Regarde autour de toi : l'eau que tu bois, le sel que tu ajoutes dans la sauce, l'air que tu respires, le sucre dans ton thé… Tout cela est fait d'atomes. Mais des atomes isolés, tu n'en trouveras presque jamais dans la nature : ils s'associent, par paires ou par milliers, pour former des molécules (, …) ou des solides ioniques (le sel, ). Ce chapitre répond à une question simple en apparence : pourquoi et comment les atomes s'attachent-ils les uns aux autres ?
Tu sais déjà, depuis le chapitre sur la structure de l'atome, qu'un atome est un noyau entouré d'électrons rangés en couches (K, L, M…), et que le tableau périodique classe les éléments selon leur nombre d'électrons externes. On va maintenant utiliser ces deux idées pour comprendre l'architecture des molécules : quels atomes se lient, combien de liaisons ils forment, et surtout, quelle forme dans l'espace prend le résultat — une information invisible sur le papier mais essentielle en chimie, en biologie et en pharmacie.
À la fin de ce chapitre, tu sauras établir la formule de Lewis d'une molécule usuelle, prévoir sa géométrie (linéaire, coudée, pyramidale, tétraédrique) et la représenter en trois dimensions, distinguer une liaison covalente d'une liaison ionique, et expliquer pourquoi une molécule aussi simple que l'eau est polaire — ce qui explique, entre autres, qu'elle dissout le sel et pas l'huile.
C'est un chapitre où l'on dessine autant que l'on calcule : prends l'habitude de refaire chaque schéma toi-même, au brouillon, doublet par doublet. C'est la meilleure façon de retenir durablement ces règles, qui te resserviront pendant toute ta scolarité scientifique.
1Règles du duet et de l'octet
1.1 Pourquoi les atomes se lient
Les gaz nobles (hélium, néon, argon…) sont les seuls éléments que l'on trouve naturellement à l'état d'atomes isolés, sans jamais réagir avec quoi que ce soit. Leur point commun : leur couche électronique externe est saturée. Tous les autres atomes, eux, ont une couche externe incomplète, et « cherchent » — en formant des liaisons ou en devenant des ions — à obtenir une configuration électronique externe identique à celle du gaz noble le plus proche dans le tableau périodique. C'est le moteur de toute la chimie des liaisons.
Une liaison chimique est une interaction qui unit deux atomes en modifiant leur environnement électronique externe, de façon à leur donner tous deux une configuration électronique stable, semblable à celle d'un gaz noble.
1.2 La règle du duet
Les atomes d'hydrogène () et d'hélium () n'ont qu'une seule couche électronique, la couche K, qui est saturée à 2 électrons. Un atome d'hydrogène cherche donc à s'entourer de électrons sur sa couche K : c'est la règle du duet.
L'hydrogène ne possède qu'un seul électron ; il lui en manque un pour saturer sa couche K à 2. C'est pour cela qu'un atome d'hydrogène ne forme jamais qu'une seule liaison covalente.
1.3 La règle de l'octet
Pour les éléments dont la couche externe est L ou M (numéro atomique de à environ), la stabilité correspond à 8 électrons sur la couche externe — comme le néon () ou l'argon (). Chaque atome évolue de façon à acquérir cette couche externe à électrons : c'est la règle de l'octet.
La règle de l'octet porte sur la couche externe uniquement, pas sur le nombre total d'électrons de l'atome. Le chlore () a électrons en tout, répartis : c'est bien sa couche externe M, à électrons, qui doit atteindre — pas l'atome entier.
