet à une fusée de décoller alors qu’elle n’a rien, dans le vide spatial, sur quoi « prendre appui ».
Le plan est simple : on définit d’abord la quantité de mouvement d’un point puis d’un système (1), on précise où se trouve le centre d’un système (2), on démontre la loi de conservation lors d’un choc (3), on l’applique aux chocs mous et élastiques (4), et on termine par la propulsion par réaction (5), avant une série d’exercices corrigés en détail.
1Quantité de mouvement d’un point et d’un système
On commence par un point matériel isolé, avant d’étendre la définition à un ensemble de points.
1.1 Définition du vecteur quantité de mouvement
Définition
Pour un point matériel de masse m (en kg), animé à un instant donné d’une vitesse v (en m·s⁻¹), on appelle quantité de mouvement (ou impulsion) de ce point le vecteur p défini par :
p=mv
Le vecteur p a même direction et même sens que v (car m>0) ; sa norme s’exprime en kg·m·s⁻¹, unité équivalente au newton-seconde (N·s).
Retiens que p est un vecteur au même titre que v ou F : il possède une norme, une direction et un sens. En mouvement rectiligne, on choisit un axe orienté et l’on travaille avec la valeur algébrique p=mv, où v peut être positive ou négative selon le sens du mouvement.
Exemple — un sprinteur
Un athlète de masse m=65kg franchit la ligne d’arrivée du 100 m à la vitesse v=8m⋅s−1, horizontalement, dans le sens de la course.
p=m×v
=65×8
=520kg⋅m⋅s−1dans le sens du déplacement de l’athlète
Attention
Ne confonds jamais la quantité de mouvement avec l’énergie cinétique : p=mv est linéaire en v et change de signe si le sens du mouvement s’inverse, alors que Ec=21mv2 est toujours positive. Une quantité de mouvement totale nulle ne signifie pas que rien ne bouge : elle peut résulter de deux mouvements qui se compensent (§1.2).
1.2 Quantité de mouvement d’un système de points
Définition
Pour un système de n points matériels, de masses m1,m2,…,mn et de vitesses v1,v2,…,vn, la quantité de mouvement du système est la somme vectorielle des quantités de mouvement de chaque point :
psyst=i∑pi=m1v1+m2v2+⋯+mnvn
Exemple — deux patineurs sur une piste
Deux patineurs se déplacent dans le même sens sur une même droite : m1=50kg, v1=4m⋅s−1 ; m2=70kg, v2=3m⋅s−1.
p1=m1v1=50×4=200kg⋅m⋅s−1
p2=m2v2=70×3=210kg⋅m⋅s−1
psyst=p1+p2même direction, même sens : les valeurs algébriques s’ajoutent
=410kg⋅m⋅s−1
Si les deux patineurs s’étaient déplacés en sens opposés, il aurait fallu affecter à l’un des deux une vitesse algébrique négative : la somme vectorielle peut alors être bien plus petite que la somme des normes, voire nulle. On retrouvera ce point essentiel dans les exercices.
1.3 Deuxième loi de Newton et théorème de l’impulsion
Théorème
Pour un système de masse totale constante, la somme vectorielle des forces extérieures appliquées est égale à la dérivée par rapport au temps du vecteur quantité de mouvement du système :
∑Fext=dtdp
Démonstration — on retrouve ∑F=ma
Pour un point matériel unique de masse mconstante :
dtdp=dtd(mv)
=mdtdvm constante sort de la dérivée
=maa=dv/dt est le vecteur accélération
On retrouve donc ∑Fext=ma, la relation fondamentale de la dynamique vue en classe de Seconde. Elle n’est en réalité qu’un cas particulier — celui où la masse ne varie pas — de la loi plus générale ∑Fext=dp/dt, qui reste valable même quand la masse change au cours du temps, comme pour une fusée qui éjecte du gaz (§5).
Propriété — théorème de l’impulsion
Si la résultante des forces extérieures Fext reste constante entre deux instants ti et tf séparés de Δt=tf−ti, l’intégration de ∑Fext=dp/dt donne directement :
Δp=pf−pi=Fext⋅Δt
Cette relation est très utile : elle relie la variation de quantité de mouvement à la force moyenne et à la durée pendant laquelle elle agit — c’est elle qui explique, par exemple, pourquoi allonger la durée d’un choc réduit la force subie (§3.3).
Figure 1 — Théorème de l’impulsion : le vecteur p2 (vert), quantité de mouvement finale, est la somme du vecteur p1 (bleu) et du vecteur impulsion FΔt (orange), incliné de 60° par rapport à p1.
Exemple — le coup de pied dans un ballon
Un ballon de football de masse m=0,45kg, initialement immobile, est frappé et atteint la vitesse v=25m⋅s−1 en une durée de contact Δt=8×10−3s. Calcule la force moyenne exercée par le pied.
Δp=mv−0=0,45×25
=11,25kg⋅m⋅s−1
F=ΔtΔp=8×10−311,25
≈1406Nsoit environ 1,4kN, une force considérable sur une durée si brève
Physique & Co — la lente naissance de la quantité de mouvement
En 1644, dans ses Principes de la philosophie, René Descartes affirme que Dieu a créé l’Univers avec une « quantité de mouvement » totale constante, qu’il définit comme la somme des produits mv — mais en oubliant le signe, c’est-à-dire la direction. Sa loi de conservation, purement scalaire, échoue à prédire correctement l’issue des chocs entre corps.
