Un vigneron veut savoir si son vinaigre titre bien les 6° réglementaires. Une laiterie doit vérifier, chaque matin, que le lait livré n'a pas commencé à tourner. Un pharmacien contrôle la teneur en soude d'un déboucheur de canalisation avant de l'étiqueter. Dans les trois cas, la question est la même : quelle est la concentration exacte d'une espèce acide ou basique dans une solution ? Tu sais depuis la Seconde reconnaître un acide, une base, mesurer un pH. Ce chapitre te donne enfin les moyens de répondre à la question avec précision, au moyen d'une technique appelée dosage (ou titrage).
L'idée est simple et puissante : on fait réagir la solution de concentration inconnue avec une solution de concentration parfaitement connue, et on repère avec soin l'instant où les deux réactifs ont fini de se consommer exactement l'un l'autre. Cet instant, appelé équivalence, est la clé de voûte de tout le chapitre : le savoir repérer — à l'œil grâce à un indicateur coloré, au pH-mètre, ou au conductimètre — permet de remonter par le calcul à la concentration cherchée.
Tu vas apprendre à construire et à exploiter une courbe de dosage , à choisir un indicateur coloré adapté, à mener un dosage conductimétrique quand la solution est trouble ou colorée (jus de fruit, par exemple), et à rédiger un compte-rendu rigoureux avec son incertitude. Nous terminerons sur des cas très concrets — vinaigre, jus de bissap, lait, déboucheur — puisque ces techniques quittent rarement le laboratoire pour longtemps : elles sont utilisées chaque jour dans l'industrie agro-alimentaire, en pharmacie et dans le contrôle qualité.
1Principe du dosage
Doser une espèce chimique, c'est déterminer sa concentration dans une solution. La méthode que nous étudions ici — le dosage par titrage — consiste à faire réagir cette espèce, dite titrée, avec une autre espèce de concentration connue, dite titrante, versée progressivement.
Un dosage par titrage consiste à déterminer la quantité de matière (ou la concentration) d'une espèce chimique A, dite titrée, contenue dans un volume connu d'une solution, en la faisant réagir avec une espèce chimique B, dite titrante, de concentration connue, versée progressivement jusqu'à l'équivalence.
1.1 La réaction support de titrage
Pour qu'un dosage soit exploitable, la réaction chimique entre le titrant et le titré — appelée réaction support de titrage — doit vérifier trois conditions impératives.
La réaction support de titrage doit être :
- totale : elle consomme intégralement le réactif limitant, sans état d'équilibre ;
- rapide : sa durée doit être négligeable devant la durée du versement, pour que la mesure ait un sens à chaque instant ;
- unique : aucune réaction parasite ne doit se produire entre les espèces présentes.
Dans tout ce chapitre, nous prendrons pour fil conducteur le dosage d'une solution d'acide chlorhydrique par une solution d'hydroxyde de sodium . La réaction support est la réaction acide-base entre l'ion oxonium et l'ion hydroxyde :
Cette réaction est totale (sa constante d'équilibre est immense), quasi instantanée, et les ions et restent spectateurs : les trois conditions sont réunies.
1.2 L'équivalence du titrage
L'équivalence d'un titrage est l'instant où les réactifs titrant et titré ont été introduits dans les proportions stœchiométriques exactes de la réaction support. À cet instant précis, le réactif titrant et le réactif titré ont tous deux entièrement disparu (aucun n'est en excès).
Notons la concentration de l'acide chlorhydrique titré, le volume prélevé (placé dans l'erlenmeyer), la concentration connue de la soude titrante, et le volume versé à un instant donné. Établissons la relation qui lie ces grandeurs à l'équivalence, en construisant le tableau d'avancement de la réaction, à l'instant où un volume quelconque a été versé.
À l'instant où un volume de soude a été versé, la réaction étant totale, on peut calculer l'avancement maximal : c'est le plus petit des deux quantités de matière initiales.
- par définition, l'équivalence est atteinte quand les deux réactifs sont limitants à la foisaucun n'est en excès
- et : volume versé à l'équivalence
C.Q.F.D. — à l'équivalence, les quantités de matière initiales des deux réactifs sont égales.