Pour chaque atome, on lit sa configuration électronique, on identifie la couche externe, et on compte combien d'électrons il lui manque pour atteindre (ou pour l'hydrogène).
| Atome | Configuration | Électrons externes | Manquants |
|---|---|---|---|
| H () | (règle du duet) | ||
| C () | |||
| N () | |||
| O () | |||
| Cl () |
On repère la couche externe de l'atome et son nombre d'électrons . Le nombre de liaisons covalentes qu'il forme habituellement est le nombre d'électrons qu'il lui manque pour atteindre (ou pour H) :
- nombre de liaisons pour les atomes suivant la règle de l'octet
- nombre de liaisons pour l'hydrogène (règle du duet)
En 1916, le chimiste américain Gilbert Newton Lewis publie un article fondateur où il imagine l'atome comme un petit cube dont les huit sommets peuvent accueillir des électrons : c'est le premier modèle expliquant pourquoi tant de composés stables comptent électrons externes. La même année, l'Allemand Walther Kössel propose, de son côté, que certains atomes se stabilisent en cédant ou captant des électrons plutôt qu'en les partageant — posant ainsi les bases de la liaison ionique que tu découvriras en section 5. Lewis abandonnera vite l'image du cube, mais gardera toute sa vie le symbolisme des points représentant les électrons externes, celui-là même que tu utilises aujourd'hui.
2Liaison covalente simple, double, triple
2.1 Mise en commun d'un doublet
Une liaison covalente se forme lorsque deux atomes mettent en commun chacun un électron de leur couche externe, formant ainsi un doublet liant (une paire de deux électrons) partagé entre les deux atomes. Chaque atome « compte » ce doublet dans sa propre couche externe : les deux atomes complètent ainsi, simultanément, leur duet ou leur octet.
Prends l'exemple le plus simple : la molécule de dihydrogène . Chaque atome H possède un seul électron externe ; en mettant chacun un électron en commun, ils forment un doublet liant que les deux atomes comptent pour électrons — chacun satisfait alors la règle du duet.
- : chaque H apporte électron externe
- doublet liant partagé, chaque H « voit » électronsrègle du duet respectée
- : chaque Cl apporte électron sur ses externes
- doublet liant doublets non liants par atome, chaque Cl « voit » électronsrègle de l'octet respectée
Un doublet non liant (ou « paire libre ») est une paire de deux électrons de la couche externe d'un atome qui n'est pas partagée avec un autre atome : elle reste localisée sur cet atome seul. On la distingue du doublet liant, partagé entre deux atomes voisins.
2.2 Liaisons doubles et triples
Un seul doublet liant ne suffit pas toujours. Si, après avoir formé une liaison simple, un atome n'a toujours pas atteint son octet, les deux atomes peuvent mettre en commun un deuxième, voire un troisième doublet : on parle alors de liaison double ou de liaison triple.
Deux atomes peuvent partager , ou doublets liants :
- liaison simple : doublet liant, notée par un trait ;
- liaison double : doublets liants, notée par deux traits ;
- liaison triple : doublets liants, notée par trois traits .
- O () : électrons externes, il en manque
- chaque O partage doublets avec l'autre : liaison double
- il reste alors doublets non liants sur chaque atome O
- N () : électrons externes, il en manque
- chaque N partage doublets avec l'autre : liaison triple
- il reste alors doublet non liant sur chaque atome N
2.3 Combien de liaisons un atome forme-t-il ?
Dans l'immense majorité des molécules que tu rencontreras en Seconde, chaque élément forme un nombre caractéristique de liaisons covalentes, directement lié au nombre d'électrons qui lui manque pour compléter sa couche externe.
| Atome | H | O | N | C | Cl |
|---|---|---|---|---|---|
| Liaisons formées | |||||
| Doublets non liants |
Un atome de carbone forme toujours quatre liaisons covalentes (simples, ou regroupées en doubles/triples), jamais trois, jamais cinq. C'est l'erreur la plus fréquente lors de la construction d'une formule de Lewis : oublier une liaison du carbone, ou lui en attribuer une de trop. Vérifie systématiquement en comptant.
Retiens bien ce tableau : il te servira dans toute la suite du chapitre, en particulier pour construire les formules de Lewis de la section 3 sans tâtonner.
3Formule de Lewis
3.1 Étapes pour construire une formule de Lewis
La formule de Lewis d'une molécule est une représentation qui fait apparaître tous les atomes, tous les doublets liants (les liaisons covalentes, notées par des traits) et tous les doublets non liants portés par chaque atome.