Le correctif décisif vient d’expériences de chocs entre pendules, menées et discutées par Christiaan Huygens, John Wallis et Christopher Wren, qui présentent leurs résultats à la Royal Society de Londres en 1668-1669 : c’est en tenant compte du sens du mouvement, donc en travaillant avec un vrai vecteur, que la loi de conservation devient exacte. Cette correction prépare directement les Principia de Newton (1687) et sa deuxième loi ∑F=dp/dt.
2Centre d’inertie
Pour un système de plusieurs points (ou un solide étendu), il est commode de repérer un point unique qui résume le mouvement d’ensemble : le centre d’inertie.
2.1 Définition et localisation du centre d’inertie
Définition
Le centre d’inertie (ou centre de masse) G d’un système de n points matériels de masses m1,…,mn et de positions M1,…,Mn est le point défini, pour une origine O quelconque, par :
Sur un axe (cas 1D), la position xG de G s’écrit simplement xG=∑imi∑imixi. G est toujours plus proche de la masse la plus importante.
Figure 2 — Centre d’inertie G de deux masses ponctuelles m1=3kg (en x1=0) et m2=2kg (en x2=5m) : G se trouve plus près de la masse la plus grande, à xG=2m.
Exemple — vérification directe (Figure 2)
xG=m1+m2m1x1+m2x2
=3+23×0+2×5
=510
=2mplus proche de m1=3kg, la masse la plus grande
Attention
Le centre d’inertie n’est pas forcément un point où se trouve de la matière : pour un anneau homogène ou un boomerang, G est situé au centre géométrique, dans le vide. Pour un objet non homogène (une raquette plus lourde au manche), G n’est pas non plus le centre géométrique : il faut refaire le calcul en tenant compte de la répartition réelle des masses.
2.2 Centre d’inertie et quantité de mouvement du système
Propriété
La quantité de mouvement d’un système de masse totale M=∑imi est égale au produit de cette masse totale par la vitesse de son centre d’inertie vG :
psyst=MvG
Démonstration
En dérivant par rapport au temps la définition de G (masses constantes) :
MOG=∑imiOMi
⇒MdtdOG=∑imidtdOMion dérive chaque membre, les mi sont constantes
⇒MvG=∑imivi=∑ipi
⇒MvG=psystC.Q.F.D.
Cette propriété est puissante : elle montre que, pour connaître la quantité de mouvement d’un système entier (une fusée, un système solaire, un nuage de gaz), il suffit de connaître la masse totale et la vitesse d’un seul point, son centre d’inertie — inutile de suivre chaque particule individuellement.
Exemple — le centre d’inertie du système Terre-Lune
Masse de la Terre MT=5,97×1024kg, masse de la Lune ML=7,35×1022kg, distance Terre-Lune d=384400km. Où se trouve G, mesuré depuis le centre de la Terre ?
xG=MT+MLMT×0+ML×dorigine au centre de la Terre
=5,97×1024+7,35×10227,35×1022×384400
≈4680km
Le rayon terrestre valant environ 6371km, le centre d’inertie du système Terre-Lune se trouve à l’intérieur du globe terrestre ! C’est ce point, et non le centre de la Terre, qui décrit une ellipse autour du Soleil.
Passons maintenant à la question centrale du chapitre : que devient la quantité de mouvement d’un système lors d’un choc ?
3Conservation lors d’un choc
Pendant un choc — une collision de voitures, deux boules de billard qui se touchent, une pirogue qui accoste — les forces mises en jeu sont énormes mais durent très peu de temps, et elles sont presque impossibles à mesurer directement. La loi de conservation de la quantité de mouvement permet de contourner cette difficulté.
3.1 Système isolé, système pseudo-isolé
Définition
Un système est isolé s’il ne subit aucune force extérieure. Il est pseudo-isolé si les forces extérieures qu’il subit se compensent (résultante nulle) ou sont négligeables devant les forces intérieures au système pendant la durée étudiée.
Un système {objet 1 ; objet 2} en train de se percuter est un bon exemple de système pseudo-isolé : pendant le très bref intervalle Δt du choc, le poids et les frottements continuent d’agir, mais les forces de contact internes au choc sont, elles, colossales — on peut donc négliger l’effet des forces extérieures sur la variation de quantité de mouvement pendant le choc lui-même.
3.2 Conservation de la quantité de mouvement
Théorème
La quantité de mouvement totale d’un système isolé (ou pseudo-isolé) se conserve au cours du temps. En particulier, pour un choc entre deux objets 1 et 2 :
Considère un système {1 ; 2} isolé. D’après le principe des actions réciproques (3e loi de Newton), la force exercée par 2 sur 1 est l’opposée de celle exercée par 1 sur 2 :
F2→1=−F1→2
pour le point 1 : dtdp1=F2→1seule force reçue par 1 : celle de 2 (système isolé)
pour le point 2 : dtdp2=F1→2
dtdp1+dtdp2=F2→1+F1→2on additionne membre à membre
=0les deux forces internes s’annulent (action-réaction)
⇒dtd(p1+p2)=0
⇒p1+p2=psyst=constanteC.Q.F.D.
