Étudier le condensateur, sa charge et son énergie.
PhysiquePremièreChapitre 6 / 9⏱ 7 h
Ce que tu sauras faire à la fin
Calculer une capacité équivalente
Exploiter la relation q = C·u
Calculer l'énergie stockée dans un condensateur
Regarde autour de toi : le flash de ton téléphone qui illumine une pièce sombre en un éclair, le clavier sur lequel tu tapes, l'alimentation qui recharge ton ordinateur sans à-coups, ou encore le défibrillateur qui peut relancer un cœur à l'hôpital de ta ville — tous ces objets cachent le même composant discret : le condensateur. Contrairement à une pile, il ne fabrique pas d'énergie électrique ; il sait la stocker très vite, puis la restituer tout aussi vite.
Tu connais déjà la tension u, l'intensité i et la loi d'Ohm u=R⋅i pour le résistor : dans ce chapitre, tu rencontres un composant d'une autre nature, capable d'accumuler des charges électriques sur ses armatures. La tension à ses bornes ne s'établit plus instantanément : elle évolue dans le temps, selon une courbe caractéristique que tu vas apprendre à lire et à exploiter.
À la fin de ce chapitre, tu sauras calculer une capacité équivalente pour des condensateurs associés en série ou en parallèle, exploiter la relation q=C⋅u pour relier charge, capacité et tension, et calculer l'énergie stockée dans un condensateur chargé. Ce sont des outils que tu retrouveras dans les circuits électroniques, en physique du solide, et jusque dans la conception d'un flash ou d'un défibrillateur.
1Description et capacité
Un condensateur est l'un des composants électroniques les plus simples à fabriquer : deux plaques métalliques et un isolant suffisent. Sa simplicité cache pourtant un comportement électrique riche, que tu vas découvrir pas à pas.
1.1 Constitution et symbole
Définition
Un condensateur est un composant formé de deux surfaces conductrices, appelées armatures, séparées par un matériau isolant appelé diélectrique (air, papier, mica, céramique, oxyde métallique…). Les armatures ne se touchent jamais : aucun courant de conduction ne traverse le diélectrique.
Quand on relie un condensateur à un générateur, des charges électriques s'accumulent sur chaque armature : une charge +q sur l'une, une charge −q sur l'autre — les deux armatures portent toujours des charges opposées, si bien que la charge totale du condensateur reste nulle. La tension u aux bornes du condensateur se compte de l'armature chargée +q vers l'armature chargée −q.
Figure 1 — Un condensateur est formé de deux armatures conductrices en regard, séparées par un isolant (le diélectrique). Le symbole normalisé conserve cette double armature ; la tension u se compte de l'armature +q vers l'armature −q.
Attention
Aucune charge ne traverse le diélectrique : ce n'est pas un courant de conduction qui circule « à travers » le condensateur. Pendant la charge, un courant existe bien dans les fils du circuit, mais il correspond à des charges qui s'accumulent sur une armature et qui quittent l'autre — jamais à des charges qui franchissent l'isolant.
1.2 Capacité, l'unité farad
Définition
La capacitéC d'un condensateur mesure son aptitude à stocker des charges électriques pour une tension donnée. C'est une grandeur positive, caractéristique du condensateur (elle ne dépend ni de u ni de q), qui s'exprime en farads, de symbole F, en hommage au physicien anglais Michael Faraday.
Le farad est une unité énorme pour l'électronique courante : un condensateur de 1F serait encombrant. En pratique, on utilise presque toujours ses sous-multiples.
Unité
microfarad
nanofarad
picofarad
Symbole
μF
nF
pF
Relation au farad
1μF=10−6F
1nF=10−9F
1pF=10−12F
Exemple — conversions d'unités
C1=220μF
=220×10−6F=2,20×10−4F
C2=47nF
=47×10−9F=4,7×10−8F
C3=100pF
=100×10−12F=1,0×10−10F
1.3 Le condensateur plan
Le condensateur plan — deux armatures planes, parallèles, de même surface S, séparées d'une distance e très petite devant leurs dimensions — permet de comprendre ce qui gouverne la valeur de C.
Propriété — capacité d'un condensateur plan
C=εeS
avec S la surface en regard des armatures (en m2), e l'épaisseur du diélectrique (en m), et ε=ε0εr la permittivité du diélectrique (en F⋅m−1), où ε0≈8,85×10−12F⋅m−1 est la permittivité du vide et εr⩾1 la permittivité relative du matériau isolant.