- Compter le nombre total d'électrons de valence (somme des électrons externes de tous les atomes de la molécule).
- Repérer l'atome central : c'est en général celui qui forme le plus de liaisons ; l'hydrogène n'est jamais central, il n'a qu'une seule liaison.
- Relier les atomes par des doublets liants, en respectant pour chacun le nombre de liaisons du tableau de la section 2.
- Compléter chaque atome (sauf H) par des doublets non liants, jusqu'à ce qu'il atteigne l'octet.
- Vérifier : (nombre de doublets liants non liants) doit être égal au nombre d'électrons de valence compté à l'étape 1.
3.2 Exemples pas à pas
- électrons de valence soit doublets à placer
- atome central : O (il forme liaisons, H n'en forme qu'une)
- on relie O aux deux H par doublets liants électrons utilisés
- il reste électrons, soit doublets non liants sur O
- O porte doublets liants doublets non liants électronsoctet vérifié
- électrons de valence soit doublets
- atome central : C (il forme liaisons)
- une liaison simple de chaque côté ne donnerait que liaisons à C : insuffisant
- C forme une liaison double avec chaque O :
- doublets liants utilisés ( électrons) ; il reste électrons
- soit doublets non liants sur chaque atome Ochaque O porte alors électrons ; C porte électrons
La méthode est la même pour et : l'azote ( liaisons, doublet non liant) et le carbone ( liaisons, doublet non liant). La figure ci-dessous rassemble les quatre formules de Lewis les plus utiles du programme.
Ne confonds pas un doublet liant (un trait entre deux atomes) et un doublet non liant (deux points portés par un seul atome). L'erreur classique est d'oublier les doublets non liants de O ou de N : une formule de Lewis incomplète fausse ensuite toute la prévision de géométrie de la section 4.
3.3 Formules brutes, développées, semi-développées ; isomères
La formule brute indique seulement la nature et le nombre des atomes (), sans aucune information sur leur agencement. La formule développée représente tous les atomes et toutes les liaisons, y compris celles avec l'hydrogène. La formule semi-développée ne détaille que le squelette et les liaisons avec les atomes autres que l'hydrogène ().
Deux molécules sont des isomères si elles ont la même formule brute mais une formule développée différente — donc un agencement différent des atomes. Des isomères sont des espèces chimiques distinctes, aux propriétés physiques et chimiques généralement différentes.
La formule brute correspond à deux molécules bien réelles et bien différentes : l'éthanol (l'alcool des boissons fermentées, liquide à température ambiante) et le méthoxyméthane, ou diméthyléther (un gaz utilisé comme propulseur d'aérosol). La différence tient uniquement à la position de l'atome d'oxygène.
C'est le chimiste suédois Jöns Jacob Berzelius qui, en 1830, forge le mot « isomérie » (du grec isos, égal, et meros, partie) pour décrire des composés de même composition mais de propriétés différentes — un phénomène qui déconcertait alors les chimistes, habitués à penser qu'une formule brute suffisait à identifier une substance. La distinction entre éthanol et méthoxyméthane, aujourd'hui triviale grâce à la formule développée, a mis plusieurs décennies à être comprise.
4Géométrie des molécules
4.1 La répulsion des doublets
Autour d'un atome central, les doublets (liants et non liants) sont tous porteurs d'électrons, donc de charges négatives : ils se repoussent mutuellement. La molécule adopte, dans l'espace, la géométrie qui les éloigne le plus possible les uns des autres. C'est la formule de Lewis — et elle seule — qui indique combien de doublets entourent l'atome central, donc quelle géométrie prévoir.
Avec doublets à répartir autour d'un même atome, l'arrangement qui les sépare le plus est celui qui pointe vers les sommets d'un tétraèdre régulier : l'angle entre deux directions vaut alors . Un doublet non liant, plus « ramassé » autour de l'atome central qu'un doublet liant étiré vers un autre noyau, repousse davantage ses voisins : sa présence referme légèrement les angles entre les liaisons restantes. C'est pourquoi l'angle de (, doublet non liant) et l'angle de (, doublets non liants) sont un peu inférieurs à .