Exemple — vérifier la conservation
Un chariot 1 (m1=2kg, v1=5m⋅s−1) percute un chariot 2 à l’arrêt (m2=3kg). Après le choc, on mesure v1′=1m⋅s−1 et v2′=38m⋅s−1. Le choc respecte-t-il la conservation ?
pavant=m1v1+m2v2=2×5+3×0=10kg⋅m⋅s−1
papreˋs=m1v1′+m2v2′=2×1+3×38
=2+8=10kg⋅m⋅s−1
⇒pavant=papreˋsla conservation est vérifiée
Attention
La conservation ne s’applique qu’à la quantité de mouvement totale du système, pas à celle de chaque objet pris séparément : chaque objet, lui, voit sa propre quantité de mouvement changer, sous l’effet des forces internes du choc. Ne dis jamais « la quantité de mouvement de l’objet 1 se conserve » : c’est faux, sauf cas particulier (m2v2=m2v2′).
3.3 Application : sécurité routière et temps de choc
Le théorème de l’impulsion (§1.3), Δp=F⋅Δt, a une conséquence vitale. Pour une variation de quantité de mouvement Δp fixée (celle d’un corps humain qui passe de v à 0 lors d’un choc), la force moyenne subie est inversement proportionnelle à la durée du choc Δt : allonger la durée du choc réduit la force. C’est tout le principe de l’airbag, de la zone de déformation programmée (« zone crumple ») d’une voiture, et des tapis de réception en sport.
Figure 3 — Impulsion identique (aire sous la courbe F(t)) lors d’un choc, avec (vert) et sans (rouge) airbag : en étalant le choc sur une durée cinq fois plus longue, la force moyenne subie est divisée par cinq.
Exemple — pourquoi l’airbag protège
Sans airbag, la tête subit F1≈15000N pendant Δt1=0,02s. Avec airbag, la même variation de quantité de mouvement est étalée sur Δt2=0,10s, avec F2≈3000N. Vérifie que l’impulsion (aire du triangle 21FΔt) est la même dans les deux cas.
Δp1=21×F1×Δt1=21×15000×0,02
=150kg⋅m⋅s−1
Δp2=21×F2×Δt2=21×3000×0,10
=150kg⋅m⋅s−1bien la même impulsion, mais 5 fois moins de force
Cette même idée de conservation se retrouve au billard, à l’accostage d’une pirogue, ou dans le recul d’une arme à feu — tu la manipuleras en détail dans les paragraphes et les exercices qui suivent, en distinguant deux grandes familles de chocs.
4Chocs élastiques et inélastiques
Deux objets qui se percutent peuvent réagir de deux façons très différentes : rester collés l’un à l’autre, ou repartir chacun de leur côté. Dans les deux cas la quantité de mouvement totale se conserve — mais l’énergie cinétique, elle, ne se conserve que dans un cas.
Méthode — reconnaître le type de choc
Face à un problème de choc, procède dans l’ordre : 1) vérifie que le système {objet 1 ; objet 2} peut être considéré isolé ou pseudo-isolé pendant le choc (sinon la conservation de p ne s’applique pas) ; 2) si l’énoncé indique que les objets restent solidaires (« s’accrochent », « s’encastrent », « accostent ») → choc mou : une seule inconnue v′, une seule équation (p) ; 3) si l’énoncé précise « choc élastique » ou que l’énergie cinétique se conserve → deux inconnues v1′ et v2′, deux équations (p et Ec), résolues par les formules du §4.2 ; 4) dans tous les cas, choisis un axe orienté avant de manipuler des valeurs algébriques.
4.1 Choc mou (parfaitement inélastique)
Définition
Un choc est mou (ou parfaitement inélastique, ou plastique) lorsque les deux objets restent solidaires après le choc et repartent à une vitesse communev′. Dans un choc mou, la quantité de mouvement se conserve, mais l’énergie cinétique ne se conserve pas : une partie est dissipée en chaleur, en son, en déformation permanente.
Démonstration — vitesse commune après un choc mou
m1v1+m2v2=(m1+m2)v′conservation de p, vitesse commune v′ après le choc
⇒v′=m1+m2m1v1+m2v2
Figure 4 — Choc mou entre deux chariots : m1=2kg à v1=3m⋅s−1 percute m2=1kg à l’arrêt ; après le choc, l’ensemble solidaire repart à v′=2m⋅s−1.
Exemple — calcul complet (Figure 4)
v′=m1+m2m1v1+m2v2=2+12×3+1×0
=36=2m⋅s−1
Énergie cinétique perdue dans le choc :
Ec,avant=21m1v12=21×2×32=9J
Ec,apreˋs=21(m1+m2)v′2=21×3×22=6J
⇒ΔEc=6−9=−3Jsoit un tiers de l’énergie initiale, dissipé en chaleur et en déformation
Propriété — fraction d’énergie perdue
Lorsqu’un objet m1 percute un objet m2 initialement immobile et qu’ils s’accrochent, la fraction de l’énergie cinétique initiale perdue vaut :
Ec,avantΔEc=m1+m2m2obtenue en combinant v′=m1+m2m1v1 avec Ec=21mv2
Vérifie sur la Figure 4 : m1+m2m2=31≈33%, exactement les 3J sur 9J perdus ci-dessus. Plus m2 est petite devant m1, moins le choc mou dissipe d’énergie.
4.2 Choc élastique
Définition
Un choc est élastique lorsque la quantité de mouvement et l’énergie cinétique du système se conservent toutes les deux. Les deux objets repartent chacun avec leur propre vitesse — ils ne restent jamais solidaires.