Cette formule se comprend qualitativement : des armatures plus grandes (S plus grand) offrent plus de place pour accumuler des charges en regard, donc C augmente. Des armatures plus rapprochées (e plus petit) renforcent l'attraction entre charges opposées, donc C augmente aussi. Enfin, un diélectrique qui se polarise facilement (εr grand, comme la céramique) « aide » à séparer les charges et augmente encore C par rapport au vide.
Exemple — condensateur plan à air
Deux armatures de surface S=25cm2, séparées par de l'air (εr≈1) sur e=0,50mm.
S=25×10−4m2;e=0,50×10−3m
C=ε0eS
=8,85×10−12×0,50×10−325×10−4
=4,4×10−11F=44pFun condensateur à air a une très faible capacité
Physique & Co — La bouteille de Leyde
Le tout premier condensateur naît par hasard, en 1745, dans le cabinet du chanoine Ewald Georg von Kleist, à Cammin. Il tente de « capturer » l'électricité dans un flacon rempli d'eau, avec un clou métallique plongé dedans : en touchant le clou, il reçoit une décharge d'une violence inattendue.
L'année suivante, à l'université de Leyde aux Pays-Bas, le physicien Pieter van Musschenbroek redécouvre et décrit précisément le phénomène : l'eau et le clou forment une armature intérieure, la main de l'expérimentateur (ou une feuille métallique) l'armature extérieure, et le verre du flacon joue le rôle de diélectrique. L'objet reste célèbre sous le nom de bouteille de Leyde. Il faudra attendre le physicien italien Alessandro Volta, en 1782, pour que le terme de « condensateur » (condensatore) s'impose et pour que la grandeur C soit clairement définie.
2Relation q=C⋅u
Comment être certain que la capacité C est bien une constante du condensateur, indépendante de la tension appliquée ? La réponse vient d'une expérience simple à mettre en œuvre, et décisive : la charge à courant constant.
2.1 Charge à courant constant
On charge un condensateur initialement déchargé à l'aide d'un générateur de courant constant, qui impose une intensité I fixe dans le circuit. Un ampèremètre vérifie que I ne varie pas, un voltmètre relève la tension u aux bornes du condensateur, et un chronomètre donne la date t de chaque mesure.
Méthode — établir expérimentalement q=Cu
À courant I constant, la charge qui s'accumule sur l'armature pendant une durée t vaut q=I×t (c'est la définition même de l'intensité : un débit de charge). On relève u à différentes dates t, on calcule q=It pour chacune, puis on place les points(u;q) dans un repère.
Figure 2 — Montage de charge à courant constant : le courant I étant constant, la charge accumulée vaut q=I×t. Le tracé de q en fonction de u mesuré donne une droite passant par l'origine, de pente C — ce qui établit expérimentalement la relation q=Cu.
Démonstration — origine expérimentale de q=Cu
À courant I constant, la quantité de charge transférée entre l'instant 0 et l'instant t vaut, par définition de l'intensité, q=I×t. On mesure en parallèle la tension u(t) aux bornes du condensateur.
les points (u;q) relevés sont alignés sur une droite
cette droite passe par l'origine (0;0)condensateur initialement déchargé
⇒q et u sont proportionnels
⇒q=k⋅u, où k est le coefficient directeur (la pente) de la droite
Ce coefficient k, qui ne dépend que du condensateur testé (et pas de I ni de t), est défini comme sa capacité C. On a donc établi expérimentalement la relation fondamentale q=Cu.
2.2 La relation q=Cu et sa convention de signe
Théorème
La charge q portée par l'armature reliée au pôle + du générateur et la tension u orientée de cette armature vers l'autre sont liées par :
q=C⋅u
avec q en coulombs (C), C en farads (F), u en volts (V). L'autre armature porte la charge −q.
Exemple — charge d'un condensateur
Un condensateur de capacité C=470μF est chargé sous une tension u=12V.
q=C⋅u
=470×10−6×12
=5,64×10−3Csoit 5,64mC
Exemple — déterminer C à partir d'un graphe
Deux points relevés sur une droite q=f(u) passant par l'origine : u1=2,0V, q1=9,4μC et u2=6,0V, q2=28,2μC.
C=ΔuΔq=u2−u1q2−q1
=6,0−2,028,2−9,4μF
=4,018,8=4,7μF
Attention
q désigne la charge portée par une seule armature (celle reliée au +), jamais la charge totale du condensateur, qui vaut toujours 0 (+q et −q se compensent). Et C est une constante du composant : elle ne change pas quand u change (tant que le condensateur reste dans son domaine de fonctionnement normal).