4.2 Les géométries types
| Doublets liants | Doublets non liants | Géométrie | Angle | Exemple |
|---|---|---|---|---|
| linéaire | ||||
| tétraédrique | ||||
| pyramidale | ||||
| coudée |
On part de la formule de Lewis correcte de la molécule. On compte, autour de l'atome central, le nombre de doublets liants et le nombre de doublets non liants. On lit alors la géométrie correspondante dans le tableau ci-dessus.
- : C porte doublets liants, non liant
- géométrie tétraédrique, angles
- : O porte doublets liants, non liants
- géométrie coudée, angle
4.3 La représentation de Cram
La représentation de Cram figure une molécule en perspective, avec trois types de traits : un trait plein pour une liaison dans le plan de la feuille, un triangle plein (pointe vers l'atome central) pour une liaison qui sort du plan vers toi, et des tirets pour une liaison qui s'éloigne derrière la feuille.
Une formule de Lewis dessinée à plat sur le papier, avec des angles de ou « pour faire joli », ne représente pas la vraie forme de la molécule : elle indique seulement quels atomes sont liés et combien de doublets il y a. Seule l'étape suivante — compter les doublets autour de l'atome central puis appliquer le tableau des géométries — donne la vraie forme dans l'espace.
5Liaison ionique
5.1 Formation des ions
Certains atomes, plutôt que de partager des électrons comme dans la liaison covalente, trouvent plus facile de céder ou de capter purement et simplement un ou plusieurs électrons pour atteindre la configuration électronique du gaz noble le plus proche. C'est particulièrement vrai pour les métaux (peu d'électrons externes, faciles à perdre) et certains non-métaux très avides d'électrons.
Un ion est un atome (ou un groupe d'atomes) ayant perdu ou gagné un ou plusieurs électrons. Un cation (charge positive) résulte d'une perte d'électrons ; un anion (charge négative) résulte d'un gain d'électrons.
- Na () : , électron externe
- Na perd cet électron : Na⁺ a la configuration du néon,
- Cl () : , il lui manque électron
- Cl capte un électron : Cl⁻ a la configuration de l'argon,
5.2 La liaison ionique et le cristal ionique
La liaison ionique résulte de l'attraction électrostatique entre un cation et un anion, de charges opposées. Contrairement à la liaison covalente, elle ne met en jeu aucun doublet partagé. Dans un solide ionique, chaque ion est entouré de plusieurs ions de signe opposé, formant un empilement ordonné et régulier appelé cristal ionique.
Il n'existe pas de « molécule » de : le chlorure de sodium solide est un cristal ionique, un empilement de très nombreux ions et en alternance régulière. La formule indique seulement le rapport entre les deux types d'ions, pas une entité isolée.
En 1913, le physicien anglais William Henry Bragg et son fils William Lawrence Bragg, alors âgé de ans, utilisent la toute nouvelle technique de la diffraction des rayons X pour déterminer, pour la première fois, l'arrangement exact des atomes dans un cristal — celui du chlorure de sodium. Ils démontrent qu'il n'y a, dans le sel, aucune paire isolée : chaque ion est entouré de six ions de signe opposé, à égale distance. Ce résultat, qui confirme les idées de Kössel, vaudra aux Bragg le prix Nobel de physique en 1915 — le père et le fils formant, encore aujourd'hui, le seul binôme parent-enfant ainsi récompensé ensemble.
5.3 Exemples usuels et formules ioniques
Un solide ionique est toujours électriquement neutre : la charge positive totale des cations compense exactement la charge négative totale des anions. C'est ce qui fixe les proportions dans la formule.
L'ion magnésium est (Mg perd ses électrons externes) ; l'ion chlorure est .
