Une bonbonne de butane qui alimente le réchaud de la cuisine, l'essence qui fait tourner le moteur d'un taxi à Abidjan, la paraffine d'une bougie, la vaseline d'une pommade : sous des noms très différents se cache presque toujours la même famille de molécules, les alcanes. Ce sont les hydrocarbures les plus simples qui existent, et pourtant ils pèsent parmi les enjeux économiques et énergétiques les plus lourds de la planète.
Tu as déjà rencontré le carbone tétravalent au collège, avec quelques formules brutes ou semi-développées vues rapidement. Ce chapitre reprend tout depuis la structure de la molécule pour construire, cette fois, une véritable méthode : nommer n'importe quel alcane ramifié selon les règles internationales, comprendre pourquoi deux alcanes de même formule brute peuvent avoir des propriétés très différentes, écrire la réaction par laquelle un alcane réagit avec le dichlore, et suivre le pétrole brut depuis le puits jusqu'au réservoir de la voiture.
C'est un chapitre fondateur : toute la chimie organique que tu étudieras ensuite — alcools, acides carboxyliques, polymères — repose sur le squelette carboné que tu vas apprendre à nommer et à représenter ici. Les objectifs sont clairs : nommer et représenter un alcane ramifié, écrire une réaction de substitution, et expliquer les procédés de raffinage qui transforment le pétrole brut en carburants utilisables.
1Formule générale et nomenclature
1.1 Le carbone tétravalent
Tout repose sur une seule propriété de l'atome de carbone : il forme quatre liaisons covalentes simples, jamais plus, jamais moins. On dit que le carbone est tétravalent. Ces quatre liaisons ne sont pas alignées n'importe comment : elles pointent vers les quatre sommets d'un tétraèdre régulier, avec le noyau de carbone au centre. L'angle entre deux liaisons voisines vaut environ .
Un alcane est un hydrocarbure saturé et acyclique : sa molécule ne contient que des atomes de carbone et d'hydrogène, reliés uniquement par des liaisons simples (C–C et C–H), et sa chaîne carbonée ne forme pas de cycle. Sa formule brute générale est :
Le mot « saturé » est essentiel : il signifie que chaque carbone porte déjà le maximum d'atomes d'hydrogène qu'il peut porter, compte tenu des liaisons C–C de la chaîne. Aucune liaison double ni triple n'est possible dans un alcane — ce sera la différence avec les alcènes, étudiés plus tard.
En 1855, le chimiste alsacien Charles-Adolphe Wurtz découvre une réaction qui porte aujourd'hui son nom : en faisant réagir un dérivé halogéné avec du sodium métallique, il obtient un alcane à chaîne plus longue, en couplant deux groupements carbonés. C'est l'une des toutes premières méthodes de synthèse organique systématique d'un alcane en laboratoire, à une époque où l'on croyait encore que seuls les organismes vivants pouvaient fabriquer des molécules « organiques ».
Cette croyance — le « vitalisme » — avait déjà été ébranlée en 1828 par la synthèse de l'urée par Friedrich Wöhler ; les travaux de Wurtz achèvent de convaincre les chimistes que le carbone obéit aux mêmes lois, en tube à essai comme dans la cellule vivante.
1.2 Les quatre premiers alcanes
Le nom d'un alcane linéaire (non ramifié) se construit en deux temps : un préfixe qui indique le nombre d'atomes de carbone, suivi de la terminaison -ane, caractéristique de toute la famille.
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Préfixe | méth | éth | prop | but | pent | hex | hept | oct | non | déc |
| Nom | méthane | éthane | propane | butane | pentane | hexane | heptane | octane | nonane | décane |
| Formule brute |
La formule développée représente chaque atome et chaque liaison ; la formule semi-développée regroupe les hydrogènes autour de chaque carbone, ce qui l'allège sans perdre d'information sur l'enchaînement des atomes. C'est cette dernière que tu utiliseras le plus souvent.
Le propane s'écrit en formule semi-développée : deux carbones « bout de chaîne » portant chacun hydrogènes (groupe , ou méthyle), et un carbone central n'en portant que (groupe ), puisqu'il est déjà relié à deux voisins.
1.3 Nommer un alcane ramifié
Dès que la chaîne carbonée se ramifie, un carbone porte un ou plusieurs groupes alkyles (méthyle , éthyle , propyle…) au lieu d'un simple hydrogène. La nomenclature systématique (IUPAC) permet de nommer sans ambiguïté n'importe quelle structure, aussi compliquée soit-elle.