3Association de condensateurs
Dans un circuit réel, on n'a pas toujours sous la main la capacité exacte dont on a besoin. On combine alors plusieurs condensateurs, en série ou en parallèle, pour obtenir une capacité équivalenteCeq qui se comporte, vue de l'extérieur, comme un condensateur unique.
Figure 3 — En série, les deux condensateurs portent la même chargeq et les tensions s'ajoutent. En parallèle, ils subissent la même tensionu et les charges s'ajoutent.
3.1 Association en série
Démonstration — capacité équivalente en série
Le point milieu entre les deux condensateurs est isolé : il ne peut échanger de charge avec l'extérieur. Les charges qui apparaissent sur ses deux armatures en regard sont donc opposées, ce qui impose la même charge q sur les deux condensateurs. La tension totale se répartit entre eux : u=u1+u2.
u=u1+u2
u1=C1q;u2=C2qmême charge q sur les deux condensateurs
⇒u=C1q+C2q=q(C11+C21)
or, par définition, u=Ceqq
⇒Ceq1=C11+C21
Théorème
Pour n condensateurs en série :
Ceq1=C11+C21+⋯+Cn1
Pour deux condensateurs seulement, cela se réécrit Ceq=C1+C2C1×C2. La capacité équivalente série est toujours plus petite que la plus petite des capacités associées.
Exemple — deux condensateurs en série
C1=100μF et C2=150μF sont associés en série.
Ceq=C1+C2C1×C2
=100+150100×150
=25015000
=60μFbien inférieur à 100μF, la plus petite des deux
3.2 Association en parallèle
Démonstration — capacité équivalente en parallèle
Les deux condensateurs sont reliés aux mêmes nœuds A et B : ils subissent donc la même tensionu. Chacun porte sa propre charge, et la charge totale fournie par le générateur se répartit entre eux : q=q1+q2.
q=q1+q2
q1=C1u;q2=C2umême tension u aux bornes des deux condensateurs
⇒q=C1u+C2u=(C1+C2)u
or, par définition, q=Cequ
⇒Ceq=C1+C2
Théorème
Pour n condensateurs en parallèle :
Ceq=C1+C2+⋯+Cn
La capacité équivalente parallèle est toujours plus grande que la plus grande des capacités associées.
Exemple — deux condensateurs en parallèle
C1=220nF et C2=330nF sont associés en parallèle.
Ceq=C1+C2
=220+330
=550nF
Attention
C'est l'inverse des résistors ! En série, les résistances s'additionnent directement alors que les capacités se combinent par inverses. En parallèle, c'est le contraire : les résistances se combinent par inverses, les capacités s'additionnent directement. Ne confonds jamais les deux formules le jour du contrôle.
4Charge et décharge à travers une résistance
Un condensateur ne se charge (et ne se décharge) jamais instantanément dès qu'un résistor limite le courant dans le circuit. Cette section explique pourquoi, et te donne les outils pour lire une durée caractéristique directement sur un graphe.
4.1 Montage et allure des courbes
On associe en série un générateur de tension constante E, un résistor de résistance R et un condensateur de capacité C, avec un interrupteur à deux positions : position 1 pour charger le condensateur à travers R, position 2 pour le décharger à travers R seul (générateur débranché). Un oscilloscope ou une interface d'acquisition enregistre uC(t).
Figure 4 — Courbes exactes de charge uC(t)=E(1−e−t/τ) et de décharge uC(t)=Ee−t/τ, avec τ=RC. Les deux points marqués sont à l'instant t=τ.
4.2 Équation et expression de uC(t)
La loi des mailles, appliquée à la charge, donne E=uR+uC avec uR=Ri et i=CdtduC (le courant qui charge le condensateur). On obtient l'équation différentielle du circuit :
RCdtduC+uC=E
Démonstration — vérification de la solution de charge
On admet la forme de la solution et on vérifie qu'elle satisfait bien l'équation différentielle et la condition initiale (condensateur déchargé à t=0) : uC(t)=E(1−e−t/τ), avec τ=RC.
dtduC=τEe−t/τ
RCdtduC+uC=RC×τEe−t/τ+E(1−e−t/τ)
=Ee−t/τ+E−Ee−t/τcar RC=τ
=El'équation est bien vérifiée
de plus uC(0)=E(1−e0)=0condition initiale correcte
La démarche est identique pour la décharge, avec E=0 dans le circuit et uC(0)=E : on obtient uC(t)=Ee−t/τ. C.Q.F.D.