- charge totale positive
- charge totale négative
- neutralité :
- pour ion , il faut ions
- formule :
Même logique pour l'oxyde de calcium ( et , charges déjà égales, rapport ) ou le chlorure de sodium ( et , rapport ). Tu retrouveras cette méthode chaque fois que tu devras écrire la formule d'un composé ionique.
6Polarité et interactions
6.1 Électronégativité
L'électronégativité d'un atome mesure sa capacité à attirer vers lui les électrons d'un doublet liant qu'il partage avec un autre atome. Plus elle est grande, plus l'atome « garde » les électrons de la liaison près de son noyau. L'échelle la plus utilisée est celle de Pauling.
| Atome | H | C | N | Cl | O |
|---|---|---|---|---|---|
| Électronégativité (Pauling) |
6.2 Liaison polarisée
Lorsque deux atomes liés par covalence ont des électronégativités différentes, le doublet liant est attiré plus fortement par l'atome le plus électronégatif : la liaison est dite polarisée. L'atome le plus électronégatif porte une charge partielle négative , l'autre une charge partielle positive .
est nettement supérieure à : le doublet liant est déplacé vers O. La liaison est donc polarisée, avec sur O et sur H. À l'inverse, une liaison ou , entre deux atomes identiques (même électronégativité), n'est pas polarisée.
6.3 Molécule polaire ou apolaire
Attention : une liaison polarisée ne suffit pas, à elle seule, à rendre une molécule entière polaire. Il faut aussi tenir compte de sa géométrie : si les liaisons polarisées sont disposées symétriquement, leurs effets peuvent s'annuler.
Dans , les deux liaisons sont polarisées, et la géométrie coudée fait que leurs effets s'additionnent : la molécule est polaire. Dans , les deux liaisons sont, elles aussi, polarisées (O plus électronégatif que C) — mais la géométrie est linéaire et parfaitement symétrique : les deux effets, de même intensité et de sens opposé, s'annulent exactement. est donc une molécule apolaire, malgré ses liaisons polarisées.
« Liaisons polarisées » n'implique pas « molécule polaire ». C'est un piège classique : il faut toujours croiser deux informations, la polarité des liaisons (électronégativité) et la géométrie de la molécule (symétrique ou non), avant de conclure.
C'est Linus Pauling, chimiste américain deux fois lauréat du prix Nobel, qui construit en 1932 la première échelle numérique d'électronégativité, en exploitant des mesures d'énergies de liaison. Son échelle, encore utilisée aujourd'hui sous le nom d'« échelle de Pauling », attribue la valeur la plus élevée, , au fluor — l'élément le plus électronégatif du tableau périodique.
6.4 Un aperçu des interactions entre molécules
La polarité d'une molécule ne change rien à ses liaisons internes, mais elle change tout à la façon dont les molécules interagissent entre elles. Deux molécules d'eau voisines s'attirent car le pôle de l'une est attiré par le pôle de l'autre : c'est une liaison hydrogène, une interaction bien plus faible qu'une liaison covalente, mais bien plus forte que les interactions entre molécules apolaires. C'est elle qui explique que l'eau, molécule si petite, soit liquide à température ambiante — alors que des molécules apolaires de taille comparable sont gazeuses — et qu'elle dissolve si bien le sel (les ions et sont entourés et stabilisés par les pôles opposés des molécules d'eau) mais pas l'huile, faite de molécules apolaires.
Fiche mémo
- Règle du duet (H, He) : électrons externes. Règle de l'octet (autres) : électrons externes.
- Liaison covalente : mise en commun d'un doublet ; simple (), double () ou triple () doublets liants.
- Liaisons formées : H → , O → , N → , C → , Cl → .
- Formule de Lewis : traits = doublets liants, points = doublets non liants ; vérifier (doublets) = électrons de valence.
- Formule brute (atomes seuls) ≠ développée (tous les atomes et liaisons) ≠ semi-développée (sans les liaisons C–H).
- Isomères : même formule brute, formule développée différente, propriétés différentes (ex. ).