- Repérer la chaîne principale : la chaîne carbonée continue la plus longue de la molécule (elle donne le nom de base, en -ane).
- Numéroter les carbones de la chaîne principale à partir de l'extrémité qui donne aux substituants les indices les plus petits possibles.
- Nommer chaque substituant (méthyle, éthyle…) précédé de son indice de position ; regrouper les substituants identiques avec di-, tri-, tétra- (indices séparés par des virgules).
- Écrire les substituants par ordre alphabétique (les préfixes di-, tri- ne comptent pas dans cet ordre), séparés par des tirets, puis le nom de la chaîne principale.
La chaîne principale n'est pas forcément celle qui « saute aux yeux » sur le dessin ! Une molécule dessinée en zigzag peut cacher une chaîne plus longue en passant par une ramification. Compte toujours le nombre de carbones de chaque chaîne possible avant de conclure.
Nommer .
- chaîne principale : 5 carbones pentane
- numérotation depuis la gauche : substituant en position 2 ; depuis la droite : position 4
- on choisit l'indice le plus petit : position
- substituant en position 2 2-méthyl
- d'où2-méthylpentane
Nommer .
- chaîne principale : 5 carbones pentane
- deux substituants méthyle, en positions et
- substituants identiques préfixe di-, indices
- d'où2,3-diméthylpentane
Vérifie toujours en comptant les hydrogènes : carbones de chaîne + carbones de substituants = carbones, soit — cohérent avec la formule générale .
Avec plusieurs substituants différents, on les cite dans l'ordre alphabétique de leur nom (éthyl avant méthyl) : ainsi se nomme 3-éthyl-4-méthylhexane, et non l'inverse.
2Isomérie de chaîne
2.1 Notion d'isomère
Deux molécules sont des isomères de chaîne lorsqu'elles ont la même formule brute mais des enchaînements d'atomes différents (donc des formules semi-développées différentes). Deux isomères sont des substances chimiques distinctes, aux propriétés physiques et parfois chimiques différentes.
Le méthane, l'éthane et le propane n'ont chacun qu'une seule structure possible : il n'y a qu'une façon d'enchaîner 1, 2 ou 3 carbones. À partir de quatre carbones, plusieurs enchaînements deviennent possibles : l'isomérie de chaîne commence.
2.2 Les isomères du butane et du pentane
Le butane possède deux isomères : le n-butane (chaîne linéaire) et le 2-méthylpropane, aussi appelé isobutane (chaîne ramifiée). Le pentane en possède trois.
Deux formules semi-développées qui « se ressemblent » ne sont pas forcément des isomères différents : et représentent en réalité la même molécule (le 2-méthylbutane), lue dans deux sens différents. Pour être sûr, reconstitue toujours le squelette carboné plutôt que de comparer les écritures lettre à lettre.
2.3 Dénombrer les isomères : l'exemple de l'hexane
Plus la chaîne s'allonge, plus le nombre d'isomères de chaîne augmente vite. L'hexane compte cinq isomères : le n-hexane, le 2-méthylpentane, le 3-méthylpentane, le 2,3-diméthylbutane et le 2,2-diméthylbutane.
| Formule brute | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| Nombre d'isomères de chaîne | 2 | 3 | 5 | 9 | 75 |
Le nombre d'isomères de chaîne croît de façon spectaculaire : il n'y en a que pour , mais déjà pour , et l'on en dénombre plus de milliards pour ! Cette combinatoire explique pourquoi le pétrole brut, mélange naturel de très nombreux alcanes, est un objet chimique d'une richesse presque infinie — et pourquoi le raffinage est un métier si complexe.
Retiens surtout la méthode plutôt que les nombres : pour dénombrer les isomères d'une formule brute donnée, on part de la chaîne la plus longue possible, puis on la raccourcit d'un carbone à la fois en plaçant le carbone « en trop » comme substituant, à chaque position possible, sans jamais répéter deux fois la même molécule.
3Propriétés physiques
3.1 Température d'ébullition et taille de la chaîne
À température ambiante, certains alcanes sont des gaz (le butane de la bonbonne de cuisine), d'autres des liquides (l'essence), d'autres encore des solides mous (la paraffine des bougies). Cette diversité s'explique par un seul paramètre : la longueur de la chaîne carbonée.