Propriété — formules du choc élastique frontal (1D)
Pour un choc élastique frontal entre m1 (vitesse v1) et m2 (vitesse v2), les vitesses après le choc valent :
Il ne reste plus qu’à résoudre le système formé par la conservation de p (ligne 1) et cette dernière relation : on obtient les deux formules encadrées ci-dessus.
Figure 5 — Choc élastique frontal : m1=1kg à v1=4m⋅s−1 percute m2=3kg à l’arrêt ; après le choc, m1 rebondit en arrière à −2m⋅s−1 tandis que m2 part à +2m⋅s−1.
Exemple — calcul complet et vérification (Figure 5)
v1′=1+3(1−3)×4+2×3×0=4−8=−2m⋅s−1
v2′=1+3(3−1)×0+2×1×4=48=2m⋅s−1
vérification de p : 1×(−2)+3×2=4égal à pavant=1×4=4
vérification de Ec : 21×1×22+21×3×22=2+6=8Jégal à Ec,avant=21×1×42=8J
4.3 Exemple d’application : le billard
Sur un billard, les chocs entre boules sont, en très bonne approximation, élastiques — et de masses égales. Ce cas particulier a une conséquence géométrique remarquable, très utile pour viser.
Propriété — angle de séparation à 90°
Quand une boule de masse m heurte, en choc élastique oblique, une boule identique initialement immobile, les deux boules repartent selon des directions perpendiculaires (à 90° l’une de l’autre) — sauf choc parfaitement frontal.
L’idée de la preuve : pour des masses égales, la conservation de Ec s’écrit v02=v1′2+v2′2 (théorème de Pythagore !), pendant que la conservation de p impose v0=v1′+v2′. Un triangle dont un côté est la somme géométrique des deux autres, et dont le carré du grand côté est la somme des carrés des deux petits, est nécessairement rectangle (réciproque de Pythagore) — l’angle droit est entre v1′ et v2′.
Figure 6 — Choc élastique oblique entre deux boules de billard identiques : la boule B, immobile, est heurtée par la boule A à v0=4m⋅s−1 ; les deux boules repartent à 37° et 53°, soit 37+53=90° l’une de l’autre.
Exemple — vérification numérique (Figure 6)
v1′=v0cos37°=4×0,8=3,2m⋅s−1
v2′=v0sin37°=4×0,6=2,4m⋅s−1
énergie : v1′2+v2′2=3,22+2,42=10,24+5,76=16=v02conservation de Ec vérifiée
quantité de mouvement (projection perpendiculaire) : v1′sin37°−v2′sin53°=3,2×0,6−2,4×0,8=0les composantes perpendiculaires s’annulent, comme attendu
Attention
Le choc « parfaitement élastique » est une idéalisation. Au billard, une infime partie de l’énergie se perd toujours en son et en frottement — l’approximation reste excellente. À l’inverse, les chocs entre atomes ou molécules d’un gaz sont, eux, réellement (quasi) élastiques : c’est ce qui permet au gaz de ne jamais « s’arrêter tout seul ».
Physique & Co — le pendule de Newton
Dès les années 1670, le physicien français Edme Mariotte, membre fondateur de l’Académie royale des sciences, étudie systématiquement les chocs entre billes suspendues à des fils et vérifie expérimentalement la conservation de la quantité de mouvement lors de chocs élastiques successifs.
Le jouet à cinq billes alignées qui illustre aujourd’hui ce phénomène dans les salles de classe du monde entier — une bille lâchée d’un côté transmet le choc de proche en proche jusqu’à en éjecter exactement une seule de l’autre côté — est couramment appelé « pendule de Newton », bien que Newton n’en soit pas l’inventeur : l’appareil moderne est popularisé sous ce nom par l’acteur anglais Simon Prebble en 1967. Il reste l’une des plus belles démonstrations visuelles de la double conservation de p et de Ec dans un choc élastique.
5Propulsion par réaction
Comment une fusée peut-elle accélérer dans le vide spatial, alors qu’il n’y a rien — ni air, ni sol — sur quoi « pousser » ? La réponse tient tout entière dans la conservation de la quantité de mouvement : un système initialement immobile qui éjecte une partie de sa masse dans un sens se met nécessairement en mouvement dans l’autre sens.
5.1 Principe de l’action et de la réaction : le recul
Propriété
Un système initialement au repos a une quantité de mouvement totale nulle. S’il se sépare en deux parties de masses m1 et m2, animées ensuite des vitesses v1 et v2, la conservation de p impose :
m1v1+m2v2=0
Les deux parties partent donc obligatoirement en sens opposés.
Démonstration — vitesse de recul d’un canon
Un canon de masse M (avec son obus) est au repos : pavant=0. Il tire un obus de masse m à la vitesse v ; le canon (masse restante M) recule à la vitesse V.
MV+mv=0conservation de p, pavant=0
⇒V=−Mmvle signe « − » traduit le sens opposé à l’obus
Figure 7 — Recul d’un canon (M=250kg) qui tire un obus (m=5kg) à v=100m⋅s−1 : le canon recule à V=−2m⋅s−1.
Exemple — calcul complet (Figure 7)
V=−Mmv=−2505×100
=−250500
=−2m⋅s−1le canon recule à 2 m·s⁻¹, en sens opposé à l’obus
Remarque : les deux quantités de mouvement ont bien la même norme (250×2=500=5×100), mais l’obus, beaucoup plus léger, reçoit l’essentiel de l’énergie cinétique (Ec=p2/2m : à p fixé, Ec est d’autant plus grande que m est petite) — c’est pour cela que l’obus est destructeur alors que le canon « ne fait que » reculer.