Plus généralement, si la réaction support s'écrit avec des coefficients stœchiométriques et différents de (acide ou base polyprotique), la relation devient :
Ne confonds jamais équivalence et neutralité ! À l'équivalence, les réactifs ont réagi en proportions stœchiométriques — cela ne signifie pas que le pH vaut . Nous verrons en partie 5 que le pH à l'équivalence dépend de la force de l'acide et de la base mis en jeu.
1.3 Protocole expérimental d'un titrage
- Prélever avec une pipette jaugée un volume précis de la solution à titrer, le verser dans un erlenmeyer, éventuellement le diluer avec un peu d'eau distillée (sans changer la quantité de matière) pour mieux voir le changement de teinte.
- Remplir la burette graduée avec la solution titrante de concentration connue, en purgeant l'air du robinet et en ajustant le niveau au zéro.
- Placer l'erlenmeyer sous la burette, sur un agitateur magnétique, avec un barreau aimanté pour homogénéiser en continu.
- Verser le titrant progressivement, en ralentissant à l'approche de l'équivalence présumée, jusqu'au repérage de celle-ci (teinte, pH, conductivité).
- Relever le volume versé et calculer la concentration inconnue.
Le volume se lit au bas du ménisque, l'œil placé à l'horizontale de la graduation (sinon, erreur de parallaxe). Vérifie aussi qu'aucune bulle d'air ne subsiste dans le robinet avant de commencer : elle fausserait le volume versé.
C'est en 1795 que le chimiste français François-Antoine-Henri Descroizilles met au point le berthollimètre, l'un des tout premiers instruments de dosage volumétrique : un tube gradué destiné à contrôler la teneur en chlore actif de l'eau de Javel utilisée dans les manufactures de blanchiment des toiles, alors en plein essor.
Le procédé sera perfectionné en 1824 par Joseph Louis Gay-Lussac, qui invente la burette moderne munie de son robinet, et l'utilise pour titrer la teneur en argent des alliages monétaires à l'Hôtel des Monnaies de Paris — donnant naissance à la chimie analytique quantitative telle que nous la pratiquons aujourd'hui.
On titre d'une solution d'acide chlorhydrique de concentration inconnue par une solution de soude à . L'équivalence est repérée pour . Calcule .
C'est cette solution que nous étudierons tout au long du chapitre.
Pour le titrage précédent, calcule les quantités de matière d'ions initialement présents et d'ions versés à l'équivalence. Conclus.
Les deux quantités sont bien égales : c'est la définition même de l'équivalence.
2Équivalence et repérage
La relation est inutile tant qu'on ne sait pas repérer expérimentalement l'instant de l'équivalence, c'est-à-dire lire la valeur de sur la burette au bon moment. Trois méthodes existent, que nous détaillerons chacune dans la suite du chapitre.
| Méthode | Grandeur suivie | Signal à l'équivalence | Section |
|---|---|---|---|
| Colorimétrique | couleur (indicateur coloré) | changement de teinte de la solution | §3 |
| pH-métrique | pH de la solution | saut brutal de pH (point d'inflexion) | §4-5 |
| Conductimétrique | conductivité | rupture de pente (minimum ou coude) | §6 |
Le suivi colorimétrique est rapide et peu coûteux, mais impossible sur une solution déjà colorée ou trouble (jus de fruit, par exemple). Le suivi pH-métrique est précis et fournit une courbe complète exploitable a posteriori. Le suivi conductimétrique convient bien aux solutions colorées, mais exige que les ions présents soient suffisamment conducteurs.
On dose d'une solution d'ammoniac (base faible, ) par de l'acide chlorhydrique à ; l'équivalence est obtenue pour . Calcule la concentration de la solution d'ammoniac.
L'acide oxalique réagit avec la soude selon (donc , ). On dose de cet acide par de soude ; . Calcule .
3Indicateurs colorés
Le suivi colorimétrique repose sur une famille de molécules très particulières : les indicateurs colorés acido-basiques, capables de changer de teinte selon le pH du milieu.
