Depuis que tu fais des mathématiques, tu calcules avec des nombres que tu connais : , … Mais un nombre n'est pas toujours connu à l'avance. Le prix d'un article varie, un côté de terrain peut être plus ou moins long, un programme de calcul doit fonctionner pour n'importe quel nombre de départ. C'est là qu'interviennent les lettres : en cinquième, tu apprends à calculer même quand un nombre est remplacé par une lettre. C'est le calcul littéral.
Tu rencontres déjà le calcul littéral sans le savoir : dans la formule du périmètre d'un rectangle, , les lettres et représentent les dimensions, quelles qu'elles soient. Dans un programme de calcul, on applique toujours la même suite d'opérations à un nombre de départ, qu'on peut noter . Plus tard, en quatrième et en troisième, ces expressions te serviront à résoudre des équations.
Ce chapitre pose les bases : écrire correctement une expression littérale, la simplifier, la réduire, puis maîtriser les deux gestes essentiels du calcul littéral — développer (grâce à la distributivité) et factoriser (l'opération inverse). Tu apprendras aussi à vérifier si une égalité est vraie pour un nombre donné.
Une lettre n'a rien de mystérieux : elle représente toujours un nombre. Toutes les règles de calcul que tu connais déjà (priorités opératoires, addition, multiplication…) continuent de s'appliquer exactement de la même façon avec des lettres.
1Notion d'expression littérale
Une expression littérale est une expression mathématique dans laquelle au moins un nombre est remplacé par une lettre. Cette lettre représente un nombre, connu ou inconnu.
Exemples d'expressions littérales : ; ; ; .
On utilise une expression littérale dans deux grandes situations. D'abord pour écrire une formule, valable pour toutes les valeurs possibles : par exemple l'aire d'un carré de côté est , quelle que soit la valeur de . Ensuite pour décrire un programme de calcul : une suite d'opérations à effectuer sur un nombre de départ.
1.1 Traduire un énoncé en expression littérale
Traduire une phrase en langage mathématique demande de bien repérer chaque opération, dans le bon ordre.
On note le nombre choisi.
| Phrase | Expression littérale |
|---|---|
| Le double d'un nombre | |
| Le triple d'un nombre, augmenté de | |
| La somme d'un nombre et de son carré | |
| La moitié d'un nombre, diminuée de | |
| Le carré de la somme d'un nombre et de |
« Le double d'un nombre augmenté de 7 » peut être ambigu à l'oral : (on double, puis on ajoute) ou (on augmente d'abord, puis on double). À l'écrit, la virgule lève le doute : « le double d'un nombre, augmenté de 7 » donne ; « le double d'un nombre augmenté de 7 » (sans virgule) donne .
1.2 Valeur numérique d'une expression
Calculer la valeur numérique d'une expression littérale pour une valeur donnée, c'est remplacer chaque lettre par cette valeur, puis effectuer le calcul en respectant les priorités opératoires.
On remplace la lettre par sa valeur, entre parenthèses si la valeur est négative ou si elle est suivie d'une puissance. On calcule ensuite dans l'ordre : parenthèses, puissances, multiplications et divisions, puis additions et soustractions.
- on remplace par
- on remplace par , entre parenthèses
Quand la valeur est négative, entoure-la toujours de parenthèses avant de remplacer. Sans parenthèses, est compris comme , alors que . Ce piège coûte cher aux contrôles.
Le mot algèbre vient de l'arabe al-jabr, qui signifie « la réunion » ou « la remise en place ». Il apparaît vers l'an dans le titre d'un livre du savant al-Khwârizmî, qui travaille à Bagdad, dans la fameuse « Maison de la Sagesse ». Son ouvrage, l'Abrégé du calcul par la restauration et la comparaison, explique — en mots, sans aucune lettre — comment résoudre des problèmes que l'on écrirait aujourd'hui avec des expressions littérales.
Il faudra attendre encore sept siècles pour que des lettres remplacent ces longues phrases : c'est tout l'objet de ce chapitre.