5.2 Propulsion d’une fusée
Le principe d’une fusée est le même que celui du canon, mais réalisé en continu : le moteur éjecte en permanence des gaz de combustion vers l’arrière, ce qui pousse la fusée vers l’avant. Étudions un « tir » élémentaire : la fusée, de masse totale M et initialement immobile, éjecte une masse Δm de gaz à la vitesse upar rapport à elle-même (vitesse d’éjection), vers l’arrière.
Démonstration — variation de vitesse ΔV
Dans le référentiel du sol, juste après l’éjection, le gaz (masse Δm) a la vitesse (ΔV−u) et la fusée restante (masse M−Δm) a la vitesse ΔV. Le système {fusée + gaz} est isolé et partait du repos (pavant=0) :
(M−Δm)ΔV+Δm(ΔV−u)=0
⇒MΔV−ΔmΔV+ΔmΔV−Δmu=0on développe
⇒MΔV=Δmules termes en ΔmΔV s’annulent exactement
⇒ΔV=MΔmu
Figure 8 — Schéma de la propulsion par réaction : une fusée de masse M=5000kg éjecte Δm=50kg de gaz à u=2000m⋅s−1 par rapport à elle-même, et gagne ΔV=20m⋅s−1.
Exemple — calcul complet (Figure 8)
ΔV=MΔmu=500050×2000
=0,01×2000
=20m⋅s−1
Attention
La fusée n’a besoin de rien pousser à l’extérieur : ni air, ni sol. Elle avance grâce à l’éjection de sa propre matière, ce qui fonctionne aussi bien — voire mieux — dans le vide spatial. Ne dis jamais qu’« une fusée pousse sur l’air » : c’est une idée reçue fausse. Le modèle ci-dessus, à une seule éjection, est une version simplifiée adaptée à ce niveau ; en Terminale, on intègre ce raisonnement sur des éjections continues pour obtenir l’équation complète du mouvement de la fusée.
5.3 Une propulsion naturelle : le calamar
La nature a inventé la propulsion par réaction bien avant l’ingénieur : le calamar (et la plupart des céphalopodes) aspire de l’eau dans sa cavité palléale puis la rejette violemment par un siphon, exactement selon le même principe.
Exemple — propulsion du calamar
Un calamar de masse M=0,3kg, immobile, éjecte brusquement Δm=15g d’eau à la vitesse u=8m⋅s−1 par rapport à son corps. Quelle vitesse acquiert-il ?
Δm=15g=0,015kg
ΔV=MΔmu=0,30,015×8
=0,05×8
=0,4m⋅s−1par contraction ; le calamar répète le processus pour accélérer davantage
Physique & Co — les pionniers de la fusée
C’est un instituteur russe, Konstantin Tsiolkovski, qui établit le premier, en 1897 (publié en 1903), l’équation reliant la variation de vitesse d’une fusée à la vitesse d’éjection des gaz et au rapport des masses — la généralisation continue de la formule ΔV=MΔmu démontrée ci-dessus. Il n’a pourtant jamais lancé la moindre fusée.
Il faut attendre le physicien américain Robert Goddard pour voir la théorie décoller : le 16 mars 1926, à Auburn (Massachusetts), il réalise le premier vol d’une fusée à propergol liquide, qui s’élève de 12,5 mètres en 2,5 secondes. Ce modeste bond est aujourd’hui considéré comme l’acte de naissance de l’astronautique moderne.
Fiche mémo
Quantité de mouvement d’un point : p=mv (vecteur, en kg·m·s⁻¹).
Système de points : psyst=∑imivi=MvG (G = centre d’inertie, M = masse totale).
Centre d’inertie : OG=∑imi∑imiOMi ; plus proche de la masse la plus grande.
Deuxième loi de Newton généralisée : ∑Fext=dtdp (redonne ∑F=ma si m constante).
Théorème de l’impulsion : Δp=F⋅Δt — à Δp fixé, allonger Δt réduit F (airbag).
Système isolé/pseudo-isolé : pavant=papreˋs (démontré à partir de l’action-réaction).
Choc mou : les objets restent solidaires, v′=m1+m2m1v1+m2v2 ; Ecne se conserve pas (ΔEc/Ec,avant=m2/(m1+m2) si m2 au repos).
Choc élastique : petEc se conservent ; v1′=m1+m2(m1−m2)v1+2m2v2, v2′=m1+m2(m2−m1)v2+2m1v1.
Billard, masses égales, cible immobile : les deux boules repartent à 90° l’une de l’autre.
Recul (système au repos qui se sépare) : m1v1+m2v2=0 ; canon : V=−mv/M.
Propulsion par réaction (une éjection) : MΔV=Δmu, soit ΔV=MΔmu — fonctionne dans le vide, sans point d’appui extérieur.
À ∣p∣ égal, Ec=p2/(2m) : l’objet le plus léger emporte le plus d’énergie cinétique (obus, balle de fusil).
6Exercices corrigés
Niveau 1 — Application directe
1
Une voiture de masse m=900kg roule à v=25m⋅s−1 en ligne droite. Calcule la norme de sa quantité de mouvement et précise sa direction.