4.3 La constante de temps τ=RC
Définition
La constante de tempsτ=RC caractérise la rapidité de la charge ou de la décharge. Plus τ est petit, plus le régime évolue vite. Après une durée t=5τ, on considère le régime permanent atteint (uC a varié de plus de 99% de l'écart total).
Démonstration — homogénéité de RC à un temps
loi d'Ohm : [R]=[i][u]volts par ampère
[C]=[u][q]définition de la capacité
[q]=[i]×[t]l'intensité est un débit de charge
⇒[C]=[u][i]×[t]
⇒[R]×[C]=[i][u]×[u][i]×[t]
=[t]les [u] et les [i] se simplifient
Le produit RC est donc bien homogène à un temps : il s'exprime en secondes lorsque R est en ohms et C en farads.
Exemple — calculer τ
R=4,7kΩ et C=220μF.
τ=RC
=4,7×103×220×10−6
=1,03s
4.4 Déterminer τ graphiquement
Méthode — deux façons de lire τ
Méthode de la tangente à l'origine : on trace la tangente à la courbe uC(t) au point t=0 ; cette droite coupe l'asymptote horizontale uC=E en l'abscisse t=τ. Méthode des 63% : pour la charge, on repère l'instant où uC atteint 0,63E (car 1−e−1≈0,63) ; pour la décharge, l'instant où uC est tombé à 0,37E.
Figure 5 — La tangente à l'origine de la courbe de charge coupe l'asymptote uC=E exactement à t=τ ; la courbe atteint 0,63E au même instant t=τ. Les deux méthodes s'accordent.
Exemple — lecture graphique de τ
Sur un graphe de charge, l'asymptote est à E=6,0V et la tangente à l'origine coupe cette asymptote à t=4,0ms. On sait que R=2,0kΩ.
τ=4,0ms=4,0×10−3s
τ=RC⇒C=Rτ
=2,0×1034,0×10−3
=2,0×10−6F=2,0μF
Attention
La tangente à l'origine doit être tracée exactement au point t=0 (pas ailleurs sur la courbe : la pente diminue ensuite). Et 0,63E se lit sur l'axe des tensions, pas sur l'axe des temps — une confusion fréquente le jour du contrôle.
5Énergie emmagasinée
Un condensateur chargé n'est pas seulement porteur de charges : il stocke aussi de l'énergie électrique, qu'il peut restituer très vite lors de la décharge. C'est précisément ce qui rend un flash aussi éblouissant, ou un défibrillateur aussi efficace.
5.1 Expression de l'énergie
Définition
L'énergie électriqueE emmagasinée par un condensateur de capacité C, chargé sous une tension U, est donnée par :
E=21CU2
avec E en joules (J), C en farads (F), U en volts (V).
Figure 6 — Sur le graphe q=f(u), l'énergie emmagasinée est l'aire du triangle compris entre la droite, l'axe des u et la verticale u=U : c'est le travail fourni pour amener progressivement le condensateur de 0 à U.
Démonstration — par l'aire du graphe
Charger le condensateur, c'est déplacer des charges depuis une tension nulle jusqu'à U, pas à pas. À chaque étape infinitésimale, le travail fourni correspond à l'aire d'une fine bande sous la droite q=f(u) : la somme de toutes ces bandes, de 0 à U, est exactement l'aire du triangle compris sous la droite.
E=aire du triangle
=21×base×hauteur
=21×U×Q
or Q=CUrelation q=Cu
⇒E=21×U×CU
=21CU2
5.2 Applications numériques
Exemple — énergie stockée
C=1000μF, chargé sous U=16V.
E=21CU2
=0,5×1000×10−6×162
=0,5×10−3×256
=0,128J
Exemple — puissance délivrée par un flash
Le condensateur d'un flash, C=220μF chargé sous U=300V, se décharge dans la lampe en Δt=1,0ms.
E=21CU2
=0,5×220×10−6×3002
=9,9J
Pmoy=ΔtE
=1,0×10−39,9
=9,9×103Wprès de 10kW pendant une milliseconde : d'où l'éclat du flash
Attention
L'énergie varie comme le carré de U, pas comme U : doubler la tension aux bornes d'un condensateur quadruple l'énergie stockée, alors que cela ne fait que doubler la charge q=Cu. Ne confonds pas ces deux dépendances.
6Applications
Le condensateur est partout dans les objets techniques qui t'entourent. Cinq applications concrètes suffisent à montrer l'étendue de ses usages, du plus rapide au plus lent.
Le flash photographique
Une pile charge lentement (quelques secondes, τ grand car R interne élevée) un condensateur jusqu'à une haute tension. Au déclenchement, il se décharge en une fraction de milliseconde dans la lampe au xénon (τ très petit, résistance de la lampe faible) : toute l'énergie stockée est libérée quasi instantanément, d'où une puissance instantanée énorme malgré une énergie totale modeste.