Un indicateur coloré acido-basique est un couple acide/base faible dont la forme acide et la forme basique ont des couleurs différentes en solution. Sa zone de virage est l'intervalle de pH dans lequel les deux teintes se mélangent visiblement, encadrant approximativement son :
En dehors de sa zone de virage, la solution présente la teinte pure de l'une des deux formes ; à l'intérieur, elle prend une teinte intermédiaire (« teinte sensible »).
| Indicateur | Teinte acide | Teinte basique | Zone de virage |
|---|---|---|---|
| Hélianthine (méthylorange) | rouge | jaune | – |
| Bleu de bromothymol (BBT) | jaune | bleu | – |
| Phénolphtaléine | incolore | rose | – |
Un indicateur coloré est adapté à un titrage si sa zone de virage est entièrement comprise dans le saut de pH de la courbe de dosage : le changement de teinte se produit alors pour un volume versé quasiment confondu avec . Nous construirons la courbe complète en partie 5, et superposerons les trois zones de virage ci-dessus à cette courbe (Figure 5) : tu verras qu'ici, le saut est si large que les trois indicateurs conviennent presque également bien.
Un indicateur « adapté » n'a pas besoin que sa teinte sensible corresponde exactement à pH : il suffit que sa zone de virage tombe dans le saut de pH, même si celui-ci est centré ailleurs (nous le verrons pour un acide faible, où l'équivalence est basique).
Après avoir versé quelques gouttes d'indicateur dans l'erlenmeyer (jamais plus de 2 à 3 gouttes, pour ne pas perturber le dosage), on verse le titrant goutte à goutte en agitant, en ralentissant fortement à l'approche du virage présumé. On arrête dès que la teinte change et persiste au moins 20 à 30 secondes sous agitation : c'est l'équivalence.
On dose d'une solution d'acide chlorhydrique par de la soude à , en présence de BBT. La solution vire du jaune au bleu pour . Calcule .
Pour doser une solution d'ammoniac (base faible) par un acide fort, l'équivalence a lieu à pH acide (). Pourquoi la phénolphtaléine (virage –) serait-elle un mauvais choix ?
Sa zone de virage est entièrement au-dessus du pH d'équivalence : elle serait déjà rose avant même d'avoir versé assez d'acide, et l'on surestimerait , donc on sous-estimerait la concentration en base. Il faut choisir un indicateur dont la zone encadre , comme le rouge de méthyle (virage –).
4Dosage pH-métrique
Le suivi pH-métrique consiste à mesurer, avec une électrode combinée reliée à un pH-mètre, la valeur du pH de la solution titrée après chaque ajout de titrant. On obtient ainsi, point par point, une fonction que l'on trace et que l'on exploite ensuite graphiquement — c'est l'objet de la partie 5.
La courbe de dosage pH-métrique est la représentation graphique du pH de la solution contenue dans l'erlenmeyer en fonction du volume de solution titrante versé.
- Étalonner le pH-mètre avec deux solutions tampons de pH connus (par exemple pH et pH ) avant toute mesure.
- Plonger l'électrode dans la solution à titrer, sans qu'elle touche le barreau aimanté.
- Verser le titrant par petits volumes réguliers ( à ) loin de l'équivalence présumée, puis par très petits volumes ( à ) à son approche, en relevant le pH après chaque ajout, une fois la valeur stabilisée.
- Continuer quelques millilitres après le saut de pH, pour bien visualiser le palier final.
Voici un extrait des mesures relevées lors du titrage de d'acide chlorhydrique par la soude à :
| (mL) | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| pH |
Entre et , le pH bondit de plus de unités pour un ajout de seulement : c'est le saut de pH, caractéristique du voisinage de l'équivalence.
Pourquoi faut-il verser le titrant par très petits volumes près de l'équivalence, alors que de plus grands volumes suffisent loin d'elle ?
Loin de l'équivalence, le pH varie très lentement avec : quelques millilitres suffisent à obtenir des points bien répartis. Près de l'équivalence, le pH varie très vite (le saut) : des ajouts trop espacés « sauteraient » par-dessus l'équivalence sans qu'aucun point ne soit relevé dans cette zone, rendant impossible une détermination précise de — d'où l'intérêt des petits volumes.
5Courbe de dosage et exploitation
5.1 Allure de la courbe : acide fort / base forte
Traçons, point par point, la courbe du titrage de d'acide chlorhydrique par de la soude à . Trois zones apparaissent nettement.
- un premier palier, de pente faible, où le pH croît lentement (acide en excès) ;
- un saut de pH brutal autour de l'équivalence, quasi vertical ;
- un second palier, de pente faible, où le pH croît de nouveau lentement (base en excès).