Voir le corrigé détaillé
p=m×v=900×25
=22500kg⋅m⋅s−1vecteur p de même direction et même sens que v
2
Sur un axe orienté, un chariot 1 (m1=3kg, v1=2m⋅s−1) roule vers un chariot 2 (m2=5kg) immobile. Calcule la quantité de mouvement du système {1;2}.
Voir le corrigé détaillé
psyst=m1v1+m2v2
=3×2+5×0
=6kg⋅m⋅s−1
3
Sur un axe, une masse m1=4kg est placée en x1=0 et une masse m2=6kg en x2=5m. Calcule la position xG du centre d’inertie.
Voir le corrigé détaillé
xG=m1+m2m1x1+m2x2=104×0+6×5
=1030
=3mplus proche de m2=6kg
4
Un chariot m1=3kg à v1=4m⋅s−1 percute un chariot m2=1kg à l’arrêt ; ils s’accrochent (choc mou). Calcule la vitesse commune après le choc.
Voir le corrigé détaillé
v′=m1+m2m1v1+m2v2=43×4+1×0
=412
=3m⋅s−1
5
Un chariot m1=2kg à v1=6m⋅s−1 heurte, en choc élastique, un chariot m2=4kg à l’arrêt. Calcule v1′ et v2′.
Voir le corrigé détaillé
v1′=m1+m2(m1−m2)v1=6(2−4)×6
=−2m⋅s−1
v2′=m1+m22m1v1=62×2×6
=4m⋅s−1
6
Un gardien de but arrête un ballon de m=0,5kg qui arrivait à v=20m⋅s−1, en Δt=0,01s. Calcule la norme de la force moyenne subie par ses mains.
Voir le corrigé détaillé
Δp=m(0−v)=0,5×(0−20)
=−10kg⋅m⋅s−1
F=Δt∣Δp∣=0,0110
=1000N
Niveau 2 — Approfondissement
7
Deux chariots roulent en sens opposés sur le même rail : m1=2kg, v1=+5m⋅s−1 ; m2=3kg, v2=−2m⋅s−1. Ils s’accrochent au choc. Calcule la vitesse commune (norme et sens).
Voir le corrigé détaillé
v′=m1+m2m1v1+m2v2=52×5+3×(−2)
=510−6
=0,8m⋅s−1positif : l’ensemble repart dans le sens initial de 1, qui l’emportait
8
Trois masses ponctuelles dans un plan : m1=1kg en (0;0), m2=2kg en (4;0), m3=3kg en (2;6) (coordonnées en m). Détermine les coordonnées du centre d’inertie G.
Voir le corrigé détaillé
xG=1+2+31×0+2×4+3×2=614
≈2,33m
yG=61×0+2×0+3×6=618
=3m
G≈(2,33;3) m.
9
Choc élastique frontal entre m1=1kg, v1=3m⋅s−1 et m2=2kg, v2=−1m⋅s−1. Calcule v1′ et v2′, puis vérifie la conservation de Ec.
Voir le corrigé détaillé
v1′=3(1−2)×3+2×2×(−1)=3−3−4
≈−2,33m⋅s−1
v2′=3(2−1)×(−1)+2×1×3=3−1+6
≈1,67m⋅s−1
Ec,avant=21×1×32+21×2×12=4,5+1=5,5J
Ec,apreˋs=21×1×2,332+21×2×1,672
≈2,72+2,78=5,5Jconservation vérifiée
10
Un fusil de chasse (M=4kg) tire une balle (m=20g) à v=400m⋅s−1, initialement au repos. Calcule la vitesse de recul V du fusil, puis compare Ec de la balle et Ec du fusil.
Voir le corrigé détaillé
m=20g=0,02kg
V=−Mmv=−40,02×400
=−2m⋅s−1
Ec,balle=21×0,02×4002=1600J
Ec,fusil=21×4×22=8J
Les deux quantités de mouvement ont bien la même norme (8kg⋅m⋅s−1), mais la balle emporte 1600/8=200 fois plus d’énergie cinétique que le fusil : c’est elle qui blesse, alors que le tireur ne « sent » que le recul.
Niveau 3 — Défi
11
Pendule balistique. Une balle de masse m=10g et de vitesse horizontale v0 (inconnue) s’encastre dans un bloc de bois de masse M=2kg, suspendu et immobile. L’ensemble {balle+bloc} s’élève ensuite d’une hauteur h=5cm (on prend g=9,8m⋅s−2).
Exprime, puis calcule, la vitesse v′ de l’ensemble juste après l’impact, en fonction de h.
En déduire la vitesse initiale v0 de la balle.
Voir le corrigé détaillé
1. Après l’impact (très bref, choc mou), l’ensemble {balle+bloc} n’est plus soumis, pour la suite du mouvement, qu’à son poids et à la tension des fils : l’énergie mécanique se conserve pendant la montée.
21(m+M)v′2=(m+M)ghconservation de l’énergie mécanique pendant la montée
⇒v′=2gh=2×9,8×0,05
=0,98
≈0,99m⋅s−1
2. L’impact lui-même est un choc mou entre la balle et le bloc immobile :
mv0=(m+M)v′
⇒v0=m(m+M)v′=0,012,01×0,99
≈199m⋅s−1
Une vitesse initiale d’environ 199m⋅s−1, tout à fait réaliste pour un projectile d’arme à feu : le pendule balistique permet ainsi de mesurer une vitesse impossible à chronométrer directement.