2Conventions d'écriture
Pour que les expressions littérales restent lisibles, les mathématiciens ont adopté des conventions d'écriture. Elles simplifient les notations, mais ne changent jamais le résultat d'un calcul.
2.1 Supprimer le signe ×
Dans une expression littérale, on peut supprimer le signe :
- entre un nombre et une lettre : ;
- entre deux lettres : ;
- entre un nombre (ou une lettre) et une parenthèse : .
Le nombre s'écrit toujours devant la lettre : on écrit , jamais .
- un produit de facteurs identiques devient une puissance
- le nombre passe devant
On ne supprime jamais le signe entre deux nombres : ne s'écrit pas « ». Le signe ne disparaît que lorsqu'une lettre est présente.
2.2 Le piège et
Deux écritures se ressemblent mais n'ont rien à voir : il faut absolument les distinguer.
| Écriture | Signification | Exemple pour |
|---|---|---|
| (le double de ) | ||
| (le carré de ) |
et donnent presque toujours des résultats différents. Ne les confonds jamais, même si les deux écritures se ressemblent.
2.3 Écrire une formule de périmètre et d'aire
Les conventions d'écriture s'appliquent aussi aux formules de géométrie. Pour un rectangle de longueur et de largeur :
Périmètre :
Aire :
- unité de longueur
- unité d'aire
3Réduction
Une expression littérale est souvent une somme de plusieurs morceaux, appelés termes. Réduire une expression, c'est la rendre la plus courte possible en regroupant ce qui peut l'être, sans changer sa valeur.
3.1 Termes et termes semblables
Un terme est chaque morceau d'une somme, séparé par un signe ou . Deux termes sont des termes semblables lorsqu'ils ont exactement la même partie littérale (mêmes lettres, avec les mêmes exposants).
Dans l'expression , les termes sont , , et .
- et sont semblables (même partie littérale ) ;
- et ne sont pas semblables (les exposants diffèrent) ;
- et ne sont pas semblables (lettres différentes) ;
- et sont semblables entre eux : ce sont des constantes (partie littérale vide).
3.2 Réduire une expression
On repère les termes semblables, puis on les regroupe : on additionne (ou soustrait) leurs coefficients, en conservant la partie littérale commune.
- tous les termes sont semblables
- on regroupe les termes en , puis ceux en
et ne sont jamais des termes semblables : est déjà réduite, on ne peut pas aller plus loin (surtout pas écrire ou ). De même, on ne mélange jamais un terme en avec un terme en .
4Distributivité simple k(a + b)
Développer une expression, c'est transformer un produit en une somme, grâce à une règle appelée la distributivité. C'est l'un des deux gestes fondamentaux du calcul littéral, avec la factorisation que tu découvriras juste après.
4.1 La distributivité simple
Pour tous nombres , et :
On construit un rectangle de largeur et de longueur , découpé en deux rectangles : l'un de longueur , l'autre de longueur (figure 3).
- aire du grand rectangle largeur × longueur totale
- aire du grand rectangle aire du rectangle bleu aire du rectangle vert
- on additionne les deux petites aires
- les deux calculs donnent la même aire
Ce découpage marche pour toutes les valeurs positives de , , ; la règle reste vraie même pour des nombres négatifs. C.Q.F.D.
- les deux méthodes donnent bien
4.2 Attention aux signes
Quand est négatif, la distributivité fonctionne exactement pareil : il faut simplement bien gérer les signes, terme par terme.
Un signe devant une parenthèse se distribue sur chaque terme, et il change son signe : , et non . C'est l'erreur la plus fréquente de ce chapitre : ralentis dès que tu vois un signe moins devant une parenthèse.
Vers , le mathématicien grec Euclide rédige les Éléments, treize livres qui rassemblent toute la géométrie connue de son époque. Dans le Livre II, il démontre des propriétés que nous écririons aujourd'hui avec des lettres — mais sans aucun symbole algébrique : tout est fait par des découpages d'aires, exactement comme sur la figure 3 !
Cette « algèbre géométrique » grecque prouve, entre autres, l'équivalent de notre distributivité , plus de deux mille ans avant que les lettres , , ne soient inventées pour l'écrire.