Le point d'équivalence se situe au point d'inflexion de la courbe, au centre du saut de pH.
- Tracer deux tangentes à la courbe, l'une sur le premier palier, l'autre sur le second, parallèles entre elles.
- Tracer la droite , parallèle aux deux précédentes et équidistante d'elles.
- L'intersection de avec la courbe donne le point d'équivalence , d'abscisse .
Sur la Figure 3, la construction des tangentes parallèles donne . Calcule .
D'après la Figure 3, quel est le pH à l'équivalence pour ce dosage acide fort / base forte ?
Le point est situé sur la courbe à l'ordonnée . C'est un résultat général pour un dosage acide fort / base forte : à l'équivalence, la solution ne contient que de l'eau et des ions spectateurs , donc le pH est neutre.
5.2 La méthode de la dérivée
Repérer une tangente « à la main » introduit toujours une part de subjectivité. Une méthode plus rigoureuse consiste à tracer la fonction dérivée — en pratique, le taux de variation entre mesures voisines.
Le pH variant très vite au voisinage de l'équivalence, sa dérivée y présente un maximum très marqué. L'abscisse de ce maximum donne directement , sans construction graphique manuelle — c'est la méthode utilisée par les logiciels d'acquisition de données (EXAO).
Entre (pH ) et (pH ), calcule .
Valeur très supérieure aux taux de variation loin de l'équivalence (de l'ordre de ) : on retrouve bien un pic marqué.
Pourquoi la méthode de la dérivée est-elle en pratique plus fiable que le tracé manuel des tangentes ?
Elle ne dépend d'aucune construction géométrique subjective (le choix des points de tangence varie d'un élève à l'autre) : le maximum du taux de variation est une donnée calculable directement à partir du tableau de mesures, ce qui la rend idéale pour un traitement informatique (tableur, EXAO).
5.3 Indicateurs et courbe de dosage
Revenons sur le choix d'un indicateur coloré (§3), à présent que nous disposons de la courbe complète. Superposons à la Figure 3 les trois zones de virage du tableau de la partie 3.
5.4 Cas d'un acide faible
Titrons à présent une solution d'acide éthanoïque () par la soude, avec les mêmes volumes et concentrations que précédemment. La courbe change d'allure.
Au volume de demi-équivalence , la moitié de l'acide faible initial a été transformée en sa base conjuguée : . Le pH vaut alors exactement le du couple.
- à : moitié transformée
Pour un dosage acide faible / base forte, le pH à l'équivalence est basique (ici ), car la solution contient alors l'ion éthanoate , base faible qui réagit partiellement avec l'eau : . Le seul indicateur adapté ici est la phénolphtaléine ; le BBT et l'hélianthine, dont les zones sont trop basses, donneraient un volume sous-estimé.
Sur une courbe de dosage d'un acide faible, et le pH relevé pour vaut . Donne le du couple.
: c'est la demi-équivalence, donc .
Le saut de pH est-il plus ample pour l'acide fort ou pour l'acide faible de mêmes concentration et volume ?
Il est plus ample pour l'acide fort : sur la Figure 3, le saut va d'environ pH à pH ; sur la Figure 6, il va d'environ pH à pH . L'acide faible n'étant que partiellement dissocié, la variation de au passage de l'équivalence y est moins brutale.
6Dosage conductimétrique
Lorsque la solution à titrer est colorée ou trouble (un jus de fruit, par exemple), on ne peut ni observer un virage colorimétrique, ni parfois insérer commodément une électrode de pH. On mesure alors la conductivité de la solution, qui varie avec la nature et la quantité des ions présents.
À chaque ion en solution diluée est associée une conductivité molaire ionique limite , telle que la conductivité de la solution s'écrive (loi de Kohlrausch, ions supposés indépendants) :
| Ion | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| () |
L'ion est de très loin le meilleur conducteur, suivi de l'ion . C'est cette dissymétrie qui donne à la courbe conductimétrique sa forme caractéristique en « V » lors d'un titrage acide fort / base forte : avant l'équivalence, les ions très conducteurs disparaissent, remplacés par des ions peu conducteurs — la conductivité chute ; après l'équivalence, l'ajout de et excédentaires la fait remonter.