12
Explosion en trois fragments. Un objet de masse M=6kg, immobile, explose en trois fragments : m1=1kg part à v1=10m⋅s−1 selon l’axe (Ox) ; m2=2kg part à v2=8m⋅s−1 selon l’axe (Oy) ; m3=3kg.
Calcule les composantes du vecteur p3 du troisième fragment.
En déduis sa vitesse v3 (norme).
Voir le corrigé détaillé
1. Le système est isolé et partait du repos : p1+p2+p3=0.
p1x=m1v1=1×10=10kg⋅m⋅s−1;p1y=0
p2x=0;p2y=m2v2=2×8=16kg⋅m⋅s−1
p3x=−(p1x+p2x)=−10kg⋅m⋅s−1
p3y=−(p1y+p2y)=−16kg⋅m⋅s−1
2.
∥p3∥=102+162=356
≈18,87kg⋅m⋅s−1
v3=m3∥p3∥=318,87
≈6,29m⋅s−1dirigée à l’opposé des deux autres fragments, dans le troisième « quadrant »
13
Démonstration et application.
Retrouve, à partir des deux lois de conservation d’un choc élastique 1D, la relation v1−v2=−(v1′−v2′).
Applique les formules du choc élastique au cas m1=5kg, v1=2m⋅s−1, m2=1kg, v2=−4m⋅s−1, et vérifie la conservation de Ec.
Voir le corrigé détaillé
1. C’est la démonstration du cours (§4.2) : on factorise m1(v12−v1′2)=m2(v2′2−v22) en différence de carrés, on divise par m1(v1−v1′)=m2(v2′−v2) (conservation de p), ce qui donne v1+v1′=v2+v2′, soit v1−v2=−(v1′−v2′).
Résultat frappant : le chariot lourd m1, qui arrivait à 2m⋅s−1, s’arrête net, alors que le chariot léger m2, qui arrivait en sens inverse, repart à 6m⋅s−1.
Niveau 4 — Problèmes de vie courante
14
Accostage à Dakar. Une pirogue de pêcheurs, chargée, de masse m1=180kg, arrive au quai à v1=1,2m⋅s−1 et vient heurter doucement une seconde pirogue à l’arrêt, amarrée de façon lâche, de masse m2=120kg ; les deux coques s’accrochent (choc mou).
Calcule la vitesse commune v′ après le choc.
Calcule l’énergie cinétique perdue dans le choc.
Voir le corrigé détaillé
Figure 9 — Accostage (choc mou) de deux pirogues à Dakar : la vitesse commune après le choc est v′=0,72m⋅s−1.
v′=m1+m2m1v1+m2v2=300180×1,2+120×0
=300216
=0,72m⋅s−1
Ec,avant=21×180×1,22=129,6J
Ec,apreˋs=21×300×0,722=77,76J
⇒ΔEc=77,76−129,6≈−51,8Jabsorbée par le contact des deux coques
15
Sécurité routière à Abidjan. Une voiture roulant à v=54km⋅h−1 percute un obstacle et s’arrête net. On assimile le conducteur (m=70kg) à un point matériel qui passe de v à 0. Sans airbag, le temps de choc contre le volant est Δt1=0,05s ; avec airbag, Δt2=0,20s. Compare les forces moyennes subies.
Voir le corrigé détaillé
v=54km⋅h−1=15m⋅s−1
∣Δp∣=m×v=70×15=1050kg⋅m⋅s−1
F1=Δt1∣Δp∣=0,051050=21000N
F2=Δt2∣Δp∣=0,201050=5250N
L’airbag, en multipliant par quatre la durée du choc, divise par quatre la force subie par le conducteur (21000N contre 5250N) : c’est cette réduction qui rend le choc survivable.
16
Moteur hors-bord sur le Chari, à Ndjamena. Une pirogue à moteur (M=250kg avec passager, initialement à l’arrêt) éjecte de l’eau vers l’arrière : en Δt=1s, une masse Δm=15kg d’eau est éjectée à u=12m⋅s−1 par rapport à la pirogue.
Calcule la variation de vitesse ΔV de la pirogue pendant cette seconde.
Calcule la force de poussée moyenne du moteur.
Voir le corrigé détaillé
1.
ΔV=MΔmu=25015×12
=0,06×12
=0,72m⋅s−1
2. La poussée est la variation de quantité de mouvement de l’eau éjectée, par unité de temps :
F=ΔtΔm×u=115×12
=180N
📝 QCM de fin de leçon — 20 questions
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La quantité de mouvement p=mv d'un point matériel a pour unité :
Explication :p=mv : une masse en kg multipliée par une vitesse en m⋅s−1 donne une unité en kg⋅m⋅s−1, équivalente au newton-seconde d'après le théorème de l'impulsion.
Si la quantité de mouvement totale d'un système de deux points est nulle, on peut affirmer que :
Explication :p=m1v1+m2v2 est une somme vectorielle : elle peut être nulle sans qu'aucune vitesse ne le soit, si les deux quantités de mouvement sont opposées. Une quantité de mouvement totale nulle ne signifie donc pas que rien ne bouge.
Un athlète de masse m=70 kg franchit la ligne d'arrivée à v=9m⋅s−1. Sa quantité de mouvement vaut :
Explication :p=m×v=70×9=630kg⋅m⋅s−1, dans le sens du déplacement de l'athlète.