Dans une série d'alcanes linéaires, la température d'ébullition augmente avec le nombre d'atomes de carbone. Les molécules apolaires interagissent entre elles par des forces de van der Waals : plus la molécule est longue, plus la surface de contact entre molécules voisines est grande, plus ces forces sont intenses, et plus il faut fournir d'énergie thermique pour séparer les molécules et les faire passer à l'état gazeux.
| Alcane | ||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| (°C) |
À , un alcane est gazeux si , liquide si sa température d'ébullition est supérieure à (et sa température de fusion inférieure). D'après le tableau : le méthane, l'éthane, le propane et le butane () sont gazeux à ; à partir du pentane (), les alcanes linéaires sont liquides. Au-delà d'une vingtaine de carbones, ils deviennent solides (paraffines, cires).
3.2 Effet de la ramification
À formule brute identique, la ramification abaisse la température d'ébullition.
- pentane (linéaire) :
- 2-méthylbutane (une ramification) :
- 2,2-diméthylpropane (très ramifié) : molécule quasi sphérique
Une molécule ramifiée adopte une forme plus compacte, proche d'une sphère, alors qu'une chaîne linéaire s'étire. Or une sphère offre, à volume égal, la plus petite surface de contact possible avec ses voisines : les forces de van der Waals s'exercent donc moins efficacement, et il faut moins d'énergie pour vaporiser la substance.
Piège classique : on pourrait croire qu'une molécule « plus grosse visuellement » (plus de branches) bout à plus haute température. C'est l'inverse : à formule brute fixée, plus un alcane est ramifié, plus sa température d'ébullition est basse. Ne confonds jamais cet effet avec celui de l'allongement de la chaîne principale (qui, lui, fait bien augmenter ).
3.3 Solubilité et densité
Les alcanes sont des molécules apolaires : ils sont quasi insolubles dans l'eau (solvant polaire), mais miscibles avec les solvants organiques apolaires (cyclohexane, essence de térébenthine…), selon la règle « qui se ressemble s'assemble ». Leur densité par rapport à l'eau est inférieure à 1 (environ à ) : un alcane liquide flotte toujours sur l'eau.
Cette double propriété — insolubilité et faible densité — explique pourquoi une nappe d'hydrocarbures déversée en mer reste en surface, sous forme d'une pellicule qui s'étale, ce qui aggrave son impact sur les écosystèmes côtiers mais facilite aussi, en partie, les opérations de récupération mécanique.
4Réactions de substitution
4.1 Une famille peu réactive
Les liaisons C–C et C–H des alcanes sont des liaisons simples (), solides et peu polarisées : les alcanes sont donc des molécules chimiquement peu réactives à température ordinaire. Ils ne réagissent ni avec les acides, ni avec les bases, ni avec la plupart des réactifs usuels de chimie minérale — d'où leur ancien surnom de « paraffines », du latin parum affinis, « peu affine ». Deux grands types de réactions leur sont néanmoins accessibles : la combustion (chapitre suivant) et la substitution radicalaire par un halogène.
Une réaction de substitution est une réaction au cours de laquelle un atome (ou groupe d'atomes) de la molécule est remplacé par un autre, sans changer le squelette carboné. Dans le cas des alcanes, un atome d'hydrogène est remplacé par un atome de chlore (ou de brome) : c'est l'halogénation.
4.2 Le mécanisme radicalaire en trois étapes
La réaction entre un alcane et le dichlore ne démarre pas spontanément : il faut l'apport d'énergie lumineuse (ultraviolet, notée ) ou d'une forte chaleur pour l'amorcer. Elle se déroule ensuite selon un mécanisme en chaîne, en trois étapes.
Un radical (noté avec un point ) est une espèce chimique possédant un électron célibataire, donc très réactive. Trois étapes structurent toujours ce type de mécanisme :
- Initiation : rupture d'une liaison sous l'effet d'un apport d'énergie ( ou chaleur), création des premiers radicaux.
- Propagation : chaque radical consommé en régénère un autre ; la chaîne s'auto-entretient et produit le composé final à chaque cycle.
- Terminaison : deux radicaux se rencontrent et se recombinent, ce qui consomme des radicaux sans en régénérer : la chaîne s'arrête localement.