On trace les deux portions de droite qui s'ajustent au mieux aux points expérimentaux de part et d'autre du minimum (ou de la rupture de pente), puis on prolonge ces deux droites : leur intersection donne . On néglige en général la légère dilution due au volume versé, sauf si devient comparable à .
La méthode conductimétrique suppose des ions suffisamment conducteurs et en quantité notable. Elle est peu adaptée à un titrage très dilué, ou lorsque les espèces spectatrices dominent la conductivité au point de masquer la rupture de pente.
On relève (en mS·cm⁻¹) lors d'un titrage : ; ; ; ; . Où se situe approximativement ?
La conductivité décroît jusqu'à (minimum ), puis remonte : le minimum de conductivité indique .
Pourquoi la conductivité diminue-t-elle avant l'équivalence, alors qu'on ajoute des ions supplémentaires à chaque goutte ?
Chaque ion versé consomme un ion (très conducteur, ) pour former de l'eau, alors qu'il n'apporte en échange qu'un ion peu conducteur () : la perte l'emporte largement sur le gain, d'où la baisse globale de .
7Calculs de concentration
Quelle que soit la méthode de repérage choisie, l'exploitation finale d'un titrage suit toujours le même schéma : lire (ou calculer) , puis appliquer la relation à l'équivalence.
- Repérer (virage, tangentes, dérivée, ou intersection conductimétrique).
- Écrire la relation à l'équivalence : (ou sa forme généralisée avec coefficients stœchiométriques).
- Isoler et calculer, avec le bon nombre de chiffres significatifs.
7.1 Incertitude de mesure
Aucune mesure n'est parfaite : verrerie, lecture, étalonnage introduisent chacun une incertitude. Pour un dosage, on retient en Première une évaluation simplifiée par somme des incertitudes relatives.
où provient de la solution mère (donnée du fabricant), de la lecture de burette, et de la pipette jaugée utilisée.
, avec , pour , pour . Calcule .
On donne le résultat sous la forme .
Dans l'exemple précédent, quel terme contribue le plus à l'incertitude finale, et comment le réduire ?
C'est l'incertitude sur (, contre et pour les volumes) : elle domine. Pour l'améliorer, il faudrait utiliser une solution titrante elle-même titrée avec précision (étalon primaire), plutôt que de faire confiance à l'étiquette du flacon commercial.
7.2 Applications : le vinaigre et le lait
Deux unités traditionnelles, encore très utilisées dans l'industrie agro-alimentaire, se déduisent directement d'un titrage acido-basique.
Le degré acétique d'un vinaigre (noté °) est la masse, en grammes, d'acide éthanoïque pur contenue dans 100 g de vinaigre. Un vinaigre « à 8° » contient donc d'acide éthanoïque pour de produit.
Le degré Dornic (°D) mesure l'acidité d'un lait. On titre de lait, en présence de phénolphtaléine, par une solution de soude dite « soude Dornic », de concentration , choisie précisément pour que chaque millilitre versé corresponde à un degré Dornic, soit d'acide lactique par litre de lait.
On titre d'un vinaigre (masse volumique assimilée à celle de l'eau, ) par de la soude à ; . Calcule le degré acétique (masse molaire de l'acide éthanoïque ).
- masse dans :
- pour de vinaigre () : degré
Le titrage de de lait consomme de soude Dornic. Donne l'acidité en degrés Dornic et conclus sur la fraîcheur (lait frais : à ; au-delà de , début de caillage).
Par construction de la soude Dornic, versé : l'acidité vaut donc , valeur dans la fourchette d'un lait frais.
Fiche mémo
- Équivalence : (ou avec coefficients stœchiométriques).
- Réaction support : totale, rapide, unique.
- 3 méthodes de repérage : colorimétrique, pH-métrique, conductimétrique.
- Indicateur adapté : zone de virage incluse dans le saut de pH.
- Acide fort / base forte : pH à l'équivalence .
- Acide faible / base forte : pH à l'équivalence (base conjuguée) ; à la demi-équivalence, .
- Équivalence pH-métrique : méthode des tangentes parallèles, ou maximum de .
- Équivalence conductimétrique : intersection des deux segments de droite (souvent un minimum pour HCl/NaOH).
- Incertitude : .