La temporisation (minuterie d'éclairage)
Dans une minuterie d'escalier, un circuit RC commande l'extinction de la lumière : au moment de l'appui, un condensateur se charge (ou se décharge) à travers une résistance, et un circuit électronique coupe l'éclairage lorsque uC franchit un seuil. Régler la durée d'éclairage revient à régler τ=RC, le plus souvent via une résistance variable.
Le filtrage dans une alimentation
Après un redressement (pont de diodes), la tension obtenue reste ondulée. Un condensateur placé en parallèle de la charge se recharge à chaque maximum et se décharge lentement entre deux maxima (à travers la charge), ce qui lisse la tension et réduit fortement son ondulation résiduelle.
Le défibrillateur
Un condensateur de quelques microfarads, chargé sous plusieurs kilovolts, se décharge en quelques millisecondes à travers le thorax du patient via deux électrodes. L'énergie délivrée, de l'ordre de 150 à 300J, doit être suffisante pour resynchroniser le cœur, tout en restant contrôlée pour ne pas endommager les tissus.
Le clavier à condensateurs
Chaque touche d'un clavier capacitif forme, avec le circuit imprimé, un petit condensateur plan C=εS/e. Appuyer sur la touche réduit l'épaisseur e entre les armatures, donc augmenteC : l'électronique détecte cette variation, sans aucun contact mécanique entre pistes métalliques — d'où une durabilité bien supérieure à celle des claviers à contact.
Physique & Co — La première défibrillation
C'est le chirurgien américain Claude Beck qui réalise, en 1947 à Cleveland, la première défibrillation cardiaque réussie chez l'humain, à cœur ouvert, sur un adolescent de 14 ans en arrêt cardiaque pendant une opération. L'appareil de l'époque utilisait le secteur alternatif ; les défibrillateurs modernes, bien plus sûrs, déchargent un condensateur préalablement chargé — une application directe de E=21CU2 qui sauve aujourd'hui des milliers de vies chaque année, y compris via les défibrillateurs automatisés externes désormais présents dans les lieux publics.
Fiche mémo
Condensateur : deux armatures séparées par un isolant (diélectrique) ; q=Cu, avec C en farads (F).
Condensateur plan : C=εeS, avec ε=ε0εr et ε0≈8,85×10−12F⋅m−1.
Série : Ceq1=C11+C21+⋯ (même charge q, Ceq plus petite que la plus petite).
Parallèle : Ceq=C1+C2+⋯ (même tension u, Ceq plus grande que la plus grande).
Charge : uC(t)=E(1−e−t/τ) · Décharge : uC(t)=Ee−t/τ, avec τ=RC en secondes.
Détermination de τ : tangente à l'origine coupant l'asymptote en t=τ, ou uC(τ)≈0,63E (charge) / 0,37E (décharge).
Régime permanent atteint après environ 5τ.
Énergie stockée : E=21CU2 (en joules) — varie comme le carré de U.
Un condensateur de capacité C=100μF est chargé sous une tension u=9,0V. Calcule la charge q portée par chaque armature. Ce même condensateur porte ensuite une charge q′=2,0mC : quelle est alors la tension u′ à ses bornes ?
Voir le corrigé détaillé
q=Cu
=100×10−6×9,0
=9,0×10−4C=0,90mC
q′=Cu′⇒u′=Cq′
=100×10−62,0×10−3
=20V
3
Deux condensateurs C1=330nF et C2=470nF sont associés en série. Calcule la capacité équivalente Ceq.
Voir le corrigé détaillé
Ceq=C1+C2C1×C2
=330+470330×470
=800155100
=194nFbien inférieure à 330nF
4
Trois condensateurs C1=100μF, C2=220μF et C3=150μF sont associés en parallèle. Calcule Ceq.
Voir le corrigé détaillé
Ceq=C1+C2+C3
=100+220+150
=470μF
5
Un circuit RC comporte R=10kΩ et C=47μF. Calcule τ, puis la durée au bout de laquelle le régime permanent est atteint.
Voir le corrigé détaillé
τ=RC
=10×103×47×10−6
=0,47s
régime permanent : 5τ
=5×0,47=2,35s
6
Un condensateur C=680μF est chargé sous U=25V. Calcule l'énergie E qu'il emmagasine.