- Géométrie = comptage des doublets autour de l'atome central : → tétraédrique, → pyramidale, → coudée, → linéaire.
- Représentation de Cram : trait plein (plan), triangle plein (vers l'avant), tirets (vers l'arrière).
- Liaison ionique = attraction électrostatique cation/anion, après transfert (pas partage) d'électrons ; solide = cristal ionique, neutre électriquement.
- Électronégativité : capacité à attirer les électrons d'une liaison (échelle de Pauling).
- Liaison polarisée si électronégativités différentes ; molécule polaire seulement si en plus la géométrie est asymétrique (eau polaire, apolaire).
- Liaison hydrogène : interaction entre molécules polaires, plus faible qu'une liaison covalente mais responsable des propriétés particulières de l'eau.
7Exercices corrigés
Comme toujours, cherche chaque exercice au brouillon avant de dérouler le corrigé : c'est en dessinant les doublets toi-même que la méthode s'installe durablement.
Pour chacun des atomes suivants, donne sa configuration électronique, son nombre d'électrons externes, et le nombre d'électrons qui lui manque pour respecter la règle du duet ou de l'octet : silicium Si () ; fluor F () ; magnésium Mg () ; soufre S ().
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- Si : , électrons externes, il en manque
- F : , électrons externes, il en manque
- Mg : , électrons externes
- S : , électrons externes, il en manque
Pour Mg, compter « ce qui manque pour arriver à » donnerait : c'est irréaliste, il est bien plus facile pour cet atome de perdre ses électrons externes que d'en gagner . Il formera un ion , avec la configuration du néon (section 5).
D'après le tableau de la section 2, combien de liaisons covalentes forment le soufre S (comme O) et le phosphore P (comme N) ? En déduire la formule du composé hydrogéné le plus simple de chacun.
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- S : même colonne qu'O, forme liaisons composé
- P : même colonne qu'N, forme liaisons composé
Construis la formule de Lewis du sulfure d'hydrogène en suivant la méthode de la section 3.
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- électrons de valence , soit doublets
- atome central : S (il forme liaisons)
- doublets liants électrons utilisés
- il reste doublets non liants sur SS porte alors électrons
La formule de Lewis de est donc identique dans sa structure à celle de : S au centre, traits vers les H, doublets non liants sur S.
Pour chaque couple (doublets liants ; doublets non liants) autour d'un atome central, donne le nom de la géométrie et l'angle approximatif : (a) — (b) — (c) — (d) .
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- (a) : linéaire,
- (b) : tétraédrique,
- (c) : pyramidale,
- (d) : coudée,
À l'aide du tableau d'électronégativités de la section 6, dis si les liaisons suivantes sont polarisées, et si oui quel atome porte : ; ; ; .
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- : écart très faible, liaison considérée comme quasi non polarisée
- : polarisée, sur O
- : atomes identiques, non polarisée
- : polarisée, sur N
Le chlorométhane est formé d'un atome de carbone central, de trois H et d'un Cl. Construis sa formule de Lewis, prévois sa géométrie, puis discute sa polarité.
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- électrons de valence , soit doublets
- C central : liaisons ( vers H, vers Cl) doublets liants
- il reste doublets non liants, tous sur ClCl porte alors électrons
Géométrie : C porte doublets liants et non liant tétraédrique, comme .
Polarité : et : la liaison est nettement polarisée ( sur Cl). Contrairement à , les quatre substituants de C ne sont plus identiques : la symétrie est rompue, le déséquilibre créé par la liaison ne peut pas être compensé. est donc une molécule polaire.
Le sulfate d'aluminium, utilisé dans le traitement de l'eau, est formé d'ions et d'ions sulfate . Établis sa formule en appliquant la neutralité électrique.
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- charge positive totale
- charge négative totale
- neutralité :
- plus petit commun multiple de et : ions (charge ) pour ions (charge )
- formule :
Les couples de formules semi-développées suivants représentent-ils la même molécule, des isomères, ou deux espèces totalement différentes ? (a) et — (b) et — (c) et .