La deuxième loi de Newton, sous sa forme générale ∑Fext=dtdp, se réduit à la forme familière ∑Fext=ma :
Explication : En dérivant p=mv avec m constante, on obtient dp/dt=mdv/dt=ma. La forme ∑Fext=dp/dt reste, elle, valable même si la masse varie (cas d'une fusée qui éjecte du gaz).
Un ballon de masse m=0,5 kg, initialement immobile, atteint v=20m⋅s−1 après Δt=0,01 s de contact avec le pied. D'après le théorème de l'impulsion, la force moyenne exercée par le pied vaut :
Le centre d'inertie G d'un système de deux masses ponctuelles est toujours :
Explication : D'après xG=m1+m2m1x1+m2x2, G est une moyenne pondérée des positions par les masses : il est mécaniquement plus proche de la masse la plus grande.
Deux masses ponctuelles m1=4 kg (en x1=0) et m2=1 kg (en x2=10 m) sont reliées par une tige de masse négligeable. La position xG du centre d'inertie vaut :
Explication :xG=m1+m2m1x1+m2x2=4+14×0+1×10=510=2m : plus proche de m1=4 kg, la masse la plus grande.
La quantité de mouvement d'un système de masse totale M est égale à :
Explication :psyst=MvG : il suffit de connaître la masse totale et la vitesse du centre d'inertie pour connaître la quantité de mouvement de tout le système, sans suivre chaque point individuellement.
Pendant un choc très bref entre deux objets, on peut généralement considérer le système {objet 1 ; objet 2} comme pseudo-isolé, car :
Explication : Le poids et les frottements continuent d'agir pendant le choc, mais les forces de contact internes sont tellement plus grandes pendant ce très bref intervalle qu'on peut négliger l'effet des forces extérieures sur la variation de quantité de mouvement.
Lors d'un choc entre deux objets 1 et 2 formant un système isolé (ou pseudo-isolé), on a toujours :
Explication : C'est la loi de conservation de la quantité de mouvement totale du système, valable pour tout choc d'un système isolé ou pseudo-isolé. La conservation de Ec (option b), elle, n'a lieu que dans le cas particulier d'un choc élastique.
Lors d'un choc, on peut affirmer que :
Explication : Seule la quantité de mouvement du système se conserve. Chaque objet, individuellement, voit sa quantité de mouvement changer sous l'effet des forces internes du choc — dire que « la quantité de mouvement de l'objet 1 se conserve » est faux, sauf cas particulier.
Un airbag protège le passager d'un choc automobile en :
Explication : D'après Δp=FΔt, pour une variation de quantité de mouvement fixée (le passager passe de v à 0), la force moyenne est inversement proportionnelle à la durée du choc. L'airbag étale le choc dans le temps, ce qui réduit fortement la force subie.
Un choc est dit mou (ou parfaitement inélastique) lorsque :
Explication : Dans un choc mou, les objets s'accrochent et repartent ensemble à une vitesse commune v′, obtenue en écrivant la conservation de p : m1v1+m2v2=(m1+m2)v′. L'énergie cinétique, elle, n'est pas conservée : une partie est dissipée.
Un chariot m1=3 kg à v1=6m⋅s−1 percute un chariot m2=2 kg à l'arrêt ; les deux chariots s'accrochent (choc mou). La vitesse commune v′ vaut :
Un objet m1 percute et s'accroche à un objet m2 initialement immobile. La fraction d'énergie cinétique perdue vaut Ec,avantΔEc=m1+m2m2. Si m2 est très petite devant m1 :
Explication : Si m2≪m1, le rapport m1+m2m2 tend vers 0 : presque toute l'énergie cinétique initiale est conservée après le choc, malgré l'accrochage.
Un choc est dit élastique lorsque :
Explication : Dans un choc élastique, p et Ec se conservent tous les deux ; les objets, contrairement au choc mou, repartent chacun avec leur propre vitesse, sans jamais rester solidaires.
Au billard, lorsqu'une boule heurte, en choc élastique oblique (non frontal), une boule identique initialement immobile, les deux boules repartent selon des directions :
Explication : Pour des masses égales, la conservation de Ec donne v02=v1′2+v2′2 et celle de p donne v0=v1′+v2′ : par la réciproque du théorème de Pythagore, le triangle formé est rectangle, donc v1′ et v2′ sont perpendiculaires.
Un choc élastique frontal oppose m1=2 kg à v1=6m⋅s−1 et m2=4 kg initialement immobile. En utilisant les formules du choc élastique, les vitesses après le choc valent :
Un canon de masse restante M=100 kg tire un obus de masse m=2 kg à la vitesse v=150m⋅s−1. La vitesse de recul V du canon, donnée par MV+mv=0, vaut :
Explication :V=−Mmv=−1002×150=−100300=−3,0m⋅s−1 : le canon recule en sens opposé à l'obus.
Une fusée de masse M=2000 kg, initialement immobile, éjecte une masse Δm=50 kg de gaz à la vitesse d'éjection u=2500m⋅s−1 par rapport à elle-même. Le gain de vitesse ΔV=MΔmu de la fusée vaut environ :
Explication :ΔV=MΔmu=200050×2500=0,025×2500=62,5m⋅s−1. C'est exactement la conservation de p (système {fusée + gaz} isolé, partant du repos) qui explique ce gain de vitesse, même dans le vide spatial.