Voir le corrigé détaillé
E=21CU2
=0,5×680×10−6×252
=0,5×680×10−6×625
=0,2125J≈0,21J
Niveau 2 — Approfondissement
7
Lors d'une charge à courant constant, on relève deux points alignés de la droite q=f(u) : (u1=1,5V;q1=33μC) et (u2=4,5V;q2=99μC).
Détermine la capacité C du condensateur testé.
Calcule la charge q3 portée pour une tension u3=10,0V.
Voir le corrigé détaillé
1. La droite passe par l'origine, sa pente vaut C.
C=u2−u1q2−q1
=4,5−1,599−33
=3,066=22μF
2.
q3=Cu3
=22×10,0
=220μC
8
Un montage associe C2=100μF et C3=100μF en parallèle ; cet ensemble est associé en série avec C1=150μF. Calcule la capacité équivalente totale Ceq.
Voir le corrigé détaillé
On procède en deux temps : d'abord le sous-ensemble parallèle, puis la mise en série avec C1.
C23=C2+C3
=100+100=200μF
Ceq=C1+C23C1×C23
=150+200150×200
=35030000
≈85,7μF
9
On charge un condensateur à travers une résistance R=2,5kΩ. La courbe ci-dessous (Figure 7) donne uC(t).
Figure 7 — Courbe de charge relevée à l'oscilloscope.
Détermine graphiquement τ (tangente à l'origine ou méthode des 63%), puis calcule la capacité C.
Voir le corrigé détaillé
L'asymptote est à E=5,0V, donc le seuil des 63% vaut 0,63×5,0≈3,15V. La courbe atteint cette valeur (et la tangente à l'origine coupe l'asymptote) à t≈2,5ms : on lit donc τ≈2,5ms.
τ=RC⇒C=Rτ
=2,5×1032,5×10−3
=1,0×10−6F=1,0μF
10
Un condensateur se charge sous E=12V, avec τ=0,20s. Calcule uC à l'instant t=0,20s, puis vérifie que ce résultat correspond bien à 63% de E.
Voir le corrigé détaillé
t=τ⇒τt=1
uC(τ)=E(1−e−1)
=12×(1−0,368)
=12×0,632
=7,6V
Or 0,63×12=7,56V≈7,6V : le résultat coïncide bien avec la règle des 63%, à t=τ.
Niveau 3 — Défi
11
Un circuit RC comprend un générateur E=9,0V, R=1,0kΩ et C=470μF, condensateur initialement déchargé. On ferme l'interrupteur en position charge à t=0.
Calcule τ.
Calcule uC à t=1,0s.
Calcule l'énergie emmagasinée à cet instant.
Le régime permanent étant atteint, on bascule sur décharge (résistance R inchangée) : calcule uC à t′=2,0s après le début de cette décharge.
Voir le corrigé détaillé
1.
τ=RC
=1,0×103×470×10−6
=0,47s
2. À t=1,0s, τt=0,471,0≈2,13.
uC(t)=E(1−e−t/τ)
=9,0×(1−e−2,13)
=9,0×(1−0,119)
=7,9V
3.
Estock=21CuC2
=0,5×470×10−6×7,92
=0,5×470×10−6×62,4
≈1,5×10−2J=14,8mJ
4. Après la décharge, uC(0)=E=9,0V et τt′=0,472,0≈4,26.
uC(t′)=Ee−t′/τ
=9,0×e−4,26
=9,0×0,0142
≈0,13Vle condensateur est quasiment déchargé après 4,3τ
12
Démontre que, pour n condensateurs C1,C2,…,Cn associés en parallèle entre deux points A et B, la capacité équivalente vaut Ceq=C1+C2+⋯+Cn.
Voir le corrigé détaillé
Chacun des n condensateurs est relié aux mêmes points A et B : ils subissent donc tous la même tensionu=uAB. Chaque condensateur k porte sa propre charge qk=Cku, et la charge totale fournie par le générateur au nœud A est la somme de ces charges, puisque le générateur ne « voit » que ce total.
qtotal=q1+q2+⋯+qn
qk=Cku pour chaque kmême tension u pour tous
⇒qtotal=C1u+C2u+⋯+Cnu
=(C1+C2+⋯+Cn)u
or, par définition de Ceq : qtotal=Cequ
⇒Ceq=C1+C2+⋯+Cn
Cette égalité étant vraie pour toute tension u, l'identification des coefficients est légitime. C.Q.F.D.
13
Un flash utilise C=150μF. On souhaite une charge « douce » avec τcharge=3,0s, et une décharge quasi instantanée dans la lampe avec τdeˊcharge=0,50ms. Calcule la résistance de charge Rcharge (résistance interne de la pile et du circuit de charge) et la résistance Rdeˊcharge (résistance de la lampe), puis compare-les.