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- (a) même enchaînement d'atomes, lu de droite à gauche c'est la même molécule (l'éthanol), pas des isomères
- (b) même formule brute , enchaînements différents ce sont des isomères
- (c) formules brutes différentes ( contre ) deux molécules différentes, ni identiques ni isomères
On donne . Prévois la géométrie de (construite à l'exercice 3) et discute si cette molécule est polaire.
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S porte doublets liants et doublets non liants (exercice 3) géométrie coudée, comme .
- écart faible mais réel, liaison légèrement polarisée, sur S
- géométrie coudée les effets des deux liaisons s'additionnent, comme dans l'eau
est donc une molécule faiblement polaire — beaucoup moins que l'eau, car l'écart d'électronégativité est plus petit que .
L'éthylène, , est une molécule formée de deux atomes de carbone et de quatre atomes d'hydrogène.
- Calcule le nombre d'électrons de valence et construis sa formule de Lewis (justifie la présence d'une liaison double).
- Combien de directions de doublets entourent chaque atome de carbone ? En t'appuyant sur le principe de répulsion de la section 4.1, propose un nom et une valeur d'angle pour la géométrie autour de chaque carbone.
- Les liaisons et sont-elles polarisées ? est-elle une molécule polaire ?
Voir le corrigé détaillé
1.
- électrons de valence , soit doublets
- chaque C doit former liaisons ; avec liaisons et liaison simple , il n'en aurait que
- les deux C partagent un doublet supplémentaire : liaison double
- bilan : doublets doublets de la liaison doublets, tous liantsaucun doublet non liant : le compte de électrons est exact
2. Un doublet liant multiple (ici, les deux doublets de la liaison ) pointe entièrement vers le même atome voisin : il ne compte que pour une seule direction dans l'espace. Chaque carbone porte donc directions ( vers H, vers l'autre C) et doublet non liant. En répartissant directions le plus loin possible les unes des autres, on obtient un arrangement plan, en triangle : géométrie triangulaire plane, angles — le même raisonnement que pour le tétraèdre, mais avec une direction de moins.
3. : écart d'électronégativité très faible (exercice 5), quasi non polarisée. : atomes identiques, non polarisée. Toutes les liaisons étant non polarisées (ou négligeablement polarisées) et la molécule étant symétrique, est apolaire.
Le trichlorure d'azote, , est formé d'un atome d'azote central et de trois atomes de chlore (chacun ne formant, comme toujours, qu'une seule liaison).
- Calcule le nombre d'électrons de valence et construis la formule de Lewis de .
- Détermine sa géométrie.
- Sachant que , est-elle une molécule polaire ?
Voir le corrigé détaillé
1.
- électrons de valence , soit doublets
- N central, liaisons simples doublets liants
- il reste doublets non liants : sur N, sur chaque Cl (), le compte est exact
2. N porte doublets liants et doublet non liant : exactement la même situation que dans . Géométrie pyramidale, angle .
3. La liaison est (légèrement) polarisée, sur Cl. La géométrie pyramidale est asymétrique (comme celle de ) : les effets des trois liaisons ne peuvent pas s'annuler entièrement. est donc une molécule polaire.
Le carbonate de calcium (calcaire, craie, coquillages) contient l'ion calcium et l'ion polyatomique carbonate , dans lequel un atome de carbone central est lié à trois atomes d'oxygène par des doublets partagés.
- Quel type de liaison unit et ? Quel type de liaison unit le carbone aux trois oxygènes, à l'intérieur de l'ion carbonate ?
- Applique la neutralité électrique pour retrouver la formule .
- En quoi diffère-t-il de , qui ne contient que des ions monoatomiques ?
Voir le corrigé détaillé
1. Entre et l'ensemble : attraction électrostatique entre deux ions de signes opposés liaison ionique. Entre C et chaque O, à l'intérieur de l'ion carbonate : mise en commun de doublets liaisons covalentes.
2.