En 1900, le chimiste américain Moses Gomberg, en tentant de synthétiser une molécule très encombrée à l'université du Michigan, isole par accident le radical triphénylméthyle : la première espèce chimique stable connue à posséder un électron célibataire. À l'époque, l'idée même d'un atome de carbone ne respectant pas sa tétravalence habituelle heurte la communauté scientifique, qui met des années à accepter sa découverte. Elle ouvre pourtant la voie à toute la chimie radicalaire moderne, dont le mécanisme de l'halogénation des alcanes est aujourd'hui l'un des exemples les plus enseignés.
4.3 Équation bilan et limites de la réaction
En additionnant les deux étapes de propagation, on obtient l'équation bilan de la monochloration d'un alcane :
- chlorométhane + chlorure d'hydrogène
En réalité, une fois le chlorométhane formé, ses hydrogènes restants peuvent à leur tour être substitués : on obtient, en proportions variables, un mélange de , , et . En Première, on retient surtout l'équation de monosubstitution et le mécanisme en trois étapes.
La réaction entre un alcane et le dichlore, réalisée en présence d'un excès de lumière directe (soleil, flamme), peut devenir violente, voire explosive : la chaîne radicalaire s'emballe. En laboratoire, on travaille toujours avec un éclairage contrôlé et en quantités modérées.
5Combustion et craquage
5.1 Combustion complète
La combustion complète d'un alcane est sa réaction, en présence d'un excès de dioxygène, produisant uniquement du dioxyde de carbone et de l'eau. C'est une réaction exothermique : elle libère de l'énergie sous forme de chaleur, ce qui en fait la base de toute combustion domestique ou industrielle (gaz de cuisine, moteurs, chaudières).
On ajuste les nombres stœchiométriques élément par élément, dans l'ordre C, puis H, puis O.
- carbone : atomes à gauche
- hydrogène : atomes à gauche , donc
- oxygène : à droite, atomes d'O
- , donc
D'où l'équation générale, valable pour tout entier :
Si est pair, est impair et le coefficient de reste demi-entier ; on multiplie alors toute l'équation par pour n'avoir que des nombres entiers.
- :
- d'où
- :
- on multiplie tout par pour obtenir des coefficients entiers
- d'où
5.2 Combustion incomplète : un danger réel
Lorsque le dioxygène est en défaut (apport d'air insuffisant), la combustion est incomplète : elle produit, à côté de l'eau, du monoxyde de carbone et/ou du carbone solide (suie), au lieu du seul dioxyde de carbone.
- manque de dioxygène : CO au lieu de CO₂
- défaut sévère : suie noire
Le monoxyde de carbone est un gaz incolore, inodore et très toxique : il se fixe sur l'hémoglobine du sang à la place du dioxygène et peut tuer en quelques heures dans une pièce mal ventilée. C'est pourquoi un chauffe-eau, un brasero ou un groupe électrogène à combustible fossile ne doivent jamais fonctionner dans un local fermé sans aération : la flamme d'une combustion incomplète est souvent jaune et fuligineuse, signe visible d'un manque d'air.
5.3 Craquage, reformage et indice d'octane
La distillation du pétrole brut (section suivante) fournit naturellement plus de fractions lourdes (gazole, fioul) que ne l'exige la demande en essence. Deux procédés industriels corrigent ce déséquilibre et améliorent la qualité des carburants.
Le craquage (ou vapocraquage) casse, sous l'effet de la chaleur (et parfois d'un catalyseur), les longues chaînes d'alcanes issues des fractions lourdes en molécules plus courtes, utilisables comme essence, ainsi qu'en alcènes (éthylène, propylène), matières premières de la pétrochimie et des plastiques. Le reformage catalytique transforme, lui, des alcanes linéaires en alcanes ramifiés ou en composés cycliques/aromatiques, sans changer beaucoup le nombre de carbones.
Pourquoi ramifier les molécules d'essence ? À cause de l'indice d'octane, qui mesure la résistance d'un carburant à l'auto-inflammation prématurée (le « cliquetis ») dans un moteur à essence.
L'échelle de l'indice d'octane est fixée par deux références : le -triméthylpentane (« isooctane », très ramifié), indice , et le n-heptane (chaîne linéaire), indice . Plus un alcane est ramifié, meilleur est son indice d'octane. C'est pourquoi le reformage, qui ramifie les chaînes, améliore la qualité de l'essence produite.