Voir le corrigé détaillé
τcharge=RchargeC⇒Rcharge=Cτcharge
=150×10−63,0
=2,0×104Ω=20kΩ
Rdeˊcharge=Cτdeˊcharge
=150×10−60,50×10−3
=3,3Ω
Le rapport RdeˊchargeRcharge=3,320000≈6000 : la résistance de charge est six mille fois plus grande que celle de décharge, ce qui explique pourquoi la pile charge lentement le condensateur alors que la lampe le vide presque instantanément — c'est tout le principe du flash.
Niveau 4 — Problèmes de vie courante
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Le flash d'un studio photo (Dakar). Un studio photo à Dakar utilise un flash dont le condensateur, de capacité C=330μF, est chargé sous U=330V par le générateur haute tension de l'appareil.
Calcule l'énergie E stockée dans le condensateur.
La décharge dans la lampe dure Δt=0,80ms : calcule la puissance moyenne délivrée.
Le générateur charge le condensateur avec un courant constant I=15mA. Calcule la durée de charge nécessaire, à partir d'un condensateur déchargé.
Voir le corrigé détaillé
1.
E=21CU2
=0,5×330×10−6×3302
=18,0J
2.
Pmoy=ΔtE
=0,80×10−318,0
=2,25×104Wsoit 22,5kW pendant moins d'une milliseconde
3. À courant constant, q=It, et l'on veut atteindre Q=CU.
Q=CU
=330×10−6×330=0,1089C
Q=It⇒t=IQ
=15×10−30,1089
=7,3s
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Le défibrillateur d'une clinique (Abidjan). Un défibrillateur utilisé dans une clinique d'Abidjan doit délivrer une énergie E=200J à travers un condensateur de capacité C=32μF.
Calcule la tension de charge U nécessaire.
La décharge dure Δt=10ms : calcule la puissance moyenne délivrée au patient.
Le condensateur est rechargé par une batterie délivrant un courant constant I=0,40A. Calcule la durée de charge nécessaire.
Voir le corrigé détaillé
1. On isole U dans E=21CU2 ; une tension est positive.
U2=C2E
=32×10−62×200
=1,25×107V2
⇒U=1,25×107
≈3,54×103Vsoit environ 3,5kV
2.
Pmoy=ΔtE
=10×10−3200
=2,0×104W
3.
Q=CU
=32×10−6×3,54×103≈0,113C
t=IQ
=0,400,113
≈0,28sune recharge très rapide entre deux chocs
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La minuterie d'escalier (Ndjamena). Dans un immeuble à Ndjamena, une minuterie d'escalier utilise un circuit RC : après l'appui sur l'interrupteur, le condensateur (initialement chargé à E=12V) se décharge, et l'électronique coupe l'éclairage lorsque uC atteint le seuil us=1,5V. On utilise C=470μF, et l'on veut que la lumière reste allumée exactement toff=90s.
Exprime toff en fonction de R, C, E et us, puis calcule la résistance R nécessaire.
Calcule τ correspondant et vérifie que toff=τln(usE) redonne bien 90s.
Voir le corrigé détaillé
1. La décharge suit uC(t)=Ee−t/RC. L'éclairage s'éteint quand uC(toff)=us.
us=Ee−toff/RC
⇒e−toff/RC=Eus
⇒−RCtoff=ln(Eus)
⇒toff=RCln(usE)
⇒R=Cln(E/us)toff
Application numérique : ln(1,512)=ln8≈2,08.
R=470×10−6×2,0890
=9,77×10−490
≈9,2×104Ω=92kΩ
2.
τ=RC
=9,2×104×470×10−6≈43,3s
toff=τln8
=43,3×2,08
≈90scohérent avec la durée visée
📝 QCM de fin de leçon — 20 questions
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Un condensateur est constitué de deux armatures conductrices séparées par :
Explication : Les deux armatures conductrices ne se touchent jamais : elles sont séparées par un isolant, le diélectrique (air, papier, mica, céramique...).
Lorsqu'un condensateur est chargé, les charges portées par ses deux armatures sont :
Explication : Une armature porte une charge +q, l'autre −q : la charge totale du condensateur reste toujours nulle, même chargé.
L'unité de la capacité d'un condensateur est :
Explication : La capacité C s'exprime en farads (F), en hommage à Michael Faraday. Le farad est une unité énorme : on utilise en pratique le microfarad, le nanofarad ou le picofarad.