5Factorisation simple
Factoriser est l'opération inverse de développer : on part d'une somme et on la transforme en produit. C'est utile pour simplifier un calcul, ou pour préparer une résolution d'équation en quatrième.
5.1 Reconnaître un facteur commun
Pour tous nombres , et :
C'est exactement la même égalité que la distributivité, lue « à l'envers » : de la droite vers la gauche pour développer, de la gauche vers la droite pour factoriser.
On cherche un nombre qui divise chacun des termes de la somme : c'est le facteur commun. On l'écrit devant une parenthèse qui contient ce qui reste de chaque terme une fois mis de côté.
- est facteur commun
- on remarque que
5.2 Cas particuliers et pièges
Le plus grand facteur commun n'est pas toujours évident : ici, ce n'est pas (qui ne divise pas ), mais .
- et
ne se factorise pas : il n'existe aucun nombre, autre que , qui divise à la fois et . Avant de chercher un facteur commun, vérifie toujours qu'il divise chacun des termes — sinon l'expression reste sous forme de somme.
Pendant des siècles, les mathématiciens résolvaient des problèmes « avec des mots », comme al-Khwârizmî. C'est le Français François Viète (1540-1603), juriste et mathématicien, qui a l'idée décisive : utiliser des lettres pour représenter aussi bien des nombres connus que des nombres inconnus. Dans son ouvrage In artem analyticem isagoge (1591), il pose les bases de l'écriture algébrique moderne.
Sans cette invention, impossible d'écrire une formule comme : il aurait fallu, comme dans l'Antiquité, une phrase entière pour chaque cas particulier.
6Tester une égalité
Une égalité littérale, comme , n'est pas toujours vraie : elle peut être vraie pour certaines valeurs de seulement, ou pour toutes les valeurs (on parle alors d'identité), ou pour aucune.
Tester une égalité pour une valeur donnée, c'est calculer séparément la valeur numérique de chaque membre (chaque côté du signe ), puis comparer les deux résultats.
On calcule la valeur du membre de gauche, puis la valeur du membre de droite, séparément. Si les deux résultats sont égaux, l'égalité est vraie pour cette valeur ; sinon, elle est fausse.
Pour :
- membre de gauche :
- membre de droite :
- l'égalité est vraie pour
Pour :
- membre de gauche :
- membre de droite :
- : l'égalité est fausse pour
Cette égalité n'est donc pas une identité : elle n'est vraie que pour certaines valeurs de (tu apprendras à toutes les trouver en résolvant une équation, l'an prochain).
- pour : et égal
- pour : et égal
Ici, l'égalité est vraie pour toutes les valeurs testées — et pour cause : le membre de droite est le développement du membre de gauche par distributivité. C'est une identité, vraie pour tout nombre .
Un seul test qui échoue suffit à prouver qu'une égalité n'est pas une identité (on dit qu'on a trouvé un contre-exemple). Mais aucun nombre de tests réussis ne suffit à prouver qu'une égalité est vraie pour tout nombre : pour cela, il faut la démontrer, comme au paragraphe 4.1 avec la distributivité.
Fiche mémo
- Une expression littérale contient une lettre, qui représente un nombre.
- Valeur numérique : on remplace la lettre par sa valeur (entre parenthèses si négative), puis on calcule en respectant les priorités.
- Écriture : , ; attention, .
- Termes semblables : même partie littérale. On les regroupe pour réduire une expression.
- et ne sont jamais des termes semblables.
- Distributivité (développer) : et .
- Un signe devant une parenthèse change le signe de chaque terme à l'intérieur.
- Factoriser (opération inverse) : , avec facteur commun à tous les termes.
- Tester une égalité : calculer chaque membre séparément pour une valeur donnée, puis comparer.
- Un contre-exemple réfute une identité ; des tests réussis ne la prouvent pas.
- Rectangle : ; .
7Exercices corrigés
Traduis chaque phrase par une expression littérale, en notant le nombre choisi : « le triple d'un nombre, diminué de » ; « la moitié d'un nombre, augmentée de » ; « le carré d'un nombre ».