Une essence « sans plomb 95 » ou « sans plomb 98 » indique ainsi son indice d'octane : plus il est élevé, mieux le carburant résiste au cliquetis dans les moteurs à fort taux de compression.
6Pétrole et raffinage
6.1 Origine et composition du pétrole brut
Le pétrole brut est une roche liquide fossile, formée sur des millions d'années par la transformation, sous pression et sous l'effet de la chaleur, de matière organique (plancton, algues) accumulée au fond d'anciens bassins marins. Chimiquement, c'est un mélange complexe de plusieurs milliers d'alcanes (linéaires et ramifiés), accompagnés d'un peu d'hydrocarbures cycliques et aromatiques. Pour être utilisable, ce mélange doit être séparé en fractions plus homogènes : c'est le rôle du raffinage.
6.2 La distillation fractionnée
La distillation fractionnée sépare les constituants d'un mélange liquide selon leur température d'ébullition. Le pétrole brut, chauffé à environ dans un four, entre vaporisé à la base d'une haute colonne. En s'élevant, les vapeurs se refroidissent progressivement : chaque fraction se condense et est recueillie sur un plateau différent, à la hauteur correspondant à sa température d'ébullition — les fractions légères en haut (froid), les plus lourdes en bas (chaud).
Le kérosène, utilisé comme carburant pour l'aviation, se condense entre et : il sort donc de la colonne au-dessus du gazole (–) mais en dessous de l'essence (–), exactement comme le prévoit l'ordre croissant des températures d'ébullition en montant dans la colonne.
6.3 Le pétrole et le gaz en Afrique francophone
Le gaz de pétrole liquéfié (GPL), mélange de propane et de butane comprimés à l'état liquide dans des bonbonnes, est la principale source d'énergie de cuisson dans de nombreux foyers urbains d'Afrique francophone — un usage direct, quotidien, de la chimie des alcanes légers.
Le Sénégal raffine du brut importé depuis 1963 à la Société Africaine de Raffinage (SAR), à Mbao près de Dakar. Depuis 2024, le pays produit aussi son propre pétrole au large de Sangomar et exploite, avec la Mauritanie, l'immense champ gazier offshore de Grande Tortue Ahmeyim (GTA), à cheval sur la frontière commune.
Le Tchad, pays enclavé, extrait du pétrole dans le bassin de Doba depuis 2003 : un oléoduc de plus de achemine le brut jusqu'au terminal maritime de Kribi, au Cameroun, seul débouché possible vers l'océan. Ces deux exemples illustrent un même défi : transformer une ressource fossile en développement durable, tout en maîtrisant les risques environnementaux du transport et du raffinage.
Au-delà de l'anecdote géographique, retiens le principe général : extraire n'est pas raffiner. Un pays producteur de brut n'est pas automatiquement autosuffisant en carburants ou en GPL — encore faut-il disposer d'une capacité de distillation fractionnée, de craquage et de reformage à la hauteur de sa consommation, ce qui explique pourquoi certains pays exportateurs de pétrole brut continuent d'importer une partie de leur essence ou de leur gaz domestique.
Fiche mémo
- Alcane : hydrocarbure saturé acyclique, , liaisons simples C–C et C–H uniquement, carbone tétravalent (angles ).
- Nomenclature : chaîne principale la plus longue → nom en -ane ; numéroter pour donner les plus petits indices ; substituants par ordre alphabétique avec di-, tri-, tétra- si identiques.
- Isomères de chaîne : même formule brute, squelettes différents. : isomères ; : ; : .
- augmente avec la longueur de chaîne (van der Waals) et diminue avec la ramification (molécule plus compacte).
- Alcanes apolaires : insolubles dans l'eau, miscibles aux solvants organiques, densité (flottent sur l'eau).
- Substitution radicalaire : , mécanisme en 3 étapes : initiation, propagation (chaîne), terminaison.
- Combustion complète : , exothermique.
- Combustion incomplète (défaut de ) : produit toxique et/ou suie — danger d'asphyxie en local mal ventilé.
- Craquage : casse les chaînes longues en chaînes courtes + alcènes. Reformage : ramifie/cyclise les chaînes pour améliorer l'indice d'octane.
- Indice d'octane : pour le n-heptane, pour l'isooctane ; plus la molécule est ramifiée, plus il est élevé.