Pour un condensateur plan, la capacité est donnée par :
Explication :C=εeS, avec S la surface en regard, e l'épaisseur du diélectrique et ε=ε0εr la permittivité : C augmente avec S et diminue avec e.
Lors d'une charge à courant constant, le tracé des points (u;q) donne une droite passant par l'origine. Ceci établit expérimentalement que :
Explication : Les points relevés sont alignés sur une droite passant par l'origine, ce qui prouve que q et u sont proportionnels ; la pente de cette droite est, par définition, la capacité C.
Un condensateur de C=470μF est chargé sous u=12V. La charge q portée par l'armature + vaut :
Explication :q=Cu=470×10−6×12 =5,64×10−3C, soit 5,64mC.
Deux condensateurs C1=100μF et C2=150μF sont associés en série. La capacité équivalente est :
Explication :Ceq=C1+C2C1×C2=250100×150 =60μF, bien inférieure à la plus petite des deux capacités (comportement inverse des résistances).
Deux condensateurs C1=220nF et C2=330nF sont associés en parallèle. La capacité équivalente est :
Explication : En parallèle, les capacités s'additionnent directement : Ceq=C1+C2=220+330=550nF, toujours supérieure à la plus grande des deux.
Dans un circuit de charge RC, la constante de temps τ=RC caractérise :
Explication :τ=RC caractérise la rapidité du régime transitoire ; plus τ est petit, plus la charge ou la décharge est rapide. Le régime permanent est atteint après environ 5τ.
Lors de la charge d'un condensateur à travers une résistance, à l'instant t=τ, la tension uC vaut environ :
Explication :uC(τ)=E(1−e−1)≈0,63E : c'est la méthode dite « des 63 % » pour lire τ sur un graphe de charge (pour la décharge, on utilise plutôt 37%).
Un circuit RC comporte R=4,7kΩ et C=220μF. La constante de temps τ vaut environ :
Explication :τ=RC=4,7×103×220×10−6 =1,03s.
Pour déterminer τ graphiquement par la méthode de la tangente à l'origine, on trace la tangente à uC(t) en t=0 ; elle coupe l'asymptote uC=E :
Explication : La tangente à l'origine de la courbe de charge coupe l'asymptote horizontale uC=E précisément en l'abscisse t=τ, en cohérence avec la méthode des 63 %.
L'énergie électrique emmagasinée dans un condensateur de capacité C chargé sous une tension U est :
Explication :E=21CU2 s'obtient comme l'aire du triangle sous la droite q=Cu, c'est-à-dire le travail nécessaire pour charger progressivement le condensateur de 0 à U.
Un condensateur C=1000μF est chargé sous U=16V. L'énergie stockée est environ :
Si l'on double la tension U aux bornes d'un condensateur, son énergie stockée :
Explication :E=21CU2 varie comme le carré de U : doubler U quadruple E, alors que cela ne fait que doubler la charge q=Cu. Piège classique à ne pas confondre.
Dans un flash photographique, la charge du condensateur est lente (τ grand) tandis que la décharge dans la lampe est quasi instantanée (τ très petit). Ceci s'explique par :
Explication :τ=RC, avec la même capacité C pour les deux phases : c'est la résistance interne de la pile (grande) qui rend la charge lente, et la faible résistance de la lampe qui rend la décharge quasi instantanée.
Un défibrillateur délivre une énergie E=200J grâce à un condensateur de capacité C=32μF. La tension de charge nécessaire est proche de :
Explication :U=C2E=32×10−62×200=1,25×107 ≈3,54×103V, soit environ 3,5kV.
Un montage associe deux condensateurs C2=100μF et C3=100μF en parallèle ; l'ensemble est mis en série avec C1=150μF. La capacité équivalente totale est environ :
Explication :C23=C2+C3=200μF (parallèle) puis Ceq=C1+C23C1×C23=350150×200 ≈85,7μF.
Dans un clavier à condensateurs, appuyer sur une touche rapproche les armatures (diminue e). L'électronique détecte alors :
Explication : Comme C=εeS, diminuer e (rapprocher les armatures) augmente C : c'est cette variation, détectée sans aucun contact mécanique, qui déclenche la touche.
Une minuterie d'escalier utilise un condensateur C=470μF initialement chargé à E=12V, qui se décharge jusqu'au seuil us=1,5V où la lumière s'éteint, avec τ=RC. La relation reliant la durée d'éclairage toff à τ est :
Explication :us=Ee−toff/τ donne, en isolant toff, la relation toff=τln(usE) : c'est cette formule qui permet de choisir la résistance R pour régler la durée d'éclairage voulue.