- Degré acétique : g d'acide éthanoïque pour de vinaigre.
- Degré Dornic : de soude Dornic () versé d'acide lactique.
8Exercices corrigés
On titre d'une solution d'acide chlorhydrique de concentration inconnue par une solution de soude à . L'équivalence est obtenue pour . Calcule .
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Complète le tableau d'avancement à l'équivalence pour le titrage de l'acide chlorhydrique par la soude : quelles sont, en fonction de , les quantités de et de restantes ? Que vaut chacune d'elles à l'équivalence ?
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À un instant quelconque : et . À l'équivalence, et les deux quantités restantes sont nulles simultanément : et , d'où .
Un dosage acide fort / base forte présente un saut de pH entre et . Parmi l'hélianthine (–), le BBT (–) et la phénolphtaléine (–), lesquels sont adaptés ?
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Un indicateur est adapté si sa zone de virage est incluse dans . Le BBT (– ⊂ ) convient. L'hélianthine déborde légèrement en dessous () et la phénolphtaléine légèrement au-dessus () : ils restent utilisables en première approximation mais introduisent une erreur un peu plus grande que le BBT.
Un titrage donne : , pH ; , pH ; , pH ; , pH ; , pH , avec et . Détermine et calcule .
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Le saut de pH encadre (pH ) : c'est un dosage acide fort / base forte, donc .
On titre d'une solution de soude de concentration inconnue par de l'acide chlorhydrique à ; . Calcule .
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Un titrage pH-métrique de par donne trois points proches du saut : , pH ; , pH ; , pH. Calcule les deux taux de variation encadrant , identifie , puis .
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- entre et :
- entre et :
Les deux taux, égaux et maximaux, encadrent symétriquement : c'est là que se situe le maximum de la dérivée, donc .
Le titrage d'un acide faible donne et . Donne le du couple, puis la valeur de .
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À la demi-équivalence , , donc .
Un titrage conductimétrique donne : ; ; ; ; (mS·cm⁻¹), avec , . Estime par extrapolation des deux portions de droite, puis calcule .
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La branche descendante passe par et , de pente ; la branche montante passe par et , de pente . En prolongeant ces deux droites, elles se coupent au voisinage de (point le plus bas de la série), donc .
Pour un titrage, , avec , pour , pour . Calcule et exprime le résultat.
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.
On titre d'une solution d'acide chlorhydrique par de la soude à . La construction des tangentes parallèles donne .
- Justifie que le pH à l'équivalence vaut , sans calcul.
- Calcule .
- Un professeur propose l'hélianthine (–) comme indicateur. Cette proposition est-elle judicieuse ? Justifie et propose, si besoin, un meilleur choix parmi le BBT ou la phénolphtaléine.
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1. À l'équivalence d'un titrage acide fort / base forte, la solution ne contient que de l'eau et des ions spectateurs (, ), qui ne modifient pas le pH de l'eau pure : le pH vaut donc à .
2.
3. Le saut de pH, très ample pour un acide fort / base forte (typiquement de pH à pH ), inclut largement la zone – de l'hélianthine : le choix est donc acceptable, bien que le BBT (–, centré sur ) reste le choix le plus précis, sa zone étant la plus proche du point d'équivalence exact.
On titre d'une solution d'acide méthanoïque par de la soude à ; et .
- Calcule et le du couple .
- Le pH à l'équivalence est-il supérieur, égal ou inférieur à ? Justifie par une équation de réaction.
- Parmi le BBT et la phénolphtaléine, quel indicateur choisir ?
Voir le corrigé détaillé
1.
2. À l'équivalence, tout l'acide a été converti en ion méthanoate , base faible qui réagit partiellement avec l'eau : . Cette réaction libère des ions : le pH à l'équivalence est supérieur à .
3. Le saut de pH se situe alors en zone basique : la phénolphtaléine (–) est adaptée, contrairement au BBT dont la zone est trop basse.
Dosage en retour. Un comprimé antiacide contient de l'hydroxyde de magnésium . On l'écrase et on ajoute un excès connu d'acide chlorhydrique : . L'excès d'acide restant est ensuite dosé par une solution de soude à ; l'équivalence de ce second titrage est obtenue pour .
- Calcule la quantité de matière d'acide restée en excès après réaction avec le comprimé.