- charge de : ; charge de :
- neutralité :
- rapport , formule
3. Dans , chaque ion est un seul atome chargé. Dans , l'ion négatif est lui-même un groupe de quatre atomes maintenus ensemble par des liaisons covalentes internes, ce groupe portant une charge globale qui s'associe ensuite à par liaison ionique. combine donc les deux types de liaison étudiés dans ce chapitre.
La vinaigrette de Fatou (Dakar). Fatou prépare une vinaigrette avec de l'huile et du vinaigre (essentiellement de l'eau). Après avoir mélangé énergiquement, elle observe qu'au bout de quelques minutes, l'huile remonte à la surface : les deux liquides ne se mélangent pas.
- Rappelle pourquoi la molécule d'eau est polaire.
- L'huile est constituée de longues chaînes essentiellement faites de liaisons et . Est-elle polaire ou apolaire ?
- Explique, à l'aide de la notion de polarité, pourquoi l'huile et l'eau ne se mélangent pas.
Voir le corrigé détaillé
1. L'eau est coudée (O porte doublets liants et non liants) et la liaison est fortement polarisée () : la géométrie asymétrique empêche les deux effets de s'annuler, d'où une molécule polaire (figure 6).
2. Les liaisons (atomes identiques) sont non polarisées ; les liaisons sont quasi non polarisées (exercice 5). L'huile est donc une molécule apolaire.
3. Les molécules polaires de l'eau s'attirent fortement entre elles (pôles et ) et « excluent » les molécules apolaires de l'huile, qui elles-mêmes ne s'attirent que faiblement entre elles. Les deux liquides restent donc séparés en deux phases : l'huile, moins dense, surnage.
Le plâtre de Fousseyni (Bamako). Fousseyni, artisan maçon, achète du gypse pour préparer du plâtre. Le gypse contient des ions calcium et des ions sulfate .
- Quel type de liaison unit ces deux ions dans le gypse ?
- Établis la formule du sulfate de calcium en appliquant la neutralité électrique.
- Le gypse retient aussi des molécules d'eau dans son réseau cristallin. Pourquoi l'eau, molécule polaire, s'insère-t-elle facilement entre les ions du cristal ?
Voir le corrigé détaillé
1. Attraction électrostatique entre un cation et un anion : liaison ionique.
2.
- charge de : ; charge de :
- neutralité :
- rapport , formule
3. Grâce à sa polarité, la molécule d'eau présente un pôle (sur O) qui est attiré par les cations , et des pôles (sur les H) attirés par l'anion : ces attractions électrostatiques permettent aux molécules d'eau de se glisser et de rester piégées entre les ions du réseau cristallin.
L'eau du puits d'Abéché (Tchad). À Abéché, l'eau de certains puits est légèrement salée (elle contient du chlorure de sodium dissous). Deborah remarque que le sel disparaît totalement dans l'eau, mais reste entièrement visible, non dissous, si on l'ajoute à de l'huile.
- Rappelle la nature de la liaison à l'intérieur du cristal de .
- Explique comment les molécules d'eau, grâce à leur polarité, parviennent à séparer les ions et du cristal et à les entourer.
- Pourquoi ce même sel ne se dissout-il pas dans l'huile ?
Voir le corrigé détaillé
1. Liaison ionique : attraction électrostatique entre les cations et les anions , organisés en cristal (section 5).
2. Chaque molécule d'eau porte un pôle (sur O) et deux pôles (sur les H, figure 6). Autour d'un ion , plusieurs molécules d'eau s'orientent pôle vers l'ion, et autour d'un ion , pôle vers l'ion. Ces attractions électrostatiques compensent l'attraction du cristal, qui se disloque : les ions sont « emportés », entourés d'eau — c'est la dissolution.
3. L'huile est apolaire (exercice 13) : ses molécules ne portent pas de pôles capables de créer une attraction électrostatique avec les ions et . Rien ne vient compenser l'attraction ionique du cristal, qui reste donc intact : le sel ne se dissout pas dans l'huile.