Voir le corrigé détaillé
« Le triple d'un nombre, diminué de » : .
« La moitié d'un nombre, augmentée de » : .
« Le carré d'un nombre » : .
Calcule la valeur numérique de pour , puis de pour .
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- on remplace par , entre parenthèses
Réécris chaque produit sans le signe : ; ; ; .
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- le nombre passe devant la lettre
Réduis chaque expression : ; ; .
Voir le corrigé détaillé
Développe : ; ; ; .
Voir le corrigé détaillé
Développe puis réduis : ; .
Voir le corrigé détaillé
Factorise en trouvant le plus grand facteur commun : ; ; .
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- divise et
Teste l'égalité pour , puis pour . Cette égalité est-elle une identité ?
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- pour : gauche ; droite égalité vraie
- pour : gauche ; droite , égalité fausse
L'égalité est vraie pour mais fausse pour : ce n'est pas une identité, elle n'est vraie que pour certaines valeurs particulières de .
Un programme de calcul : « Choisis un nombre , multiplie-le par , puis ajoute . » 1) Écris l'expression obtenue. 2) Calcule le résultat pour , puis pour .
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1. L'expression obtenue est .
2.
- pour :
- pour :
- Développe et réduis séparément chaque membre de l'égalité .
- Que peux-tu en conclure ?
- Vérifie ta conclusion pour .
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1. Membre de gauche :
Membre de droite : déjà réduit, .
2. Les deux membres, une fois développés et réduits, donnent la même expression . L'égalité est donc vraie pour tout nombre : c'est une identité.
3. Pour :
- gauche :
- droite : on retrouve bien
- Calcule la valeur de pour , puis pour .
- Par tâtonnement (essais successifs), trouve la valeur entière de pour laquelle .
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1.
- pour :
- pour :
2. Le résultat cherché, , est compris entre (pour ) et (pour ) : on essaie donc les valeurs intermédiaires.
- pour : trop petit
- pour : c'est la bonne valeur
La valeur cherchée est .
Un terrain a la forme d'un « L » (figure 5) : un premier rectangle de largeur et de longueur , accolé à un second rectangle de largeur et de longueur .
- Exprime l'aire totale du terrain, sous forme réduite.
- Exprime le périmètre du terrain, sous forme réduite.
- Calcule et , pour mètres.
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1. L'aire totale est la somme des deux aires rectangulaires.
2. Le contour du terrain compte six côtés : (haut) ; (droite du petit rectangle) ; (haut du grand rectangle, ce qui dépasse) ; (droite) ; (bas) ; (gauche, en descendant).
3. Pour :
- m²
- m
Le marché d'Abéché (Tchad). Amadou vend des sacs de mil à francs CFA le sac. Il vend sacs le lundi, et sacs le mardi.
- Exprime, en fonction de et , la recette totale des deux jours, sous forme factorisée.
- Calcule pour F CFA et .
Voir le corrigé détaillé
1. La recette de chaque jour est le prix du sac multiplié par le nombre de sacs vendus.
- est facteur commun
2.
- F CFA
Un champ à Bamako (Mali). Un champ rectangulaire a pour largeur mètres et pour longueur mètres. Le grillage coûte F CFA le mètre.
- Exprime le périmètre du champ en fonction de , sous forme développée.
- Exprime le coût total du grillage en fonction de .
- Calcule pour m.
Voir le corrigé détaillé
1.
2. Le coût total est le prix au mètre multiplié par le périmètre.
3. Pour :
- F CFA
Taxi à Douala (Cameroun). Un taxi facture une prise en charge de F CFA, plus F CFA par kilomètre parcouru.
- Exprime le prix d'une course de kilomètres.
- Calcule pour km.
- Deux amis partagent équitablement une course de km : exprime la part de chacun, sous forme la plus simple possible.
Voir le corrigé détaillé
1. .
2.
- F CFA
3. Chacun paie la moitié du prix total.
- on partage chaque terme en deux