- Distillation fractionnée : sépare le brut vaporisé selon croissante en montant dans la colonne : gaz/GPL, essence, kérosène, gazole, fioul, bitume.
7Exercices corrigés
Donne les formules brutes de l'octane et du dodécane (chaîne à carbones). Puis nomme l'alcane de formule brute .
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- octane :
- dodécane :
- :
- d'où est le nonane
Écris la formule semi-développée du 2-méthylpentane, puis vérifie sa formule brute.
Voir le corrigé détaillé
Chaîne principale pentane (5 C), substituant méthyle en position 2 :
- 5 carbones de chaîne + 1 carbone de substituant = 6 carbones
- hydrogènes :
- d'où, cohérent avec dans
Nomme l'alcane .
Voir le corrigé détaillé
- chaîne principale : 4 carbones butane
- numérotation depuis la gauche : substituant en 2 ; depuis la droite : en 3
- on garde l'indice le plus petit : 2
- d'où2-méthylbutane (isopentane)
Le décane a une température d'ébullition de , le butane de . Indique l'état physique de chacun à puis à .
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Un corps est liquide (ou solide) tant que la température est inférieure à sa température d'ébullition, gazeux au-delà.
- décane : et
- d'oùle décane est liquide à comme à
- butane : et
- d'oùle butane est gazeux dans les deux cas
Écris et équilibre l'équation de la combustion complète du butane.
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- :
- coefficient demi-entier on multiplie toute l'équation par
- d'où
On considère la molécule . Un élève propose le nom « 2-propylbutane ». Ce nom respecte-t-il les règles IUPAC ? Donne le nom correct, en détaillant ta démarche.
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La molécule compte atomes de carbone (). Le nom proposé s'appuie sur une chaîne de carbones (butane) avec un substituant propyle : ce n'est pas la chaîne la plus longue possible.
- en partant du terminal opposé au substituant et en traversant la ramification, on trouve un chemin de carbones
- chaîne principale réelle : carbones = hexane
- le carbone restant (l'ancien « » de départ) devient un substituant méthyle, en position
- d'oùle nom correct est 3-méthylhexane, et non « 2-propylbutane »
Retiens la leçon : il faut toujours chercher la chaîne la plus longue en explorant toutes les ramifications, même celles qui semblent être de simples substituants.
Dénombre et représente, en formule semi-développée, les cinq isomères de l'hexane .
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On part de la chaîne à carbones, puis on la raccourcit progressivement en plaçant le(s) carbone(s) restant(s) comme substituant(s), à chaque position possible sans répéter deux fois la même molécule.
- hexane
- 2-méthylpentane
- 3-méthylpentane
- 2,3-diméthylbutane
- 2,2-diméthylbutane
Le n-hexane a une température d'ébullition de , le 2,2-diméthylbutane de . Ces deux composés ont-ils la même formule brute ? Justifie l'écart de température d'ébullition.
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Les deux molécules ont pour formule brute : ce sont des isomères de chaîne. Le 2,2-diméthylbutane, très ramifié, adopte une forme plus compacte, proche d'une sphère, qui offre une plus petite surface de contact avec ses voisines. Les forces de van der Waals y sont donc moins intenses que pour la chaîne linéaire du n-hexane : il faut moins d'énergie pour le vaporiser, d'où une température d'ébullition plus basse ().
Écris les trois étapes du mécanisme de la monochloration de l'éthane , puis l'équation bilan.
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Initiation :
Propagation :
Terminaison (l'une des recombinaisons possibles) :
Équation bilan (somme des étapes de propagation) :
Nomme la molécule , en détaillant chaîne principale, numérotation et ordre alphabétique.
Voir le corrigé détaillé
- chaîne principale : on compte carbones dans la chaîne écrite heptane
- substituants : méthyle sur le 3e carbone, éthyle sur le 4e, méthyle sur le 5e (en partant de la gauche)
- la molécule est symétrique : numéroter depuis la droite donne le même triplet de positions
- ordre alphabétique : « éthyl » avant « méthyl »
- d'où4-éthyl-3,5-diméthylheptane
Vérification : (chaîne) (éthyle) (deux méthyles) carbones, soit , cohérent avec .
Un carburant est chimiquement équivalent à un mélange de référence contenant, en volume, d'isooctane et de n-heptane.
- Rappelle les deux références de l'échelle d'indice d'octane.