- En déduis la quantité de matière d'ions apportée par le comprimé ( totale en milieu acide), sachant que cette quantité a consommé la différence.
- Calcule la masse de dans le comprimé ().
Voir le corrigé détaillé
1. Le second titrage dose l'excès d'acide restant, par la relation d'équivalence :
2. L'acide consommé par le comprimé est la différence entre l'acide ajouté et l'acide restant en excès ; chaque ion du comprimé consomme un ion (réaction ) :
3. Chaque mole de libère moles de :
Le vinaigre de Fatou (Dakar). Fatou, commerçante au marché Sandaga à Dakar, veut vérifier qu'un fût de vinaigre artisanal respecte bien l'étiquette « 6° ». Elle prélève de ce vinaigre (masse volumique assimilée à ) et le titre, en présence de phénolphtaléine, par une solution de soude à . Elle obtient .
- Calcule la concentration molaire en acide éthanoïque du vinaigre.
- Calcule la masse d'acide éthanoïque contenue dans de vinaigre (), c'est-à-dire son degré acétique.
- Le vinaigre respecte-t-il l'étiquette « 6° » ? Conclus.
Voir le corrigé détaillé
1.
2. Masse d'acide éthanoïque dans (soit de vinaigre, densité ) :
- degré
3. Le vinaigre titre , légèrement en dessous de l'étiquette () : l'écart reste faible (moins de ), compatible avec les tolérances usuelles, mais Fatou peut légitimement demander des explications au fournisseur.
Le bissap de Mariam (Ndjamena). Mariam prépare du bissap (infusion d'hibiscus) à Ndjamena et veut en mesurer l'acidité totale, exprimée en équivalent d'acide citrique (triacide : mole d'acide citrique libère moles de titrables, ). Elle titre de bissap par de la soude à ; .
- Calcule la concentration en ions titrables du bissap.
- En déduis la concentration en acide citrique équivalent, puis la masse d'acide citrique équivalent pour de bissap.
Voir le corrigé détaillé
1.
2. Une mole d'acide citrique correspond à moles de titrables :
Le bissap de Mariam contient environ d'acide citrique équivalent par litre.
Le lait de la laiterie de Douala. Chaque matin, un technicien contrôle l'acidité Dornic du lait livré. Il titre de lait par de la soude Dornic () en présence de phénolphtaléine ; il verse .
- Donne directement l'acidité Dornic du lait (rappel : versé ).
- Convertis cette acidité en concentration massique d'acide lactique, en (rappel : ).
- Un lait frais titre entre et ; au-delà de , il commence à cailler à la cuisson. Le technicien doit-il accepter cette livraison ?
Voir le corrigé détaillé
1. Par construction de la soude Dornic, l'acidité vaut directement .
2.
- d'acide lactique
3. est légèrement au-dessus de la fourchette d'un lait « bien frais » (–) mais reste très inférieur au seuil critique de : le technicien peut accepter la livraison, tout en surveillant l'évolution du fournisseur.
Le déboucheur d'Abéché. Un artisan d'Abéché a formulé un déboucheur de canalisation à base de soude concentrée. Par sécurité (la soude concentrée attaque la peau et les yeux), on ne titre jamais la solution commerciale directement : on en prélève que l'on dilue dans une fiole jaugée de complétée avec de l'eau distillée. On titre ensuite de la solution diluée par de l'acide chlorhydrique à ; l'équivalence est obtenue pour .
- Rappelle la règle de sécurité à respecter lors d'une dilution de solution concentrée dangereuse.
- Calcule la concentration de la solution diluée.
- En déduis la concentration de la soude commerciale non diluée.
- Sachant que la masse molaire de est et la masse volumique du déboucheur , calcule le pourcentage massique de soude dans le produit commercial.
Voir le corrigé détaillé
1. On verse toujours l'acide (ou la base concentrée) dans l'eau, jamais l'inverse, en ajoutant lentement et sous agitation : la dilution étant exothermique, verser l'eau dans le produit concentré peut provoquer des projections brûlantes.
2.
3. La dilution conserve la quantité de matière : .
4. Pour de déboucheur, masse totale ; masse de : .
Un déboucheur à plus de de soude est extrêmement corrosif : la dilution préalable au titrage n'était donc pas une précaution superflue.