- Donne l'indice d'octane de ce carburant.
- Peut-il être commercialisé comme « sans plomb 95 » ? Justifie et propose un procédé industriel pour l'améliorer.
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1. Par convention, le -triméthylpentane (isooctane, très ramifié) a l'indice ; le n-heptane (chaîne linéaire) a l'indice .
2. Par définition, l'indice d'octane d'un carburant est égal au pourcentage volumique d'isooctane du mélange de référence auquel il est chimiquement équivalent :
- indice d'octane
3. Non : un « sans plomb 95 » exige un indice d'octane d'au moins , très supérieur à . Ce carburant, trop riche en chaînes linéaires, cliquetterait dans un moteur moderne. Le reformage catalytique permettrait de ramifier une partie des chaînes linéaires et d'augmenter ainsi l'indice d'octane du mélange.
On brûle complètement une masse d'octane liquide (assimilé à l'essence), dans un excès de dioxygène. On donne , , , volume molaire .
- Calcule la quantité de matière d'octane brûlée.
- Calcule le volume de dioxyde de carbone rejeté.
- Calcule la masse d'eau formée.
Voir le corrigé détaillé
Équation :
1.
2. D'après l'équation, mol de pour mol d'octane, soit un rapport .
3. D'après l'équation, mol de pour mol d'octane, soit un rapport .
La combustion d' d'essence rejette donc environ de , pour d'eau formée.
La bonbonne de gaz de Fatimé (Ndjamena). Fatimé utilise à Ndjamena une bonbonne contenant de butane liquide . On donne , , .
- Calcule la quantité de matière de butane contenue dans la bonbonne.
- En supposant une combustion complète de tout le contenu, calcule le volume de rejeté dans l'atmosphère.
- Compare ce volume à celui d'une salle de classe de .
Voir le corrigé détaillé
Équation :
1.
2. Rapport /butane .
3. Le volume de la salle de classe est .
- d'oùle rejeté représente environ du volume de la salle : une seule bonbonne de gaz suffit à produire un volume de considérable.
La raffinerie de Mbao (Dakar). La SAR distille une cargaison de pétrole brut de tonnes. Le rendement massique observé est : GPL , essence , kérosène , gazole , fioul et bitume .
- Vérifie que ces pourcentages sont cohérents.
- Calcule la masse obtenue pour chaque fraction.
- Quelle fraction correspond au gaz vendu en bonbonnes au Sénégal comme au Tchad ? Pourquoi un pays producteur de pétrole peut-il, malgré tout, importer une partie de son gaz domestique ?
Voir le corrigé détaillé
1. : la totalité de la masse de brut est bien répartie entre les fractions.
2.
- GPL :
- essence :
- kérosène :
- gazole :
- fioul + bitume :
3. Le gaz domestique (butane/propane) correspond à la fraction GPL, soit ici tonnes sur les traitées : une part faible de la cargaison. Un pays peut extraire ou raffiner du pétrole sans produire assez de GPL pour couvrir sa consommation intérieure, car cette fraction ne représente qu'un faible pourcentage massique du brut : il doit alors compléter par des importations de gaz déjà conditionné, même s'il exporte par ailleurs du brut ou d'autres fractions.
La cuisine de Mariam (Abéché). Dans une pièce mal ventilée, le réchaud à butane de Mariam fonctionne avec un léger défaut de dioxygène : sur une quantité totale de butane consommée, brûle complètement en , et subit une combustion incomplète produisant du .
- Écris l'équation de la combustion incomplète du butane produisant du .
- Calcule la quantité de matière de puis de formées.
- Explique pourquoi la situation est dangereuse, même avec seulement de combustion incomplète.
Voir le corrigé détaillé
1. On ajuste comme pour la combustion complète, mais avec à droite :
- carbone : pour butane coefficients pour rester entier
- d'où
2. Combustion complète : , rapport /butane . Combustion incomplète : rapport /butane également.
3. de monoxyde de carbone, un gaz incolore et inodore, représentent déjà près de de gaz toxique libérés dans la pièce ; le se fixe durablement sur l'hémoglobine et empêche le sang de transporter le dioxygène. Sans détecteur ni ventilation, une victime ne perçoit aucun signe d'alerte avant les premiers symptômes (maux de tête, vertiges), ce qui rend ce gaz particulièrement dangereux dans les cuisines fermées.